Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

3 juin 2025

Des Subtilitez du Cube, & de ce qu’on ne void point à l’œil nu

Classé dans : Humour, Langue, Peinture, dessin, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 13:03

Cliquez pour agrandir. Source : Whisk.

«En une heure tardive, où le soleil faict l’espargne de ses rayons, se tenoit assis, en sa chaise de noyer grinçante, ung vieil philosophe à la barbe si longue qu’elle eût bien peu servir de corde à sa pendule. Il tenoit en sa dextre main ung certain cube, lequel estoit, ainsi qu’il le disoit avec maints soupirs, le quarré du quarré, en forme solide, & donc cube, ou peut-estre idole géométrique (à ouïr ce qu’il en murmurait entre ses dents).

Ce cube, poinct ne resplendissoit d’or ou pierreries, mais estoit de plomb ou d’un bois obscurci par tant d’années de manipulations studieuses. Or, le sage le contemploit avec tel regard de gravité que le moindre observateur eût juré qu’il s’agissoit là d’un fragment de la Vérité mesme, voire de la clef du monde sublunaire (et au-delà, s’il eût eu temps d’y aller).

Derrière luy, en noble désordre, estoient entassées maintes fioles, cornues, livres à demy-mangés de rats studieux, & recettes plus ou moins imaginaires. Et parmy ces reliques d’une sapience fort odorante, se trouvoit un corbeau seul & noir, qui, d’un œil soupçonneux, observoit le cube comme s’il eût voulu en discourir aussi, n’eût-il esté de nature taciturne.

Par une fenestre de pierre, ouverte sur la campagne, l’on apercevoit au loing ung laboureur menant son attelage, souillant les pieds dans la glaise, fort occupé à ignorer les merveilles des mathé­matiques. Il besoignoît, sans mot dire, plus proche de la vérité terrestre que mille scolastiques en leur tour d’ivoire.

Et aux murailles du cabinet, l’on voyoit une armée de livres serrés, tous crians d’estre le premier à estre lu, mais tous bien trop patients pour y parvenir.

»Ainsi passoit nostre philosophe ses jours : le cube en main, l’œil au ciel, & l’esprit dans le labyrinthe de ses pensées — là où, Dieu mercy, personne ne pouvoit l’y suivre.

Source : ChatGPT

28 mai 2025

La complainte amoureuse qu’Alphonse Allais n’a pas écrite

Classé dans : Humour, Langue, Littérature, Médias — Miklos @ 23:25

Cliquer pour animer. Source : Whisk.

Épître amoureuse d’un puriste
Dédiée à M. Blavet
 
Oui, dès l’instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes ;
De l’amour qu’en vos yeux je pris,
Sur-le-champ vous vous aperçûtes ;
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis !
De quelle cruauté vous fûtes !
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous offris !
En vain je priai, je gémis :
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis.
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes,
Et je ne sais comment vous pûtes
De sang-froid voir ce que j’y mis.
Ah! fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez !

Ce texte fort bien tourné est souvent attribué à la plume d’Alphonse Allais, et sous le titre « Complainte amoureuse », avec comme source L’Hydropathe (1880).

Or il était apparu dans la presse – probablement pour la première fois – le 9 décembre 1867 (in Le Pays, Journal de l’Empire, p. 2) – alors qu’Alphonse Allais n’avait que 13 ans – dans le cadre d’un débat public au Corps législatif sur l’utilisation de l’imparfait du subjonctif entre d’un certain M. Blavet qui le préconisait, et M. Granier de Cassagnac qui l’a interrompu avec humour, critiquant cet usage et citant ce poème, sans doute de sa plume.

Comme précédemment évoqué, on en trouve des traces apparemment plus anciennes ; un certain Martellières, in L’intermédiaire des chercheurs et curieux n° 788 du 10 février 1898, cite le poème en rajoutant : « J’ignore que en est l’auteur. C’est une chansonnette comique que j’ai entendue pour la première fois en 1849 sous ce titre : Les confessions d’un grammairien. Elle était chantée par un comique nommé Paul Bonjour, qui eut son heure de célébrité. J’ai recherché vainement cette chanson sans pouvoir la retrouver. »

Or en 1837, L’Écho de la Loire publie une amusante historiette intitulée La Règle des participes (que l’on trouvera retranscrite ici), qui parle justement d’un grammairien obsédé par l’imparfait du subjonctif et qui comprend un petit poème du même style que l a deuxième partie du nôtre, mais avec des paroles quelque peu différentes :

Version 1837

Version « Allais »

Fallait-il que je m’enflammasse,
Pour que vous vous glaçassiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Pour que vous me méprisassiez !
Fallait-il que je vous suivisse,
Afin que vous me quittassiez,
Et qu’à vos genoux je me misse,
Pour que vous me rebutassiez !!!

Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez !

L’auteur de l’article – et peut-être du poème ? – n’est pas mentionné.

Il est donc plausible que la version actuelle, faussement attribuée à Alphonse Allais, soit due à Granier de Cassagnac, qui l’aurait composée vers 1867 en s’inspirant de la version de 1837.

Une autre variante, inspirée elle aussi par la version de 1837 (on retrouve le « Fallait-il que je vous aimasse »), parut en 1886 dans Les Annales politiques et littéraires (8 août 1886, p. 7) :

«Nous avons publié dans un dernier écho une boutade contre l’imparfait du subjonctif. Ce dernier proteste contre le subjonctif, qui veut lui signifier son congé.

Ah ! fallait-il que je naquisse,
Que sous votre toit je grandisse,
Et que près de vous je vieillise,
Pour que vous me détruisissiez !
Fallait-il que je vous suivisse,
Et qu’à vos lois je m’asservisse,
Pour que délaissé je me visse
Et qu’à l’écart vous me missiez !
 
Bien qu’Imparfait toujours je fusse,
Fallait-il donc que je me tusse,
Et qu’en tout lieu je ne parusse
Que pour que vous m’en exclusiez !
Hélas ! sans que je le voulusse,
Fallait-il que je vous déplusse,
Et qu’assez longtemps je vécusse
Pour que vous me méconnussiez !
 
Fallait-il que je vous aimasse,
Que pour vous je me dévouasse,
Je soupirasse et m’enflammasse,
Pour qu’enfin vous vous glaçassiez !
Fallait-il que je sanglotasse,
Et qu’à vos pieds je me jetasse,
Je m’attachasse et m’enchaînasse»
Pour que vous me repoussassiez !

SERGINES

On trouvera ici quelques autres « boutades contre l’imparfait du subjonctif (et le passé simple) », dont une bien plus célèbre et attribuée (à tord) à Alphonse Allais.

La Règle des participes

Classé dans : Humour, Langue, Littérature, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 20:52

Cliquer pour agrandir. Source : Whisk

«Mon ami C… fut tour à tour grammairien, membre du caveau, employé aux contributions, et professeur de rhétorique.

Inutile de vous dire qu’il est affilié à toutes les académies littéraires et chantantes, rivé à toutes les sociétés philanthropiques et maçonniques.

Inutile de vous dire encore qu’il parle comme un livre, qu’il est puriste comme on ne l’est pas, pédant comme on ne s’aurait l’être.

Une infraction à la syntaxe lui donne des crises de nerfs ; il vous pardonnera tout, hors les solécismes ; il est indulgent pour toutes les fautes, excepté les fautes d’orthographe. Offensez-le, battez-le, trahissez l’amitié, manquez à votre parole, il fermera les yeux.

Mais manquez un imparfait du subjonctif, c’en est fait : il vous accablera de ses sarcasmes, il vous couvrira de son mépris.

Déjà au collège il avait manifesté ce puritanisme grammatical ; il chicanait pour un pronom, se chamaillait pour un verbe, et se brouillait avec nous pour l’accord d’un adjectif.

« Tu m’as pris ma plume ! disait-il un jour à l’un de ses camarades. « Pas vrai, je ne te l’ai pas pris. » Et le camarade recevait un coup de poing, non pour avoir pris la plume, mais pour avoir blessé la règle des participes.

Il me bouda pendant six mois pour un malheureux il a fallu que j’aille.

Aussi Dieu sait les persiflages qu’il amassait sur sa tête. C’était un concert de moqueries et de sobriquets : tantôt on le surnommait M. Prétérit, tantôt le marquis de Saint-Axe. Il n’en poursuivait pas moins son chemin, et c’est ainsi que peu à peu il grandissait et grossissait, en physique et en pédantisme, chicanant à droite, épluchant à gauche, suant le grammairien par tous les pores, composant des charades à bouche-que-veux-tu, et des Épîtres à Cloé, comme s’il en pleuvait.

Vous seriez-vous jamais imaginé qu’un homme de ce calibre trouvât à se marier ? C’est pourtant ce qui arriva : Il serra les nœuds de l’hyménée, ce sont ses propres expressions, l’an 1835, à l’époque où Phébus jaunit les épis.

C’est la petite épître suivante qui lui avait valu les bonnes grâces de la belle  :

Air : Allant au bal dans notre rue.
 
Fallait-il que je m’enflammasse,
Pour que vous vous glaçassiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Pour que vous me méprisassiez !
Fallait-il que je vous suivisse,
Afin que vous me quittassiez,
Et qu’à vos genoux je me misse,
Pour que vous me rebutassiez !!!

La jeune personne fut si enchantée de l’envoi poétique qu’elle voulut se marier sur le champ, soit qu’elle fût pressée, soit qu’elle eût fondé un brillant avenir sur la tête de mon ami C…

Mais dès les premiers jours de la lune de miel, mon ami C… s’aperçut qu’il avait vidé une coupe d’absinthe.

Les solécismes les plus ébouriffans et les cuirs les plus scandaleux vinrent troubler l’alcôve conjugale… Hélas ! c’était toute une éducation à faire ! Louise écorchait la syntaxe à faire frémir, et mettait l’orthographe à se tordre les côtes… Les s et les t gambadaient dans sa conversation comme des farfadets. Jugez du désespoir de mon ami C… !

Mais il prit son courage à deux mains, et s’institua le professeur de sa femme. Bientôt les progrès commencèrent à se manifester, et le persévérant époux vit avec joie se développer le germe de ses leçons. Un jour, une affaire de famille l’ayant conduit chez le voisin de Louise, il reconnut l’écriture de sa femme sur un billet laissé par imprudence parmi les objets qui encombraient le marbre de la cheminée, et il lut ces mots :

« Mon chèr Théodore, j’ai reçu la petite lettre que tu m’as écrite ce matin, je me trouverai au rendez-vous. »

— Voilà qui est indigne ! s’écria mon ami C…

Le cousin, atterré de cette découverte, et maudissant son imprudence, voulut arracher le papier des mains de l’époux outragé…

Mais l’autre tenait ferme et lançant un regard courroucé sur le billet accusateur  : — Voyez, monsieur», si ce n’est pas une infamie ! La lettre que tu m’as écrit !… Et voilà trois mois que je cherche à lui inculquer la règle des participes !!

L’Écho de la Loire, 19 août 1837, p. 2.

On trouvera ici quelques autres « boutades contre l’imparfait du subjonctif (et le passé simple) », dont une bien plus célèbre et attribuée (à tord) à Alphonse Allais.

14 mai 2025

Avez-vous la pêche ?

Classé dans : Humour, Langue — Miklos @ 16:46

Cliquer pour agrandir.

17 avril 2025

La fin de « selfie »

Classé dans : Langue, Photographie, Sciences, techniques — Miklos @ 17:26

Cliquez pour agrandir (source).

«Le vocabulaire propre aux nouvelles technologies progresse rapidement. L’exercice de votre profession vous amène sûrement à constater ce phénomène.

À titre d’exemple, le mot selfie apparaît en 2004 sur la plateforme Flickr. Il renvoie à l’idée de se prendre en photo à l’aide d’un téléphone intelligent, d’une tablette ou d’un appareil photo numérique. L’usage de ce mot se répand en 2012 grâce aux réseaux sociaux populaires. En 2013, le terme selfie connaît une croissance de 17 000 %, selon le Oxford Dictionary. Guy Bertrand,» premier conseiller linguistique à Radio-Canada, vous suggère de remplacer cet anglicisme par « auto­photo­graphie », « auto­photo », « auto­portrait » ou « égo­portrait ».

Benoît Béland, Guide de communication orale et écrite, 2015.

«Polyphoto, Autophoto, Photomatic, etc…. sont des noms donnés à des appareils destinés à produire auto­ma­ti­quement plusieurs poses ou, livrant presque instan­ta­nément un nombre déterminé d’épreuves.

Si vous n’avez pas été « qualifié » pour obtenir d’un démarcheur une démons­tration d’un de ses appareils, peu importe ! Nous n’avons pas la prétention de nous substituer à un courtier, mais tout simplement de vous mettre en garde contre l’exploitation des dits appareils.

Les Sociétés (la plupart étrangères) qui font le négoce des appareils Polyphoto ou similaires s’intéressent bien plus de trouver des clients chez les photographes ou même chez ceux qui ne sont pas du métier, que de savoir si les appareils placés avec contrat ou non, répondent aux besoins de la clientèle.

À cela naturel­lement et en bon commerçant vous nous» répondrez que ce n’est pas votre affaire, que les curieux ont toujours tort et que les Photographes Qualifiés n’ont besoin de personne pour leur donner des conseils.

L’Objectif, 1er novembre 1935.

«Cette année, le vrai succès est pour le camelot en plein vent ; le camelot, installé sur une table qu’éclaire une bougie dans du papier. Celui-là est le centre de groupes toujours nombreux qu’attirent son boniment et souvent l’originalité de la marchandise qu’il débite.

‒ Demandez, crie l’un d’eux, demandez l’autophoto ! Pour dix centimes vous aurez un appareil photo­graphique au moyen duquel vous obtiendrez votre portrait comme celui de toutes vos connaissances. Mon appareil est mon exclusive propriété, j’en suis le seul et unique inventeur. L’autophoto et la manière de s’en servir pour deux sous ! Et tenez, messieurs, ne croyez pas, vu la modicité de son prix, qu’il soit imparfait, quant au fonc­tion­nement.» Y a-t-il dans l’honorable assistance une personne qui veuille ce soir, offrir sa photo­graphie à un parent, un ami ? Pour cette fois seulement, j’expé­rimente gratui­tement.

Le Petit Marseillais, 2 janvier 1889.

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos