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28 avril 2020

Apéro virtuel XXXVII : absinthe – ODE 8400 – musiques félines – passé et futur du cinéma – instruments de musique extraordinaires – livre et silence…

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 1:57

Lundi 27/4/2020

Jean-Philippe, grand spécialiste des apéritifs, s’était accompagné, cette fois-ci, d’une absinthe, dont la bouteille était décorée de multiple copies de l’autoportrait de Van Gogh. Comme le rappelle un article d’allodocteurs, « Vincent Van Gogh était un consommateur excessif d’absinthe, qui favorisait ses crises hallucinatoires. Il avait commencé à en boire à Paris sous l’influence, semble-t-il, d’Henri de Toulouse-Lautrec. Cette addiction l’a conduit à tenter d’avaler le contenu de ses tubes de peinture et du pétrole au cours de l’une de ses crises. » Après avoir discuté entre nous de sa composition, on est curieux de voir dans quel état sera Jean-Philippe au prochain apéro… Et s’il se mettait à nous lire l’annuaire téléphonique, a demandé Michel… ? À quoi il a répondu que ce pourrait être un Oulipo (sous-entendu : pas un dérangement de la ciboule, quoique certains pensent que les Oulipiens ont un grain quelque part). Dans une communication personnelle le lendemain, Françoise (C.) a parlé de la brasserie Rotonde (non pas celle de Montparnasse, mais l’autre), située dans l’immeuble où Verlaine avait vécu, et qui sert l’absinthe dans la plus pure tradition : fontaine à glaçon, cuillère etc… (ou, comme le précise leur carte : « absinthe fontaine old fashioned »).

De là, la discussion s’est poursuivie autour du téléphone. Sylvie s’est souvenue d’un exercice lors d’un stage de théâtre auquel elle avait participé, dans lequel elle – dans le rôle d’une adolescente qui avait fugué – et un autre comédien – dans celui d’un agent de police – devaient négocier (« – Je le dis à tes parents ! – Non ! »), mais en ne prononçant que des numéros de téléphone… de façon à ce que le public comprenne tout de même par les intonations de leurs voix et leurs attitudes corporelles. Comme quoi, tout ne passe pas que par les mots. Michel a alors rappelé (à ceux qui avaient connu cette période) que les numéros d’antan étaient composés de trois lettres (l’indicatif d’un quartier) et de quatre chiffres, ce qui avait un certain rythme qui « gravait » les numéros plus profondément dans la mémoire qu’actu­el­lement (d’ailleurs, ils se gravent plutôt dans les smartphones). Puis il a demandé aux présents s’ils connaissaient ce numéro de téléphone : BAL 0001 (qui se prononce « Balzac 00 01 »), et la réponse a été en fonction des générations présentes. Il a enfin essayé, en vain, de se rappeler de la réponse que lance, dans Le dernier métro, Catherine Deneuve à Gérard Depardieu qui la drague en lui demandant son numéro de téléphone – c’était ODE 8400 (« Odéon 84 00 », à dire d’une voix posée et grave) – il ne se souvenait que du 8400. Françoise (P.) a raconté qu’un des indicatifs étant « Taitbout », une bonne blague consistait à appeler un abonné de ce quartier, et lui lancer quand il répondait : « Taitbout ? Eh bien couche-toi ! ». Puis elle a aussi exprimé son regret de la disparition des numéros de départements sur les plaques minéralogiques : deviner les dé­par­te­ments occupait bien les enfants lors d’un voyage en voiture avec leurs parents.

Pour faire écho à la récente présentation de l’influence des métronomes sur les chats, Sylvie nous a alors parlé du Duo des chats attribué à Rossini, mais qui est en fait dû à plusieurs ingrédients probablement combinés par le compositeur anglais Robert Lucas de Pearsall (sous le pseudonyme de G. Berthold) : la Katte-Cavatine du compositeur danois Christoph Ernst Friedrich Weyse et deux extraits d’Otello de Giuseppe Verdi. Elle nous a alors montré un montage bout à bout de plusieurs interprétations de cette œuvre – par deux femmes, par une femme et un homme, par deux hommes… – dont une avec Montserrat Caballé, diversement appréciée par les trinqueurs du fait de son vibrato qui donnait à certains le mal de mer. De là, on a évoqué d’autres grandes cantatrices qui ont poursuivi leur carrière un peu trop longtemps au goût des uns ou des autres, à l’instar de Jessie Norman ou Barbara Hendricks.

Pour revenir à un des thèmes de ces derniers jours – le cinéma –, Françoise (P.) nous a parlé de cinéma et… covid. Habituée à aller au cinéma 2 à 3 fois par semaine, il lui manque beaucoup. Elle nous a lu un article de Jean-Michel Frodon publié dans Slate qui se demande si la crise du covid-19 est en train de tuer le cinéma : depuis sa création en 1895 par les Frères Lumière, il n’y a pas eu un seul jour sans qu’il y ait une séance de cinéma, même maintenant, quelque part dans le monde, mais des projecteurs continuent à s’éteindre pour des durées indéterminées. Les gens auront-ils envie de retourner au cinéma, de sortir de chez soi, « après », au vu des alternatives auxquels ils se sont habitués en confinement ? Dans la discussion qui a suivi, Michel s’est rappelé du cinéma Le Ranelagh, rue des vignes, où la projection du film se faisait de derrière l’écran et où il y avait des ouvreuses qui accompagnaient les spectateurs à leurs sièges. Jean-Philippe a alors mentionné qu’il y avait dans les salles de cinéma d’alors des classes de places – parterre, balcon, côtés –, comme au théâtre, au concert ou à l’opéra. Il a rajouté qu’il ne voit pas comment le désir de retourner dans les salles pourrait se développer, si l’on doit y venir masqué et s’asseoir à distance des autres spectateurs. Il se peut que dans le décon­finement, les cinémas réinstaurent un placement spécifique par places numé­rotées. `À propos de la crainte que les spectateurs évitent dans le futur les salles du fait de la disponibilité numérique des films, Sylvie a dit que cela lui faisait penser à l’émergence du livre élec­tro­nique : on avait dit qu’il tuerait le livre, mais cela n’a pas été le cas : lire un livre papier n’est pas la même expérience que de tenir ce livre papier dans ses mains (comme on l’avait d’ailleurs évoqué il y a quelques jours)anbsp;; de même, voir un film sur son smartphone n’est pas la même expérience que de le voir en salle. Michel fait aussi l’analogie avec manger seul chez soi ou en compagnie dans le restaurant. Jean-Philippe raconte que le dimanche précédant le confinement, il avait assisté à l’avant-première de La Bonne épouse avec Juliette Binoche : la salle, à l’UGC Gobelins, était pleine à craquer. Aura-t-on d’autres événements de ce type « après » ?

Michel, revenant à un autre des récents sujets, les instruments à musique, a montré un bref montage bout à bout d’extraits de trois vidéos : Resonant Chamber d’Animusic, Marble Machine Music de Wintergatan et Pïpe Dreams d’Animusic. Tous trois démontrant de façon « bluffante » des instruments extraordinaires, le premier et le troisième sont en fait des créations purement informatiques (de la société américaine Animusic), alors que le second est l’invention de Martin Molin (du groupe suédois Wintergatan) qui en joue ici ; c’est le premier modèle qu’il a conçu (un autre a suivi), après avoir vu les animations d’Animusic concernant leur « machine à billes ». Sa chaîne YouTube comprend de nombreuses vidéos montrant et expliquant son travail. Les instruments mécaniques existent depuis longtemps : Michel a rappelé le défunt musée d’instruments de musique mécanique sis impasse Berthaud (3e arrond.), où, dans les visites guidées, on pouvait jouer de certains de ces instruments merveilleux. Il a malheureusement fermé en 1994 (pour être remplacé par le musée de la Poupée, qui lui a fermé ses portes en 2017. Sylvie ayant mentionné Riton la Manivelle qui fréquente son quartier avec un orgue de barbarie, Michel a alors proclamé que l’orgue de barbarie, c’est « la musique qui tue ». Personne n’ayant compris cette remarque malgré l’indice qu’il a rajouté, « l’affaire Fualdès » (personne ne connaît plus les grands classiques), il a annoncé qu’il en parlerait demain. Françoise (B.) n’arrivait pas à se souvenir d’un film dans lequel elle associe l’orgue de barbarie avec une scène horrible. Ne s’agit-il pas du meurtre dans L’Inconnu du Nord-Express (1951) de Hitchcock ?

Et pour en revenir au livre, Jean-Philippe nous a lu un extrait de « Taciturio », cinquième des Petits traités de Pascal Quignard, qui débute par cette affirmation : « Le livre est un morceau de silence dans les mains du lecteur. Celui qui écrit se tait. Celui qui lit ne rompt pas le silence. » Cette lecture a suscité une vive discussion sur les rapports entre parole (dite) et mot (écrit). Michel a évoqué la lecture intégrale d’Albertine disparue de Marcel Proust par Jean-Laurent Cochet (décédé ce mois-ci du covid-19), performance extraordinaire à laquelle il a assité : qui eût cru qu’une telle écriture se prêterait à la lecture à haute voix ? Et pourtant. Françoise (B.) a dit que ses livres, sur leurs étagères, lui chuchotaient, certains allant même jusqu’à l’interpeler (et pourtant elle n’avait pas bu d’absinthe). Sylvie a raconté que, pendant la guerre, son père avait beaucoup voyagé en train en URSS. Dans le compartiment, il y avait un livre (en russe), dont chaque voyageur lisait à haute voix quelques pages puis le passait à son voisin pour qu’il continue. D’autre part, avant l’imprimerie, les scribes écrivaient les textes à reproduire sous la dictée d’un des leurs. Tout ceci démontre bien que le livre n’est pas un morceau de silence…

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

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