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11 novembre 2005

Une cathédrale de lumières

Classé dans : Danse, Musique — Miklos @ 0:35

Si le spectacle Kyburz/Greco qui s’est donné ce soir au Centre Pompidou dans le cadre du Festival d’automne à Paris était annoncé comme « la musique danse », ce fut surtout le mariage saisissant de la musique et de la scénographie dans Double points plus (la seconde des deux œuvres de Hanspeter Kyburz jouée ce soir, après Danse aveugle), bien au-delà de la chorégraphie, de la danse et de son pilotage discret et efficace de la partie électronique de la musique.

Émergeant du plus profond d’un silence et d’une obscurité absolus, des rayons de lumière verticaux comme les colonnes d’une église gothique commencent à éclairer la scène noire de la grande salle : au fond à gauche, les lignes épurées que dessinent les tuyaux étincelants des xylophones au milieu des percussions ; à droite, la silhouette noble du piano à queue, brillant comme un diamant noir auprès de quatre pupitres pour les autres musiciens1 ; à l’avant gauche, celui du chef, dont la partition blanche semble rayonner d’elle-même. Au centre, une lumière plus diffuse dessine au sol une forme géométrique, et de chaque côté, une grappe de projecteurs est suspendue à mi-hauteur comme une sculpture abstraite. Derrière, dans l’ombre, on distingue le danseur2, tout de noir habillé. Il est immobile. Le rituel peut commencer.

La pièce n’a rien de mystique, et pourtant ; c’est l’atmosphère sobre et intense à la fois dans laquelle la scène est baignée3 et qui varie au fil de la musique, elle-même parfois brutale, parfois délicate et qui remplit la salle, c’est cet ensemble qui sculpte une forme hiératique et changeante qui habite l’espace physique et sonore dans lequel évolue le danseur. Ses mouvements précis, sensuels ou saccadés, piloteront une synthèse sonore qui fait corps avec la musique instrumentale – est-ce la raison qu’ils paraissent parfois gauches ou en tout cas secondaires en comparaison au drame magnifique que la musique et la lumière déroulent devant nous ? Elle se terminera dans un cercle rayonnant au sol ; le danseur s’y écroule, comme crucifié au sol ; se relève, retombe. Puis tout s’éteint : la musique, la lumière, la vie.

À lire : Voyage dans l’espace des corps


1 Les musiciens de l’ensemble intercontemporain, d’une précision et d’une efficacité redoutables, dirigés par le jeune Jean Deroyer.
2 Emio Greco, qui a aussi signé la chorégraphie avec Pieter C. Scholten.
3 Lumières de Henk Danner et de Floriaan Ganzevoort.

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