Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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29 juin 2026

Strauss-Kahn au festival de San Remo

Cliquer pour voir la vidéo.

Le tube L’Italiano de Toto Cutugno (vous avez sans doute entendu parler des deux, moi non), qui a obtenu la 5e place au 33e festival de San Remo (oui, je connaissais) a déjà plus de 125 millions de vues sur YouTube (+1 si vous cliquez sur l’image ci-dessus).

Si, comme moi, vous n’en connaissez pas du tout les paroles et très peu l’italien, l’option « affichage des sous-titres avec traduction en français » est franchement utile.

Enfin, c’est ce qu’on se dit.

Et alors voici ce qui s’affiche pour le refrain et le premier couplet :

Ils le savent et le chantent
avec la guitare et les mains
Lasarte, ma chanson
Ce sont des Italiens
 
avec l’Italie et le spa perdant t
Je suis parti, il s’est autoproclamé président avec
L’auteur a toujours tendu main à
Strauss-Kahn va tourner

Interloqué, je recherche les paroles originales de la chanson. Les voici avec leur traduction (source) :

Lasciatemi cantare
Con la chitarra in mano
Lasciatemi cantare
Sono un italiano
 
Buongiorno Italia gli spaghetti al dente
E un partigiano come Presidente
Con l’autoradio sempre nella mano destra
E un canarino sopra la finestra

Laissez-moi chanter
La guitare à la main
Laissez-moi chanter
Je suis un italien
 
Bonjour Italie, et tes spaghettis al dente
Et un partisan comme Président
Avec l’autoradio toujours dans la main droite
Et un canari au-dessus de la fenêtre

À y regarder de plus près, on voit que l’outil de sous-titrage considère que cette chanson est en espagnol (même moi je sais faire la différence), mais de là à y entendre mentionner Strauss-Kahn…

Ah, voilà un bon exemple des capacités linguistiques de l’IA de YouTube !

Pour conclure, on pourrait d’abord se dire qu’il (Strauss-Kahn) aurait mieux fait d’y rester.

Plus sérieusement : comme cette IA parle de « chanter avec la guitare et les mains », je ne peux que vous conseiller très vivement de regarder et d’écouter cette chorale sicilienne gé-nia-le qui chante non seulement avec les mains et avec deux guitares, mais avec un entrain irrésistible :

2 novembre 2025

Cela vaut un coup d’œil

Classé dans : Humour, Médias, Peinture, dessin, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 18:43

Cliquer pour agrandir. Source : Whisk

LE PEUPLE BORGNE

«On a fait grand bruit dernièrement de la prétendue découverte d’un peuple qui prend plaisir à se crever un œil pour y voir plus clair de l’autre, suivant ce que disent les bonnes gens qui n’y voient goute. Ce peuple singulier est connu depuis longtemps, et pour le prouver je traduis ce passage du journal d’un voyageur portugais, mort il y a plus d’un siècle ; le nom de cet explorateur des îles de la mer du Sud était Palmaleyra ; son livre a été traduit par le célèbre compilateur Barbaloue, et imprimé en 1729, chez Typhaine, rue des Rats, à la belle image. Je copie servilement la prose de Barbaloue.

« Moi, Palmaleyra, ai franchi la limite jusqu’alors réputée impénétrable des montagnes bleues, et y ai trouvé un peuple singulier. Quelque forte que puisse être la probabilité sur l’ignorance de nos disputes théologiques et philosophiques parmi les habitants d’Ipou-o-Kio-Kio1, les paradoxes les plus étranges ont cours chez eux. L’idiome que l’on parle dans ces pays est un dérivé du tartare et du chinois ; tout porte à croire que des malfaiteurs chassés de la Chine pour leurs crimes et éborgnés à cause d’iceux, car les codes chinois appliquent ce genre de pénalité pour plusieurs espèces de méfaits, tout, disons-nous, porte à croire que des malfaiteurs de cette antique nation, après avoir vogué au hasard ont abordé sur cette plage et fondé un état. On présume que, 1° par amour pour l’analogie, 2° par ressentiment de la privation d’un œil et 3° par jalousie contre leurs enfans, dotés plus richement qu’eux par la nature, ils les auront éborgnés sous des prétextes religieux qu’ils ont établi comme base sacrée de toute réunion d’homme. Quoi qu’il en soit de cette supposition, tous les indigènes sont borgnes, et la cérémonie s’y transmet d’âge en âge aussi ponc­tuel­lement que chez nous s’est transmise la cérémonie du baptême.

« Après avoir revêtu le costume du pays, qui consiste à se mettre nu comme la main, je m’avançai dans les terres afin d’observer les mœurs, les usages et la forme du gouver­nement d’Ipou-o-Kio-Kio. Un système de monarchie absolue, tempéré par les révolutions, régit ces peuplades qui ne sont féroces que par instinct et douces que par fatigue. Le nom de l’Erinouhi, ou roi de ce pays, est Simoié Fadelouboubou, ce qui signifie en langue du pays : tête et gouvernail.

Pendant mon séjour, un homme voulut bouleverser la constitution de l’État : il ameuta la populace, se hucha sur un arbre où l’on pend quoti­dien­nement ceux qui fomentent les troubles, et par un temps d’orage, sous la grêle et le tonnerre, entre des groupes de corbeaux qui attendaient la fin de son discours pour manger les pendus, il s’exprima ainsi :

« Vous tous qui m’écoutez, peuple de borgnes, moi, borgne également par la grâce du fétiche, salut !

« Faisons savoir qu’il nous est advenu une idée, chose rare par le temps qui court, à celle fin que vous ouvriez les oreilles sur la nécessité de garder nos deux yeux.

« En effet, la nature, ce grand prétexte de toutes les idées qui sont révolutionnaires, je le sais bien, mais qui sont aussi excellentes, vous a donné deux yeux originairement pour parer aux accidents qui peuvent vous en enlever un ; et c’est multiplier les aveugles que de crever l’œil gauche, car on peut se dispenser à toute force de naître avec celui là ou l’autre ; mais on veut perpétuer l’infirmité chez nous pour nous mener après cela par le bout du nez. Point de liberté pour nous alors, car dans le royaume des aveugles les borgnes sont les rois. »

L’orateur allait continuer quand deux milles borgnes, armés de bâtons durcis au feu, dispersèrent l’attrou­pement, saisirent le discoureur et le pendirent. Simoie distribua des récom­penses aux justiciers ; on fit des illumi­nations en réjouis­sance de la fermeté du gouver­nement qui, d’un seul coup, avait éteint une conspi­ration si dange­reuse. Un voyageur qui avait été saisi dans la foule, n’osa pas se dire étranger, parce qu’il connaissait les lois du pays sur l’hospi­talité. On lui creva seulement l’œil gauche, et le lendemain il fut admis au baise-pied chez Fadelouboubou, auquel il avoua que rien n’était si joli que le gouver­nement de l’érinouhi. Il continua de moucharder les choses avec ce léger désa­vantage sur les mouchards de nos pays civilisés,» qu’ils ont de plus un œil arti­ficiel dans leur poche sur un papier à vignettes, et qu’il n’en avait qu’un assis à la droite de son nez.

Le Figaro, 1er avril 1827

_________________

1. Nom d’un instrument de musique et qu’ils ont pris par amour pour cette espèce de violon sauvage.

9 octobre 2025

Libé : « Robert Badinter est toujours vivant »

Classé dans : Actualité, Médias, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 23:06

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Le surprenant échange ci-dessus a eu lieu jeudi 9 octobre 2025 vers 22h15 sur la page « Contacter le journal Libération », après la cérémonie consacrée à Robert Badinter au Panthéon, et en réaction à un article de Libé qui laissait entendre que Robert Badinter reposera au Panthéon.

Comme on le voit, pour l’IA de Libé (son « IA » signifiant sans doute « ignorance ahurissante ») Robert Badinter est toujours vivant, bien que toutes les sources fiables disponibles en ligne indiquent qu’il est décédé en février 2024. On rajoutera pour exclure toute explication alternative que chez les Juifs il n’y a plus de résurrections depuis quelque 2000 ans, et qu’il paraît exclu qu’on ait voulu l’enterrer vivant au Panthéon.

Quant à la non-présence de son corps au Panthéon, voici ce que confirme ChatGPT, autre IA bien plus informée que celle-ci :

  • La famille Badinter a demandé que son corps reste au cimetière de Bagneux, dans le carré juif, lieu où il était déjà inhumé. (BFM TV)

  • Au Panthéon, ce qui sera placé dans le cercueil (ou tombeau symbolique, un cénotaphe) sont certains objets : sa robe d’avocat, trois livres (dont Choses vues de Victor Hugo), etc. (TF1 Info)

  • Un cénotaphe est précisément un monument funéraire vide, sans corps, élevé pour honorer quelqu’un.

On attend avec beaucoup de curiosité la réponse que fourniront les « collègues humains » de l’IA de Libé. Confirmeront-ils ses affirmations ?

Et voici la réponse du collègue humain :

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28 mai 2025

La complainte amoureuse qu’Alphonse Allais n’a pas écrite

Classé dans : Humour, Langue, Littérature, Médias — Miklos @ 23:25

Cliquer pour animer. Source : Whisk.

Épître amoureuse d’un puriste
Dédiée à M. Blavet
 
Oui, dès l’instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes ;
De l’amour qu’en vos yeux je pris,
Sur-le-champ vous vous aperçûtes ;
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis !
De quelle cruauté vous fûtes !
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous offris !
En vain je priai, je gémis :
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis.
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes,
Et je ne sais comment vous pûtes
De sang-froid voir ce que j’y mis.
Ah! fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez !

Ce texte fort bien tourné est souvent attribué à la plume d’Alphonse Allais, et sous le titre « Complainte amoureuse », avec comme source L’Hydropathe (1880).

Or il était apparu dans la presse – probablement pour la première fois – le 9 décembre 1867 (in Le Pays, Journal de l’Empire, p. 2) – alors qu’Alphonse Allais n’avait que 13 ans – dans le cadre d’un débat public au Corps législatif sur l’utilisation de l’imparfait du subjonctif entre d’un certain M. Blavet qui le préconisait, et M. Granier de Cassagnac qui l’a interrompu avec humour, critiquant cet usage et citant ce poème, sans doute de sa plume.

Comme précédemment évoqué, on en trouve des traces apparemment plus anciennes ; un certain Martellières, in L’intermédiaire des chercheurs et curieux n° 788 du 10 février 1898, cite le poème en rajoutant : « J’ignore que en est l’auteur. C’est une chansonnette comique que j’ai entendue pour la première fois en 1849 sous ce titre : Les confessions d’un grammairien. Elle était chantée par un comique nommé Paul Bonjour, qui eut son heure de célébrité. J’ai recherché vainement cette chanson sans pouvoir la retrouver. »

Or en 1837, L’Écho de la Loire publie une amusante historiette intitulée La Règle des participes (que l’on trouvera retranscrite ici), qui parle justement d’un grammairien obsédé par l’imparfait du subjonctif et qui comprend un petit poème du même style que l a deuxième partie du nôtre, mais avec des paroles quelque peu différentes :

Version 1837

Version « Allais »

Fallait-il que je m’enflammasse,
Pour que vous vous glaçassiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Pour que vous me méprisassiez !
Fallait-il que je vous suivisse,
Afin que vous me quittassiez,
Et qu’à vos genoux je me misse,
Pour que vous me rebutassiez !!!

Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez !

L’auteur de l’article – et peut-être du poème ? – n’est pas mentionné.

Il est donc plausible que la version actuelle, faussement attribuée à Alphonse Allais, soit due à Granier de Cassagnac, qui l’aurait composée vers 1867 en s’inspirant de la version de 1837.

Une autre variante, inspirée elle aussi par la version de 1837 (on retrouve le « Fallait-il que je vous aimasse »), parut en 1886 dans Les Annales politiques et littéraires (8 août 1886, p. 7) :

«Nous avons publié dans un dernier écho une boutade contre l’imparfait du subjonctif. Ce dernier proteste contre le subjonctif, qui veut lui signifier son congé.

Ah ! fallait-il que je naquisse,
Que sous votre toit je grandisse,
Et que près de vous je vieillise,
Pour que vous me détruisissiez !
Fallait-il que je vous suivisse,
Et qu’à vos lois je m’asservisse,
Pour que délaissé je me visse
Et qu’à l’écart vous me missiez !
 
Bien qu’Imparfait toujours je fusse,
Fallait-il donc que je me tusse,
Et qu’en tout lieu je ne parusse
Que pour que vous m’en exclusiez !
Hélas ! sans que je le voulusse,
Fallait-il que je vous déplusse,
Et qu’assez longtemps je vécusse
Pour que vous me méconnussiez !
 
Fallait-il que je vous aimasse,
Que pour vous je me dévouasse,
Je soupirasse et m’enflammasse,
Pour qu’enfin vous vous glaçassiez !
Fallait-il que je sanglotasse,
Et qu’à vos pieds je me jetasse,
Je m’attachasse et m’enchaînasse»
Pour que vous me repoussassiez !

SERGINES

On trouvera ici quelques autres « boutades contre l’imparfait du subjonctif (et le passé simple) », dont une bien plus célèbre et attribuée (à tord) à Alphonse Allais.

2 avril 2025

Apprendre à écrire avant de l’enseigner…

Classé dans : Langue, Médias, Éducation — Miklos @ 23:52

Cliquer pour agrandir.

Ne serait-il pas utile que Le Monde apprenne à écrire avant de vouloir nous l’enseigner (pour la modique somme de 1 500 €) ?

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