Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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17 novembre 2011

Life in Hell: il y a de quoi être étonné.

Classé dans : Langue, Lieux, Photographie — Miklos @ 19:59

“Vivos voco. Mortuos plango. Fulgura frango.” — Friedrich Schiller, Das Lied von der Glocke.

Jeff et Akbar sont étonnés comme des fondeurs de cloche. Ils en ont vu des vrais fondeurs à Villedieu-les-poêles (assez poilant comme nom de lieu, comme Trois-Pistoles ou Saint-Louis-du-Ha ! Ha !, qu’Akbar était allé visiter rien que pour ça, c’est d’ailleurs ce qu’ils ont de plus intéressant). La taille des cloches qu’ils produisent, vues de près, a effectivement de quoi les surprendre, mais ce sont surtout ces artisans qui doivent être sonnés quand la fonte de tels mastodontes échoue et qu’il en sort un objet qui cloche, ils doivent en entendre alors, des cloches ! D’où l’expression, qui remonte au moins au XVIe siècle :

Estonné. (…) On dit prov. qu’Un homme est estonné comme un Fondeur de cloches, qu’il est estonné comme s’il tomboit des nuës, comme si les cornes luy venoient à la teste, pour dire, qu’Il est surpris, estonné jusqu’au dernier point. (Dict. de l’Acad. franc., 1694)

Fondeur. (…) On dit prov. d’Un homme estonné de quelque chose de fascheux, qui luy arrive contre son attente, qu’Il est estonné comme un Fondeur de cloches. (ibid.)

Akbar a retrouvé cette expression dans le (très) Facétieux réveille-matin des esprits mélancholiques, ou le Remède préservatif (c’est le cas de le dire, murmure-t-il) contre les tristes, publié en 1565, et qui relate entre autre la mésaventure d’un Anglais qui « estoit incommodé de quelque mal qu’il avoit receu des faveurs d’Amour d’une certaine Normande » (je vous l’avais bien dit, susurre Akbar) et cherchait en conséquence un chirurgien.

L’Anglais en question tombe sur Pierre Loricard à qui il demande s’il ne connaît pas « un bon Surgen (surgeon, chirurgien, en anglais, précise Akbar) pour accommoder mon pice ». Loricard, croyant comprendre que l’individu cherche un bon Sergent (petit officier de justice, à l’époque, explique Akbar) pour s’occuper des pièces d’un procès qu’il a en cours, lui fait rencontrer incontinent (l’adverbe, précise Akbar, à ne pas confondre avec l’adjectif qui est pourtant aussi de circonstance mais autrement) un homme du métier de ses amis.

La rencontre a lieu dans la rue, le Sergent demande d’abord une avance sur frais, puis que l’Anglais lui montre les pièces en question. Ce dernier rétorque que « moy ne veux pas montrer mon pice devant les gens », ils se mettent donc à l’abri d’un portail. Le Sergent met ses lunettes pour lire, tandis que l’Anglais se dépêche de lui montrer la pièce « maléficiée dans le combat de Venus ». Et inévitablement :

Le Sergent, extrêmement surpris, crût que cet Anglois se mocquoit de luy (ou alors étant de ces 25% d’Anglois, selon les statistiques sociologiques d’Edith Cresson, ricane Jeff), & tout confus commence à luy dire.

— Comment, mon amy, est-ce ainsi que l’on se mocque des Ministres de Justice ! Je vous montrerai bien à qui vous vous jouez.

Le saisissant au colet, il commença à crier :

— Je fais haro sur cet insolent.

À ces cris, tout le monde y accourut, Pierre Loricard se trouva surpris aussi bien que luy, à qui ce pauvre Anglais estonné comme un fondeur de cloches, dit :

— Pierre Loricard, quel Surgent m’avez-vous mené ?

Le malheureux ne put s’en débarrasser (du Sergent, pas du mal en question) qu’en le payant encore une fois, et « fut contraint de chercher un autre Chirurgien ». Akbar se dit qu’un vrai sergent aurait dû faire sonner les cloches de CornevilleFaire la tournée des constats d’adultère., ce qui aurait peut-être évité que la dite Normande ne parte courir le guilledou avec comme conséquence la mésaventure de notre Anglais qui s’en est sorti bien sonné.

Akbar décide de faire un bref inventaire de quelques autres expressions qui mentionnent les cloches. Voici ce qu’il trouve :

- À cloche-pied.

- À la cloche (intelligent).

- Avoir des cloches aux pieds, sous les pieds (des ampoules).

- Avoir toujours quelque fer qui cloche.

- Boire comme un sonneur de cloches.

- Chapeau-cloche.

- Cloche à fromage (chaussette).

- Clocher devant les boiteux (tenter d’être fin devant des gens plus fins que soi).

- Clocher que dalle (être sourd).

- Clochettes (poches).

- Déménager à la cloche de bois (faire sortir ses meubles de son logement sans avoir payé le propriétaire et sans être vu du concierge).

- Entendre des cloches (être assommé, sonné).

- Entendre les deux cloches (les deux parties, le pour et le contre).

- Être à la cloche, filer la cloche (être clochard, sans domicile fixe).

- Être à la cloche (écouter).

- Faire sonner la grosse cloche (faire parler celui qui a le plus d’autorité).

- Fileur de cloches (misérable).

- Fondre la cloche (se déterminer à approfondir une affaire, prendre une dernière résolution pour une affaire).

- Gentilhommes de la cloche (ceux annoblis par les charges municipales, à cause de la cloche qu’on sonnait dans les élections).

- Il est comme les deux cloches (celui qui varie dans ses discours).

- Indiscret comme une cloche.

- N’être pas sujet à un coup de cloche (à l’heure, comme les moines, les chanoines).

- Pauvre cloche ! (expression favorite de Jeff)

- Penaud (ou piteux, ou triste) comme un fondeur de cloches (confus et muet, voyant qu’une affaire qui pouvait être bonne nous a mal réussi par notre faute).

- Ronfler comme un sonneur de cloches.

- Se taper la cloche (s’en envoyer plein la lampe, faire bombance).

- Sonner les cloches à quelqu’un (le gronder).

- Sous cloche (en préparation).

Si vous en connaissez d’autres, signalez-les moi, demande Akbar à ses fidèles lecteurs.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

6 octobre 2011

Betty en concert

Classé dans : Musique, Photographie — Miklos @ 16:28

Betty Reicher en récital
Samedi 15 octobre à 20 h
Cercle Bernard-Lazare
10 rue Saint-Claude, 75003 Paris
M° St-Sébastien-Froissard
Réservations : 01 42 71 68 19

5 octobre 2011

La police recrute

Classé dans : Actualité, Photographie — Miklos @ 18:31

Les effectifs de la police sont affectés : privatisations de certaines fonctions, départs en retraite, suspensions et mises à l’ombre, suicides… Consé­quemment, on doit recruter de plus en plus djeun’.

24 septembre 2011

Promenade Paris III et IV

Classé dans : Architecture, Littérature, Photographie — Miklos @ 21:25

Tour Saint-Jacques
(autres photos ici)

Le centre de la Ville était occupé par un monceau de maisons à peuple. C’était là en effet que se dégorgeaient les trois ponts de la Cité sur la rive droite, et les ponts font des maisons avant des palais. Cet amas d’habitations bourgeoises, pressées comme les alvéoles dans la ruche, avait sa beauté. Il en est des toits d’une capitale comme des vagues d’une mer, cela est grand. D’abord les rues, croisées et brouillées, faisaient dans le bloc cent figures amusantes ; autour des halles c’était comme une étoile à mille rais. (…) Il y avait aussi de beaux édifices qui perçaient l’ondulation pétrifiée de cette mer de pignons. (…) [C]’était le riche clocher carré de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, avec ses angles tout émoussés de sculptures, déjà admirable quoiqu’il ne fût pas achevé au quinzième siècle. (Il lui manquait en particulier ces quatre monstres qui, aujourd’hui encore, perchés aux encoignures de son toit, ont l’air de quatre sphynx qui donnent à deviner au nouveau Paris l’énigme de l’ancien. Rault, le sculpteur, ne les posa qu’en 1526, et il eut vingt francs pour sa peine.)

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris

17 août 2011

L’ange gardien des ordinateurs se trouve à…

Classé dans : Architecture, Lieux, Littérature, Photographie, Sculpture — Miklos @ 10:30

Bruges: entrée du béguinage. Autres photos ici.

…Bruges, à l’entrée du béguinage (quand avez-vous effectué votre dernière sauvegarde, cher lecteur ?). La ville, à l’instar de Venise ou du Mont Saint-Michel, mérite bien son titre de Bruges-la-Morte, figée qu’elle est en grande partie dans un splendide passé, muséifiée, et conséquamment envahie de troupeaux de touristes las qui y grouillent en prêtant à peine l’oreille à un guide ou l’œil figé dans le viseur de leur caméra numérique, se déplaçant tel le flot d’une lave de boue dans les ruelles pullulant de commerces de bouche, du fast food au plat prétendument typique et surtout cher, de chocolatiers et de gaufriers, de magasins de souvenirs se succédant porte à porte.

Et malgré tout, comme l’écrit Émile Verhaeren à propos du roman Bruges-la-Morte (1892) de Georges Rodenbach,

J’entendais dire : Bruges-la-Morte n’est point le vrai Bruges que les voyageurs rencontrent en débarquant là-bas. (…) Bruges fut chantée par Rodenbach parce que, parmi toutes les villes de la terre, il la croyait le mieux d’accord avec sa mélancolie. Il lui importait peu d’être exact, il lui importait beaucoup d’être ému. Son livre est une peinture attendrie et pieuse. Des églises, des places, des palais, des canaux, des quais, des étangs, des ponts de Bruges, il avait la nostalgie, il la communiqua au public.

Il le fit aussi dans un autre roman, Le Carillonneur (1897) – métier encore très vivace en Belgique, où l’on peut même entendre les cloches d’une cathédrale sonner un tango argentin… – :

À s’isoler, à fuir sans cesse dans la tour, Borluut ne goûta plus que la mort.

Du haut du beffroi, la ville apparaissait plus morte, c’est-à-dire plus belle. Les passants s’effaçaient. Les bruits cessaient en route. La Grande Place s’allongeait, grise et nue. Les canaux reposaient ; leurs eaux n’allaient nulle part ; ils étaient veufs de tout bateau, inutiles aussi, et semblaient posthumes.

Au long des quais, les demeures étaient closes. On aurait dit que, dans chacune, il y avait un mort.

Impression funéraire, unanime ! Borluut exultait. C’est ainsi qu’il voulut Bruges. Naguère il ne se voua à restaurer, éterniser toutes ses vieilles pierres qu’avec la conscience et la joie de sculpter son tombeau.

Le carillon lui-même, il l’ambitionna et l’accapara pour mieux célébrer et annoncer la mort de la ville aux horizons. Maintenant encore, quand il jouait, promenant ses mains sur le clavier, il se faisait l’effet à lui-même de cueillir des fleurs, de les arracher, avec de durs efforts, à des tiges résistantes, s’obstinant quand même, complétant sa moisson, saccageant le parterre des cloches, et alors d’effeuiller des corbeilles pleines, des bouquets de son, des guirlandes de fer, sur la ville au cercueil.

Ne fallait-il pas qu’il en fût ainsi ? C’était la beauté de Bruges d’être une morte.

Et c’est ainsi qu’on l’avait vue, une fois en plein hiver, sous la neige. Pas un chat, pas un touriste. Un silence, non pas de mort mais de paix, recouvrait la ville, à l’exception de l’église du béguinage, d’où sortait le chant des bénédictines. Le temps s’était arrêté.

Bruges : le béguinage. Autres photos ici.

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