Ode à Saint Omer
La maire
D’une ville au bord de la mer,
Pleure. Elle a perdu sa mère,
Dont l’âme ère,
Amère,
Elle ne sait où, oh mer-
de !
La maire
D’une ville au bord de la mer,
Pleure. Elle a perdu sa mère,
Dont l’âme ère,
Amère,
Elle ne sait où, oh mer-
de !
La RechuteRechute est formé de re, particule réduplicative, et du mot chute, primitif de choir (en latin, cadere). et la RécidiveRécidive est formé de la même particule re, et du verbe cidere (pour cadere), choir, tomber. marquent l’action de retomber : mais la rechute est celle de retomber dans un état funeste ; et la récidive, de retomber dans un mauvais cas. Toutefois l’idée de tomber est essentielle et rigoureuse dans la rechute, et non dans la récidive. On dit se relever d’une chute : après qu’on s’en est relevé, on retombe par la rechute. Mais on dit, se mettre dans un mauvais cas ; et après qu’on s’en est tiré, on s’y remet par la récidive. Il résulte de là que la rechute marque la faiblesse ou la légèreté ; et la récidive, l’opiniâtreté ou l’imprudence. C’est parce qu’on n’est pas assez ferme ni assez constant, qu’on fait une rechute : c’est parce qu’on ne veut pas se corriger ou s’observer, qu’on passe à la récidive. Guéri, ou rétabli, jusqu’à un certain point, dans son premier état, on retombe : puni, ou ayant obtenu son pardon vainement, on récidive, on recommence. Il y a donc, en général, plus de malice dans la récidive que dans la rechute, et plus de malheur dans la rechute que dans la récidive. — Cependant ces termes, quoiqu’ils aient à peu près le même sens, ne se confondent point, parce qu’ils sont exclusivement consacrés à quelque ordre particulier de choses. Rechute est un ternie de médecine et de morale : un malade ou un pécheur fait une rechute. Récidive est un terme de jurisprudence et de lois pénales : un coupable, un délinquant, fait une récidive. La rechute est donc une maladie funeste, ou du corps, ou de l’âme : la récidive est un délit ou une faute punissable selon la loi. La rechute est plus dangereuse que la première maladie : la récidive est plus sévèrement punie que le premier délit. Leur synonymie consiste donc à désigner le retour dans la même faute, ou dans le même mal. — Boinvilliers, Dict. univ. des synonymes de la langue française. 1826.
Depuis jeudi, impossible de rajouter ou de corriger des billets dans la version de ce blog hébergée au Monde : ce n’est pas une panne généralisée, d’autres blogs du Monde continuent à publier des billets.
Cet hébergement n’est « donné » qu’à ses abonnés contre monnaie sonnante et trébuchante (c’est bien le cas, comme on le verra tout de suite), débitée automatiquement et non pas à l’acte, et en catimini de surcroît (sans notification par mail qu’il a eu lieu, tandis qu’une pléthore d’autres émissions électroniques proviennent de leur site à raison de plusieurs par jour). Le service effectivement rendu (quand il l’est) n’est pas, lui, automatique, peu s’en faut.
On s’arme de sa plus belle plume électronique et on le signale le jour même au « service support blogs » et « service clients ». Le premier, à son habitude, ne répond pas, tandis que l’autre renvoie un accusé de réception automatique, assurant que leurs équipes mettent tout en œuvre pour répondre dans les meilleurs délais. Que veut dire « meilleur », concrètement, ça on s’en doute déjà un peu, au vu de l’expérience acquise.
Vendredi matin, l’empereur, sa femme et le p’tit prince… Pardon, vendredi matin, la gestion du blog est toujours impossible. On envoie un autre message au support blogs. On profite pour leur signaler que l’on continue (parce qu’on le leur avait déjà signalé) à recevoir des commentaires n’ayant aucun rapport avec le propos du billet, et dont le but est de faire de la publicité pour un service en ligne, en provenance toujours du même réseau russe mondialement connu – 91.212.226.* – et qu’il serait donc possible de bloquer à la source pour éviter ces notifications (à raison de plusieurs par jour, parfois), mais non, cela fait des semaines que cela continue.
Pas de réponse.
Vendredi après-midi, on envoie encore une fois un signalement sur ce défaut, cette fois via la page du site du Monde pour ce faire (bien cachée au fin fond des FAQs et autres littératures supposées résoudre tous nos problèmes). L’accusé de réception ne se fait pas attendre. Mais la situation est inchangée.
Samedi matin, on teste par acquis de conscience l’accès à la gestion du blog, et, oh miracle !, c’est reparti. On n’en a pas été informé, ce qui peut s’expliquer de deux façons différentes : soit « ça s’est réparé tout seul », mais alors il faut être un grand croyant dans les capacités d’intelligence artificielle des machines ; soit il y a eu une intervention humaine, et alors on est en droit de se demander pourquoi on n’en a pas été prévenu.
Samedi après-midi, le service client répond finalement au courrier qu’on leur avait envoyé deux jours plus tôt. Il demande si l’on a « effectué l’étape d’identification à notre site ». Bien sûr que oui, on le leur avait même précisé. On le leur répond poliment, ils renvoient automatiquement un accusé de réception. On s’attend à recevoir une réponse humaine dans deux jours. On est curieux de voir ce qu’ils vont bien pouvoir écrire.
Alors, chère lectrice, cher lecteur, rechute ou récidive ?
Le service client du Monde répond au courrier qu’on leur avait envoyé deux jours plus tôt. Il demande si l’on a « effectué l’étape d’identification à notre site ». Bien sûr que oui, on le leur avait même précisé. Et même deux fois plutôt qu’une. On le leur re-re-précise. Et on attend deux jours de plus pour voir.
Un air de déjà-vu, dites-vous ? Oui-da, il s’avère que c’est une réponse automatique. Alors pourquoi met-elle deux jours à parvenir, puisque de toute façon il ne semble y avoir plus personne d’humain à l’autre bout ?

“Vivos voco. Mortuos plango. Fulgura frango.” — Friedrich Schiller, Das Lied von der Glocke.
Jeff et Akbar sont étonnés comme des fondeurs de cloche. Ils en ont vu des vrais fondeurs à Villedieu-les-poêles (assez poilant comme nom de lieu, comme Trois-Pistoles ou Saint-Louis-du-Ha ! Ha !, qu’Akbar était allé visiter rien que pour ça, c’est d’ailleurs ce qu’ils ont de plus intéressant). La taille des cloches qu’ils produisent, vues de près, a effectivement de quoi les surprendre, mais ce sont surtout ces artisans qui doivent être sonnés quand la fonte de tels mastodontes échoue et qu’il en sort un objet qui cloche, ils doivent en entendre alors, des cloches ! D’où l’expression, qui remonte au moins au XVIe siècle :
Estonné. (…) On dit prov. qu’Un homme est estonné comme un Fondeur de cloches, qu’il est estonné comme s’il tomboit des nuës, comme si les cornes luy venoient à la teste, pour dire, qu’Il est surpris, estonné jusqu’au dernier point. (Dict. de l’Acad. franc., 1694)
Fondeur. (…) On dit prov. d’Un homme estonné de quelque chose de fascheux, qui luy arrive contre son attente, qu’Il est estonné comme un Fondeur de cloches. (ibid.)

Akbar a retrouvé cette expression dans le (très) Facétieux réveille-matin des esprits mélancholiques, ou le Remède préservatif (c’est le cas de le dire, murmure-t-il) contre les tristes, publié en 1565, et qui relate entre autre la mésaventure d’un Anglais qui « estoit incommodé de quelque mal qu’il avoit receu des faveurs d’Amour d’une certaine Normande » (je vous l’avais bien dit, susurre Akbar) et cherchait en conséquence un chirurgien.
L’Anglais en question tombe sur Pierre Loricard à qui il demande s’il ne connaît pas « un bon Surgen (surgeon, chirurgien, en anglais, précise Akbar) pour accommoder mon pice ». Loricard, croyant comprendre que l’individu cherche un bon Sergent (petit officier de justice, à l’époque, explique Akbar) pour s’occuper des pièces d’un procès qu’il a en cours, lui fait rencontrer incontinent (l’adverbe, précise Akbar, à ne pas confondre avec l’adjectif qui est pourtant aussi de circonstance mais autrement) un homme du métier de ses amis.
La rencontre a lieu dans la rue, le Sergent demande d’abord une avance sur frais, puis que l’Anglais lui montre les pièces en question. Ce dernier rétorque que « moy ne veux pas montrer mon pice devant les gens », ils se mettent donc à l’abri d’un portail. Le Sergent met ses lunettes pour lire, tandis que l’Anglais se dépêche de lui montrer la pièce « maléficiée dans le combat de Venus ». Et inévitablement :
Le Sergent, extrêmement surpris, crût que cet Anglois se mocquoit de luy (ou alors étant de ces 25% d’Anglois, selon les statistiques sociologiques d’Edith Cresson, ricane Jeff), & tout confus commence à luy dire.
— Comment, mon amy, est-ce ainsi que l’on se mocque des Ministres de Justice ! Je vous montrerai bien à qui vous vous jouez.
Le saisissant au colet, il commença à crier :
— Je fais haro sur cet insolent.
À ces cris, tout le monde y accourut, Pierre Loricard se trouva surpris aussi bien que luy, à qui ce pauvre Anglais estonné comme un fondeur de cloches, dit :
— Pierre Loricard, quel Surgent m’avez-vous mené ?
Le malheureux ne put s’en débarrasser (du Sergent, pas du mal en question) qu’en le payant encore une fois, et « fut contraint de chercher un autre Chirurgien ». Akbar se dit qu’un vrai sergent aurait dû faire sonner les cloches de CornevilleFaire la tournée des constats d’adultère., ce qui aurait peut-être évité que la dite Normande ne parte courir le guilledou avec comme conséquence la mésaventure de notre Anglais qui s’en est sorti bien sonné.

Akbar décide de faire un bref inventaire de quelques autres expressions qui mentionnent les cloches. Voici ce qu’il trouve :
- À cloche-pied.
- À la cloche (intelligent).
- Avoir des cloches aux pieds, sous les pieds (des ampoules).
- Avoir toujours quelque fer qui cloche.
- Boire comme un sonneur de cloches.
- Chapeau-cloche.
- Cloche à fromage (chaussette).
- Clocher devant les boiteux (tenter d’être fin devant des gens plus fins que soi).
- Clocher que dalle (être sourd).
- Clochettes (poches).
- Déménager à la cloche de bois (faire sortir ses meubles de son logement sans avoir payé le propriétaire et sans être vu du concierge).
- Entendre des cloches (être assommé, sonné).
- Entendre les deux cloches (les deux parties, le pour et le contre).
- Être à la cloche, filer la cloche (être clochard, sans domicile fixe).
- Être à la cloche (écouter).
- Faire sonner la grosse cloche (faire parler celui qui a le plus d’autorité).
- Fileur de cloches (misérable).
- Fondre la cloche (se déterminer à approfondir une affaire, prendre une dernière résolution pour une affaire).
- Gentilhommes de la cloche (ceux annoblis par les charges municipales, à cause de la cloche qu’on sonnait dans les élections).
- Il est comme les deux cloches (celui qui varie dans ses discours).
- Indiscret comme une cloche.
- N’être pas sujet à un coup de cloche (à l’heure, comme les moines, les chanoines).
- Pauvre cloche ! (expression favorite de Jeff)
- Penaud (ou piteux, ou triste) comme un fondeur de cloches (confus et muet, voyant qu’une affaire qui pouvait être bonne nous a mal réussi par notre faute).
- Ronfler comme un sonneur de cloches.
- Se taper la cloche (s’en envoyer plein la lampe, faire bombance).
- Sonner les cloches à quelqu’un (le gronder).
- Sous cloche (en préparation).
Si vous en connaissez d’autres, signalez-les moi, demande Akbar à ses fidèles lecteurs.
Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

En moins d’un clin d’œil et de deux plans d’austérité, Akbar voit arriver la période des fêtes, les poches plus que vides mais le cœur plein (l’inverse, il le sait, ne fait pas le bonheur). Que va-t-il donc pouvoir offrir à Jeff (qui d’ailleurs la fera ailleurs, la fête) ?
Quelle chance ! il trouve dans sa boîte à lettres une publicité pour des cartes de vœux 2012 « prix direct fabricant », des « tarifs dégressifs les plus bas du marché », 0,39 € pour « + de 1 000 ex », ça ne fait pas cher la carte, je peux me permettre, se dit Akbar, mais je me demande bien comment ils font pour vendre des cartes à 0,00039 € pièce !
Un coup d’œil et il comprend : c’est sur les lettres qu’ils rognent, comme ils le font d’ailleurs dans leur Édito.
Akbar réfléchit au message qu’il pourrait composer avec le moins de lettres possible, pour baisser encore les prix : « Cher… », non c’est trop cher. « Jef (c’est clair que c’est encore cher mais pas trop, et avec un f en moins ça se prononce de toute façon à l’identique), je te présente mes meilleurs vœux pour 2012. Akbar. ». Enfin, si c’est sur la carte, c’est clair que je les lui présente, donc je peux faire sauter trois mots d’un coup. Et puisque je signe, c’est aussi clair que ce sont mes vœux. Voyons ce que ça donne : « Jef, meilleurs vœux pour 2012. Akbar ». La qualité du papier (« couché – moi je ne le suis pas encore, marmonne Akbar – mat 300 G – ce qui fait tout de même 300 kg, si l’on multiplie par 1 000, s’inquiète-t-il – vernis UV brillant sélectif sur l’image ») démontre bien que ce sont mes meilleurs vœux jusque là, donc je laisse : « Jef, 2012. Akbar ».
Il espère avoir réduit ainsi ses coûts de communcation à l’aide de cet éditeur vraiment spécialisé. Ou vraiment très spécial.
Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.
Le Trésor de la langue française informatisé – ressource excellente s’il en est – ne propose aucune définition de berzingue, ce qui est d’autant plus curieux qu’il le cite dans l’un des exemples illustrant celle du verbe lever : « Il enfile les Champs-Élysées à tout berzingue. Il coupe l’avenue George V sans lever le pied », où il apparaît au masculin plutôt que sous sa forme plus répandue, au féminin.
Ce passage est tiré d’un curieux ouvrage, Voilà Taxi, paru à la NRF en 1935, et écrit « par Simonin Bazin » : il s’agit là d’abord du Simonin célèbre pour ses polards truffés d’un argot très réaliste et dont Touchez pas au grisbi !, publié en 1953, assurera sa célébrité et lui accordera, entre autres, une virginité renouvelée bien utile après sa condamnation à la Libération à cinq années de prison pour son travail au Centre d’Action et de Documentation, financé par les Allemands pour servir leur propagande antisémite et antimaçonnique.
Mais dans une vie précédente il avait été chauffeur de taxi ; il avait sympathisé avec Bazin – Jean, pas Hervé – qui avait publié à la NRF un roman, Capricorne, deux ans plus tôt. Si cet ouvrage est catalogué à la Bibliothèque nationale, cette dernière n’identifie pas ce Bazin comme le co-auteur de Voilà Taxi et ne fournit aucun renseignement biographique à son sujet. En tout état de cause, il semblerait qu’il ait été, lui aussi, chauffeur de taxi, selon les dires de Simonin :
« Nous sommes devenus amis. Il s’appelait Jean Bazin. Il avait un livre chez Gallimard et un jour Gaston Gallimard lui a dit : “Mais, Bazin, vous êtes chauffeur de taxi ? Pourquoi n’écririez-vous pas quelque chose sur ce métier ?” Bazin m’est revenu comme un boomerang et il m’a dit : “Veux-tu qu’on le fasse ensemble ?”. Voilà Taxi a paru en 1935 sous la signature Simonin-Bazin. Nous avons failli avoir le prix Populiste cette année-là. […] Dans Voilà Taxi, et c’est le premier essai à ma connaissance, nous avions fait un glossaire d’argot. Il était assez copieux. » (Entretien avec Albert Simonin, Ellery Queen Mystère magazine, 03/1971, n°277, pp. 123–124).
(source : ABC de la langue française). L’expression « toute berzingue » se retrouve peu de temps plus tard (1938) chez Céline dans un contexte si raciste et obscène qu’on ne le citera pas. Il la réutilisera, parfois au féminin, souvent au masculin, dans d’autres textes du même acabit.
Quant au mot berzingue, il semble avoir été utilisé dès la première moitié du 19e siècle dans le patois picard et dans la langue wallonne, mais dans un tout autre sens, celui de « ivre ». La troisième édition du Dictionnaire rouchi-français de G. A. J. Hécart, publiée à Valenciennes en 1834, précise :
BERZAIQUE (être), être ivre. À Maubeuge on dit berzingue.
Et c’est dans le glossaire de L’Histoire et glossaire du normand, de l’anglais et de la langue française d’après la méthode historique, naturelle et étymologique d’Édouard Le Héricher (1862) qu’on trouve une explication qui peut faire le rapport entre ces deux usages apparemment étrangers l’un à l’autre et dérivés du verbe boire :
BÈRE, boire, en vf. Bevere, du l. Bibere : « Noel fait bevere son voisin. » (Fr. Michel, Chans. bachique du 13e s.). bère, le cidre, le boire par excellence en N[ormand]. V[oir]. à l’Intr. p. 32 les divers adj. par lesquels le N[ormand]. célèbre sa boisson ; on a dit Boire : « Valleur des quatriesmes des boires vendus à détail au diocèse d’Av. » (Reg. de la Cour des comptes en 1374). On conjugue Bere, je bets, tu bets, il bet, comme dans un vieux diction des Miracles de Ste Geneviève :
A la guise de Normandie
Je bet a vous de chipe en chope.Et au prét. je beus : « Quar tant en beut ; » (Tombel de Chartrose.) De là debet, le goût que laisse le cidre, le fr[ançais]. Déboire ; berdalle, ivrognesse, litt. dalle à bère ; bereau, la gouttière d’une bouteille, canal d’un pressoir, en v[ieux]. n[ormand]. espèce de cruche.
Les pipes, les bereaux pleins de liqueur vermeille,
dans Ol. Basselin, mot qui en se contr[actant]. a donné au fr[ançais]. Broc, en n[ormand]. bro ; berelle, querelle après boire ; béchon, boisson ; boissonner, beuchonner, enivrer ; beuchonnier, ivrogne ; berzingue, bezingue, s. f. et besin, s. m. ivresse ; berzole, femme étourdie, comme une personne ivre, d’où berzer, courir comme un insensé, d’où bezer en Bray, et en Av[ranches], veser, se dit des vaches qui courent follement piquées par les mouches. (…)
Berzer – courir comme un fou (donc : à toute berzingue, ou comme une vache folle) – ne semble pas très différent du verbe bèrziner qui, en dialecte du Hainaut belge, signifie se remuer (source), et ressemble à l’adjectif anglais berserk, qui signifie fou, insensé, apparu vers 1850. Son origine est curieuse : c’était la désignation des guerriers d’Odin, qui se précipitaient avec une sorte de délire frénétique dans la mêlée, sans armes défensives, voire torse nu (selon une hypothèse, le mot proviendrait de bare-sark, qui voudrait dire sans chemise).
Et le rapport avec faire la bringue ? Le voici, dans une note de bas de page de la citation suivante. À propos de brindezingues (dans la locution être dans les brindezingues, avoir une pointe de vin, être à demi-gris), Le Langage parisien au XIXe siècle de L. Sainéan (1920) signale :
C’est une contamination proviciale du vieux mot brinde*, toast, Bas-Maine, brindesis (ce dernier répondant à l’italien brindisi) par un mot apparenté qu’il reste à déterminer. Il est intéressant de relever le sens généralisé du mot dans les parlers provinciaux. Tandis qu’en Normandie, brezingue et bezingue (qui en est la forme réduite) signifie également « ivre », comme dans l’Anjou berzingue ; le Lyonnais désigne par berzingue celui qui marche de travers, répondant à la fois au mançois marcher en brindisis, marcher de travers comme un ivrogne, et au genevois de bizingue, de travers.
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* La forme parallèle bringue (que donne déjà Cotgrave [dans son Dictionarie of the French and English tongues publié en 1611]) est encore vivace en Bretagne, où elle désigne la débauche des matelots, d’où bringuer, boire avec excès, en parlant des matelots.
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