Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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16 décembre 2009

On the rocks

Classé dans : Littérature, Photographie — Miklos @ 8:09

Whiskey on the rocks

Weep on the rocks of roaring winds, O maid of Inistore! Bend thy fair head over the waves, thou lovelier than the ghost, of the hills, when it moves on the sunbeam, at noon, over the silence of Morven. He is fallen: thy youth is low! pale beneath the sword of Cuthullin! No more shall valor raise thy love to match the blood of kings. Trenar, graceful Trenar died, O maid of Inistore! His gray dogs are howling at home: they see his passing ghost. His bow is in the hall unstrung. No sound is in the hall of his hinds!

Pleure sur les rochers, ô fille d’Inistore ! Fille plus belle que l’esprit des collines, lorsque, sur un rayon du soleil couchant, il traverse les plaines silencieuses de Morven ; — penche ta belle tête sur les flots. Il est tombé, ton doux amant ; il est tombé, pâle et sans vie, sous le glaive de Cuchullin. Son jeune courage ne montrera plus en lui le digne rejeton des rois. Trenar, ton bien-aimé, n’est plus, ô fille d’Inistore! Ses dogues fidèles hurlent dans son palais, en voyant passer son ombre. Son arc est détendu dans sa cabane ; le silence pleure dans ses bois.

James Macpherson: “Fingal: an ancient epic poem” in The poems of Ossian. Boston, 1854.

James Macpherson: « Fingal, poëme en six chants », in Ossian, barde du troisième siècle : poëmes gaëliques. Trad. P. Christian. Paris, 1844.

15 décembre 2009

Le dandy et l’ange gardien

Classé dans : Peinture, dessin, Photographie, Récits — Miklos @ 21:06

street art

Une jambe négligement croisée devant l’autre, l’homme est adossé contre un mur galeux dont une saillie lui sert de miséricorde. Un borsalino bleu ciel souligne la couleur métallique de son regard perçant, plongé dans les pages économiques du journal qu’il tient déployé devant lui. Son long pardessus flottant laisse apercevoir un costume croisé coupé à perfection qui souligne discrètement sa silhouette svelte et sa carrure musclée. Ses élégantes chaussures blanches aux pointes noires, la couleur canari de son habit, font penser plutôt à un gigolo, mais les apparences sont trompeuses : c’est indéniablement un jeune homme de bonne famille, honnête et réservé.

D’ailleurs, son ange gardien veille sur lui. Sa tâche n’est pas facile : l’être venu d’ailleurs est allergique à la pollution atmosphérique de la ville, et, qui plus est, des émanations incroyablement acides se dégagent de la poubelle de plastique vert située à quelques pas qu’il est le seul à sentir. Il a donc dû s’équiper d’un scaphandre orange équipé de bombonnes d’air raréfié qui l’alourdissent et l’empêchent de se maintenir à l’altitude préconisée par le règlement de sa corporation. Un passant extralucide le verrait se débattre pour tenter de ne pas perdre pied.

L’homme attend depuis longtemps. Les titres de la une du quotidien parlent d’un passé révolu. Hier comme aujourd’hui et sans doute demain aussi, il semble lire toujours la même page. En fait, il s’essaie sans grand succès à faire de tête les mots croisés, ce qui explique qu’il ne progresse plus dans la lecture de son journal. L’ange, de son côté, exerce toutes ses facultés télépathiques pour aider son protégé, mais celui-ci résiste, par orgueil ou plutôt par un sens de l’honneur quelque peu suranné.

C’est la pluie qui viendra les délivrer. Lessivant le mur, elle n’y laissera qu’une vague trace rouge comme une éclaboussure de sang s’écoulant vers une petite boule de papier journal qui finit de se dissoudre sur le trottoir.

street art (détail)

14 décembre 2009

L’amateur d’art

Classé dans : Peinture, dessin, Photographie, Récits — Miklos @ 22:23

street art

Le vieillard marche à petits pas, penché en avant, le dos arrondi par l’arthrose. Casquette grise enfoncée jusqu’aux oreilles, costume gris rayé de blanc, chaussures de cuir noir aux guêtres blanches, l’homme-zèbre rase les murs de si près qu’on dirait qu’il y est dessiné. Ses mains, araignées aux longues pattes, sont gantées de feutre noir. De son bras gauche il serre contre lui une grande serviette plate de cuir fatigué.

Lorsqu’il arrive devant un tableau, il n’a pas besoin de se pencher pour consulter l’affiche qui l’identifie, et ne tente pas de se redresser pour le contempler. Il reste immobile un long moment, se fond encore plus avec le décor, à tel point que les gardiens, qui pourtant l’aperçoivent tous les jours, ne le voient plus. Plus tard, il reprend son parcours dans le musée, toujours le même, à travers les salles souvent vides.

Un jour, arrivé devant l’œuvre qui le fascine secrètement depuis la toute première fois, il y a si longtemps – le mauve qui fait vibrer son âme, le titre évocateur de mystères insondables, le nom imprononçable de l’artiste slave, le cadre baroque –, il se redresse soudain, aussi rapidement qu’un ressort tendu depuis trop longtemps et qui rêve de se libérer enfin. Droit comme un i, il décroche prestement le tableau dont il se saisit avec délicatesse, et suspend à sa place la serviette de cuir. Il n’y a personne pour remarquer la substitution, et les rares visiteurs qui passeront un jour là admireront ce nouvel accrochage, les guides discourront de sa portée sociale et les critiques se déchireront à son propos.

L’homme glisse son trophée sous son bras gauche et poursuit sa visite quotidienne, comme si de rien n’était. Puis il quitte le musée, traverse la longue esplanade pavée jusqu’à l’un des grands tuyaux d’aération qu’il longe tel une ombre. Mais il ne peut s’en détacher. Depuis ce jour-là, il en fait le tour inlassablement à petits pas, penché en avant, le dos arrondi par l’arthrose. Et même ici, où pourtant la foule est souvent dense, personne ne le remarque.

street art (détail)

13 décembre 2009

La femme-chat

Classé dans : Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 14:52


Femme-chat allongée au porte-cigarette (street art)

«La femme chat est un motif très sollicité pour évoquer une posture feminine, comme dans la nouvelle d’Edmond Lepelletier, “À l’Élysée Montmartre”,» lorsque Gladia “s’étire sur les coussins sordides du char numéroté comme un chat qui ronronne et se pâme sous la main qui la gratte”.

Bénédicte Didier, Petites revues et esprit bohème à la fin du XIXe siècle (1878-1889) : Panurge, Le Chat noir, La Vogue, Le Décadent, La Plume. L’Harmattan, 2009.


Femme-chat allongée au porte-cigarette (street art). Détail.

2 décembre 2009

La femmoiseau et la biche

Classé dans : Littérature, Photographie — Miklos @ 21:27

«Par l’homophonie du pronom personnel [elle] et de l’organe du vol [aile], la femme manifeste avec l’oiseau une connivence rituelle chez les surréalistes, non sans l’humour propre à l’inflation, telle la « veuve » de Breton, invariablement dotée des caractères de l’oiseau tropical qu’elle traîne après elle, dans le sillage d’autres espèces charmées. (…) Ascendance gémellaire qui trouve sa formulation thématique» dans le recueil de 1958, composé à partir de vingt-deux gouaches de Miró, mais aussi dans les corps épris qui renouvellent le cadre – et le contenu – de la série des évolutions conjuguées, « Femme et oiseau ».

Claude Maillard-Chary, Le Bestiaire des surréalistes. Presses de la Sorbonne nouvelle, 1994.

«Le duc d’Anjou, pour divertir le Roy son frère, lui montra une lettre de Bussy dans laquelle il lui mandait qu’il avait tendu des rêts à la biche du grand veneur, et qu’il la tenait dans ses filets. Cette biche, c’était la femme de Charles de Chambre, comte de Montsoreau, à qui le duc d’Anjou, à la sollicitation de Bussy,» avait donné la charge de grand veneur. Le Roi garda cette lettre, et comme il y avait déjà long-temps qu’il en voulait à Bussy, il la lut au comte de Montsoreau, qui obligea sa femme à donner un rendez-vous dans un de ses châteaux à Bussy, et l’y fit assassiner.

Michaud et Poujoulat (eds.), Nouvelle collection des mémoires pour servir à l’histoire de France depuis le XIIIe siècle jusqu’à la fin du XVIIIe. 1853.

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