Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

21 novembre 2020

Apéro virtuel II.20 – samedi 21 novembre 2020

Classé dans : Histoire, Langue, Lieux, Musique, Politique — Miklos @ 23:59

Foulques macroules dans le port d’Amsterdam

Les arrivants – Léo, Françoise (C.), Jean-Philippe – essaient de deviner ce que sont ces oiseaux dans la photo d’arrière-plan de Michel. Léo dit en avoir vus au bois de Boulogne ou sur des lacs ; puis, quand Michel montre d’autres photos qu’il avait prises dans le port d’Amsterdam (n° 1 à 10 dans cet album), Jean-Philippe émet l’opinion que ce sont des poules d’eau. Il s’avère qu’en fait ce sont des foulques macroules, et pour ne pas confondre les deux espèces, il existe quelques signes distinctifs. À première vue, il y en a cinq autour de ces brindilles – qui doivent constituer un nid –, mais en y regardant bien, les deux foulques à gauche en avant sont des reflets dans l’eau…

Michel poursuit en montrant quelques orgues d’églises à Haarlem (photos 26 à 33), puis des orgues de Barbarie (merci à Jean-Philippe de lui avoir rappelé l’expression) et électroniques (photos 34 à 54) qu’il avait vus dans le Draai­orgel­museum (musée des orgues de Barbarie) de la même ville ; en passant, il évoque le musée des instruments de musique mécanique qui se trouvait impasse Berthaud, hélas disparu. Il explique en quelques mots le système des registres (ces boutons des deux côtés des claviers) et des touches des claviers qui permet de sélectionner des tuyaux d’orgue d’une famille ou d’une autre, et évoque les différences de son entre des tuyaux de types différents. À propos d’orgues de Barbarie, Michel avait mentionné lors d’un apéro en avril l’épisode de « la chanson qui tue », jouée par un orgue de Barbarie dans Le Fauteuil hanté (1909) de Gaston Leroux, passage où l’on évoque en passant « ce pauvre Monsieur Fualdès » : il s’agit de l’ancien procureur impérial du département de l’Aveyron, découvert égorgé en 1817 ; il a été assassiné dans la nuit, à l’autre bout de la ville, un orgue de Barbarie et une vielle étant censés avoir couvert ses cris.

Françoise (P.) arrive sur ces entrefaites.

Françoise (C.) présente alors quelques photos qu’elle avait prises sur le site archéologique de l’antique Paestum (appelée à l’origine Poseidonia), située sur la côte, à une centaine de kilomètres au sud de Naples en Italie. Elle montre d’abord les trois temples – de Cérès, de Poséidon et d’Héra. Ensuite elle montre des photos prises au musée archéologique de Paestum des magnifiques dalles peintes de la Tomba del Tuffatore (Tombe du Plongeur) – quatre faces représentant cinq amis participant à un symposium, certains faisant de la musique, d’autres s’adonnant au jeu du cottabe ou encore se papouillant, ou un éphèbe portant une coupe, ou encore un cortège de trois générations – et la dalle de couverture, qui représente le défunt au moment de la plongée en mer, d’où le nom de cette tombe, ou le nombre 7 est récurrent (branches des arbres, séparations horizontales des blocs des trois colonnes).

Françoise (P.) demande alors si les présents ont entendu parler des Fatimides d’Égypte. Vu le peu de réponses, elle lit un texte qui en parle dans un ouvrage de poids, Un kilo de culture générale de Florence Braunstein (tiens tiens !). À la question de Michel sur ce qui lui a fait les évoquer maintenant, elle répond qu’on avait récemment parlé de l’Égypte et de religions.

Dans les échanges qui s’ensuivent, on évoque les religions et la séparation nécessaire entre elles et les États (ce qui n’est hélas pas le cas en Israël), puis Michel raconte une blague récente à propos de Trump (cf. ci-contre, cliquer pour agrandir), Léo évoquant alors la situation si confuse aux États-Unis, ajoutant que, puisqu’on a un retard de quelques années sur ce pays-là sur les techniques de vote à distance, il pourrait bientôt se passer chez nous ce qui a actuellement lieu là-bas.

Jean-Philippe raconte que les grands réseaux sociaux ont décidé de commun accord d’accorder les droits au compte « POTUS » (President Of The United States) à Biden, dès janvier (et alors, dit Michel, Trump devra choisir le compte « MOTUS » et bouche cousue). Mais quoi qu’il en soit, il faudra attendre le vote des « grands électeurs » pour savoir qui sera le Président élu – qui peut, soit dit en passant, être un troisième homme : ces électeurs n’ont aucune obligation de voter pour celui qu’ils représentaient lors du vote populaire. Léo ajoute que, pour comprendre comment cela se passe vraiment – le Président, ses conseillers, les lobbyistes… –, il recommande vivement de regarder la série télévisée The West Wing (en français : À la Maison-Blanche). Bien que diffusée il y a 21 ans, elle est toujours d’actualité.

Pour faire suite à la discussion d’hier autour le langage et contrer la prestation de Pierre Repp qu’il n’apprécie pas vraiment, Léo fait entendre un épisode du premier livre de la série télévisée Kaamelott, diffusée entre 2005 et 2009 sur M6. L’argument : « Légèrement vexé par une insulte de Léodagan concernant ses compétences de chef militaire, Perceval se confie à Karadoc, qui lui recommande de ne pas se laisser faire, d’être un chevalier et de se faire considérer “en tant que tel”. Mais quand Perceval va se plaindre à Arthur, il déforme les propos de Karadoc, ce qui a pour conséquence de créer un énorme quiproquo. »

19 novembre 2020

Apéro virtuel II.17 – mercredi 18 novembre 2020

Classé dans : Arts et beaux-arts, Langue, Lieux, Littérature, Peinture, dessin, Sculpture — Miklos @ 3:55

Bureau de Nikos Kazantsakis (détaii). Musée historique. Héraklion (Crète).
Cliquer pour agrandir.

Après les arrivées successives de Jean-Philippe, Sylvie et Françoise (C.), avec lesquels s’instaure un échange sur les coiffeurs et la disparition de ce métier des trains (avez-vous entendu parler de Tresse Express ?), Françoise (P.) apparaît et nous lit un texte très joli­ment tourné, si joliment qu’on vous le donne à lire ici. De qui est-ce ? Devinez… Jean d’Ormesson ? Eh non, essayez encore… Si vous renoncez, Enfin, là1, c’est-à-dire en bas de page. Trop facile de cliquer… !la réponse est ici.

Sylvie et Michel évoquent alors ce grand écrivain de petite taille ; Sylvie, ayant reçu son numéro de téléphone d’un proche, l’avait appelé pour lui demander de préfacer son ouvrage La vie à la retraite : mode d’emploi. Petit manuel à l’usage des jeunes retraités déboussolés (2015). Il répond, lui demande comment elle a eu son numéro personnel ; elle bredouille « Un ami d’ami » afin d’éviter à avoir à identifier le coupable, il lance « Eh bien, il a eu tort, mes hommââââges, Mâdâmeu ! » et raccroche. C’est Pierre Bellemare qui en fera la préface : « Je suis dans ma 86ème année et je n’ai toujours pas l’im­pres­sion d’avoir pris ma retraite. Pourquoi ? […]. » Michel, et François, eux, avaient dîné avec lui – enfin, à des tables pas si éloignées l’une de l’autre – au Grand Colbert, où il était en compagnie d’une très jeune (quelques générations après la sienne) femme, et il était évident (à leurs expressions respectives) qu’ils n’étaient pas apparentés. Françoise (P.) dit alors qu’il était très machiste et qu’elle ne l’aimait pas à cause de ce machisme, mais comme son mari l’adorait, ils avaient tous ses livres chez eux.

Pour continuer sur le thème de la littérature, Michel montre une brève vidéo (moins de deux minutes) dans la série La p’tite librairie qu’il avait vue sur La Cinq, dans laquelle François Busnel présente de façon simple, claire et synthétique l’essai Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie de Jared Diamond. Ce n’est pas un livre récent récent, puisqu’il a été publié en France en 2006, mais il est encore plus d’actualité en ces temps de discours sur la collapsologie. Cela donne vraiment l’envie de l’acheter (sans forcément passer par Amazon pour ce faire) et de le lire (on connaît trop bien ces livres qu’on achète et empile pour « plus tard »…).

Ensuite, Michel montre quelques photos (dans cet album, à partir du n° 43) d’œuvres – extra­or­dinaires à son avis – du lointain passé (plus de 6800 ans pour celle ci-contre) et pourtant si « modernes » ! et pour certaines assez drôles (telle ce vase en forme d’oiseau réalisé il y a quelque 4500 ans), qui se trouvent au musée archéologique d’Héraklion en Crète, où il avait été invité en 2011 pour une réunion profes­sionnelle.

À propos d’une photo où l’on aperçoit le bout d’un pied émergeant de dessous des plis d’une toge – il s’agit d’une statue de marbre du temple des dieux égyptiens, datant de la fin du IIe siècle –, Françoise (C.) dit qu’elle a constaté qu’il a la forme de ce qu’on appelle « le pied grec », où le second orteil est plus long que le gros orteil, et se demandait si c’était une coïncidence ou avait un sens particulier, à quoi Michel n’a pas de réponse. À ce propos, Sylvie révèle qu’elle a le pied grec, ce qui est déplaisant, le second orteil frottant le bout des chaussures… Celui de Françoise (P.) s’avère l’être aussi, et, paraît-il, cette forme de pied est bien plus belle que celle du pied « normal ».

Autre révélation, celle de Jean-Philippe, aucun rapport avec le pied, si ce n’est qu’il a dû prendre le sien avec une boisson verte qui avait intrigué Françoise (P.) : c’est une boisson sans alcool, qu’il a réalisée en mixant radis, épinards et cornichons en quantités égales.

Ayant pris la parole, il poursuit avec une lecture d’un texte concernant l’eau et le feu. De qui est-ce ? Devinez… Bon, si vous renoncez, vous savez où se trouve la réponse. Jean-Philippe ayant mentionné Edgar Allan Poe dans son survol du contenu de cet ouvrage, Michel dit alors qu’ayant lu Poe très tôt et assez extensivement, la nouvelle qui l’a le plus impressionné alors et dont le souvenir est toujours aussi fort est Le Puits et le Pendule (dans l’original : The Pit and The Pendulum) datant de 1942 et publiée (dans son édition française) dans le recueil Nouvelles histoires extra­or­dinaires. Suspense quasi intenable – il est vivement déconseillé de lire l’argument de Wikipedia si l’on souhaite lire la nouvelle – , haletant, et bien que parlant du passé (bien avant Poe) il fait appel à ce qu’on qualifierait aujourd’hui de science fiction. On pourra le lire ici dans la traduction de Charles Baudelaire. Françoise (P.) se souvient d’avoir eu peur en lisant du Poe, ce qui n’est pas le cas de Sylvie.

Sylvie nous présente un livre qu’elle vient de finir de lire, Terre Ceinte (2015), du jeune romancier sénégalais d’expression française Mohamed Mbougar Sarr : c’est un roman qui se passe quelque part en Afrique, dans un territoire conquis par des islamistes. Malgré la difficulté de passer le cap des dix premières pages quelque peu étranges, Sylvie a trouvé cet ouvrage extrêmement bien écrit et un peu oppressant ; il décrit fort bien la logique – qui nous est étrangère –, le compor­tement cohérent et la jouissance de la violence du chef de la police, un fou de Dieu. Ce livre lui a été recommandé par sa cousine, qui parle non seulement le français, mais aussi l’anglais, le yiddish et le wolof (une des langues du Sénégal, pays où elle habite et dont elle détient la nationalité). Elle a fait des documentaires et écrit des livres, dont la trilogie Boy Dakar, Hivernage et Fouta Street. Sylvie conseille particulièrement la lecture de ce dernier ouvrage, écrit comme un roman policier sans l’être et qui se passe entre le Sénégal et New York et qui montre la confrontation des cultures.

Ce polyglottisme fait penser Michel à Claude Hagège qui, apparemment, connaît un grand nombre de langues sur le plan scientifique, mais sait-il en parler ? D’autre part, il faut dire qu’il n’apprécie pas vraiment ni l’œuvre – écrite dans un style parlé, comme s’il l’avait dictée sans même se corriger – ni le personnage, fort maniéré à son goût. Sylvie opine, disant son étonnement à la difficulté qu’elle a de le comprendre quand il parle de ces sujets…

Michel parle alors des discours de certains experts (non, pas la majorité) dont il lui arrive de détecter des erreurs – pour ceux des domaines qu’il lui arrive de connaître – dues à leur méconnaissance « profonde » de ces domaines ; c’est le cas de George Steiner, essayiste et critique fameux qu’il avait admiré après l’avoir découvert, et auquel il avait demandé (et reçu) l’autorisation de republier la version anglaise de son essai Dans le château de Barbe-Bleue. Notes pour une redéfinition de la culture dans son site anti-négationniste. Puis ce furent des erreurs factuelles ou des omissions dans ses écrits concernant le judaïsme (cf. une critique de Michel à ce propos), un roman, Le Transport de A.H. (il s’agit de Hitler) mal ficelé, et surtout, comme le remarquait l’historien Jacques Le Goff lors de l’émission Apostrophes en 1981 où Steiner présentait son roman, on ne pouvait qu’être « très gêné par la fascination face à Hitler que George Steiner vient d’exprimer », fascination qu’il n’a d’ailleurs eu de cesse d’éprouver pour la force et le mal absolus et leur manifestation dans de tels plumes que le maurrassien et royaliste Pierre Boutang ou les antisémites et collaborationnistes Louis-Ferdinand Céline et Lucien Rebatet. Pour conclure, en écoutant des discours d’experts, il faut être en mesure de se demander sur quoi ils sont « assis ». Françoise (P.) dit alors que ce n’est pas donné à tous, c’est la culture qui permet tout ça, d’où la nécessité d’apprendre.

_____________

1. Texte tiré de La Tête en vrac (2014) de Patrice Métayer.

2. Texte tiré du Miroir des idées (1996) de Michel Tournier, com­pre­nant de petits articles où « les idées s’éclairent en s’opposant deux à deux », comme l’écrit l’auteur lui-même.

25 mai 2020

Of truly false friends

Classé dans : Langue, Société — Miklos @ 1:45

Click to enlarge.

“A true friend is a treasure which no power, how formidable soever, can be sufficient to wrest from the happy possessor. […] There can be no real friendship which is not founded upon virtuous principles, nor any acquisition, virtue alone excepted, preferable to a true friend.” (Cicero, Lælius, or, An Essay on Friendship).

A true friend is indeed the rarest of all treasures, he is at one’s side when needed even without being asked to, while false friends, a much more common occurrence (thereby reflecting the usual dichotomy between quality and quantity), often make use of the most uplifting words in order to state their undying friendship yet are sorely missed even when called for as they have more pressing occupations. The cornerstone of friendship isn’t words, as Shakespeare expressed it so well: “Let deeds express / What’s like to be their words” (Coriolanus).

Speaking of words, “false friends”, in linguistics, refer to similarly looking or sounding pair of words in two distinct languages but which have different meanings. This expression was originally coined in French as faux amis, in the title of a book published in 1928 and listing many such misleading similarities (as they abound here too…), qualified as “treasons” in the subtitle of the first edition of the book.

A couple of simple examples are actuellement (meaning “currently”, rather than “actually”) and éventuellement (“possibily”, rather than “eventually”), or librairie (“book store”, rather than “library”). The illustration above is yet another instance, where “He has ideas above his station” was literally translated into French, where “station” means “a stopping place” (like a bus or train station) as in English, but definitely not a person’s social place or position.

In its section about friendship, The Student and Traveler‘s Guide to French Conversation consisting of Familiar Phrases and Dialogues […] (click on image for full title), whose fifth edition was published in London in 1839, contains a few amusing translations which would definitely be a faux pas in today’s French:

  • “A warm friend” is translated as “Un ami chaud”, which means a (sexually) hot friend.

  • “We are on friendly terms” is translated as “Nous vivons en amis” (which means “We live [together] as friends”).

  • “He professes for me a particular friendship” is translated as “Il me témoigne une amitié particulière”, which (as of Peyrefitte’s 1943 novel, Les amitiés particulières), denotes the “love that dare(d) not speak its name”, i.e. love between two men. Besides, one would say “Il me témoigne d’une amitié particulière”

Here is the full section on friendship (the italics in the French section are meant to denote letters which aren’t pronounced, and the little sign connecting two words means that the last consonnant sound of the first one must merge with the first vowel sound of the second one):

And for the sake of completeness, here is the following section (here too, some of the translations might raise an eyebrow, like “Il ennuie à la mort”):

4 mai 2020

Apéro virtuel XLIII : ah, cette marquise ! langues – origines, traductions, étymologies, homophonies

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts, Langue — Miklos @ 1:44

Hommes au phone – Homophones

Dimanche 3/5/2020

Une fois le quorum (50 % de Françoises) atteint, Michel a raconté comment il s’est rendu compte que la fameuse lettre de la marquise de Sévigné, si vibrante d’actualité qu’elle circule partout sur l’internet depuis deux ou trois jours, n’était pas de la plume de Marie de Rabutin-Chantal : il l’avait recherchée, à la date qu’elle indiquait pour sa rédaction, dans les volumineuses archives de la correspondance de la fameuse épistolière, en vain. Il s’avère donc que c’est un pastiche. Mais de quand date-t-il ? Il a montré aux trinquants une publication de cette même lettre datant du 30 avril 2003 (c’était en plein épidémie de SRAS), leur conseillant de lire le commentaire qui la suit. On ne peut que constater que toute « information » sur l’internet peut être faci­lement manipulée, transformée, voire inventée. Françoise (C.) a parlé de photos de gens faisant la queue devant un supermarché : selon l’angle de la prise de vue, on peut penser qu’ils sont collés les uns aux autres, alors qu’ils sont en fait à bonne distance les uns des autres.

Françoise (P.) avait choisi de parler de la langue dans les opéras. Par le passé, il était commun de traduire le livret d’opéras composés à l’étranger pour une production locale. Même si cette pratique existe encore dans certaines salles, il est bien plus commun de les produire dans leur langue d’origine, tout en projetant la traduction en surtitre ou sur des écrans latéraux (voire sur des petits écrans individuels), ce qui permet aux spectateurs de comprendre ce qui se chante. Les sur­ti­trages (ou leurs alternatives) sont aussi souvent projetés même quand le livret est écrit dans la langue locale, du fait de la difficulté de comprendre la diction de certains solistes (locaux ou étrangers…). Or le changement de langue de performance n’est pas neutre, toute langue ayant sa « musique » particulière : le même air ne rend pas de la même façon selon la langue dans laquelle il est chanté. Françoise l’a illustré par deux extraits de la plus que célèbre Habanera de l’opéra Carmen, l’une en allemand par Emmy Destinn (soprano tchèque, 1878-1930), l’autre en russe par Maria Maksakova (mezzo-soprano russe, 1902-1974), combinés de façon à ce que les cantatrices alternent les phrases. À ce propos, Michel a raconté avoir chanté en hébreu dans l’opéra comique H.M.S. Pinafore de Gilbert et Sullivan alors qu’il était au lycée, et dans Down in the Valley de Kurt Weill alors qu’il était au Technion (tous deux écrits à l’origine en anglais). Françoise (P.) ayant dit qu’à Bayreuth les opéras – tous de Wagner – étaient produits sans aucun surtitrage, Françoise (C.) a raconté qu’à l’English National Opera (à Londres) toutes ses productions – que ce soit Mozart, Verdi ou Strauss – sont en anglais quelle que soit l’origine de l’opéra. Elle a ajouté avoir entendu un Barbier de Séville chanté en russe à Saint-Petersbourg.

Sylvie a enchaîné en exprimant d’abord son étonnement que, lors de la présentation de Jean-Philippe de la veille concernant l’origine des langues, aucune mention n’ait été faite d’André Leroi-Gourhan (1911-1986) et de son ouvrage Le geste et la parole (1967). Il semblerait que « les modernes » ne le mentionnent pas [quoi qu’on trouve, par exemple en 1995, des critiques intéressantes de son approche]. Selon lui, le langage commence par les pieds – en fait, par la station verticale qui le distingue des animaux – , mais aussi de la descente du larynx [ce qui semble contesté aujourd’hui, cf. cet article] et du développement de la zone de Broca dans le cerveau humain. Michel est étonné par cette approche : les grands singes ont aussi la capacité de se tenir debout, les perroquets peuvent reproduire convenablement la parole humaine sans avoir les caractéristiques anatomiques suscitées. Enfin, l’acquisition du langage ne peut se faire que dans la plus tendre enfance, comme le démontre l’incapacité des « enfants sauvages » à (ré)apprendre à parler une fois rentrant dans la société humaine. Selon Sylvie, le singe peut se redresser mais n’a pas de posture verticale, et quant aux enfants sauvages, ils ont acquis le langage, une capacité à s’exprimer, très rapidement [ce qui est contredit par cet article]. Jean-Philippe a alors dit que ce qu’il avait présenté hier visait à montrer l’intérêt de la démarche de Chomsky et d’autres était d’aborder de façon transdisciplinaire la question du langage humain. Ensuite, le développement de l’intelligence arti­ficielle permet bien mieux de comprendre le langage. Selon Michel, les traductions automatiques échouent face à des textes complexes et riches (littéraires, par exemple), alors que les humains capables de faire de la traductions simultanée, chapeau !

Jean-Philippe propose alors un jeu linguistique, tiré de l’ouvrage Les liaisons généreuses. L’apport du français à la langue anglaise de Thora van Male : trouver l’origine française (disparue) d’un mot anglais : Atourner (assigner en justice).attorney, Fouaille (bois de chauffage).fuel, Bouteiller (officier servant de haut niveau dans la cour du roi, chargé de l’intendance du vin).butler, Mousseron (champignon comestible appartenant à la famille des Agarics).mushroom.

Michel a montré une brève liste d’homo­phones en français (voir ci-contre). Par exemple, au – aux – aulx – eau – eaux – oh – ho – ô – haut – hauts, ou encore chair – chairs – chaire – chaires – cher – chers – chère – chères – cheire – cheires (ces deux dernières dénotant dans le Massif central une coulée de laves scoriacées). Mais il a aussi montré un cas d’homophonie entre deux langues : le mot en hébreu affiché au milieu, signifiant « chance, probabilité », se prononce (comme Sylvie a pu nous le faire entendre)… « sikouy », que l’on épelle différemment en français, comme le fait si brillamment le poète Germain Nouveau (1851-1920) in Ignorant.

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

28 mars 2019

Pas si simple, le passé simple, ou, Parfait usage de l’imparfait (du subjonctif)

Classé dans : Langue, Littérature — Miklos @ 22:25

Le délicieux poème qu’on va lire ci-dessous (et dont peut écouter une jolie interprétation d’une variante amusante par ce drôle de Dranem) circule dans les journaux et les magazines depuis la fin du XIXe siècle. Attribué en général à Alphonse Allais, un contributeur de l’Intermédiaire des chercheurs et curieux du 10/2/1898 indique l’avoir entendu chanter par Paul Bonjour en 1849, quelques années avant la naissance d’Alphonse Allais, et donne son titre comme Les Confessions d’un gram­mai­rien. Ailleurs, on trouve plutôt Déclaration d’amour d’un gram­mai­rien à Mlle M. M…

    Oui, dès l’instant que je vous vis
Beauté farouche vous me plûtes.
    De l’amour qu’en vos yeux je pris
Sur le champ vous vous aperçutes !
    Mais de quel air froid vous reçutes
Tous les soins que je vous rendis !
    Combien de soupirs je perdis !
De quelle cruauté vous fûtes !
    Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous offris !
    En vain je priai, je gémis,
Dans votre dureté vous sûtes
    Mépriser tout ce que je fis,
Même un jour je vous écrivis
    Un billet tendre que vous lûtes,
Et je ne sais comment vous pûtes
    Voir de sang froid ce que j’y mis.
Ah ! fallait-il que je vous visse
    Fallait-il que vous me plussiez
Qu’ingénument je vous le disse,
    Qu’avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous suivisse
    Pour que vous me condamnassiez,
Et qu’à vos genoux je me misse
    Pour que de mes pleurs vous rissiez !
Et qu’à vos pieds je soupirasse
    Pour que vous me repoussassiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
    Que vous me désespérassiez,
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse,
    Qu’à vos pieds je me prosternasse
Et que je vous idolâtrasse
    Pour que vous m’assassinassiez !


Une recette pour faire la cour, 21.12.1805.
Cliquer pour agrandir.

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos