Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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21 janvier 2009

« Que personne ne dise : Fontaine, je ne boirai pas de ton eau. » (Cervantes, Don Quichotte)

Classé dans : Architecture, Lieux, Photographie, Sculpture — Miklos @ 23:29


Fontaine de Trevi à Rome (gravure de l’ouvrage de Nibby, vid. inf.)

«Rome est bien belle pendant le silence de la nuit ; il semble alors qu’elle n’est habitée que par ses illustres ombres. Corinne, en revenant de chez une femme de ses amies, oppressée par la douleur, descendit de sa voiture et se reposa quelques instans près de la fontaine de Trévi, devant cette source abondante qui tombe en cascade au milieu de Rome, et semble comme la vie de ce tranquille séjour. Lorsque pendant quelques jours cette cascade s’arrête, on dirait que Rome est frappée de stupeur. C’est le bruit des voitures que l’on a besoin d’entendre dans les autres villes ; à Rome, c’est le murmure de cette fontaine immense » qui semble comme l’accompagnement nécessaire à l’existence rêveuse qu’on y mène : l’image de Corinne se peignit dans cette onde si pure, qu’elle porte depuis plusieurs siècles le nom de l’eau virginale.

Madame de Staël, Corinne, ou l’Italie. Bruxelles, 1820.

«L’eau de cette fontaine est l’eau Vergine qu’Agrippa, gendre d’Auguste, fit conduire à Rome pour l’usage de ses thermes, qui étaient derrière le Panthéon : elle se nomma eau Vergine parce que une jeune fille en montra la source à des soldats altérés. (…)

Pie IV, après avoir fait restaurer l’aqueduc de l’eau Vergine, fit construire son grand émissaire d’un côté de la façade principale du palais Poli ; et comme l’eau tombait par trois bouches dans le bassin au dessous, on l’appela in Trivio, d’où dériva ensuite le nom de Trevi, qu’elle porte aujourd’hui. Urbain VIII fit transporter le principal émissaire de l’eau Vergine dans l’endroit où on le voit aujourd’hui, et le décora d’une façade très-simple. Clément XII en changea entièrement la forme, et lui donna ce caractère de magnificence qui brille dans les autres édifices de Rome : il la fit ériger sur les dessins de Nicolas Salvi, en la faisant décorer de statues et de bas-reliefs en stuc ; mais ensuite le pontife Clément XIII les fit exécuter en marbre pour rendre ce monument plus somptueux. (…)

Au devant de la grande niche, somptueusement décorée de colonnes et d’ornemens, on voit la statue colossale de l’Océan, qui, en majestueux maintien, tenant le sceptre en main, semble sortir de son palais royal sur une très-grande coquille formée à guise d’un char tiré par des chevaux marins guidés par deux Tritons ; cet ouvrage est de Pierre Bracci. (…)

Mais ce qui rend vraiment admirable cette magnifique fontaine, d’une invention pittoresque, est la grande quantité d’eau qui jaillit et dégorge en différentes manières à travers de grandioses masses de rochers, » et surtout cette prodigieuse masse d’eau qui sort au dessous de la statue de l’Océan et qui, écumant comme un torrent impétueux, tombe par trois fois de conque en conque et se précipite enfin dans un immense bassin de marbre qui est au dessous.

Antoine Nibby, Itinéraire de Rome et de ses environs d’après celui de M[ariano] Vasi. Rome, 1857.


Fontaine de Trevi à Rome (statue de l’Océan, détail)


Fontaine de Trevi à Rome (Triton, détail)


Fontaine de Trevi à Rome (Triton, détail)


Fontaine de Trevi à Rome (Triton, détail)


Fontaine de Trevi à Rome (Triton, détail)

Une extravagance de Borromini

Classé dans : Architecture, Lieux, Photographie — Miklos @ 8:41

Escalier en colimaçon. Église San Carlo alle Quattro Fontane à Rome

«Le carrefour qui est formé par l’intersection de deux grandes rues, dont l’une va de Monte-Cavallo à la porte Pie, & l’autre de la Trinité du Mont à Ste. Marie Majeure, est orné par quatre fontaines, qui donnent leur nom à ce quartier-là, appellé quatro Fontane, où l’on a une des plus belles vues de Rome. Mais ces fontaines font mauvaises, à l’exception de celle du prince Barberini, qui est décorée de pilastres d’ordre dorique ; l’arrangement en est assez heureux, & l’enfoncement produit un bon effet, ainsi que la figure couchée qui est dessus ; elle représente une femme drapée, avec un chien ; mais cette figure en elle-même n’est point belle.

S. Carlo alle quatro Fontane, petite église du Borromini. On assure que l’église n’occupe pas plus d’espace qu’un des piliers de S. Pierre. Il y a dans une petite chapelle, un tableau de Romanelli, représentant la Vierge qui tient l’enfant Jésus, à qui un ange apporte une croix & la couronne d’épines, tandis que deux anges sont en adoration devant lui. L’enfant Jésus est joliment colorié : ce tableau est foible d’ailleurs.

Le tableau du grand autel & l’annonciation, qui est sur la porte de l’église, sont de notre célèbre Mignard, surnommé Mignard le Romain, à cause du long séjour qu’il avoit fait à Rome, mais qui mourut à Paris en 1695.

Le plan de cette église est ovale, aussi-bien que celui de la coupole. L’architecture est dans le goût singulier que le Borrimini affectoit pour l’ordinaire ; » on peut même la regarder comme une des plus grandes extravagances de cet architecte. Il a affecté de mettre de la bizarrerie jusques dans les moindres détails. (Voyez ce que j’ai dit aux sujets de ces innovations, Tom. I.)

M. de La Lande, Voyage en Italie, t.3. Paris, 1787.

Symboles pour le peuple

Classé dans : Architecture, Histoire, Langue, Lieux, Photographie — Miklos @ 2:09


L’obélisque de la Piazza del Popolo à Rome

«L’obélisque de la place du Peuple est de granit rouge couvert d’hiéroglyphes ; il a soixante-quatorze pieds de haut. La mode, toute-puissante dans les sciences comme ailleurs, fait qu’en 1829 on croit fermement à Rome aux découvertes hiéroglyphiques de MM. Young et Champollion. Le pape Léon XII les protégeait ; car enfin un prince, au dix-neuvième siècle,» doit bien protéger quelque chose de relatif aux arts ou aux sciences. Croyons donc, jusqu’à de nouvelles découvertes, que cet obélisque fut érigé à Héliopolis par le roi Ramessès pour servir de décoration au temple du Soleil.

Stendhal, Promenades dans Rome. Paris, 1858.

«On a pensé depuis l’antiquité que les inscriptions des obélisques renfermaient de grands mystères. Si l’on en croyait Pline, les deux obélisques qu’Auguste avait fait transporter à Rome auraient contenu l’explication des phénomènes naturels selon la philosophie égyptienne. Ces obélisques existent encore, l’un est sur la place du Peuple, l’autre sur la place de Monte-Citorio, et on peut affirmer qu’ils ne présentent aucun enseignement philosophique ou scientifique. Les obélisques n’ont offert jusqu’ici rien de pareil ; tous sont couverts de formules assez vagues exprimant la majesté, la puissance du Pharaon qui les a élevés, mentionnant les édifices qu’il a fait construire, les ennemis qu’il a vaincus.» La traduction des hiéroglyphes qu’on lit encore aujourd’hui sur l’obélisque de la place du Peuple, et qu’Ammien-Marcellin a donnée d’après Hermapion, offre une idée assez juste de ce genre de dédicace. »

Ampère, « Voyage et recherches en Egypte et en Nubie », Revue des Deux mondes, 1846.

18 janvier 2009

Faute d’un gant, le parti fut perdu

Classé dans : Lieux, Littérature, Photographie, Politique — Miklos @ 22:00


Vitrine à l’aéroport de Fiumicino

« Faute d’un clou le fer fut perdu,
Faute d’un fer le cheval fut perdu,
Faute d’un cheval le cavalier fut perdu,
Faute d’un cavalier la bataille fut perdue,
Faute d’une bataille le royaume fut perdu.
Et tout cela faute d’un clou de fer à cheval. »

— Benjamin Franklin, Almanach du pauvre Richard, 1758.

«La Duchesse de Marlborough exerçoit la charge de grand’Maîtresse de la Reine Anne à Londres, tandis que son époux faisoit dans les campagnes de Brabant une double moisson de lauriers & de richesses. Cette Duchesse soutenoit par sa faveur le parti du héros, & le héros soutenoit le crédit de son épouse par ses victoires. Le parti des Toris, qui leur étoit opposé, & qui souhaitoit la paix, ne pouvait rien, tandis que cette Duchesse étoit toute puissante auprès de la Reine. Elle perdit cette faveur par une cause assez légère : la Reine avoit commandé des gants, & la Duchesse en avoit commandé en même temps ; l’impatience de les avoir lui fit presser la gantière de la servir avant la Reine. Cependant Anne voulut avoir ses gants : une dame *) qui étoit ennemie de Miladi Marlborough, informa la Reine de tout ce qui s’étoit passé, & s’en prévalut avec tant de malignité, que la Reine dès ce moment regarda la Duchesse comme une favorite dont elle ne pouvoit plus supporter l’insolence. La gantière acheva d’aigrir cette princesse par l’histoire des gants, qu’elle lui conta avec toute la noirceur possible. Ce levain, quoique léger, fut suffisant pour mettre toutes les humeurs en fermentation, & pour assaisonner tout ce qui doit accompagner une disgrace. Les Toris, & le Maréchal de Tallart à leur tête, se prévalurent de cette affaire, qui devint un coup de partie pour eux.

La Duchesse de Marlborough fut disgraciée peu de temps après, & avec elle tomba le parti des Wighs & celui des alliés de l’Empereur.» Tel est le jeu des choses les plus graves du monde ; la providence se rit de la sagesse & des grandeurs humaines : des causes frivoles & quelquefois ridicules changent souvent la fortune des États & des monarchies entières.

Frédéric II : « Anti-Machiavel, ou Examen du Prince de Machiavel », in Œuvres de Frédéric II roi de Prusse, publiées du vivant de l’Auteur. À Berlin, chez Voss & et Fils, 1789.

*) Madame Masham.

La garde (en) veille

Classé dans : Lieux, Photographie — Miklos @ 21:11


Gardes au Vatican et au Quirinal

«Un autre besoin non moins irrésistible que celui de la soif, le besoin du sommeil, peut excuser quelques délits qu’il aura fait commettre. (…) A l’armée, où les lois disciplinaires sont impitoyables, au moins dans leur langage, l’officier de ronde qui surprend une sentinelle endormie à son poste a le droit de lui passer son épée au travers du corps. Mais quelle ne doit pas être la puissance du sommeil pour s’exercer même sous l’empire de la crainte d’une pareille loi, que la sentinelle connaît tout comme l’officier ? Il faudrait l’âme de fer d’un Frédéric, pour exécuter à la lettre cette effroyable consigne. Ce roi punit dans toute la rigueur de la loi qu’il avait faite un malheureux officier qui avait gardé de la lumière dans sa tente, quand il était défendu d’en avoir sons peine de mort; il aurait sans doute tué sur place une sentinelle qu’il aurait surprise endormie à son poste : un autre grand homme, qui comprit l’avantage de la discipline aussi,» Napoléon, surprenant une sentinelle endormie, se mit en faction à sa place, et attendit qu’elle eût satisfait au besoin de la nature. Ce trait d’humanité, de magnanimité, lui assura plus d’obéissance que le supplice du coupable.

Encyclopédie des sciences médicales, ou Traité général, méthodique et complet des diverses branches de l’art de guérir. Paris, au bureau de l’Encyclopédie. 1835.

«Citons ici» la question caractéristique de l’Empereur à un « Veilleur » endormi : « Quelles pommes de seins tiens-tu en rêve ? » (Théâtre de Paul Claudel, I, 53, La Pléïade, 1967) puisque le rêve s’ouvre essentiellement à la sexualité.

Michel Malicet : Lecture psychanalytique de l’œuvre de Claudel. Les structures dramatiques ou les fantasmes du fils. Paris, 1979.

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