Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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21 octobre 2007

Bref…

Classé dans : Littérature — Miklos @ 23:50

Une phrase bien écrite est celle dont on ne saurait enlever une syllabe sans fausser la mesure de la phrase. — Pierre Louÿs

« En ce temps-là, Loys le Jeune, septième du nom, lequel fut si chagrin d’avoir brûlé au sac de Vitry treize cents personnes réfugiées dans une église, qu’il alla en croisade en faire périr un bien plus grand nombre, étant roi des fleurs de lys de France, et la reine Éléonore, sa femme, étant certes la plus belle dame et la plus experte aux choses de l’amour qui eût jamais résolu un jeu-parti ou présidé un tribunal de gaye-science ; Conrad de Souabe, de qui l’épée d’un seul coup coupait un Sarrasin en deux, portant la couronne de fer des empereurs d’Allemagne ; Eugène, évêque des évêques, qui fit un miracle pendant sa vie et deux miracles après sa mort (d’où l’on pourrait induire qu’un pontife décédé vaut mieux qu’un pontife vivant), étant pape à Paris pendant qu’Arnaud de Brescia était consul à Rome ; le marquisat de Provence ayant pour marquis Raymond, comte de Toulouse ; et Flodoard qui venait d’épouser une veuve, bien qu’un concile eût enjoint aux ecclésiastiques de ne se marier qu’avec des femmes vierges, étant évêque d’Avignon : en ce temps-là, le dixième jour des kalendes de mai, trois fils de noble père, Pierre, Marcabrus, Aymeril, sires de Pierrefeu, laissèrent dès l’aube levée leur habitacle familial, qui était bien la plus chétive châtellenie de la Langue d’oc, saluèrent d’un geste d’adieu l’écu armorial dont se décorait encore l’ogive disjointe du porche, et s’en allèrent à travers pays sans damoiseau ni écuyer du corps, Pierre chevauchant un fort destrier d’Ongrie, comme il convient à un jeune et hautain baron, Aymeril assis sur une vieille haquenée avec l’air doux d’une personne d’Église, et Marcabrus à pied, par la raison que l’allure du plus pacifique quadrupède eût gâté en le secouant le vin épicé dont il avait rempli sa gourde de voyage, et aussi parce que, ses deux frères en selle, il n’avait pas même trouvé un roussin dans les écuries du château. »

Catulle Mendès, L’Homme tout nu, roman
Paris, Bibliothèque-Charpentier, 1901

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