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10 octobre 2013

Animal Farm, ou, Ce qu’il advint après que la droite parlementaire se fut mise à caqueter

Classé dans : Actualité, Littérature, Politique — Miklos @ 23:40


Après que la droite parlementaire
se fut mise à caqueter.
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«Le lapin blanc faisait les honneurs de son pays à son oncle venu de l’autre côté de la rivière. Il l’emmena au Parlement des animaux où ils se tapirent dans une tribune avec les autres petites bêtes pendant que les orateurs principaux péroraient et se chamaillaient.

« Quelle glorieuse institution vous avez là ! dit l’oncle. Tous ces merveilleux animaux parlant à leur idée ! Chez nous, on a intérêt à ta fermer, sinon… Mais voilà le lion qui s’assied : comme il est majestueux !

–– Parce qu’il est notre président, dit le lapin blanc fièrement ; mais tout président qu’il est, nous pouvons lui dire ses quatre vérités. Taisons-nous, car voici l’éléphant qui va parler. »

Et en effet. le géant pachyderme se présenta à la barre.

« Je suis dégoûté, dit-il, de votre ignoble politique, monsieur le lion, d’abattre les bananiers, et j’exige des réformes drastiques.

–– Ah ! Mon Dieu, chuchota le lapin étranger à son neveu, du coup une troupe de lions va sûrement mettre en pièces ce pauvre éléphant.

–– Pas le moins du monde, répondit le neveu ; notre éléphant peut dire ce qui lui plaît en toute sécurité.

–– Vraiment ? Vraiment ?»

Le visiteur en était tout émerveillé.

Ensuite, ils virent un cobra s’enrouler pour monter jusqu’à la tribune. Il cracha, siffla et lança : «Bananiers-ci ou bananiers-là, il est temps que nous prenions des présidents d’une autre espèce.

–– Tu as absolument droit à ton opinion, dit le lion fort poliment ; il nous est très utile d’avoir un grand nombre d’idées constructives. »

Le lapin visiteur avait du mal à se retenir de danser de joie et d’applaudir.

« La belle chose que voilà ! cria-t-il, “un grand nombre d’idées constructives” ! Quel chef d’État ! Quel pays ! »

Alors un ours se leva et prit la parole.

« Je ne soutiens pas obligatoirement notre brave cobra, dit-il, mais ne vous y trompez pas : à moins que vous, les lions, ne subventionniez nos récoltes de miel, je pourrais soumettre sa proposition à un examen désintéressé.

–– Je pense vraiment que nous pouvons vous satisfaire, murmura le lion : en attendant. soyez remercié pour votre importante contribution à ce débat.

–– Il le remercie ! Il le remercie ! cria le lapin en extase. Mais, mon neveu, tout cela n’est certainement qu’un jeu ! Ce ne peut pas être sérieux. Chez nous… non, c’est un coup monté pour se payer notre tête. »

Cette critique fâcha le lapin blanc.

« Je vais te montrer, et quand je t’aurai montré, tu pourras retraverser la rivière et faire un rapport sur nous auprès de tes concitoyens qui ne sont que des poules mouillées. »

Et laissant son oncle bouche bée, il bondit au milieu de l’assemblée.

Son oncle pensa qu’il rêvait quand il vit son propre parent sauter sur la plate-forme et qu’il l’entendit proclamer avec grande dignité : « Et moi, le lapin, je suis mécontent de la façon dont vous, les lions et les éléphants et les ours, vous piétinez nos légumes sans avoir le moindre égard pour nos intérêts. Je demande que vous garantissiez l’intégrité de nos choux.

–– Je pense que ton discours n’est pas à l’ordre du jour, dit le lion en fronçant ses sourcils.

–– Il a omis de suivre la procédure parlementaire », fit remarquer l’ours.

Une panthère ajouta : « Les règles sont formelles : une pétition cuique suum doit être soumise ad usum au clerc avant l’ouverture de la session sous la subdivision 16b.

–– Désolé, dit le lion, et il engloutit le lapin blanc.

–– Attends ! » cria le lapin visiteur ; et il était sur le point de hurler : « Tu manges mon neveu ! » quand il regarda les petits animaux qui l’entouraient dans la galerie. Personne ne semblait avoir rien remarqué. Il regarda vers le Parlement : le lion, l’ours, le cobra, la panthère, l’orang-outang, l’éléphant, le rhinocéros – juste ciel ! Comme ils avaient l’air grands et dangereux ! Tout compte fait, l’oncle décida de repartir tout doucement chez lui. Il avait l’habitude de se taire. Quant à moi, plutôt que de vous donner mon avis sur le sujet, je vais vous chanter les quelques couplets qui suivent :

Règne qui veut sur cette terre,
Saint Louis ou Charles le Téméraire,
Moine sobre, fier capitaine,
Grand roi, ou souriante reine,
Mets, lapin, cette loi sous ton chapeau :
Mord en vain qui mord sans croc. »

— Oscar Mandel, Le pigeon qui était fou, ou toutes les fables de Monsieur Oscar. L’Harmattan, 2002.

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