Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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18 juin 2010

Les dangers de l’alcool

Classé dans : Nature, Photographie — Miklos @ 20:54


Los Angeles, le 20/8/2004. — Un ours a été découvert ivre mort dans un camping de Baker Lake, à quelque 130 km au nord-ouest de Seattle (État de Washington). Des campeurs avaient oublié des glacières, que l’ours a réussi à ouvrir, puis il s’est mis à boire canette après canette en les ouvrant avec ses griffes. Ce qui est étrange, c’est qu’il a semblé apprécier seulement la bière locale. Il a goûté une canette d’une autre marque, sans la finir. (Source)

9 juin 2010

Life in Hell: To Russia with love

Classé dans : Cinéma, vidéo, Lieux, Littérature, Photographie — Miklos @ 23:39

« Pendant la guerre de 1939-1972, il y avait à Montmartre, à la porte d’une épicerie de la rue Caulaincourt, une queue de quatorze personnes. » — Marcel Aymé, « En attendant », in Le Passe-muraille.

Akbar se prépare à partir à Moscou. Ce n’est pas la première fois : Jeff et lui avaient rendu visite (malgré eux) aux cendres de Lénine, mais cette fois-ci il y va pour parler musique devant un parterre international. Il ne suffit pas de se préparer la gorge (un bon Гоголь-могольlait de poule alcoolisé, pour ceux qui n’auraient lu Guerre et Paix dans le texte – au lever ou au coucher, voire aux deux, dans le mois qui précède le voyage, peut y contribuer), il lui faut amasser une quantité imposante de documents afin de se faire délivrer un visa :

le formulaire de demande, qu’il télécharge du site du consulat en question, et qu’il doit remplir sans coup férir et au bic noir (avant, c’était le rouge) ;

une photo récente, où il est impératif de ne pas sourire (difficile : c’est contraire à la nature d’Akbar) ni d’ouvrir la bouche, de regarder le photographe droit dans les yeux après avoir ôté ses lunettes de soleil (Jaruzelski faisait comment ?) et toute autre prothèse faciale (et, par prudence, ailleurs dans le corps), la photo devant être collée (et non agrafée ou scotchée) dans le cadre précis réservé à cette intention dans le formulaire de demande ;

une photocopie de son passeport, certifiée par un tribunal de grande instance ou, à défaut, par un notaire russe blanc, et accompagnée de l’original ;

une attestation d’une compagnie d’assurance ayant un contrat de réassurance avec un partenaire russe, qui mentionne un numéro de contrat (au minimum de dix-huit chiffres et lettres, comme chez Julien Lepers) et qui certifie qu’elle rapatriera à ses propres frais le corps du détenteur de la police, au cas où il tomberait dans une embuscade tchétchène ou bas-karabaghoise ;

une lettre d’invitation en bonne et due forme d’un Ministère ou d’un orrrrrrganisme rrrrrrusse, qui indique, entre autres, le nom d’Akbar (Akbar), sa date de naissance (il ne fait pas son âge), son sexe (avec un tel nom, la question ne devrait pas se poser), sa nationalité (il ne s’en cache pas), son poids (pour l’avion), la liste de ses diplômes depuis l’école maternelle (les bons points ne comptent pas), son salaire (pour être sûr qu’il pourra se débrouiller seul), le nom et l’adresse de sa salle de sport (il ne pourra pas y aller pendant son voyage, alors pourquoi ?), et d’autres petits détails destinés à permettre aux autorités de le profiler.

S’armant de courage, de patience et des papiers en question (à l’exception de la lettre d’invitation, envoyée directement au consulat), Akbar arrive à 8h15 devant l’officine de la Loubianka à Paris, et se place dans la file d’attente qui compte déjà 30 personnes. À 9h, les grilles s’entrouvrent et laissent entrer, au compte-gouttes, 60 personnes qui se trouvent maintenant devant Akbar : les 30 arrivées en ordre, et 30 autres munies d’un coupe-file vert. Maigre consolation : derrière lui, il y a bien 60 personnes aussi.

C’est vers 9h45 qu’il franchira le seuil, mais pas avant qu’un préposé, grand blond genre espion soviétique dans un film de 007 ne connaissant qu’un mot de français (« marge ») ait enjoint à tous ceux qui avait rempli le formulaire de demande de visa fourni par le site de le refaire, parce que la marge (c’est le mot en question) n’est pas bonne. Les habitués du fait sont équipés d’un stylo (noir) et d’un tube de colle (pour la photo).

À l’intérieur, ce n’est pas une seule file d’attente, mais trois, dont une se subdivise en trois sous-queues, qui se présentent au regard. Il faut choisir la bonne. À 10h15, Akbar atteint un guichet. Ludmila (appelons-la ainsi), une jeune et blonde préposée, suit les préconisations pour la prise de photos d’identité : elle ne sourit pas, fixe Akbar d’un regard perçant, et laisse filtrer d’entre ses lèvres le minimum de mots suffisant à rejeter sa demande : la photo d’Akbar ne lui plaît pas, bien qu’il ait veillé à garder ses lèvres scellées à l’horizontale et à fixer l’objectif sans ciller : la longueur actuelle de ses cheveux n’est pas identique à celle sur l’instantané. Il s’excuse de n’avoir pu synchroniser coiffeur, photographe et consulat, mais cela n’amadoue pas Ludmila ; pire, elle ne trouve pas l’invitation dans son ordinateur, ne voulant la chercher que par la date de naissance d’Akbar, et surtout pas par son nom. Rrrrrrrrevenez avec invitation, susurre-t-elle, puis fixe son regard froid sur la personne suivante.

Akbar s’en retourne chez lui. Il écrit à l’orrrrrrganisme qui lui envoie le lendemain une copie de l’invitation. Il la rajoute à la pile, met son réveil aux aurores, et se pointe à 7h15, le jour suivant, devant les grilles. Il n’y a que six personnes qui l’y ont précédé. Une pluie fine ne cesse de tomber et de s’infiltrer dans les os malgré les parapluies déployés. On se serre les coudes devant l’adversité et l’on partage son expérience, à l’instar des quatorze personnages de la belle et triste nouvelle de Marcel Aymé. Akbar n’est pas le seul à revenir : sa voisine, habituée du lieu – elle a son chéri à Moscou – doit, tous les deux mois, se soumettre à ce rituel sans être assurée d’un résultat positif du premier coup. Elle les hait et préconise la révolution.

Est-ce cet arrosage qui fait croître rapidement la file d’attente ? quoi qu’il en soit, elle ne cesse de doubler de longueur et compte bien plus d’une centaine de personnes à l’ouverture. Il n’y a que quatorze coupes-file qui se présentent avant Akbar, et il arrive à franchir le rideau de fer à 9h15, et à atteindre un guichet – il évite celui de Ludmila – à 9h30. Le préposé, un jeune homme blond (ils le sont tous) et souriant (il n’a pas dû lire les instructions) l’accueille poliment, et examine la pile. Il scrute longuement l’invitation, puis lance : « c’est lettrrrre de grrrrand-mère de la campagne ». Interloqué, Akbar dit « Pardon ? » et Ivan (appelons-le Ivan) lui explique en souriant que lettrrrre pas d’entête, pas d’adrrrresse, pas numérrrro fax, pas de tampon, pas date naissance Akbarrrr. Ivan va devoir demander à son supérieur. Il pose le dossier de côté et Akbar attend.

À 10h, Ivan lui fait signe en souriant. Akbar revient, et s’entend expliquer que lettrrrre pas valable, et que, d’ailleurs, dans le formulaire de demande de visa, l’objet du voyage qu’il faut préciser n’est pas « conférence » mais « liens culturels », et qu’en conséquence le motif de demande de visa qui doit être mentionné est « humanitaire » (allo ? Kouchner ?), parce que c’est de la musique (si Ivan savait de laquelle il s’agit, il réviserait peut-être son opinion…) ; qu’il ne faut pas mettre le nom de l’organisme qui invite, parce qu’on ne sait pas qui sera le signataire de l’invitation. Et qu’en clair, conclut-il en souriant – Akbar comprend maintenant ce que « sourire maléfique » veut dire, et que sa regrettée mère avait raison quand elle lui disait, enfant, qu’il ne faut pas faire confiance à un monsieur qui sourit – il lui faudra rrrrevenir.

Akbar décide sur le champ qu’il ne reviendrrrra pas. Heaven can wait.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

28 mai 2010

Brève histoire d’un carrefour

Classé dans : Histoire, Lieux, Photographie — Miklos @ 0:07

Beaubourg (rue) ; elle commence rue Simon-Lefranc, et finit rues Michel-le-Comte et Grenier-Saint-Lazare (…). Cette rue fut ouverte au milieu d’un bourg nommé le Beau-Bourg, renfermé dans Paris par l’enceinte de Philippe-Auguste. Dans l’origine, cette muraille la coupait en deux parties qui communiquaient de l’une à l’autre par une poterne ou porte. La partie renfermée dans la ville s’appelait rue de la Poterne ; celle qui était en dehors portait le nom de rue Outre-la-Poterne-Nicolas-Hydron.

Transnonnain (rue) ; elle commence rues Grenier-Saint-Lazare et Michel-le- Comte, et finit rue au Maire. (…) C’est une des premières rues que l’on ouvrit hors de l’enceinte de Philippe-Auguste. On la nomma d’abord rue de Châlons. Les évêques de cette ville y avaient leur hôtel. Le grand nombre de filles publiques qui habitaient cette rue lui fit donner, par tradition populaire, les noms de Trousse-Nonnains, Trace-put[ain], Tasse-Nonnain, et enfin, Transnonnain. On y remarquait jadis le couvent des Carmélites. Au coin de cette rue et de celle de Montmorency est le théâtre Doyen, le spectacle bourgeois le plus ancien de Paris.

Antony Béraud et P. Dufey, Dic­tion­naire historique de Paris. À Paris, chez les marchands de nou­veautés. 1832.

Nonne, Nonnette, Nonnain. Noms donnés autrefois aux Religieuses, & employés encore dans le style badin.

M. l’Abbé Roubaud, Nouveaux synonymes françois. À Liège. 1786.

Doyen (Théâtre), spectacle de société qui portait le nom de son fondateur. Doyen était un menuisier, qui peu d’années avant la révolution de 1789 fit construire, dans la rue Notre-Dame-de-Nazareth, un petit théâtre, qu’il louait à des amateurs pour des représentations dramatiques. En 1791 il céda sa salle à une entreprise qui voulait en faire un spectacle élémentaire et moral. La troupe était composée de jeunes gens, et l’orchestre formé d’artistes distingués. L’entrepreneur était un ancien officier de cavalerie ; mais la mauvaise gestion de ses deux associés et la pauvreté de son répertoire, dont une mauvaise pièce, intitulée La Boutique du Perruquier, était le chef-d’œuvre, le forcèrent de fermer boutique au bout de deux mois. Doyen reprit sa salle, qu’il agrandit et embellit pour les sociétés particulières. Il procurait des acteurs aux troupes d’amateurs qui n’étaient pas complètes, et au besoin il se chargeait d’un rôle, qu’il jouait toujours très-convenablement. Joignant l’exemple au précepte, il dirigeait les décorations, le jeu scénique, et son expérience était aussi utile que ses talents aux comédiens bourgeois qui venaient s’amuser et s’essayer sur son théâtre. Doyen était justement considéré pour son désintéressement et sa probité. Le prix du loyer de sa salle, y compris l’éclairage et le chauffage, était modique, et supporté par les amateurs, en proportion de l’importance des rôles dont chacun d’eux était chargé. De cette école sont sortis plusieurs bons acteurs et chanteurs pour la tragédie, la comédie et l’opéra. Il suffit de citer Picard, Arnal, etc.

La construction de la synagogue israélite, rue de Nazareth, obligea, vers 1815, Doyen à transporter sa salle rue Transnonain. Il continuait de la louer deux ou trois fois la semaine à des sociétés particulières, lorsqu’un arrêté du ministre Corbière prohiba, en avril 1824, tous les théâtres bourgeois où l’on vendait des billets au profit des amateurs qui y jouaient. Malgré de nombreuses réclamations, l’excellence bretonne ne voulut, dans son entêtement, faire aucune exception en faveur de Doyen. Celui-ci trouva plus d’indulgence en 1828 de la part du cabinet Martignac ; mais l’année suivante, sous le ministre La Bourdonnais, il fut assigné en police correctionnelle comme entrepreneur d’un théâtre sans autorisation. Doyen intéressa ses juges et son auditoire par la franchise de ses réponses et par ses cheveux blancs. Il fut acquitté, et la cour royale confirma ce jugement le 22 octobre suivant. Deux ans après environ, il mourait, plus qu’octogénaire, n’ayant pas eu la douleur de voir sa maison envahie et une partie de sa famille massacrée par suite des événements d’avril 1834. — H. Audiffret.

M. W. Duckett (ed.), Dictionnaire de la conversation et de la lecture, inventaire raisonné des notions générales les plus indispensables à tous. Paris, 1854.

25 mai 2010

D’une femme bleue, des impressions des femmes en général et du triste besoin des hommes

Classé dans : Arts et beaux-arts, Littérature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 23:45

Mademoiselle Hortense. — Voyez comme le travail est régulier.

— C’est vrai ; mais la nature ne l’est pas ; elle a des accidens même dans le plus beau visage. Ici rien, tout est uni ; c’est une femme créée par M. Millet, et non pas la nature. Et puis, les chairs sont dans l’harmonie de la robe ; le bleu et le violet y abondent ; le bras droit est complétement bleu : avez-vous vu quelqu’un de ce ton-là ? Regardez les portraits qui entourent celui-là, excepté deux ou trois où le violet ardent domine, tous sont passés au bleu de Prusse. C’est dommage, car voilà des choses bien modelées : cet homme qui rit, par exemple. M. Millet voit bleu, comme M. Hesse voit gris et rose, comme M. Isabey voit rose et rouge ; ce n’est peut-être la faute d’aucun de ces artistes. Il n’y a que les partis pris contre lesquels on puisse s’élever ; ce qui est défaut d’organisation n’est qu’un malheur. Le bleu gâte cette peinture de M. Millet, que je ne mésestime pas pourtant, parce que j’y reconnais du talent ; je la voudrais d’un ton plus vrai et en même temps un peu raide : cela manque de laisser-aller, de souplesse. M. Millet a une main très-habile, un pinceau très et trop régulier même, il s’est laissé maîtriser par le métier ; et dans la miniature comme dans toutes les branches de l’art, si une bonne exécution est nécessaire, il faut qu’elle se subordonne au sentiment, à la pensée. Les points précieux des miniaturistes sont comme la rime des poètes, des esclaves qui doivent se soumettre et ne jamais prendre le pas sur la forme, la couleur et l’expression. M. Millet tient son rang dans la miniature depuis quinze ans ; il a une belle clientelle ; il a fait des portraits remarquables, et si je suis sévère en examinant avec vous ses œuvres, et surtout le portrait de madame P….., miniature capitale, c’est qu’il en vaut bien la peine. La critique ne s’attache pas à ce qui n’est pas.

Mademoiselle Hortense. — Monsieur notre directeur, j’en suis bien fâchée, mais vous ne m’avez pas convertie. Quoi que vous en disiez, je trouve délicieuse cette femme bleue.

— Tant mieux vraiment, et c’est ce qui importe au peintre. Nous autres, nous sommes des esprits chagrins, malheureux, difficiles ; vous, mesdames, vous jugez selon vos impressions, vous ne marchandez pas avec vous-mêmes. Ce qui vous plaît tout d’abord est bon ; vous n’avez pas le triste besoin de l’analyse.

Madame B. — Et nous serions bien fâchées de l’avoir; elle altère toutes vos jouissances.

— C’est vrai quelquefois ; mais aussi elle nous en donne de plus vives.

Mademoiselle Hortense. — Oh ! des jouissances de vanité, des joies de pédant ! Qui nous charme, nous, a tous les mérites ; et, sans aller plus loin, il nous importe peu de savoir si cette petite fille, appuyée sur la tête d’un chien, a les conditions que vous exigez dans une bonne peinture ; elle nous convient, nous paraît agréable ; nous l’aimerions accrochée à côté de notre cheminée : c’est tout ce qu’il nous faut.

Augustin Jal, Les Causeries du Louvre. Paris, 1833.

24 mai 2010

Paris du futur

Classé dans : Actualité, Environnement, Nature, Photographie, Récits — Miklos @ 22:50

Parions : la dernière crise n’en sera plus une, elle s’installera pour de bon et prendra un caractère endémique. Malgré les efforts des gouvernements nationaux, continentaux et mondial, l’inflation devenue incontrôlable atteindra de tels sommets que l’abandon de l’usage de la monnaie sera inéluctable avant même d’être décrété. Le troc s’y substituera là où le pillage ne régnera pas encore.

Parions : l’essence se raréfiera puis disparaîtra totalement des pompes. Les voitures rouilleront dans les garages et le long des trottoirs. L’électricité fera alors défaut, aucun moyen de transport public, de surface ou souterrain, ne sera plus en état de circuler, à l’exception des cyclotaxis et des bateaux-bus à rameurs.

Paris deviendra une immense ville piétonne. Les seuls véhicules encore autorisés à traverser la ville seront les chars à bœufs des halles, le nombre et la fréquence soigneusement limités pour éviter que les rues ne se transforment en fosses à purin. La plus belle avenue du monde (selon les agences de tourisme), la perle de la ville (d’après les guides), le casse-tête de la police municipale, les Champs-Élysées, se videront des embouteillages qui les caractérisaient.

Parions : la chaussée, négligée, se fissurera. Dans les interstices, les herbes folles commenceront à apparaître, et une végétation, d’abord rare puis plus dense, s’y développera. Au printemps, des pâquerettes, des lavandes et une multitude d’autres fleurs éclabousseront de leurs chatoyantes couleurs et parfumeront à l’ivresse l’avenue débarrassée des fumées noires et nauséabondes des tuyaux d’échappement d’antan. Les abeilles s’y multiplieront et produiront une variété de miel de Paris fort prisée à l’étranger.

Des jeunes pousses deviendront des arbres vigoureux : chênes, marronniers ou érables, platanes, bouleaux et cyprès, puis des espèces moins familières, leurs graines parvenues avec les vents et dans les fientes d’oiseaux de provinces de plus en plus lointaines : mûriers, figuiers ou oliviers, palmiers, épicéas, sapins et genévriers. Ensuite ce seront des espèces exotiques, pour certaines en provenance de serres de richissimes propriétaires de l’avenue, pour d’autres on ne sait trop comment : avocatiers, cocotiers et tamariniers, acajous et palissandres, baobabs et séquoias. On y verra pousser à profusion café, tabac, ananas et mangues, et on y cueillera, à la saison, mangoustans et lychees.

La forêt s’épaissira. Les seules lumières artificielles qu’on y apercevra seront les quelques feux rouges qui continueront à clignoter imperturbablement malgré la disparition des véhicules, du fait de leur alimentation par panneaux solaires, le son des klaxons remplacé par le pépiement des moineaux, le hurlement des singes, le hennissement des zèbres. Ici et là, un koala somnolera sur une branche d’eucalyptus. Les parisiens s’y aventureront avec plaisir, ce sera avant l’arrivée des loups attirés par les moutons et des ours alléchés par le miel. Il n’y aura encore aucun danger : les Indiens qui s’y réfugieront après la déforestation finale de l’Amazonie seront végétariens.

Dans les clairières tapissées de verdure fraîche, vaches et moutons paîtront placidement. Des chèvres s’attaqueront méthodiquement aux feuilles et aux branches des jeunes arbres, empêchant ainsi leur prolifération anarchique et une truie allaitera ses petits, béatement affalée à l’ombre d’un palmier. Au loin, on pourra encore apercevoir un temps le sommet de l’arc de triomphe de l’Étoile entre les cimes des arbres qui le dépasseront rapidement en hauteur.

Paris tenus ? Paris gagné ?

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