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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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12 août 2014

Promenade à Paris : la Tour, la roue, les dames et les oiseaux

Classé dans : Lieux, Photographie — Miklos @ 18:56


La tour de Paris-plage et la Conciergerie. Cliquer pour agrandir.


Le musée d’Orsay. Cliquer pour agrandir.


Des lendemains qui chantent. Cliquer pour agrandir.


La danseuse et le chien. Cliquer pour agrandir.


La dame à la lanterne. Cliquer pour agrandir.


L’oiseau et la pyramide du Louvre. Cliquer pour agrandir.

Autres photos ici.

31 juillet 2014

L’amour est-il mort, et autres questionnements et considérations métaphysiques

Classé dans : Littérature, Peinture, dessin, Photographie, Politique, Religion, Société — Miklos @ 1:26


L’amour [n’]est [pas] mort.

« L’amour est mort en France :
C’est un
Défunt
Mort de trop d’aisance.
. . . . . . . . . . . . . . . . . .
Et tous ces nigauds
Qui font des madrigaux
Supposent à nos dames
Des cœurs,
Des mœurs,
Des vertus, des âmes !
Et remplissent de flammes
Nos amants presque éteints,
Ces pantins
Libertins ! »

(Extrait d’une chanson de Charles Collé (1709-1783), citée par Eugène Scribe dans son discours de réception à l’académie française, prononcé dans la séance du 28 janvier 1836.)


La vie n’est pas une passerelle.

La vida es una pasarela est une série de photos du photographe colombien Jaime Ávila. If life is a catwalk, run like a dog est le sous-titre de Nowhere Near Here, vidéo d’animation de l’artiste de street art Pahnl (2010).


Nous avons tous grandi dans le corps d’une femme.
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«Il y avait une fois un homme très méchant, un meurtrier, dont l’esprit, quand il mourut, entra dans le corps d’un bœuf. Ce bœuf eut un maître dur qui le nourrissait mal, et le traitait à grands coups d’aiguillon. L’esprit de ce bœuf se rappelait qu’il avait été un homme, et quand le bœuf mourut, il entra dans le corps d’un cheval. Ce cheval appartint à un grand seigneur qui le nourrissait bien, mais une nuit les ennemis de ce seigneur vinrent l’attaquer, et il monta sur son cheval et le poussa à travers des rochers et des lieux escarpés. Le cheval mit le pied entre deux rochers, et ne put l’en extraire qu’avec grande difficulté, et son fer y demeura pris. Son maître le monta encore le reste de la nuit (et l’esprit du cheval se rappelait qu’il avait été dans un homme). Ce cheval mort, son esprit entra dans le corps d’une femme enceint, et s’incorpora dans l’enfant que cette femme portait dans le ventre. Cet enfant grandit et vint à l’entendement du Bien, puis il fut fait bon chrétien. Et comme il passait un jour avec son compagnon à l’endroit où le cheval avait été déferré, cet homme dont l’esprit avait été dans le cheval dit à son compagnon : « Quand j’étais un cheval, je perdis une nuit un fer entre ces deux rochers, et j’allais ensuite pendant toute la nuit déferré. » Ils se mirent tous deux à chercher ce fer, et ils le trouvèrent entre les deux rochers et le conservèrent.

L’hérétique disait donc que l’âme de l’homme entre dans le corps de la bête et l’esprit de la bête dans le corps de l’homme.» Ce qu’entendant, Guillemette dit : « Las moi ! Quelle peine a subie cet esprit avant de pouvoir arriver dans une belle tunique ! »

(Extrait de la confession et déposition d’Arnaud Sicre d’Ax du chef d’hérésie, in Le Registre d’inquisition de Jacques Fournier, 1318-1325.)


We’re Like Cocaine & Candy – It’s time to dance – Je vous aime mais femmes.
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Mais hommes aussi !


Monsieur Cube.

«Les Chinoises passent leur jeunesse dans une torture continuelle pour se donner» des pieds de chèvre. […] Dans certains pays, les mères cassent le nez de leurs enfants. Dans d’autres elles façonnent leur tête en cube.

(Journal des dames, 5 août 1798.)


Dans quel monde… ?

«Ô ciel ! je me meurs. Dans quel monde vivons-nous ? que d’ennemis le bonheur rencontre en son chemin sans pouvoir les éviter ! Quelquefois il fait trop froid, quelque fois trop chaud pour être heureux ; »  on n’est jamais content une semaine de suite. Je deviendrai tout à fait un philosophe grommelant sans cesse et trouvant à redire à tout.

([F. Brooke,] « Histoire de Julie Mandeville. 1761 », trad. de l’anglais, in Bibliothèque universelle des romans, juillet 1785, 1er vol.)


Liberté, égalité…

La devise des Anciens et celle des Modernes.


La vie est [éphémère].

D’où l’utilité du recyclage.

Voir le diaporama.

26 juillet 2014

Hajj, le pèlerinage à la Mecque.


Entrée de l’exposition Hajj, le pèlerinage à La Mecque à l’Institut du monde arabe.
Autres photos ici.

«Mecque (La) , ville de l’Arabie heureuse, célèbre pour avoir été le berceau du mahométisme. Mahomet n’est pas le premier qui l’ait illustrée. On prétend que c’est dans ce lieu qu’est placé le tombeau d’Abraham. Si l’on en croit Nicolas de Damus, le fameux chêne de Mambré, sous lequel ce patriarche conversa avec trois anges, était ce qui attirait à la Mecque ce concours de peuples voisins, païens, juifs et chrétiens. Les succès de l’islamisme n’ont fait que lui donner un nouveau lustre. Elle voit arriver tous les ans des caravanes nombreuses de pèlerins, dont une des plus belles est celle du Caire, et qui viennent dans ce sanctuaire de leur religion rendre leurs hommages à Mahomet. Ce concours cessera d’étonner, si l’on réfléchit que la loi de Mahomet fait un devoir rigoureux de ce pèlerinage ; et cette opinion est si fortement inculquée dès l’enfance, que les femmes même l’entreprennent avec leurs maris, et même seules. Toutes ces caravanes, se trouvant rassemblées, se rendent un certain jour, sur la montagne d’Arafat, à six lieues de la Mecque, où ils croient qu’Abraham offrit à Dieu le sacrifice de son fils lsaac. La fête qu’ils célèbrent dans cet auguste lieu se nomme Korban-bairam, ou le second Bairam ; mais les Arabes l’appellent Je al Korban, et Je al Adha, c’est-à-dire, la fête du sacrifice : parce que, dans ce jour, on immole une multitude prodigieuse d’animaux de toute espèce.

C’est dans ce lieu que les pèlerins: se rasent la tête et le visage, et prennent le bain. Après avoir fait leurs prières, ils s’en retournent à la Mecque. Ils visitent la maison d’Abraham, qu’on appelle la Kaaba et les autres lieux consacrés par la religion des mahométans. On place dans la grande mosquée le pavillon nouvellement apporté du Caire, et on en retire le vieux, qu’on remet entre les mains de l’émir-hadgi.

La ville de la Mecque n’étant pas assez grande pour contenir une multitude si prodigieuse d’étrangers avec leurs équipages, les caravanes sont obligées de camper aux environs de la ville, et séjournent sous des tentes pendant l’espace de neuf à dix jours. Il se tient là une foire des plus considérables du monde, et le commerce qui s’y fait est prodigieux. On admire surtout le silence et la tranquillité qui règnent dans ce concours étonnant de marchands et de pèlerins.

Ceux qui avaient, avant Mahomet, la présidence du temple de la Mecque, étaient d’autant plus considérés, qu’ils possédaient, comme aujourd’hui, le gouvernement de la ville. Aussi Mahomet eut la politique, dans une trêve qu’il avait conclue avec les Mecquois ses ennemis, d’ordonner à ses adhérents le pèlerinage de la Mecque. En conservant cette coutume religieuse qui faisait subsister le peuple de cette ville, dont le terroir est des plus ingrats, il parvint à leur imposer sans peine le joug de sa domination.

La Mecque est la métropole des mahométans, à cause de son temple ou kiabé, maison sacrée, qu’ils disent avoir été bâti dans cette ville par Abraham ; et ils en sont si persuadés, qu’ils feraient empaler quiconque oserait dire qu’il n’y avait point de ville de la Mecque du temps d’Abraham. Ce kiabé, que tant de voyageurs ont décrit, est au milieu de la mosquée, appelée haram par les Turcs ; le puits de Zemzem, si respecté des Arabes, est aussi dans l’enceinte du haram.

La ville, le temple, la mosquée et le puits, sont sous la domination d’un shériph, ou, comme nous l’écrivons, chérif, prince souverain comme celui de Médine, et tous deux descendants de la famille de Mahomet ;» le grand seigneur, tout puissant qu’il est, ne peut les déposer qu’en mettant à leur place un prince de leur sang.

Fr. Noël, Dictionnaire de la fable, ou mythologie grecque, latine, égyptienne, celtique, persane, syriaque, indienne, chinoise, mahométane, slavone, scandinave, africaine, américaine, iconologique, rabbinique, cabalistique, etc. Quatrième édition. Paris, 1823.

23 juillet 2014

Entendre chanter la fauvette dans la rue Saint-Martin

Classé dans : Architecture, Histoire, Nature, Peinture, dessin, Photographie, Sculpture — Miklos @ 10:33


Square des Arts-et-Métiers, 2014. Cliquer pour agrandir.

«Si quelque voyant des anciens jours avait prédit à nos aïeux que leurs petits-enfants iraient goûter la fraîcheur sous de grands arbres, respirer le parfum des fleurs et entendre, au bruit des fontaines, chanter la fauvette dans la rue Saint-Martin, la prédiction les aurait bien étonnés. Le square des Arts-et-Métiers réalise pourtant une telle idée. Ce square est planté de quinconces. Une balustrade en pierre du Jura, surmontée de vingt candélabres et de vingt-huit vases en bronze, entoure le square, que ferment quatre grilles en fer forgé d’un très beau travail. Deux grandes fontaines, encaissées dans le goût de celles de Versailles, sont ornées des figures de l’Agriculture, de l’Industrie, du Commerce, et des Arts. MM. Ottin et Gumery ont sculpté les figures ; MM. Eck, Durand et Thiébaut les ont fondues ; »les ornements en bronze rapportés sur l’archi­tecture sont de M. Liénard. Il ne manque plus rien au square des Arts-et-Métiers : il a des ombrages, des oiseaux et des fleurs.

L’Illustration, journal universel. 28e année, vol. LV, n° 1422. 28 mai 1870.


Square des Arts-et-Métiers, 1870. Cliquer pour agrandir.

«Le square des Arts et Métiers, établi sur un terrain situé entre le boulevard de Sébastopol et la rue Saint-Martin, se compose principalement d’une plantation régulière de marronniers, disposés de manière à présenter au centre une avenue conduisant à la principale porte d’entrée du Conservatoire des arts et métiers. Deux bassins, entourés de gazons, sont situés dans les allées latérales de la plantation.

La superficie intérieure de ce square est de 4.145m,46, y compris celle de 248m,62 occupée par les bassins.

Le nombre d’arbres composant la plantation est de 112. »Ces arbres ont été tirés de localités avoisinant Paris et transplantés au chariot.

La dépense totale a été de 320.000 fr.

Exposition universelle à Londres en 1862. Notices sur les modèles, cartes et dessins relatifs aux travaux publics.

22 juillet 2014

« Tous les costumes sont décents, honni soit qui s’en scandalise ! »


La mode à Paris. Cliquer pour agrandir.

Cet amusant poème démontre s’il le fallait que non seulement les tenues incroyables ou merveilleuses ne datent pas d’aujourd’hui ou d’hier, mais aussi que les mœurs culturelles, médiatiques et politiques n’ont pas beaucoup changé depuis 1797, date de sa parution.

L’auteur, (Jean-)Armand Charlemagne, n’a pas mérité de la Wikipedia en français, bien qu’il figure dans l’Encyclopedia Britannica, avec laquelle elle s’autocompare favorablement. Pourtant, c’était un personnage intéressant : s’étant d’abord destiné à l’Église, il devient clerc de notaire, puis soldat, et participe à la guerre d’indépendance des États-Unis. De retour en France, il se lance dans l’écriture : pièces de théâtre, poèmes, romances…

Ses Poésies fugitives, recueil où l’on trouve entre autres le texte ci-dessous, comprend des textes empreints d’une fine critique ironique des travers de ses contemporains et d’une modernité qui se débarrasse sans distinction aucune des acquis du passé. On ne résiste au plaisir de citer la fin d’un autre de ses poèmes, dont l’actualité ne manque de nous faire sourire (ou pleurer, c’est selon) : « Or, puisque tout va de travers, / Sans être vain je m’apprécie, / Et j’ai fait d’assez mauvais vers / Pour être de l’académie. »

«Mon Dieu ! laissons nos jeunes gens
S’habiller à leur fantaisie.
La mode passe ; elle varie,
Inconstante comme le temps.

Chaque peuplade a sa marotte :
Dans le pays des Eskimaux
On a sous le bras sa culotte,
Comme nous avions nos chapeaux ;
Il se peut faire qu’on y vienne.
À propos de culotte, eh mais !
Il n’est pas sûr que désormais
Chacun de nous garde la sienne.

Aux moyens de vivre exigus
Qui restent à maint pauvre diable,
Dont on sabra les revenus,
Il me paraît presque incroyable
Qu’ils soient encore un peu- vêtus.

Liberté ! voilà ma devise.
Tous les costumes sont décents.
Honni soit qui s’en scandalise.
Pourquoi porterions-nous des gants ?
Ces dames vont bien sans chemise.

Parlons un peu de notre temps.
D’honneur, il est inconcevable.
On voit de si drôles de gens,
De si drôles d’événements,
Que notre siècle est incroyable.

Arrière ces faits désastreux,
Que l’on ne pourra jamais croire,
Ces noms, atrocement fameux,
Qui feront frémir nos neveux,
Et l’opprobre de notre histoire.

J’aime bien mieux, pour ma santé,
M’amuser de nos ridicules,
Qui, pour avoir plus de gaîté,
Pourront, chez la postérité,
Trouver encor des incrédules.

Quelle est cette grecque aux gros bras ?
L’arc qui nuança sa parure
Rehausse fort peu ses appâts,
Et chacun murmure tout bas,
J’ai vu, je crois, cette figure.
Mais elle parle : Au premier mot,
On dit : eh ! c’est madame AngotPersonnage de l’opéra-comique Madame Angot, ou, La poissarde parvenue du citoyen Maillot (Antoine-François Ève).  !
Elle singe la financière,
Elle se respecte, et feignit
De ne pas voir monsieur son frère
Dans le laquais qui la servit.
Feu son époux, ex-misérable,
À la Bourse très lestement,
S’enrichit incroyablement,
Avec un honneur incroyable.

Plaisant séjour que ce Paris !
Je suis badaud, moi : tout m’étonne,
Et sur tout ce qui m’environne,
Je porte des yeux éblouis,
Et plus je vois, plus je soupçonne
Qu’il est des vertus, des talents,
Et des mérites éminents
Dont ne s’était douté personne ;
Des incroyables probités
Chez les enfants de la fortune,
Des incroyables vérités
Dans les discours la tribune,
Une incroyable honnêteté,
Dans les bureaux de nos puissances,
Une incroyable netteté
Dans nos travaux sur les finances.
Une incroyable utilité,
Dans mille lois de circonstance,
Une incroyable égalité,
Une incroyable liberté,
D’un bout à l’autre de la France.

Nos plans pour réformer l’État,
Sont d’une incroyable évidence,
Et quelques membres du Sénat,
D’une incroyable intelligence.
On ne rencontre qu’orateurs,
D’une faconde incomparable,
Que jouvenceaux littérateurs
D’une modestie impayable,
Et l’institut a des auteurs
D’une renommée incroyable.

Des poètes en madrigaux,
Fameux, comme il n’est pas possible,
Se partagent dans leurs journaux
Une gloire incompréhensible,
S’encensent décadairement,
Et sont, avec cette tactique,
À l’auréole académique
Parvenus incroyablement.

Des drames, juges admirables,
Par des amis qui les ont lus,
Ont dans des feuilles charitables,
De grands succès, plus qu’incroyables
Pour le public qui les a vus.

Des journaux de date nouvelle
Ont d’innombrables souscripteurs,
Et l’on compte à la Sentinelle,
Comme on n’en a pas, des lecteurs.

Honneur aux puissants de la terre!
On craint ceux que l’on n’aime guère ;
Regimber contre l’aiguillon,
Serait un peu trop téméraire ;
Saint Paul le dit ; la chose est claire ;
Toujours le plus fort a raison,
Et cet argument nécessaire
Se démontré à coups de canon.

Mais qu’un petit rimeur tragique,
Et qui vit réduire aux abois
Sa Melpomène léthargique,
Régente notre République
Comme jadis il fit les Rois ;
Et que ce bredouilleur sournois,
Criblé de honte et d’épigrammes,
Se venge en proposant des lois
Aussi barbares que ses drames :
Qu’un tel fat soit de notre sort
Le régulateur et le maître ;
C’est incroyable, c’est trop fort ;
Mais cela ne laisse pas d’être.

Amen, amen, ne parlons plus,
De ses accès d’espièglerie,
Et prions Dieu qu’il les oublie,
Comme on a fait Caïus Gracchus,
Et les vers sur la calomnie.
Aussi bien pour nous égayer,
Il est des choses plus piquantes, ;
Et des scènes intéressantes
Bien plus qu’icelles de Chénier.

À voir nos bals, nos bigarrures,
Nos cent mille caricatures,
Le scandale de nos gaîtés,
Et le sel de nos épigrammes,
Et la décence de nos dames,
Et le trafic de nos beautés,
Nos courtisanes respectables,
Les cuisines de nos rentiers
Qu’on paye en billets impayables,
Et nos ex-laquais financiers
Dans des whiskies inexcusables ;
Et nous, au sein de tout cela,
Sur le cratère de l’Etna,
Faisant les beaux, les agréables,
Sans boussole et sans almanach
Dansant gaiement sur le tillac,
Quand des forbans coupent les câbles
De notre nef en désarroi,
Prête d’aller à tous les diables……
À voir enfin ce que je vois»,
Mes chers concitoyens, ma foi,
Nous sommes tous bien incroyables.

Jean-Armand Charlemagne (1753-1838), Le monde incroyable, ou, Les hommes et les choses, 1797.

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