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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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6 mai 2020

Apéro virtuel XLV : vrais et faux amis, amis Facebook… et l’amour dans tout ça ?

Classé dans : Arts et beaux-arts, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 2:05

Mardi 5/5/2020

La thématique proposée pour ce soir étant « amitié, ami(e)(s) », le fond d’écran de Michel, que l’on voit ci-dessus, était conçu pour donner des indices sur la nature de son intervention. Jean-Philippe, iden­tifiant à droite un Écossais qui garderait le magot de la perfide Albion, a émis l’hypothèse qu’il s’agirait des liens privilégiés entre l’Aquitaine médiévale et la Grande-Bretagne. « Trop compliqué pour moi », répond Michel, en précisant que l’image à droite était la couverture d’un ouvrage publié à Leipzig pendant la Première Guerre Mondiale, de la plume d’Alfred Geiser (1868-?). Autre hypothèse de Jean-Philippe : la miniature de gauche ne représenterait-elle pas Dante et Virgile ? « Que nenni. » C’est Françoise (C.) qui se rapproche de la réponse, en disant que cette miniature représente en tout cas deux amis. Un indice supplémentaire s’est retrouvé dans l’image suivante, qui reproduisait la page de garde de deux ouvrages du même auteur, Jules Derocquigny : Les Faux amis, ou les pièges du vocabulaire anglais (une réédition de 1949, alors que l’édition originale parlait des trahisons du vocabulaire anglais), et Autres mots anglais perfides. Tout s’explique : l’image précédente faisait référence à deux textes sur l’amitié (à gauche, De vera amicitia – ou Laelius de amicitia, Laelius sur l’amitié – de Cicéron, rédigé en 44 av. J.-C., la page représentée ici étant tirée d’un manuscrit du début du XVe siècle se trouvant à la bibliothèque vaticane ; au centre, les Essais de Michel de Montaigne, qui en comprennent un sur l’amitié), et à l’un sur la perfide Albion : il s’agissait donc des faux amis linguistiques anglais-français. Michel afficha alors une liste de quelques mots en anglais (cf. image ci-contre), dont la ressemblance avec le français est trompeuse et cause de contre-sens parfois fort amusants, comme celui-ci, où l’original en anglais est He has ideas above his station (inspiré d’une réplique quasi identique dans la pièce French without tears de Terrence Rattigan), où le mot station en anglais ne signifie pas gare mais position sociale ; une meilleure traduction aurait donc été Il pète plus haut que son cul. Le défi proposé était de trouver leur traduction correcte en français, que l’on pourra voir ici. Parmi ces mots, library signifie bibliothèque (alors que librairie en français se traduit par book store), mais il faut savoir que le sens premier de librairie (en français) est bien… bibliothèque (comme l’indique le Trésor de la langue française). À propos de traductions trop littérales, Sylvie mentionne Sky! My husband! (Ciel ! mon mari !), alors qu’on aurait pu le traduire (correc­tement) par Heavens! My husband! (heaven signifiant fir­ma­ment). Michel mentionne que Sky My Husband! est le titre d’un ouvrage de Jean-Loup Chiflet, et conclut en disant qu’une solution de facilité est celle de parler franglais, comme l’a démontré Miles Kington, auteur à propos duquel il mentionne deux collections de chro­niques hila­rantes (ou plutôt d’humour british) qu’il avait tenues dans Punch.

Betty a pris le relai pour parler de l’amour et de l’amitié, en commençant par quelques citations sur le sujet qu’elle apprécie. La première : « L’amitié ne consiste pas dans ces démons­trations exces­sives, dans cette ardeur effrénée qui n’appar­tiennent qu’à l’amour. C’est un feu doux, mais toujours égal, qui nous échauffe sans nous consumer. », attribué à Diderot, in De l’amitié. [Il s’avère, à la rédaction de ce compte-rendu, que cette définition de l’amitié apparaît dans un essai intitulé De l’amitié (1761) dont l’auteure est Marie-Geneviève-Charlotte Thiroux d’Arconville. Diderot n’a pas écrit d’ouvrage sur l’amitié ; en revanche, son Encyclopédie comprend un article qui lui est consacré, et qui ne comprend pas cette citation] Ont suivi des citations de Tahar Ben Jelloun (in Éloge de l’amitié), de Catherine Deneuve, de Nicolas Hulot, de Marie Valyère et d’un auteur anonyme. Une citation qu’elle a fait sienne : « Un ami, c’est quel­qu’un qui vous connaît bien mais qui vous aime quand même », attri­bué diver­sement à Marie von Ebner-Eschenbach ou Hervé Lauwick. Puis elle diffuse un enre­gis­trement de Pierre Vassiliu chantant Amour – amitié. Dans la discussion qui s’en est suivi, Jean-Philippe a conseillé d’écouter une autre chanson qu’il apprécie de Pierre Vassiliu – J’ai trouvé un journal dans le hall de l’aéroport. Puis Michel s’est demandé où était la « limite » entre amitié et amour dans cette chanson (mais en général aussi), qui paraît beaucoup plus proche de l’amour.

Françoise (P.) s’est attachée à définir l’amitié, qui, par contraste avec l’amour, n’inclurait pas l’attirance physique. Dans le débat qui a suivi, Michel a objecté que le mot amour recouvrait aussi, par exemple, l’amour parental, qui lui n’a rien d’érotique. Françoise (P.) a ajouté qu’il arrive que de très vieux couples n’aient plus d’attirance physique l’un pour l’autre, mais que l’amour est toujours là. Finalement, on n’est pas arrivé à trouver ce qui définirait et distinguerait clairement ces deux mots. Dans son essai sur l’amitié qui le liait à La Boétie, Montaigne dit bien « Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais… », ce que certains trouvent ambigu comme sentiment. Françoise (P.) a rajouté qu’il faut avoir plusieurs amis, pour éviter de trop encombrer chacun de choses qui pourraient le gêner, l’ennuyer ; il faut respecter ses amitiés et ne pas leur déverser tout ce qu’on a sur le cœur. Michel a répondu que dans l’amour aussi il faut ne pas peser, et d’ailleurs dans certaines cultures les hommes pouvaient avoir plusieurs femmes – et les femmes plusieurs hommes dans quelques autres cultures, a rajouté Sylvie. Jean-Philippe pense que ce qui distingue l’amour de l’amitié est le sentiment de dépendance affective, d’addiction, à l’autre, allant jusqu’au chantage, dans le couple. Françoise (B.) a alors dit que dans ce cas il s’agit de passion plutôt que d’amour, où il y a beaucoup de dimensions. Jean-Philippe a répondu que finalement c’était peut-être une question de vocabulaire trop simplifié – et qu’il faudrait revenir à des termes du passé, tels que filia, eros, carita. agape… qui rajoutent des dimensions. Pour Michel, la différence entre l’amitié et l’amour tient en une seule lettre, le i (absent de « mon cher » mais présent dans « mon chéri »).

Sylvie n’est pas arrivé à trouver des citations ou des textes auxquels elle aurait adhéré. Quant à la fable Les deux amis de La Fontaine, elle y a trouvé la même ambiguïté – ou plutôt ambivalence – que dans l’essai suscité de Montaigne, en était-ce « resté là ou allé plus loin ? » (ce n’est pas l’opinion de Michel). Françoise (P.) a cherché quel terme décrirait le contraire de l’amitié. Sylvie a répondu en lisant la liste des antonymes que fournit le Cnrtl au terme amitié, alors que Michel proposait tout simplement inimitié. Françoise (P.) a alors demandé si on était d’accord que dans l’amitié il y a aussi de l’amour, à quoi Michel a répondu qu’effectivement, il y a de l’amour dans l’amitié, mais que ce n’est pas le même amour que dans un couple ou l’amour entre parents et enfants. Du reste, le sens de l’amitié a été dévoyé par l’usage omniprésent de Facebook, où l’on peut avoir des milliers de friends (sont-ce des amis? Michel a réduit de 2/3 la liste de ses contacts pour la limiter à des gens qu’il connaît personnellement et dans la « vraie » vie). La discussion a alors glissé sur les usages de ce moyen de communication – personnel, professionnel –, comme mode de contact personnel ou de groupe et d’information (réception et/ou diffusant) pour certains et pas pour d’autres. Betty a mentionné qu’elle s’en servait entre autres pour diffuser des informations sur les concerts qu’elle donne, annonces qui sont vues par nombre de ses contacts au vu des « likes », mais, ajoute-t-elle, aucune personne venue à ses concerts ne l’a appris par Facebook, en d’autres termes Facebook n’a pas vraiment servi cette finalité. Ce qui n’étonne pas vraiment Michel : la majorité des gens qui cliquent sur une des vignettes de « like » n’a fait que regarder l’image et éventuellement son sous-titre, mais n’a pas pris le temps de cliquer et de lire la page qui se serait ouverte avec l’information détaillée [comme quoi, c’est finalement l’équivalent d’un tweet]. Françoise (C.) s’en sert surtout pour communiquer avec tous ses amis égyptiens et échanger des articles, des photos, des idées et des opinions…

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

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