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21 août 2005

Après le concert

Classé dans : Musique — Miklos @ 20:48

Si le site de France Inter a confondu Tchaïkovski et Beethoven, si le public à Ramallah a eu du mal à faire le silence pour laisser la musique s’exprimer et a applaudi entre les mouvements, si l’Orchestre du Divan oriental-occidental semblait réservé surtout pendant les deux premiers mouvements de la Symphonie concertante de Mozart (la Cinquième symphonie de Beethoven était bien plus enlevée avec de très beaux moments où on oubliait toute critique — et ce n’était pas qu’une question de partition : Barenboïm semblait avoir bien plus de plaisir à la diriger), tout ceci finalement n’a qu’une importance toute relative : cet événement majeur, réunissant jeunes musiciens israéliens et palestiniens autour de la musique, a bien eu lieu. Il ne s’agit bien évidemment pas uniquement du concert lui-même (le premier de cet orchestre donné en Palestine), mais des longues périodes de travail en commun qui leur ont permis d’arriver à ce concert. Même si Barenboïm avait reconnu dans un entretien diffusé hier que l’orchestre n’avait pas encore un bon niveau, j’ai été très agréablement surpris par ce que j’ai entendu : justesse et précision, malgré la battue parfois molle de Barenboïm, musicalité des solistes qu’envieraient bien d’orchestres d’amateurs.

J’ai raconté ailleurs comment mon admiration pour Barenboïm s’était soudain éteinte, lorsque je l’avais entendu en soliste dans le Concerto n° 20 en ré mineur pour piano et orchestre K. 466 de Mozart, il y a bien des années : à mes oreilles, il avait massacré par un jeu mou cette œuvre qui est l’une de celles que je préfère. Est-ce que cela a nourri un préjugé à l’encontre du chef qu’il est devenu et dont je n’ai pas aimé les interprétations — trop arrondies, manquant souvent de mordant, voire de précision et surtout dans les détails (affaire de goût personnel : il est mondialement reconnu et lauréat, entre autres, du prix Wilhelm Furtwängler — chef qui, lui, est dans mon panthéon, aux côtés de Bruno Walter) ? Je ne sais, mais je ne peux que rester admiratif pour l’œuvre qu’il a entreprise depuis des années, pour un certain rapprochement entre deux peuples tellement pris dans leur lutte respective pour la survie qu’ils s’ignorent l’un l’autre, ce qui ne manque pas d’attiser haine et malentendus. Or la grande musique, elle, on peut la faire et l’écouter sans préjugés. Il l’a fait — avec l’intellectuel (et musicien) Edward Said, grand humaniste maintenant disparu – malgré les accusations de collaboration avec l’ennemi que certains israéliens ont lancé à son égard (tout en lui accordant leur prestigieux prix Wolf pour les arts). Depuis des décennies, il n’a pas manqué de tenter d’inciter les cultures à se dépasser en remettant en question, malgré leurs peurs quasi ataviques, des habitudes acquises parfois pour des raisons parfois très valables mais qui deviennent des handicaps majeurs, personnels, communautaires, culturels, politiques.

Il faut louer à l’égal le courage des musiciens — plus encore celui des palestiniens que des israéliens — qui ont choisi et accepté de participer à cette entreprise qui ne peut se faire que dans l’entente absolue qu’ils ont appris à mettre en œuvre sous la houlette bienveillante, vigilante et passionnée de Barenboïm, et malgré l’éventualité d’un rejet à leur retour dans leur pays.

Enfin, il y a le public de Ramallah, qui n’a pas dû souvent entendre de concerts et a fortiori dirigés par une telle star. J’espère que l’enthousiasme qui leur a ainsi été transmis contribuera à les renforcer.

Mais à l’inverse, il ne faut pas tomber dans un optimisme béat : comme le montrait l’entretien diffusé hier avec quelques-uns des jeunes musiciens, ils sont loin de s’être entièrement libérés de leurs peurs. Et comment en serait-il autrement ? Il faut défaire ce que des dizaines d’années ont fait. On peut espérer que ce concert ne sera qu’une étape vers une ouverture qui permettra à l’espoir de renaître — pour la paix, la liberté et la prospérité de tous les peuples de cette région.

Ce concert s’est achevé par l’exécution — non annoncée au programme — de l’élégiaque Nimrod, neuvième des Variations Enigma op. 36 du compositeur britannique Edward Elgar, qui illustre une promenade nocturne entre le compositeur et son meilleur ami, Augustus E. Jaeger (qui veut dire en allemand « chasseur », d’où le titre de cette variation), durant laquelle ils ont conversé à propos de Beethoven. Puissent les peuples auxquels ce concert est destiné commencer à progresser ainsi ensemble.

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