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15 juin 2011

L’homme au nez cassé

Classé dans : Peinture, dessin, Photographie, Sculpture — Miklos @ 20:57

Homme au nez cassé. Street art.

Voici maintenant Rodin logé à Montmartre. Il est entré chez Carrier-Belleuse, rue de la Tour-d’Auvergne.

Ce Carrier-Belleuse était un sculpteur qui ne faisait que du chic ; mais il avait un goût très fin, très artiste, et il était, lui aussi, d’une habileté invraisemblable. C’était un type très allural, l’air d’un d’Artagnan. Ses ouvriers, il en occupait bien une vingtaine, copiaient à l’envi ses manières et son pantalon à vis, son chapeau vaste et ses souliers à boucles. Mais l’argent l’entraînait ; aussi, il inondait le Marais de statuettes et de dessus de pendules. Je dois dire tout de suite que beaucoup de ces sujets-là sortaient des doigts de Rodin.

On a écrit que ce dernier « avait fait de la pratique » chez Carrier-Belleuse. C’est inexact. Rodin n’a jamais été, même à ses débuts, un « praticien » ! Il n’exécuta, chez Carrier, que des modèles.

Dans ce nouvel atelier, on s’émerveillait encore de voir Rodin terminer en quelques heures une statuette ou un bibelot. « Et c’était toujours une jolie œuvre d’art qu’il réalisait ! » m’a dit Desbois. « On pouvait bien lui prédire le plus grand avenir, car il y avait un sacré modelé du diable avec la plus petite de ses statuettes ! »

Comme il avait dessiné, Rodin, en effet, avait modelé avec la même fougue, à la petite école de la rue de l’École-de-Médecine : du nu — et des plantes, dites « vivantes », que l’on apportait sur la selle.

Aussi, dès l’année 1864 – date historique ! – on allait le voir débuter par ce véritable coup de tonnerre : l’Homme au nez cassé.

On allait le voir. Je m’avance ! Cet admirable buste, un des plus beaux de toute sa vie, fut refusé au Salon !

À cet aboutissant, qui tient de l’École des Beaux-Arts et des ateliers mondains, on ne pouvait, il est vrai, agir autrement. Tous les médiocres se tiennent. Accepter Rodin, c’était condamner définitivement l’École, depuis longtemps, depuis toujours moribonde !

Rodin revint à sa sculpture, avec quelle joie, avec quel amour !

Gustave Coquiot, Le Vrai Rodin, Éditions Jules Tallandier, 1918.

Gustave Rodin : Homme au nez cassé.
Illustr. de l’ouvrage de G. Coquiot, op. cit.

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3 commentaires »

  1. surprenant

    Commentaire par francois75002 — 15 juin 2011 @ 23:22

  2. street art et texte = 2 jolies trouvailles sous un titre !

    Commentaire par columba — 15 juin 2011 @ 23:46

  3. [...] écrivain et critique d’art (et incidemment secrétaire de Rodin – au sujet duquel il a écrit un livre –, collaborateur de Jean Lorrain et ami de Huysmans), a publié sur la fin de sa vie un petit [...]

    Ping par Miklos » « La critique est aisée et l’art est difficile. » (Frédéric II le Grand, Épitre XIX. À Darget. L’apologie des Rois) — 8 mars 2013 @ 2:14

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