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22 mai 2022

Dissertations critiques pour servir d’éclaircissements à l’histoire des Juifs avant et depuis Jésus-Christ

Classé dans : Histoire, Judaïsme — Miklos @ 9:29


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Ces dissertations, de la plume de Louis-Michel de Boissy1725-1788 ou 1793. Historiographe, fils de Louis de Boissy. – La date de sa mort (suicide) demeure incertaine. (source : BnF ; cf. aussi ci-contre), « devaient faire partie d’un ouvrage plus considérable Â». Or du fait de leur manque de succès l’auteur s’est défenestré. Une très intéressante critique de cet ouvrage, retranscrite ci-dessous, a paru le vendredi 28 octobre 1785 dans le n° 301 du Journal de Paris.

Dissertations critiques pour servir d’éclaircissements à l’Histoire des Juifs avant et après Jésus-Christ, et de supplément à l’Histoire de M. BasnageJacques Basnage (1653-1723), pasteur à Rouen puis aux Pays-Bas, controversiste, historien et homme politique. Écrivit aussi en latin et en néerlandais. (source : BnF), par M. de Boissy. À Paris, chez la Grange, au Palais Royal, du côté de la rue des Bons-Enfants, N°. 123, et chez Belin, rue St. Jacques. 2 volumes in-12 d’environ 350 pages.

Ces deux volumes contiennent douze dissertations sur divers points de l’histoire des Juifs qui se rapportent à différents temps, les uns antérieurs et les autres postérieurs à Jésus-Christ. Celle du premier volume traitent de l’Idolâtrie d’Abraham avant sa vocation ; d’Abimelech, Roi de Gerare ; d’Aaron, frère de Moïse ; de l’Opinion des Saducéens et des Samaritains sur les Anges, etc. La plus curieuse et la plus considérable du second volume est celle qui concerne l’état des Juifs en France, sous la Première et sous la Seconde raceChacune des différentes lignées des rois de France. et les commencements de la troisième. Dagobert rendit un édit qui leur ordonna d’abjurer sous peine de bannissement. Charlemagne leur fut plus favorable, et mit un homme de cette nation au nombre des trois Ambassadeurs qu’il envoya au fameux calife Alraschid. Les deux ambassadeurs chrétiens étant morts, le Juif, qui s’appelait Isaac, se trouva seul chargé de la commission, et ramena un superbe éléphant à Charlemagne de la part du calife. Le crédit des Juifs augmenta sous le règne de Louis le Débonnaire. Ils eurent l’adresse d’intéresser en leur faveur l’impératrice JudithJudith de Bavière (797-843), impératrice de l’Empire carolingien de 819 à 840. :

« Ils avaient audience de l’empereur toutes les fois qu’ils sollicitaient quelque grâce ; et il leur donnait toujours des marques de sa bienveillance. Les courtisans se faisaient même honneur de rechercher leur amitié. Ils disaient hautement qu’il fallait respecter la postérité des anciens patriarches. Ils se recommandaient à leurs prières, et reconnaissaient qu’ils avaient le même Législateur qu’eux. Les femmes juives avaient part aux libéralités de la cour qui leur envoyaient de riches habits. Une si puissante protection releva cette nation qui avait été très avilie dans les siècles précédents. Elle fut surtout très avantageuse aux Juifs qui demeuraient dans le territoire de Lyon. Ils occupaient un des plus beaux quartiers de cette ville, qui, dans ces temps-là, était renfermée entre la Saône et la montagne de Fourvière. Une partie de ce quartier a retenu le nom de rue de la Juiverie. Ils y faisaient un commerce florissant et jouissaient par leurs richesses de la plus grande considération auprès d’un des principaux officiers de l’empereur, nommé Evrard, qui, sous le nom de Maître des Juifs, était préposé pour veiller à la conservation de leurs privilèges. Â»

L’établissement du gouvernement féodal au commen­cement de la Troisième race leur fut très funeste :

« On peut juger de l’avilissement où cette nation était retombée par les traitements ignominieux qu’elle éprouvait en divers lieux. Il y avait à Toulouse une coutume bien bizarre qui assujettissait un des Juifs de cette ville à être souffleté publiquement trois fois par an… À Béziers, tous les ans, le jour des Rameaux, l’évêque faisait un sermon au peuple pour l’exhorter à se venger des Juifs dont les ancêtres avaient crucifié Jésus-Christ. Il peur permettait en conséquence de les attaquer et d’abbattre leurs maisons à coups de pierres. Â»

L’attaque commençait le dimanche et continuait toute la Semaine sainte. Les Juifs se défendaient, mais ils n’étaient ni les plus nombreux, ni les plus forts. Ce ne fut qu’en 1160, qu’ils purent se rédimer de cette oppression. Enfin on en vint jusqu’à les massacrer. La première croisade est consignée dans leurs annales comme l’époque de la plus terrible calamité qu’ils aient essuyée depuis la rune de Jérusalem. À Rouen, le massacre fut effroyable en 1096, et dura depuis le mois d’avril jusqu’au mois de juillet. Les croisés ne les traitèrent pas avec moins de cruauté en Allemagne :

« Ils auraient passé au fil de l’épée tous les Juifs de la ville de Spire qui refusèrent d’abjurer la croyance de leurs pères, si l’évêque, par un trait d’humanité qui lui fait honneur, n’eût pris sous sa protection ceux qui s’étaient réfugiés dans son palais et n les eût secourus contre leurs oppresseurs. Il fit même pendre quelques-uns des Chrétiens qui s’étaient obstinés à les poursuivre, et par cet acte de rigueur, il en imposa tellement aux autres, qu’ils cessèrent leurs hostilités. Â»

Mais dans d’autres villes, on fit des Juifs un carnage affreux ; on les forçait à se tuer, eux et leurs enfants, etc.

L’auteur de ces Dissertations est religieux ; mais il est très impartial :

« Que le prédicateur, dit-il dans sa préface, déclame en chaire contre l’aveuglément des Juifs ; que le théologien les combatte dans ses écrits avec cette chaleur qui accompagne la dispute : rien n’est plus naturel. Mais que l’historien imitant leur exemple se laisse emporter aux mouvements d’un zèle amer, c’est ce que je crois tout à fait répréhensible. Â»

Les dernières Dissertations du second volume sont des notices relatives à quelques rabbins célèbres. Celle qui concerne Isaac Abarbanel est fort curieuse. Il paraît que cet Abarbanel avait de grands talents. Il gouverna le Portugal sous le règne d’Alphonse. Poursuivi par le fils de ce prince, il se réfugie dans la Castille, où Ferdinand le Catholique lui confie les finances et l’élève au rang de ses ministres. Après l’expulsion des Juifs de l’Espagne, il s’embarque pour l’Italie, et fait encore gagner les bonnes grâces de Ferdinand le Bâtard, qui régnait alors à Naples, et qui l’employa dans les détails les plus secrets et les plus difficiles du gouvernement. Cet homme, occupé presque toute sa vie de tant d’affaires importantes est un des plus savants rabbins qui aient existé, et le nombre de ses commentaires sur les livres sacrés est prodigieux.

Les Dissertations dont nous venons de rendre compte font honneur à la patience et à l’érudition de M. de Boissy. Elles devaient faire partie d’un ouvrage plus considérable ; mais la froideur du public sur ces sortes de matières l’a découragé.

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