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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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1 octobre 2026

Autre grand voyage du pape

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Relation véritable et remarquable
du grand voyage du pape
en enfer

«Le Pie VI, pape de 1775 à 1799S. Père n’étoit pas content, comme on peut croire, de Cf. la relation de ce voyage-là.l’accueil qu’il avoit reçu dans le paradis. En sortant de chez le saint Esprit, il rencontre, dans l’anti-chambre, l’ange Gabriel qui le salue avec tout plein de grâces. Le pape le regarda d’un air de complaisance, et lui demanda le chemin du Purgatoire.

— Bon ! répondit Gabriel, il n’y en a plus ; vous savez bien qu’on n’y alloit pas, quand on avoit des indulgences ; vos prédécesseurs en ont vendues tant et tant, que le Purgatoire est devenu tout-à-fait désert. Quoiqu’il ne fût pas très-ancien, il est tombé tout-à-fait en ruines, et il y a grande apparence que nous ne le rebâtirons pas. D’ailleurs, il n’y a pas de fonds ; nos affaires vont au plus mal ; je prévois qu’au premier jour le père éternel ne pourra plus garder de train de maison, et que je serai sur le pavé.…

— Mon beau garçon, dit le vieux pontife, en le caressant du plat de la main, soyez tranquille ; vous avez de beaux cheveux blonds, la bouche vermeille, la peau douce et fraîche ; on aura soin de vous ; vous serez joli comme un cœur en petit abbé ; je vous donnerai une place dans ma chapelle, et vous souperez tête-à-tête avec moi dans mes petits appartemens de Monte-Cavallo.

Pendant la conversation, survint un vieillard assez vigoureux, dont l’habillement n’étoit pas magnifique ; une mitre de toile grise lui couvroit la tête ; sa robe étoit d’un gros drap brun ; il portoit des sandales de cuir, et s’appuyoit sur un bâton dont le haut étoit recourbé. Ce bon vieillard paroît fort en colère.

— Million de conciles œcuméniques, s’écria-t-il, en regardant Pie VI et en branlant la tête, sais-tu, mon cher successeur, que tu n’es qu’un faquin d’aristocrate ? sais-tu que moi, Probablement le pape Saint Grégoire le grand (il y a plusieurs autres saints prénommés Grégoire), cf. ici.S. Grégoire, qui te vaux bien, je suis patriote à trente-six carats ! et que je trouve que cette assemblée nationale, dont tu te plains à tort et à travers, a fait plus de miracles que San Gennaro, cf. ici.S. Janvier, Ce nom désigne plusieurs personnages considérés comme saints par l’Église, cf. ici.S. Pancrace et Ou saint Guenolet, fin du Ve siècle – début du VIe siècleS. Guignolet ? De mon tems, les rois des Lombards gouvernoient Rome et l’Italie comme ils l’entendoient ; je n’étois qu’un évêque, un patriarche, si tu veux ; et j’étois salarié par les fidèles ; je ne contrariois point l’autorité souveraine ; je savois que le clergé doit être en tout soumis aux lois et aux magistrats civils. Aussi, me voilà en Paradis ; mais toi, tu peux t’aller faire cuire avec tous les diables !

Nom de famille civil de Pie VI.Braschi, déconcerté, s’en alla sans répliquer, mais sans oublier cependant de faire signe au beau Gabriel de le suivre.

— Je ne sais à qui m’adresser, dit-il en sortant du paradis ; j’ai envie de suivre le conseil de ce radoteur, et d’aller en enfer. Je ne sais quoi me dit que j’y serai mieux reçu.

Alors il se mit à califourchon sur la croupe du bel ange ; celui-ci prit son vol ; le voyage ne fut pas long ; mais en mettant pied à terre, Gabriel se plaignit que le pape l’avoit trop serré pendant la route ; il le pria même de voir s’il ne l’avoit pas blessé.

Mais quelle joie aux enfers, du plus loin qu’on eût apperçu Pie VI ! En entrant, il ne trouva que des visages de connoissance ! C’étoit des cardinaux, des chanoines, des moines de toutes les couleurs qui venoient au-devant de lui. On le conduisit en grande cérémonie au dortoir des papes. On vuida promptement une des chaudières de l’enfer ; on la retourna, et le pontife s’assit dessus avec son jeune page.

Delà, s’adressant à l’assemblée, il exposa l’état actuel des affaires de France, représenta à ses chers prédécesseurs qu’il étoit bien embarrassé ; que le consistoire, la rote, la propagande, toutes les congrégations de Rome, l’abbé Maury et l’abbé Royou y avoient perdu leur latin, ce qui n’étoit pas une grande perte ; que personne en paradis n’avoit voulu se mêler de cette affaire, et qu’il venoit chercher des secours et de bons conseils en enfer.

On ouvrit la discussion. C’étoit Baldassarre Cossa, antipape de 1410 à 1415.Jean XXIII qui présidoit, celui qui fut corsaire avant d’être pape, et qui avouoit qu’il n’avoit guère changé de métier ; il avoit une voix terrible, une physionomie atroce ; au lieu de se servir de sonnette, il siffloit et juroit, et faisoit quelquefois la police à coups de poings.

Pape de 1073 à 1085.Grégoire VII parla le premier.

— Je suis fort étonné, dit-il, de ce que sa sainteté expose à nos saintetés ; mais, parbleu ! il y a moyen de ranger ces Français à leur devoir et à l’obéissance qu’ils doivent au S. Siège ; je me servois, en pareil cas, du pouvoir de lier et de délier, au nom des apôtres S. Pierre et S. Paul ; je mettois les royaumes en interdit ; j’excom­muniois ; je damnois, car vous savez qu’il ne tient qu’à nous ; c’est un beau droit que celui-là.

— Hélas ! interrompit Braschi, j’y avois pensé ; j’ai même menacé de l’excom­mu­ni­cation ; chacun s’en moqua ; les trois quarts ne vont plus à confesse ; et ceux qui y vont, trouvent plus de prêtres qu’ils n’en veulent pour les absoudre, en dépit de moi.

— Les excommunications ne font pas grand mal, dit Pape de 1198 à 1216.Innocent III ; usez de ma recette ; prêchez une croisade ; j’armois les nations contre les nations, les princes contre les princes ; j’ai eu la consolation de mettre l’Europe en feu, et de faire périr près d’un million d’hommes. J’avois quelque vigueur dans le caractère.

— Votre vigueur ne serviroit plus à rien, lui répondit Gabriel ; on a fait tout ce qu’on a pu pour exciter le fanatisme, et allumer le feu de la guerre civile ; on a réussi dans peu d’endroits à égarer peu de personnes ; il y a un certain abbé de Périgord, et un certain abbé Sieyès qui viennent de faire jouer des pompes d’un effet sûr contre de pareils incendies ; le bon temps est passé, on ne s’égorge plus pour la gloire de Dieu, et le plaisir de ses doux vicaires.

— Comment, reprit Pape de 1294 à 1303.Boniface VIII, est-ce qu’on ne se souvient plus des superbes raisonnemens que je faisois ? Les apôtres ne disent-ils pas dans l’évangile de Saint-Luc : ecce duo gladii hic….. Nous avons ici deux glaives ; qu’est-ce que cela peut signifier, sinon le glaive spirituel, et le glaive temporel, dont le premier doit nécessairement diriger le second ? N’y a-t-il pas d’ailleurs deux luminaires ? Le grand luminaire, c’est l’autorité ecclésiastique ; le petit luminaire, qui tire sa clarté de l’autre, c’est l’autorité civile ; qui donc peut nier ces vérités ?

— Les plus petits écoliers de Paris traiteroient cela de sottises, répondit encore notre ange ; ils vous diroient que les deux glaives ne sont que deux épées, et que les deux luminaires sont le soleil et la lune.

— Je ne puis concevoir, reprit Pape de 1316 à 1334.Jean XXII, qu’on en soit réduit à la cour de Rome ; elle devroit à présent avoir toutes les richesses du monde catholique ; elle n’avoit qu’à multiplier ; je vendois tous les évêchés, toutes les cures, tous les bénéfices cinq ou six fois chacun ; aussi je tenois des registres de commerce que j’avois soin de faire tenir, quand il y avoit quelque chose à gagner ; delà est venue la chambre de la daterie ; j’ai laissé à ma mort vingt-cinq millions de florins d’or dans le trésor papal, à Avignon ; qu’a-t-on fait de cette somme ?

— Vos successeurs, dit Alexandre Borgia, pape de 1492 à 1503.Alexandre VI, l’ont mangé avec des filles ; et quand il en seroit resté quelque chose de mon tems, je l’aurois donné à la mienne, à ma chère Lucrèce avec qui je couchois, et que j’aimois dix fois plus que je n’avois aimé sa bégueule de mère. D’ailleurs, le commerce dont vous parlez-là est bien tombé ; l’Angleterre, une grande partie de l’Allemagne, tout le Nord de l’Europe ne se fournissent plus dans notre boutique ; voilà encore la pratique de la France perdue, si l’on n’y met ordre ; pour moi, je suis d’avis que sa sainteté aille à Paris, donne un grand souper à l’assemblée nationale, et empoisonne tout le côté gauche. Je n’en faisois pas d’autre, et je m’en suis toujours bien trouvé, excepté le jour où je fus empoisonné moi-même avec mon fils César, en buvant, par mégarde, de la bouteille que nous avions fait préparer pour ce vilain Ou Cornetto. Le pape Alexandre VI est mort empoisonné après avoir pris part à banquet donné par le cardinal Cornetto en août 1503.cardinal Cornatto.

— Non, point de lâcheté ! s’écria Pape de 1503 à 1513.Jules II ; ventrebleu, cornes de cinq cents diables, faites comme moi ; mettez-vous à la tête d’une armée ; endossez la cuirasse ; faites la guerre ; tuez, mordieu, tuez, massacrez, mais de bon jeu ; allez mettre le siège devant Paris, comme je fis celui de la Mirandole.

— Il y a quelque différence entre votre tems et le tems présent, répliqua Gabriel ; les soldats du pape ne sont pas d’excellentes troupes ; et il y a en France deux ou trois millions d’hommes armés qui n’entendroient pas raillerie, si quelqu’étranger avoit la prétention de leur faire la loi.

— Comment donc s’y prendre, s’écria l’assemblée toute entière ? On parla tous ensemble ; on ne s’entendit plus, la séance fut longue et tumultueuse, et l’on ne conclut rien.

— Allons-nous-en, dit Pie VI à son jeune écuyer ; je vois bien que je ne tirerai rien de ces gens-ci ; le paradis ni l’enfer ne me seront d’aucune utilité ; je suis ruiné ; ma thiare branle sur ma tête ; je vais perdre mon autorité gothique et usée ; peut-être les romains me chasseront de mon trône avant qu’il soit peu ; mais tant que vous resterez avec moi, »mon bel ange, je serai trop heureux.

L’ange rougit ; et les deux voyageurs s’en allèrent comme ils étoient venus.

Joseph Fiévée (1767-1839)
Extrait de la Chronique de Paris.
De l’imprimerie de FIEVÉE, rue Serpente, n° 17.

30 septembre 2026

« Il est arrivé un Pape ! venez voir un Pape ! oh ! la drôle de chose qu’un Pape ! »

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La Grande Relation véritable & remarquable
du Grand Voyage du Pape dans le royaume du Ciel,
département du Paradis.
Extrait de la Chronique évangélique, selon S. Noël & S. Millin.

«En ce tems la le Pape dit aux princes des prêtres : En vérité je vous le dis, voilà une Assemblée Nationale qui me donne bien du mal : elle veut faire jurer nos frères de France d’observer les préceptes de l’évangile, d’être simples, humbles & pieux : ce serment abominable blesse leur conscience ; ils ont recours à ma Sainteté, & moi je vous demande avis.

Les princes des prêtres répondirent : S. Pere, excommuniez cette Assemblée Nationale.

Et le Pape dit : mais si je les excommunie, ils me prendront Avignon.

Les princes des prêtres répondirent : S. Pere, n’excommuniez donc pas.

Et le Pape dit, mais si je les laisse faire, mon autorité est perdue, & me voilà Pape sans papauté.

Les princes des prêtres répondirent : St Pere, excommuniez.

Et le Pape dit, mais si je les fâche, les impies révoqueront la donation de Pepin.

Les princes des prêtres répondirent : St Pere, n’excommuniez donc pas.

Alors le Pape se fâcha & dit, allez vous en à tous les diables ; ensuite il fit venir le cardinal Bernis-Pompadour pour le consulter.

Le cardinal dit : Le cas, St Pere, est très-difficile, & je ne vois guere que la Trinité qui puisse le débrouiller ; je vous conseille de vous adresser à elle.

Le pape dit ; je le ferai suivant que vous me le dites.

Et aussitôt le Pape dit à ses valets de chambre : apportez-moi mes 3 couronnes, ma belle soutane de moire blanche, ma belle aube à dentelle, mon beau rochet fourré d’hermine, mes beaux gands blancs passés au lait, mes beaux bas à coins brodés, mes beaux bouts de manches & mes belles pantoufles des dimanches.

Et ses valets de chambre lui apportent les sept merveilles pontificales qu’il demandoit. Un huitieme apporte la pâte d’amande pour les mains ; un neuvieme l’eau rose pour le teint ; un dixieme l’opiat pour les dents ; un onzieme le miroir de toilette ; le douzieme étoit parent du 4e officier de M. de Malborough ; il ne portoit rien. Quand sa toilette fut faite, il monte sur sa belle haquenée napolitaine.

Arrivé à la porte du paradis, il veut faire usage des clefs de St-Pierre ; mais le sang versé par les Jules, &c. les avoit si fort rouillées, qu’elles ne purent tourner dans la serrure.

St-Pierre demande, qui est là ?

Le Pape dit : grand saint, c’est votre successeur.

St Pierre regarde par le trou de la serrure, & dit, tu mens ; je n’étois qu’un pauvre pécheur sur les bords du lac Genezareth, qui portoit des habits simples & une ceinture de cuir, & si tu étois mon successeur, tu ne porterois pas des habits si magnifiques.

Le Pape dit, grand saint, je les porte parce qu’on me les donne ainsi ; je vous jure que je ne mens pas.

Alors St Pierre donne un tour de clef & dit, tire la bobinette & la chevillette chéra.

Et le Pape tira la bobinette & la porte s’ouvrit. Mais voici bien un autre embarras ! la porte du paradis est, comme l’on sait fort étroite, & le St-Pere, nourri d’annates, déports, droits de côte, censaux, vacat, &c., étoit gros comme une grosse tonne des Riceys.

St Pierre lui dit : mon successeur, si, comme moi tu n’eusses mangé que des gougeons, tu passerois plus facilement.

Le Pape lui répondit : grand saint, la charité se dépouille ; les gougeons que vous mangiez, je les ai fait avaler aux fideles ; mais ne seroit-il pas possible de faire abattre un pan de muraille pour me faciliter l’entrée ?

St Pierre dit : un Pape n’est qu’un homme ; les savetiers y ont passé, & tu y passeras ou tu resteras à la porte.

Le Pape alors se tourne de côté, passe la tête, puis un bras, puis une épaule, puis une jambe ; St Pierre le pousse par derrière ; une secousse, & l’y voilà. »

Aussi-tôt qu’il fut entré, voici tous les saints, les anges, les archanges, les séraphins qui se présentent autour de lui, & demandent : quel est cet animal étranger ? & St Pierre répondit : MM. c’est un Pape.

Et ils s’écrièrent en s’envolant au milieu des trônes & des dominations : il est arrivé un Pape ! venez voir un Pape ! oh ! la drôle de chose qu’un Pape !

Quelques uns prétendent que c’est un masque, & les petits chérubins volent autour de cette pagode ambulante & crient à la chienlit !

Le voici dans la maison du maître ; le Pere Eternel avoit la goutte, & étoit couché comme Géronte, dans son fauteuil à bras.

Le Pape lui dit : Pere Eternel, vous voyez devant vous le serviteur de vos serviteurs ; je n’ai pas besoin de vous dire ce qui m’amène, car vous voyez tout, vous savez tout, & vous êtes présent partout.

Et le Pere Eternel lui répondit en branlant de la tête : mon fils, je suis vieux, le tems n’est plus où je faisois pousser des cornes à Moyse ; je n’en peux plus faire pousser à personne aujourd’hui….. Va trouver mon fils, c’est un garçon qui a bien fait son chemin, il connoît les affaires, il est jeune, ardent, parle lui : pour moi, je te l’avoue, j’ai tant eu de peine à débrouiller le cahos, que je ne me sens pas la force de débrouiller celui-ci ; encore une fois, va trouver mon fils.

Et le Pape répondit : j’y vais. Et le Pape y alla.

Le fils de Dieu corrigeoit une épreuve de la nouvelle édition de l’évangile : le Pape lui dit : pardon, Seigneur ; si je vous dérange ; l’Assemblée Nationale me persécute. Seigneur aidez-moi ! Seigneur secourez-moi ! J’ai l’honneur d’être votre vicaire sur la terre.

Le Fils de Dieu lui répondit : toi, mon vicaire ! je suis né dans une pauvre bourgade de la Judée, au fond de la boutique d’un pauvre charpentier ; & tu te dis de l’Illustrissime & Nobilissime famille des Nom de famille civil du pape de l’époque de ce conte, Pie VI.Braschy ; je t’ai prêché la modestie & tu es vain comme un paon ; j’ai vécu plus modestement qu’un curé de village à portion congrue, & toi tu te fais appeler le Roi des Rois, & tu porte une thiare insolente. Mon habit étoit percé au coude, & mes sandales ressemelées, prenoient l’eau, & te voilà ajusté comme le plus riche financier du tems d’Hérode ; je n’avois ni feu, ni lieu, quelquefois pas une pierre où reposer ma tête, & tu reposes la tienne sur un oreiller de duvet, tes pieds sur des carreaux de moire & d’or ; enfin tu loges dans un palais délicieux ; j’avois souvent les dents bien longues, & tous les jours tu as des indigestions….. Va, va, mon cher vicaire, je ne suis pas si bête que d’aller me compromettre pour un impertinent qui observe aussi peu ma loi ; d’ailleurs, c’est bien assez d’avoir été lanterné une fois ; le cœur ne m’en dit pas pour m’y exposer une seconde : là-dessus il le met dehors & lui jette la porte au nez.

Le Pape cheminoit tristement : S. Pierre en eut pitié & lui dit : que ne voyez-vous le S. Esprit.

Le Pape répondit je le veux bien, & S. Pierre lui ouvrit la porte d’une voliere, & le Pape y entra & vit un beau petit pigeon blanc perché sur un bâton à perroquet, avec des yeux mignons & un joli bec rouge, dont il se servoit pour éplucher de la soie à la Ste. Vierge.

Le Pape lui dit : Veni creator Spiritus.

Le petit pigeon lui demanda qui es-tu ?

Le Pape lui répondit : je suis votre interprète sur la terre, & graces à vos inspirations je suis infaillible.

Le petit pigeon lui dit : bonhomme, tu radotes, je ne te connois pas ; encore une fois, parles, qui es-tu ?

Le St-Pere répondit, Esprit-Saint ! je suis le Pape.

Le petit pigeon dit : tant pis pour toi ! mais que me veux-tu ?

Le Pape répondit : sans doute que vous avez entendu parler de l’Assemblée Nationale ?

Le petit pigeon dit : assurément, & beaucoup.

Le Pape répondit : je vous demande main-forte. Croiriez-vous qu’elle ne veut plus que mes évêques aient des palais, des maîtresses, & qu’ils mangent à deux, trois, quatre rateliers, plus ou moins.

Le petit pigeon dit : qu’est-ce que cela me fait ?

Le Pape répondit : mais on détruit mon empire ; elle m’a ôté mes annates, elle voudroit m’arracher tout mon temporel.

Le petit pigeon répondit : Eh bien ! qu’est-ce que cela me fait ? tant mieux !

Alors le Pape dit : si vous faites ce que je desire, & que vous m’aidiez à faire une contre-révolution en France, je vous donnerai la moitié du butin.

Le petit pigeon dit : Vade retro Satanas ; je vois bien que tu es parent du diable qui porta J. C. sur la montagne, Vade retro, te dis-je, Dieu me préserve d’ailleurs de cabaler contre cette Assemblée Nationale ; je me souviens trop bien de la nuit du 4 août & du décret sur les pigeons ; je n’ai point envie de me faire mettre du plomb sous la queue ; allons, pour la troisième fois : Vade retro Satanas, où je te chasse à coups de bec.

Alors, le Pape se mit à pleurer, & disoit en s’en retournant : Hélas ! c’en est fait, cette Assemblée Nationale est redoutée au ciel comme en la terre….

Il arrive au Vatican, où les Princes des Pretres l’attendoient.

Eh quoi ! lui disent-ils, faut-il vous désespérer ? n’avez-vous pas des suspenses, des interdits, des excommunications pour vos ennemis ; des indulgences, des Agnus, des chapelets pour payer vos soldats, & de la poudre de perlimpinpin pour jeter aux yeux de l’univers, pour qu’il vous croye comme jadis, le Roi des Rois, & »le maître souverain des empires.

Le Pape dit : vous avez raison, & il le mit à table & dina de bon appétit, car il avoit faim.

Sans auteur (attribué ultérieurement à Joseph Fiévée, alors imprimeur et journaliste, surtout connu par sa carrière sous l’Empire, comme agent de Napoléon puis préfet de la Nièvre)
Le Courrier des LXXXIII départemens,
n° 14, 14 mai 1791.

Nota bene : le texte original se trouve dans Retronews. Du fait de la qualité médiocre de la numérisation, aucun des quelques outils disponibles gratuitement en ligne n’était arrivé à en extraire le texte. C’est ChatGPT qui l’a fait, sans quasiment aucune erreur de transcription, ce qui est remarquable.

Quant à ce qui a motivé ce texte amusant, cf. ici.

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1 juin 2026

Peace negotiations in pieces

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28 mai 2026

Singularity?

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I read today Ross Douhat’s NYT newsletter “Pope Leo Isn’t Standing Athwart the Singularity” posted yesterday (5/28). I must confess I don’t see what the author means by “Singularity”, in this specific (A.I.) context. More generally, I have really no idea what his overall opinion of the encyclical is. As to me, I tend to agree with a report I had read earlier about the Pope’s position.

For me, to put it (much) simpler – I am not a Pope (yet) -, A.I. is, first, a “new tool”, and while any tool has usually been invented for reasonable uses, it has (almost always) be abused by greedy humans (in search of power and/or money). Take the knife, for instance: it allow to slice meat, to peal veggies, but also to kill any existing form of life, including humans. Even just the stone: there are proofs that some monkeys use stones in order to break the shell of nuts, but it can be used in order to harm. So has been any invention.

Looking more specifically at technology, look what the internet has caused: the ever-increasing propagation of fake rumors, dis­in­for­mation and with it a decrease in critical thinking (there was a French saying many years ago that “If it’s in the newspaper, then it must be true” – this is now the case on the internet), used, again, for the above purposes (power, greed), and with observable results: the rise of far-right (and far-left) extremism and political power.

This tool – A.I. – being so universally available on so-called “smart” phones – is already shaping children and adolescents: they refer to it as not only a useful, but necessary crutch, and, being so young, can’t exercise any critical thinking about it. I have been using – should I rather say, testing – a variety of A.I.s (after all, I am a trained computer scientist) and while they indeed could be useful in some cases, they do make insidious, factual mistakes (usually referred to as “hallucinations”), in addition to create dependence.

Into which kind of adults will they develop? Twenty-three years ago (in 2003), I had written in my blog:

We are thus transforming into a new being, atrophied in our muscles (except for those of our fingers for the keyboard, and especially of the thumb for the mobile phone), hybrid (wired and permanently connected, not only to a mobile phone, but to the network), and soon atrophied in our brain – no need to think when we are immobile and cut off from the real world and when we “navigate” in a world of signs: we have nothing but reflexes and needs, increasingly instinctive and immediate – to finally dissolve, the ultimate fusion fantasy – in this hyperspace and its hyperculture that the philosopher Pierre Lévy describes to us in rhapsodic tones. This process of man’s devitalization is manifested by his evolution from citizen to consumer, from actor to spectator, from active to passive, towards the “upper” society of which H. G. Wells speaks in The Time Machine: “The Eloi, like the Carolingian kings, had decayed to a mere beautiful futility,” living only in idleness and fear of others, those below, the Morlocks, servants turned predators

Coincidentally – and (obviously) ironically – three days ago, I posted this (English follows French).

While A.I.’s “powers” are already immense, it is a giant with feet of clay: it – and the world at large – increasingly depend on… electricity. Everything that we use (or almost) needs it. But did you hear of the total power blackout in the Iberian Peninsula a year ago? If this happens – and as it had, it will –, how will we humans continue to live in cities – no electricity, so no water (powered by electrical pumps), no elevators, no fridges, no stores (the “cash” registers being off, the lights being off, their fridges being off), no transportation, no phones… and no A.I.

This ever-increasing interconnectivity of technical systems makes it increasingly likely that bugs, breakdowns and outages will propagate rather than be “just” local and produce unexpected havoc.

While there had been a way to “terminate” the Golem after it turned into a violent monster, will there be a way to neutralize unrestrained A.I.s?

17 mai 2026

Encore, encore, encore… ! ⦿ More, more, more…!

Classé dans : Humour, Peinture, dessin, Progrès, Religion, Santé, Sciences, techniques — Miklos @ 9:24

Image : Flow. Texte : ChatGPT
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Français ⦿ English

Au temps où les monastères copiaient les livres à la lumière tremblante des cierges, vivait une recluse nommée Accumulata. Nul ne savait d’où lui venait sa vocation singulière. Certains disaient qu’enfant elle avait pleuré devant une pomme oubliée dans la boue ; d’autres qu’elle entendait les objets abandonnés gémir la nuit.

Elle recueillait tout.

Les cuillers tordues, les dés à coudre perdus, les clefs sans serrure, les morceaux de chandelle, les peignes cassés, les cloches fêlées, les statues décapitées, les osselets, les rubans mangés par les mites, les fioles vides et même les cailloux de formes curieuses. Sa chapelle devint un labyrinthe de piles branlantes où l’on avançait de travers comme dans une forêt de choses mortes.

Les pauvres du village venaient parfois lui confier des objets dont ils ne pouvaient se séparer. Accumulata les recevait avec gravité, comme des reliques sacrées. Elle disait : « Rien ne doit être perdu, car toute chose a désiré exister. »

Les années passèrent. Les murs disparurent sous les entassements. On ne voyait plus les vitraux ; la cloche elle-même avait été rangée quelque part et nul ne pouvait plus la retrouver.

Puis vint l’hiver de sa fin.

Une nuit de grand vent, tandis qu’Accumulata tentait d’ajouter une dernière boîte à une montagne déjà vacillante de coffrets, de roues, de livres humides et de chandeliers, toute la nef s’effondra dans un grondement terrible. On retrouva seulement sa main dépassant d’un amoncellement de tapis, de cages, de miroirs et de casseroles.

Les moines dirent qu’elle était morte écrasée par le poids de son attachement terrestre.

Mais trois jours plus tard, il se produisit un miracle : tous les objets ensevelissant son corps furent retrouvés parfaitement classés. Les aiguilles avec les aiguilles, les clefs avec les clefs, les tessons avec les tessons. Et au sommet de la pile reposait une petite étiquette portant ces mots:  « Enfin il reste de la place. »

Alors l’Église populaire la proclama Sainte Accumulata, patronne des collectionneurs, des chiffonniers, des archivistes et des âmes incapables de jeter quoi que ce soit.

On raconte qu’au paradis elle reçut un espace infini, plus vaste que les mers et les déserts réunis. Là, les anges lui apportent sans cesse les objets perdus du monde : boutons tombés sous les lits, lettres jamais envoyées, jouets oubliés, bagues glissées dans les puits, outils rouillés et livres introuvables.

Et Sainte Accumulata sourit enfin, car pour la première fois l’espace ne lui manquait plus.

Morale :

Celui qui veut posséder toutes les choses finit souvent possédé par elles.

Mais peut-être qu’au fond de toute accumulation se cache un amour maladroit mais infini et éternel du monde.

In the days when monasteries copied books by the trembling light of candles, there lived a recluse named Accumulata. No one knew the origin of her strange vocation. Some said that, as a child, she had wept over an apple left rotting in the mud; others claimed she could hear abandoned objects crying during the night.

She gathered everything.

Bent spoons, lost thimbles, keys without locks, scraps of candles, broken combs, cracked bells, headless statues, knucklebones, moth-eaten ribbons, empty flasks, and even stones of curious shape. Her chapel became a labyrinth of precarious piles through which one walked sideways, as in a forest of dead things.

The poor of the village sometimes came to entrust her with objects they could not bear to throw away. Accumulata received them solemnly, as though they were sacred relics. She would say: “Nothing should be lost, for every thing once desired to exist.”

Years passed. The walls disappeared beneath the heaps. The stained-glass windows could no longer be seen; even the bell itself had been stored somewhere, and no one could find it anymore.

Then came the winter of her end.

One stormy night, as Accumulata tried to place one final box atop an already trembling mountain of chests, wheels, damp books, and candlesticks, the entire nave collapsed with a terrible roar. They found only her hand protruding from a mound of carpets, cages, mirrors, and cooking pots.

The monks declared that she had died crushed beneath the weight of her earthly attachments.

But three days later, a miracle occurred: every object covering her body was found perfectly sorted. Needles with needles, keys with keys, shards with shards. And at the very top of the pile rested a small label bearing these words: “At last, there is room.”

Then the common people proclaimed her Saint Accumulata, patron saint of collectors, ragpickers, archivists, and souls incapable of throwing anything away.

It is said that in Heaven she was granted an infinite space, vaster than seas and deserts combined. There, angels endlessly bring her all the lost objects of the world: buttons fallen beneath beds, letters never sent, forgotten toys, rings slipped into wells, rusted tools, and books no one can find anymore.

And Saint Accumulata smiles at last, for for the first time, space no longer fails her.

Moral:

Whoever seeks to possess all things often ends up possessed by them.

And yet perhaps, at the heart of every accumulation, there hides a clumsy yet infinite and eternal love of the world.

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