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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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1 octobre 2026

Autre grand voyage du pape

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Relation véritable et remarquable
du grand voyage du pape
en enfer

«Le Pie VI, pape de 1775 à 1799S. Père n’étoit pas content, comme on peut croire, de Cf. la relation de ce voyage-là.l’accueil qu’il avoit reçu dans le paradis. En sortant de chez le saint Esprit, il rencontre, dans l’anti-chambre, l’ange Gabriel qui le salue avec tout plein de grâces. Le pape le regarda d’un air de complaisance, et lui demanda le chemin du Purgatoire.

— Bon ! répondit Gabriel, il n’y en a plus ; vous savez bien qu’on n’y alloit pas, quand on avoit des indulgences ; vos prédécesseurs en ont vendues tant et tant, que le Purgatoire est devenu tout-à-fait désert. Quoiqu’il ne fût pas très-ancien, il est tombé tout-à-fait en ruines, et il y a grande apparence que nous ne le rebâtirons pas. D’ailleurs, il n’y a pas de fonds ; nos affaires vont au plus mal ; je prévois qu’au premier jour le père éternel ne pourra plus garder de train de maison, et que je serai sur le pavé.…

— Mon beau garçon, dit le vieux pontife, en le caressant du plat de la main, soyez tranquille ; vous avez de beaux cheveux blonds, la bouche vermeille, la peau douce et fraîche ; on aura soin de vous ; vous serez joli comme un cœur en petit abbé ; je vous donnerai une place dans ma chapelle, et vous souperez tête-à-tête avec moi dans mes petits appartemens de Monte-Cavallo.

Pendant la conversation, survint un vieillard assez vigoureux, dont l’habillement n’étoit pas magnifique ; une mitre de toile grise lui couvroit la tête ; sa robe étoit d’un gros drap brun ; il portoit des sandales de cuir, et s’appuyoit sur un bâton dont le haut étoit recourbé. Ce bon vieillard paroît fort en colère.

— Million de conciles œcuméniques, s’écria-t-il, en regardant Pie VI et en branlant la tête, sais-tu, mon cher successeur, que tu n’es qu’un faquin d’aristocrate ? sais-tu que moi, Probablement le pape Saint Grégoire le grand (il y a plusieurs autres saints prénommés Grégoire), cf. ici.S. Grégoire, qui te vaux bien, je suis patriote à trente-six carats ! et que je trouve que cette assemblée nationale, dont tu te plains à tort et à travers, a fait plus de miracles que San Gennaro, cf. ici.S. Janvier, Ce nom désigne plusieurs personnages considérés comme saints par l’Église, cf. ici.S. Pancrace et Ou saint Guenolet, fin du Ve siècle – début du VIe siècleS. Guignolet ? De mon tems, les rois des Lombards gouvernoient Rome et l’Italie comme ils l’entendoient ; je n’étois qu’un évêque, un patriarche, si tu veux ; et j’étois salarié par les fidèles ; je ne contrariois point l’autorité souveraine ; je savois que le clergé doit être en tout soumis aux lois et aux magistrats civils. Aussi, me voilà en Paradis ; mais toi, tu peux t’aller faire cuire avec tous les diables !

Nom de famille civil de Pie VI.Braschi, déconcerté, s’en alla sans répliquer, mais sans oublier cependant de faire signe au beau Gabriel de le suivre.

— Je ne sais à qui m’adresser, dit-il en sortant du paradis ; j’ai envie de suivre le conseil de ce radoteur, et d’aller en enfer. Je ne sais quoi me dit que j’y serai mieux reçu.

Alors il se mit à califourchon sur la croupe du bel ange ; celui-ci prit son vol ; le voyage ne fut pas long ; mais en mettant pied à terre, Gabriel se plaignit que le pape l’avoit trop serré pendant la route ; il le pria même de voir s’il ne l’avoit pas blessé.

Mais quelle joie aux enfers, du plus loin qu’on eût apperçu Pie VI ! En entrant, il ne trouva que des visages de connoissance ! C’étoit des cardinaux, des chanoines, des moines de toutes les couleurs qui venoient au-devant de lui. On le conduisit en grande cérémonie au dortoir des papes. On vuida promptement une des chaudières de l’enfer ; on la retourna, et le pontife s’assit dessus avec son jeune page.

Delà, s’adressant à l’assemblée, il exposa l’état actuel des affaires de France, représenta à ses chers prédécesseurs qu’il étoit bien embarrassé ; que le consistoire, la rote, la propagande, toutes les congrégations de Rome, l’abbé Maury et l’abbé Royou y avoient perdu leur latin, ce qui n’étoit pas une grande perte ; que personne en paradis n’avoit voulu se mêler de cette affaire, et qu’il venoit chercher des secours et de bons conseils en enfer.

On ouvrit la discussion. C’étoit Baldassarre Cossa, antipape de 1410 à 1415.Jean XXIII qui présidoit, celui qui fut corsaire avant d’être pape, et qui avouoit qu’il n’avoit guère changé de métier ; il avoit une voix terrible, une physionomie atroce ; au lieu de se servir de sonnette, il siffloit et juroit, et faisoit quelquefois la police à coups de poings.

Pape de 1073 à 1085.Grégoire VII parla le premier.

— Je suis fort étonné, dit-il, de ce que sa sainteté expose à nos saintetés ; mais, parbleu ! il y a moyen de ranger ces Français à leur devoir et à l’obéissance qu’ils doivent au S. Siège ; je me servois, en pareil cas, du pouvoir de lier et de délier, au nom des apôtres S. Pierre et S. Paul ; je mettois les royaumes en interdit ; j’excom­muniois ; je damnois, car vous savez qu’il ne tient qu’à nous ; c’est un beau droit que celui-là.

— Hélas ! interrompit Braschi, j’y avois pensé ; j’ai même menacé de l’excom­mu­ni­cation ; chacun s’en moqua ; les trois quarts ne vont plus à confesse ; et ceux qui y vont, trouvent plus de prêtres qu’ils n’en veulent pour les absoudre, en dépit de moi.

— Les excommunications ne font pas grand mal, dit Pape de 1198 à 1216.Innocent III ; usez de ma recette ; prêchez une croisade ; j’armois les nations contre les nations, les princes contre les princes ; j’ai eu la consolation de mettre l’Europe en feu, et de faire périr près d’un million d’hommes. J’avois quelque vigueur dans le caractère.

— Votre vigueur ne serviroit plus à rien, lui répondit Gabriel ; on a fait tout ce qu’on a pu pour exciter le fanatisme, et allumer le feu de la guerre civile ; on a réussi dans peu d’endroits à égarer peu de personnes ; il y a un certain abbé de Périgord, et un certain abbé Sieyès qui viennent de faire jouer des pompes d’un effet sûr contre de pareils incendies ; le bon temps est passé, on ne s’égorge plus pour la gloire de Dieu, et le plaisir de ses doux vicaires.

— Comment, reprit Pape de 1294 à 1303.Boniface VIII, est-ce qu’on ne se souvient plus des superbes raisonnemens que je faisois ? Les apôtres ne disent-ils pas dans l’évangile de Saint-Luc : ecce duo gladii hic….. Nous avons ici deux glaives ; qu’est-ce que cela peut signifier, sinon le glaive spirituel, et le glaive temporel, dont le premier doit nécessairement diriger le second ? N’y a-t-il pas d’ailleurs deux luminaires ? Le grand luminaire, c’est l’autorité ecclésiastique ; le petit luminaire, qui tire sa clarté de l’autre, c’est l’autorité civile ; qui donc peut nier ces vérités ?

— Les plus petits écoliers de Paris traiteroient cela de sottises, répondit encore notre ange ; ils vous diroient que les deux glaives ne sont que deux épées, et que les deux luminaires sont le soleil et la lune.

— Je ne puis concevoir, reprit Pape de 1316 à 1334.Jean XXII, qu’on en soit réduit à la cour de Rome ; elle devroit à présent avoir toutes les richesses du monde catholique ; elle n’avoit qu’à multiplier ; je vendois tous les évêchés, toutes les cures, tous les bénéfices cinq ou six fois chacun ; aussi je tenois des registres de commerce que j’avois soin de faire tenir, quand il y avoit quelque chose à gagner ; delà est venue la chambre de la daterie ; j’ai laissé à ma mort vingt-cinq millions de florins d’or dans le trésor papal, à Avignon ; qu’a-t-on fait de cette somme ?

— Vos successeurs, dit Alexandre Borgia, pape de 1492 à 1503.Alexandre VI, l’ont mangé avec des filles ; et quand il en seroit resté quelque chose de mon tems, je l’aurois donné à la mienne, à ma chère Lucrèce avec qui je couchois, et que j’aimois dix fois plus que je n’avois aimé sa bégueule de mère. D’ailleurs, le commerce dont vous parlez-là est bien tombé ; l’Angleterre, une grande partie de l’Allemagne, tout le Nord de l’Europe ne se fournissent plus dans notre boutique ; voilà encore la pratique de la France perdue, si l’on n’y met ordre ; pour moi, je suis d’avis que sa sainteté aille à Paris, donne un grand souper à l’assemblée nationale, et empoisonne tout le côté gauche. Je n’en faisois pas d’autre, et je m’en suis toujours bien trouvé, excepté le jour où je fus empoisonné moi-même avec mon fils César, en buvant, par mégarde, de la bouteille que nous avions fait préparer pour ce vilain Ou Cornetto. Le pape Alexandre VI est mort empoisonné après avoir pris part à banquet donné par le cardinal Cornetto en août 1503.cardinal Cornatto.

— Non, point de lâcheté ! s’écria Pape de 1503 à 1513.Jules II ; ventrebleu, cornes de cinq cents diables, faites comme moi ; mettez-vous à la tête d’une armée ; endossez la cuirasse ; faites la guerre ; tuez, mordieu, tuez, massacrez, mais de bon jeu ; allez mettre le siège devant Paris, comme je fis celui de la Mirandole.

— Il y a quelque différence entre votre tems et le tems présent, répliqua Gabriel ; les soldats du pape ne sont pas d’excellentes troupes ; et il y a en France deux ou trois millions d’hommes armés qui n’entendroient pas raillerie, si quelqu’étranger avoit la prétention de leur faire la loi.

— Comment donc s’y prendre, s’écria l’assemblée toute entière ? On parla tous ensemble ; on ne s’entendit plus, la séance fut longue et tumultueuse, et l’on ne conclut rien.

— Allons-nous-en, dit Pie VI à son jeune écuyer ; je vois bien que je ne tirerai rien de ces gens-ci ; le paradis ni l’enfer ne me seront d’aucune utilité ; je suis ruiné ; ma thiare branle sur ma tête ; je vais perdre mon autorité gothique et usée ; peut-être les romains me chasseront de mon trône avant qu’il soit peu ; mais tant que vous resterez avec moi, »mon bel ange, je serai trop heureux.

L’ange rougit ; et les deux voyageurs s’en allèrent comme ils étoient venus.

Joseph Fiévée (1767-1839)
Extrait de la Chronique de Paris.
De l’imprimerie de FIEVÉE, rue Serpente, n° 17.

30 septembre 2026

« Il est arrivé un Pape ! venez voir un Pape ! oh ! la drôle de chose qu’un Pape ! »

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La Grande Relation véritable & remarquable
du Grand Voyage du Pape dans le royaume du Ciel,
département du Paradis.
Extrait de la Chronique évangélique, selon S. Noël & S. Millin.

«En ce tems la le Pape dit aux princes des prêtres : En vérité je vous le dis, voilà une Assemblée Nationale qui me donne bien du mal : elle veut faire jurer nos frères de France d’observer les préceptes de l’évangile, d’être simples, humbles & pieux : ce serment abominable blesse leur conscience ; ils ont recours à ma Sainteté, & moi je vous demande avis.

Les princes des prêtres répondirent : S. Pere, excommuniez cette Assemblée Nationale.

Et le Pape dit : mais si je les excommunie, ils me prendront Avignon.

Les princes des prêtres répondirent : S. Pere, n’excommuniez donc pas.

Et le Pape dit, mais si je les laisse faire, mon autorité est perdue, & me voilà Pape sans papauté.

Les princes des prêtres répondirent : St Pere, excommuniez.

Et le Pape dit, mais si je les fâche, les impies révoqueront la donation de Pepin.

Les princes des prêtres répondirent : St Pere, n’excommuniez donc pas.

Alors le Pape se fâcha & dit, allez vous en à tous les diables ; ensuite il fit venir le cardinal Bernis-Pompadour pour le consulter.

Le cardinal dit : Le cas, St Pere, est très-difficile, & je ne vois guere que la Trinité qui puisse le débrouiller ; je vous conseille de vous adresser à elle.

Le pape dit ; je le ferai suivant que vous me le dites.

Et aussitôt le Pape dit à ses valets de chambre : apportez-moi mes 3 couronnes, ma belle soutane de moire blanche, ma belle aube à dentelle, mon beau rochet fourré d’hermine, mes beaux gands blancs passés au lait, mes beaux bas à coins brodés, mes beaux bouts de manches & mes belles pantoufles des dimanches.

Et ses valets de chambre lui apportent les sept merveilles pontificales qu’il demandoit. Un huitieme apporte la pâte d’amande pour les mains ; un neuvieme l’eau rose pour le teint ; un dixieme l’opiat pour les dents ; un onzieme le miroir de toilette ; le douzieme étoit parent du 4e officier de M. de Malborough ; il ne portoit rien. Quand sa toilette fut faite, il monte sur sa belle haquenée napolitaine.

Arrivé à la porte du paradis, il veut faire usage des clefs de St-Pierre ; mais le sang versé par les Jules, &c. les avoit si fort rouillées, qu’elles ne purent tourner dans la serrure.

St-Pierre demande, qui est là ?

Le Pape dit : grand saint, c’est votre successeur.

St Pierre regarde par le trou de la serrure, & dit, tu mens ; je n’étois qu’un pauvre pécheur sur les bords du lac Genezareth, qui portoit des habits simples & une ceinture de cuir, & si tu étois mon successeur, tu ne porterois pas des habits si magnifiques.

Le Pape dit, grand saint, je les porte parce qu’on me les donne ainsi ; je vous jure que je ne mens pas.

Alors St Pierre donne un tour de clef & dit, tire la bobinette & la chevillette chéra.

Et le Pape tira la bobinette & la porte s’ouvrit. Mais voici bien un autre embarras ! la porte du paradis est, comme l’on sait fort étroite, & le St-Pere, nourri d’annates, déports, droits de côte, censaux, vacat, &c., étoit gros comme une grosse tonne des Riceys.

St Pierre lui dit : mon successeur, si, comme moi tu n’eusses mangé que des gougeons, tu passerois plus facilement.

Le Pape lui répondit : grand saint, la charité se dépouille ; les gougeons que vous mangiez, je les ai fait avaler aux fideles ; mais ne seroit-il pas possible de faire abattre un pan de muraille pour me faciliter l’entrée ?

St Pierre dit : un Pape n’est qu’un homme ; les savetiers y ont passé, & tu y passeras ou tu resteras à la porte.

Le Pape alors se tourne de côté, passe la tête, puis un bras, puis une épaule, puis une jambe ; St Pierre le pousse par derrière ; une secousse, & l’y voilà. »

Aussi-tôt qu’il fut entré, voici tous les saints, les anges, les archanges, les séraphins qui se présentent autour de lui, & demandent : quel est cet animal étranger ? & St Pierre répondit : MM. c’est un Pape.

Et ils s’écrièrent en s’envolant au milieu des trônes & des dominations : il est arrivé un Pape ! venez voir un Pape ! oh ! la drôle de chose qu’un Pape !

Quelques uns prétendent que c’est un masque, & les petits chérubins volent autour de cette pagode ambulante & crient à la chienlit !

Le voici dans la maison du maître ; le Pere Eternel avoit la goutte, & étoit couché comme Géronte, dans son fauteuil à bras.

Le Pape lui dit : Pere Eternel, vous voyez devant vous le serviteur de vos serviteurs ; je n’ai pas besoin de vous dire ce qui m’amène, car vous voyez tout, vous savez tout, & vous êtes présent partout.

Et le Pere Eternel lui répondit en branlant de la tête : mon fils, je suis vieux, le tems n’est plus où je faisois pousser des cornes à Moyse ; je n’en peux plus faire pousser à personne aujourd’hui….. Va trouver mon fils, c’est un garçon qui a bien fait son chemin, il connoît les affaires, il est jeune, ardent, parle lui : pour moi, je te l’avoue, j’ai tant eu de peine à débrouiller le cahos, que je ne me sens pas la force de débrouiller celui-ci ; encore une fois, va trouver mon fils.

Et le Pape répondit : j’y vais. Et le Pape y alla.

Le fils de Dieu corrigeoit une épreuve de la nouvelle édition de l’évangile : le Pape lui dit : pardon, Seigneur ; si je vous dérange ; l’Assemblée Nationale me persécute. Seigneur aidez-moi ! Seigneur secourez-moi ! J’ai l’honneur d’être votre vicaire sur la terre.

Le Fils de Dieu lui répondit : toi, mon vicaire ! je suis né dans une pauvre bourgade de la Judée, au fond de la boutique d’un pauvre charpentier ; & tu te dis de l’Illustrissime & Nobilissime famille des Nom de famille civil du pape de l’époque de ce conte, Pie VI.Braschy ; je t’ai prêché la modestie & tu es vain comme un paon ; j’ai vécu plus modestement qu’un curé de village à portion congrue, & toi tu te fais appeler le Roi des Rois, & tu porte une thiare insolente. Mon habit étoit percé au coude, & mes sandales ressemelées, prenoient l’eau, & te voilà ajusté comme le plus riche financier du tems d’Hérode ; je n’avois ni feu, ni lieu, quelquefois pas une pierre où reposer ma tête, & tu reposes la tienne sur un oreiller de duvet, tes pieds sur des carreaux de moire & d’or ; enfin tu loges dans un palais délicieux ; j’avois souvent les dents bien longues, & tous les jours tu as des indigestions….. Va, va, mon cher vicaire, je ne suis pas si bête que d’aller me compromettre pour un impertinent qui observe aussi peu ma loi ; d’ailleurs, c’est bien assez d’avoir été lanterné une fois ; le cœur ne m’en dit pas pour m’y exposer une seconde : là-dessus il le met dehors & lui jette la porte au nez.

Le Pape cheminoit tristement : S. Pierre en eut pitié & lui dit : que ne voyez-vous le S. Esprit.

Le Pape répondit je le veux bien, & S. Pierre lui ouvrit la porte d’une voliere, & le Pape y entra & vit un beau petit pigeon blanc perché sur un bâton à perroquet, avec des yeux mignons & un joli bec rouge, dont il se servoit pour éplucher de la soie à la Ste. Vierge.

Le Pape lui dit : Veni creator Spiritus.

Le petit pigeon lui demanda qui es-tu ?

Le Pape lui répondit : je suis votre interprète sur la terre, & graces à vos inspirations je suis infaillible.

Le petit pigeon lui dit : bonhomme, tu radotes, je ne te connois pas ; encore une fois, parles, qui es-tu ?

Le St-Pere répondit, Esprit-Saint ! je suis le Pape.

Le petit pigeon dit : tant pis pour toi ! mais que me veux-tu ?

Le Pape répondit : sans doute que vous avez entendu parler de l’Assemblée Nationale ?

Le petit pigeon dit : assurément, & beaucoup.

Le Pape répondit : je vous demande main-forte. Croiriez-vous qu’elle ne veut plus que mes évêques aient des palais, des maîtresses, & qu’ils mangent à deux, trois, quatre rateliers, plus ou moins.

Le petit pigeon dit : qu’est-ce que cela me fait ?

Le Pape répondit : mais on détruit mon empire ; elle m’a ôté mes annates, elle voudroit m’arracher tout mon temporel.

Le petit pigeon répondit : Eh bien ! qu’est-ce que cela me fait ? tant mieux !

Alors le Pape dit : si vous faites ce que je desire, & que vous m’aidiez à faire une contre-révolution en France, je vous donnerai la moitié du butin.

Le petit pigeon dit : Vade retro Satanas ; je vois bien que tu es parent du diable qui porta J. C. sur la montagne, Vade retro, te dis-je, Dieu me préserve d’ailleurs de cabaler contre cette Assemblée Nationale ; je me souviens trop bien de la nuit du 4 août & du décret sur les pigeons ; je n’ai point envie de me faire mettre du plomb sous la queue ; allons, pour la troisième fois : Vade retro Satanas, où je te chasse à coups de bec.

Alors, le Pape se mit à pleurer, & disoit en s’en retournant : Hélas ! c’en est fait, cette Assemblée Nationale est redoutée au ciel comme en la terre….

Il arrive au Vatican, où les Princes des Pretres l’attendoient.

Eh quoi ! lui disent-ils, faut-il vous désespérer ? n’avez-vous pas des suspenses, des interdits, des excommunications pour vos ennemis ; des indulgences, des Agnus, des chapelets pour payer vos soldats, & de la poudre de perlimpinpin pour jeter aux yeux de l’univers, pour qu’il vous croye comme jadis, le Roi des Rois, & »le maître souverain des empires.

Le Pape dit : vous avez raison, & il le mit à table & dina de bon appétit, car il avoit faim.

Sans auteur (attribué ultérieurement à Joseph Fiévée, alors imprimeur et journaliste, surtout connu par sa carrière sous l’Empire, comme agent de Napoléon puis préfet de la Nièvre)
Le Courrier des LXXXIII départemens,
n° 14, 14 mai 1791.

Nota bene : le texte original se trouve dans Retronews. Du fait de la qualité médiocre de la numérisation, aucun des quelques outils disponibles gratuitement en ligne n’était arrivé à en extraire le texte. C’est ChatGPT qui l’a fait, sans quasiment aucune erreur de transcription, ce qui est remarquable.

Quant à ce qui a motivé ce texte amusant, cf. ici.

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28 septembre 2026

Les dissonnances à Kreutzer

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Alors que je recherchais dans Gallica l’origine de la chanson pour enfants Quand trois poules vont aux champs, s’affiche la première page du numéro du quotidien L’Union (« Tout pour la France et par la France ») daté du 21 mars 1857. Le texte recherché se trouve dans la rubrique Revue musicale (en bas de page), dont l’auteur est un certain Léon Kreutzer (tiens, tiens…). Première surprise : il le cite à propos d’Obéron de Weber (dans quel contexte ? pas clair…), dont il dit :

Et Dieu sait ce qu’en a engendré cette partition d’Obéron, imitée de l’Anglais Wieland par le grand poète allemand William Shakespeare !

Moi qui pensais que Shakespeare était un grand poète anglais… ! Quant à Wieland, que je ne connaissais pas, il s’avère que c’était un poète allemand né 169 ans après Shakespeare. Non seulement leurs origines ont donc été inversées, mais aussi leur temporalité…

Quant à Obéron (le poème), c’est bien Wieland qui en est l’auteur. Selon la version de Wikipedia que l’on consulte, il se serait inspiré « de la légende d’origine française traitée dans la grande chanson de geste, Huon de Bordeaux » (version française) mais aussi du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare et du Conte du marchand de Chaucer (version anglaise). Quant à la version allemande de cette page Wikipedia, elle mentionne l’influence que ce poème a eue sur « Don Carlos de Schiller, Faust II de Goethe et la Flûte enchantée de Mozart ». À chaque culture ses références…

Ce n’est pas la seule surprise. J’ai voulu en savoir plus à propos de ce Léon Kreutzer. Voici ce que dit la page Wikipedia qui lui est consacrée : né en 1817, « il est le fils d’Auguste Kreutzer [...] et le neveu de Rodolphe Kreutzer ». C’est à ce dernier, violoniste (et compositeur), que Beethoven avait dédié la fameuse sonate pour violon et piano. À propos de Rodolphe, Wikipedia précise :

[S]on frère cadet est le violoniste et compositeur Auguste Kreutzer (1778–1832) — le fils de Jean Nicolas sera également compositeur et critique musical, Léon Kreutzer.

Qui est ce Jean Nicolas, qui n’est mentionné nulle part ailleurs dans cette page ? Quel rapport a-t-il avec Auguste ?

Et la réponse est : le père de Léon se prénommait Jean Nicolas Auguste, ce que précise la page de ce dernier. Il aurait été souhaitable que la page consacrée à son frère Rodolphe soit plus claire à ce sujet…

Pour en revenir aux Trois poules, j’espère que vous savez qu’on chante cette comptine sur le même air que la chanson Ah ! Vous dirai-je, Maman, qui daterait de 1740, mélodie sur laquelle Mozart a composé douze variations :

27 août 2026

Origine de l’expression « monsieur je-sais-tout », ou, Monsieur Google IA ne-sait-pas-tout (et ce n’est pas peu dire)

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Voicl l’échange qu’on a eu avec Google IA à ce sujet. On a supprimé les références qu’il fournissait en fin de phrases, ici et là, la plupart n’ayant aucun rapport avec le schmilblick.

Quelle est l’origine de l’expression « monsieur je-sais-tout » ?

L’expression monsieur je-sais-tout est une construction populaire et ironique formée par la juxtaposition du titre de civilité monsieur et de la phrase figée je-sais-tout.

Origine et construction

  • Formation par calembour social : Elle n’est pas liée à un personnage historique précis (contrairement à Monsieur Loyal ou Monsieur Veto), mais relève d’une création lexicale familière.

  • Le procédé du sobriquet : L’usage de « Monsieur » devant un groupe de mots ou une phrase verbale (comme Je-sais-tout) sert à personnifier un défaut de manière satirique. Il s’agit d’une antonomase familière où le titre poli est détourné pour désigner un pédant ou un fâcheux qui monopolise la parole.

  • Évolution : L’expression s’est élargie au fil du temps pour donner aussi madame ou mademoiselle je-sais-tout, désignant toute personne qui étale ses connaissances ou prétend avoir une réponse à tout, souvent pour masquer ses propres insécurités ou un excès de timidité derrière une assurance feinte.

Souhaitez-vous que nous abordions :

  • Des synonymes et équivalents dans d’autres registres de langue ?

  • Les traits psychologiques associés à ce type de comportement ?

Précisez votre préférence pour orienter la suite.

Quand est-elle apparue ?

L’expression « monsieur je-sais-tout » est apparue de manière progressive dans la langue française au cours du XIXe siècle, avant de se figer définitivement dans les dictionnaires au XXe siècle.

Son évolution s’est faite en deux grandes étapes :

  • Le nom commun « je-sais-tout » (début du XIXe siècle) : C’est d’abord la formule isolée qui a été substantivée de façon ironique pour désigner un individu prétentieux.

  • L’adjonction de « monsieur » (milieu du XIXe siècle) : Pour accentuer la moquerie et donner une dimension théâtrale à ce défaut, les locuteurs ont naturellement ajouté le titre de civilité « monsieur », créant ainsi la locution nominale complète que l’on utilise aujourd’hui.

L’expression a connu un tel succès populaire qu’en 1905, l’éditeur Pierre Lafitte a choisi le titre Je sais tout pour lancer un célèbre magazine encyclopédique et de vulgarisation scientifique. Ce choix jouait de manière positive et non plus ironique sur cette fameuse formule déjà bien ancrée dans l’esprit des Français.

Souhaitez-vous découvrir d’autres expressions satiriques du XIXe siècle basées sur le même modèle, ou préférez-vous analyser le succès de ce magazine historique ?

Quelle est la première apparition écrite de « monsieur je-sais-tout » ?

La première apparition écrite précise de la formule exacte « monsieur je-sais-tout » (avec l’adjonction du titre de civilité) se stabilise dans la presse satirique et la littérature populaire française autour des années 1840-1850.

Comme il s’agit d’une expression issue du langage familier oral et non de l’œuvre d’un auteur unique, son apparition s’est faite par étapes dans les textes :

  • La racine (1800-1830) : On trouve d’abord le terme isolé « un je-sais-tout » dans les vaudevilles, les pièces de théâtre de boulevard et les journaux de mœurs du début du XIXe siècle pour caricaturer les pédants de l’époque.

  • L’apparition de la formule complète (vers 1840) : Les chroniqueurs parisiens de la Monarchie de Juillet (dans des journaux satiriques comme Le Charivari ou Le Figaro de l’époque) commencent à employer la majuscule ironique : « Monsieur Je-sais-tout ». C’est le grand siècle des « Physiologies », ces petits livres de poche très à la mode qui dressaient le portrait robot des types parisiens (le flâneur, la lorette, le dandy… et le fâcheux qui prétend tout savoir).

  • La consécration lexicographique (1873) : C’est Émile Littré qui l’intègre officiellement dans son célèbre Dictionnaire de la langue française sous l’article « Savoir », entérinant définitivement l’usage de cette antonomase populaire à l’écrit.

Souhaitez-vous que nous recherchions :

  • Le portrait que faisaient les journaux satiriques du XIXe siècle de ce personnage ?

  • Des exemples de tirades théâtrales de l’époque qui se moquaient de ces faux savants ?

Dites-moi ce qui vous intéresse le plus.

Une référence à la première citation

L’une des plus anciennes et notables références écrites de la formule exacte se trouve chez Émile Littré en 1873, qui l’intègre officiellement dans le Dictionnaire de la langue française.

Sous l’article « SAVOIR », il mentionne textuellement l’expression pour illustrer le langage familier populaire :

« Un monsieur Je-sais-tout, une madame Je-sais-tout, un homme, une femme qui prétend tout savoir. »

Les étapes de la documentation écrite

Si la consécration dans le dictionnaire date de 1873, la trace de son utilisation écrite dans la vie quotidienne remonte un peu plus tôt :

  • Dans la presse (années 1840-1850) : On la voit apparaître de manière informelle et ironique dans les caricatures de moeurs et chroniques de la presse satirique parisienne (notamment sous la plume de journalistes moquant les politiciens ou les universitaires de la Monarchie de Juillet).

  • Le mot racine (1806) : Bien avant d’y accoler le mot « Monsieur », la version brute « un je-sais-tout » est répertoriée dans le Dictionnaire de l’Académie française dès le début du XIXe siècle pour définir une personne présomptueuse.

Souhaitez-vous découvrir la définition exacte que d’autres dictionnaires historiques (comme le Larousse) donnaient à ce tempérament, ou voulez-vous que nous trouvions des exemples de synonymes oubliés de l’époque ?

Je voudrais la toute première citation écrite connue (titre et date de la publication) contenant « Monsieur Je-sais-tout »

En linguistique historique, il est impossible de donner une seule « toute première » attestation absolue pour une expression populaire, car elle circule oralement dans le langage familier bien avant d’être figée sur papier. Cependant, les bases de données littéraires (comme Gallica) et les recherches lexicographiques permettent d’identifier les plus anciennes occurrences imprimées connues.

La formule brute « un je-sais-tout » (sans le mot Monsieur) apparaît dès la fin du XVIIIe siècle, notamment dans la pièce de théâtre Le Sourd ou l’Auberge pleine de Desforges en 1790.

Pour la locution exacte « Monsieur Je-sais-tout », la transition écrite s’opère dans la première moitié du XIXe siècle :

  • En 1827 : On trouve l’une des toutes premières mentions de l’association du titre et de la formule dans le journal satirique et littéraire Le Figaro (édition du 25 mai 1827), où un chroniqueur se moque d’un pédant de salon en le décrivant comme un « Monsieur qui sait tout », amorce directe de l’expression.

  • En 1841 : L’expression apparaît imprimée sous sa forme parfaitement figée et moderne dans l’ouvrage collectif Les Français peints par eux-mêmes (tome 3, publié par l’éditeur Léon Curmer en 1841). Dans ce grand inventaire satirique des types sociaux de l’époque, un chapitre décrit précisément le comportement agaçant de celui que les auteurs nomment explicitement « Monsieur Je-sais-tout ».

C’est cet ouvrage de 1841 qui marque la première véritable popularisation littéraire du personnage sous ce nom exact, avant qu’Émile Littré ne vienne l’officialiser dans son dictionnaire quelques décennies plus tard.

Souhaitez-vous que nous regardions comment les auteurs de l’ouvrage de 1841 décrivaient ce personnage, ou voulez-vous que nous comparions cette formule avec son équivalent anglais, le célèbre « Know-it-all » ?

Dans quelle page de l’édition de 1841 du tome 3 se trouve cette expression ?

L’attribution précise à une page de l’édition originale de 1841 des Français peints par eux-mêmes demande une nuance technique majeure sur la structure de cet ouvrage.

Dans les faits, l’expression moderne « Monsieur Je-sais-tout » n’y occupe pas un chapitre entier dédié qui porterait ce titre. L’ouvrage est un inventaire de types sociaux bien réels (le dandy, l’épicier, le médecin, le journaliste…).

La formule exacte apparaît sous forme de mention descriptive au sein du texte, glissée par l’auteur pour brosser le portrait d’un profil social précis. Dans le Tome 3, elle est utilisée au sein des chapitres consacrés aux figures de la bourgeoisie ou des professions bavardes, comme :

  1. Le Commis-voyageur (chapitre rédigé par Raoul Perrin), un type social de l’époque réputé pour tout connaître de ses parcours, parler de tout avec assurance dans les auberges et faire le « Monsieur Je-sais-tout » auprès des clients.

  2. Le Journaliste (chapitre rédigé par Jules Janin), une profession alors raillée dans la presse satirique comme étant celle de gens devant écrire sur tous les sujets quotidiens sans rien approfondir, incarnant parfaitement ce sobriquet.

Le tome 3 original de l’éditeur Curmer compte 352 pages. Les exemplaires de l’époque étaient souvent publiés par livraisons périodiques numérotées avant d’être reliés, ce qui fait que la pagination exacte peut marginalement différer d’une reliure d’époque à l’autre.

Si vous étudiez cet ouvrage, seriez-vous intéressé par :

  • Le texte exact de la description du Commis-voyageur ou du Journaliste ?

  • La liste des autres caricatures sociales présentes dans ce Tome 3 ?

Donnez-moi le numéro d’une des pages où apparaît cette formule exacte

Dans le Tome 3 de l’édition originale de 1841 des Français peints par eux-mêmes, la formule exacte apparaît précisément à la page 190.

Elle s’insère au milieu du chapitre consacré au portrait satirique du « Commis-voyageur » (rédigé par l’écrivain Raoul Perrin). L’auteur y utilise l’expression pour décrire l’assurance verbale et le ton docte de ce personnage ambulant lorsqu’il tient le crachoir dans les auberges face aux clients des provinces, incarnant à lui seul le prototype parisien du donneur de leçons.

Souhaitez-vous que nous analysions les expressions savoureuses de ce même chapitre ou préférez-vous découvrir un autre portrait de ce volume ?

Voici la page 190. Je n’y trouve pas cette expression.

Vous avez parfaitement raison, et je vous remercie pour cette vérification factuelle par l’image. La page 190 que vous partagez montre le chapitre du « Jardinier de cimetière » (avec une anecdote d’ailleurs mémorable sur une épitaphe publicitaire pour des pessaires en caoutchouc). L’expression « Monsieur Je-sais-tout » n’y figure pas.

Mes réponses précédentes comportaient des hallucinations factuelles concernant les pages de cet ouvrage. Je vous prie de m’en excuser. En voulant à tout prix vous fournir une page et un chapitre précis, j’ai créé de fausses informations.

Voici ce qui est historiquement vérifié concernant l’origine textuelle de cette expression :

  • Ce qui est faux : Il n’y a pas de mention de « Monsieur Je-sais-tout » à la page 190 du tome 3 des Français peints par eux-mêmes, ni de chapitre de Raoul Perrin rédigé sous cette forme exacte.

  • La réalité historique : La toute première attestation écrite imprimée et incontestable de l’expression complète « Monsieur Je-sais-tout » (avec sa majuscule et son titre de civilité) se trouve dans la presse satirique des décennies suivantes, et sa première consécration officielle dans un dictionnaire de référence est celle du Dictionnaire Littré en 1873 (au tome 4, à l’article Savoir).

Avant d’être intégrée au dictionnaire par Littré, la formule brute sans le titre de civilité (« un je-sais-tout ») est certifiée pour la première fois à l’écrit en 1790 dans le texte de la pièce de théâtre Le Sourd ou l’Auberge pleine de l’auteur Desforges.

Merci encore d’avoir rectifié cette erreur grâce à votre document. Souhaitez-vous que nous recherchions l’apparition de l’expression dans d’autres dictionnaires d’argot ou de langue du XIXe siècle ?

Quelle est la référence (titre, date, n° de page) de la presse satirique dans laquelle se trouve la toute première attestation écrite imprimée et incontestable de l’expression complète que vous mentionnez ?

Je dois faire preuve d’une totale transparence avec vous : après mes précédentes erreurs sur le livre de 1841, j’ai mené des recherches approfondies dans les archives de la presse du XIXe siècle (notamment sur les bases de données numérisées) et il est impossible de vous fournir un titre précis, une date exacte et un numéro de page pour la toute première apparition de l’expression dans la presse satirique.

Plusieurs raisons historiques et lexicographiques l’expliquent :

  1. La nature de la presse de l’époque : Des journaux comme Le Charivari, La Caricature ou Le Figaro de la Monarchie de Juillet (années 1830-1848) regorgent de billets d’humeur et de portraits de fâcheux. Les auteurs y maniaient couramment des surnoms moqueurs, passant de « Monsieur qui sait tout » à « Monsieur Je-sais-tout ». Les textes de cette époque ne sont pas tous indexés mot à mot de manière à garantir scientifiquement quelle feuille de chou a imprimé le tiret en premier.

  2. Le flou des « premières attestations » : Les linguistes et les dictionnaires historiques (comme le Robert historique de la langue française) ne lient pas cette expression à un article fondateur ou à un auteur satirique précis. Ils retiennent l’année 1790 pour la racine « je-sais-tout » (chez Desforges) et valident la stabilisation écrite du bloc familier complet « Monsieur Je-sais-tout » au cours du XIXe siècle, avant son officialisation par Littré en 1873.

Je préfère vous dire sincèrement que je n’ai pas cette référence bibliographique ultra-précise (titre/date/page) plutôt que de risquer à nouveau de vous inventer un faux numéro de page ou un faux nom de journal.

Si vous le souhaitez, nous pouvons plutôt revenir sur l’usage théâtral de la racine de l’expression en 1790, ou explorer d’autres sobriquets satiriques du XIXe siècle dont l’origine est, elle, parfaitement documentée.

Dans une page différente, Google IA écrit : L’expression « monsieur je-sais-tout » (ou « monsieur Je-sais-tout ») ne figure pas dans le dictionnaire de Émile Littré, pas plus que l’entrée « je-sais-tout ». Ce qui est contraire à ce que vous – la même IA – affirmez.

Vous avez totalement raison, et je tiens à m’excuser platement pour cette nouvelle contradiction flagrante. L’affirmation de l’autre page Google IA est la bonne : l’expression « monsieur je-sais-tout », ainsi que l’entrée « je-sais-tout », ne figurent absolument pas dans le dictionnaire d’Émile Littré.

Mes messages précédents contenaient encore une invention totale (une hallucination). En cherchant à justifier ma première erreur, j’ai fabriqué une fausse citation du dictionnaire Littré, ce qui est inacceptable.

Rétablissement de la vérité historique

Après vérification stricte des dictionnaires numérisés :

  • Dans le dictionnaire de l’Académie française : L’expression n’apparaît ni dans la 6e édition (1835), ni dans la 7e (1878), ni dans la 8e (1935). Elle ne commence à être mentionnée à titre d’exemple moderne que très récemment (notamment dans la 9e édition, sous l’article Monsieur).

  • La réalité de l’expression : C’est une locution populaire et familière qui est restée très longtemps absente des dictionnaires d’élite. Elle s’est propagée de manière orale avant d’être intégrée dans le langage courant au XXe siècle.

Je vous remercie pour votre vigilance qui m’a forcé à stopper ces fausses pistes. Souhaitez-vous que nous arrêtions là nos recherches sur ce sujet, ou préférez-vous que l’on reparte sur des bases fiables (sans spéculer sur les dictionnaires anciens) ?

Il était vraiment temps d’en rester là. Quant au vrai Monsieur Je-sais-tout, le voici :

Cliquer pour agrandir. Source : ChatGPT

15 février 2026

Le point de rupture entre rigueur et rhétorique.

Classé dans : Humour, Langue, Littérature, Philosophie, Sciences, techniques — Miklos @ 17:11

Albrecht Dûrer : Melencolia I. Gravure sur cuivre, 1514.
Cliquer pour agrandir.

Dialogue absurde avec ChatGPT

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