Manifesta : importante biennale itinérante européenne d’art contemporain créée à Rotterdam (Pays-Bas) en 1996. Manifesta 9 se tient actuellement à Genk (Belgique).
On serait curieux de savoir si son nom ne se serait pas, consciemment ou non, inspiré de documenta, « musée des cent jours », célèbre exposition quinquennale d’art moderne et contemporain créée en 1955 à Kassel (Allemagne) d’une durée de cent jours. dOCUMENTA (13) s’est ouverte il y a deux semaines.
Manifest : galerie américaine d’arts visuels qui s’est ouverte en 2004 dans un quartier de Cincinnati dans le but de le revitaliser. Son appel à œuvres pour sa quatrième exposition du nu dans l’art est actuellement en cours.
Manifest : Manifest : BA + BFA et Manifest : MFA sont des expositions organisées depuis (au moins) 2008 par le département de photographie du Columbia College de Chicago (US) pour y montrer les réalisations de ses élèves.
Manifestum : chœur d’hommes fondé en 2010 en Finlande ; il vient de sortir son premier CD.
Manifest : festival de musique qui se tient depuis au moins 2010 près de Brisbane (Australie) ; la prochaine édition, Manifest-2012, annonce une brochette d’artistes intéressants.
Les nostalgiques des sixties auront plaisir à réécouter cette chanson mélancolique de Cat Stevens dont la mélodie, l’orchestration et le titre My Lady D’Arbanville font plus penser à la musique élisabéthaine qu’à la pop – même soft – américaine. En fait, le titre était très contemporain à sa composition (1970) et n’avait rien de poétique ni de métaphorique, puisqu’il s’agissait de Patti D’Arbanville – modèle et starlette découverte par Andy Warhol – que Cat Stevens fréquentait alors depuis plus d’un an. Il la décrit couchée dans sa tombe, froide et silencieuse, tandis que lui l’aimait et ne pouvait l’oublier. Non pas qu’elle était morte, mais elle était partie pour un mois à New York, seule. Il s’était senti abandonné, et avait compris que leur relation s’achevait.
Quant aux amateurs de musique baroque, cet air de Cat Stevens leur rappellera sans aucun doute la Fantaisie en rondeau de Mr de Sainte-Colombe le Fils – que l’on peut entendre ci-dessous dans la très belle interprétation qu’en donne Jordi Savall dans le disque Les Voix humaines qu’il faut écouter et réécouter –, fils bien moins connu que son père et non pas uniquement pour le roman de Pascal Quignard et le film qu’en a fait Alain Corneau, Tous les matins du monde. Selon certains chercheurs, le premier des deux ne serait pas le père du second (on trouvera ici quelques informations au sujet des Sainte-Colombe). Quoi qu’il en soit, ce fils putatif se serait installé en Angleterre, pays d’origine de Cat Stevens quelque 250 ans plus tard.
Peu d’informations existent sur l’origine du nom de famille de Patti. Son père se serait appelé George D’Arbanville né « vers 1916 » et aurait été barman. Un George D’Arbanville, vétéran de l’armée américaine et né en 1912, est enterré dans un cimetière national américain. Ce nom semble particulièrement rare, on n’a trouvé qu’une brève mentionIn Itinéraire complet de la France, ou, Tableau général de toutes les routes et chemins de traverse de ce royaume. Paris, 1788. d’un « ham. et chât. d’Arbanville » dans la région parisienne, à proximité de Guetreville, d’Intréville et de Rouvray – il doit s’agir de l’actuelle Rouvray-Saint-Denis.
Le nom d’Arbouville est par contre plus répandu : il semblerait que les deux seules passions de la vie de Sainte-Beuve aient été Mme Victor Hugo et Sophie de Bezancourt Loyré, comtesse d’Arbouville, femme de lettres (on peut lire ici quelques-uns de ses poèmes). Voici ce qu’en dit Léon Séché, dans son introduction à Madame d’Arbouville d’après ses lettres à Sainte-Beuve, 1846-1850 (Mercure de France, 1909) :
Mais la seconde [passion] dura plus longtemps que la première, précisément parce qu’elle ne fut pas entièrement satisfaite, et ce ne fut pas de sa faute si elle ne dura pas davantage encore. Si Mme d’Arbouville avait pris Sainte-Beuve au mot et lui avait cédé, lorsqu’il lui disait que, « pour que l’amitié entre homme et femme soit durable, il faut qu’à un moment aussi court, aussi fugitif que l’on voudra, il y ait eu abandon et faiblesse », elle n’aurait probablement pas été aimée et désirée durant dix ans durant, comme elle le fut ! C’est toujours l’histoire d’Elvire : l’amour pur, qu’on le veuille ou non, est le seul qui ait chance de laisser à l’homme – pourvu qu’il ait le cœur haut placé – un souvenir, des regrets éternels.
On serait curieux de savoir si Sainte-Beuve a écrit après 1850, année du décès de son grand amour, un Ma Dame d’Arbouville la décrivant couchée dans sa tombe, froide et silencieuse.
Dans son reportage sur les étudiants français partis à Berlin dans le cadre du programme Erasmus, notre chaîne nationale les suit sur leur campus d’accueil ; lors d’un cours d’allemand, on les voit regarder une vidéo projetée à l’écran dans laquelle Dietrich Fischer Dieskau interprète Erlkönig, célèbre lied de Schubert sur un poème du non moins célèbre Goethe.
Et la voix off de dire : « Un cours d’allemand sur un air d’opéra pour des élèves musiciens ».
On se dit que ce journaliste n’avait pas dû étudier la musique, lui. On se dit aussi qu’il aurait dû compenser ses lacunes par une mini-enquête journalistique qui lui aurait évité d’exhiber ainsi son ignorance. On est curieux de savoir à quel opéra il pensait. Notre Dame de Paris ? Jesus Christ Superstar ?
Il lui aurait suffi d’interroger les étudiants en question : on ne doute pas qu’ils n’auraient eu besoin d’antisèches pour identifier correctement et l’œuvre et le genre, et lui expliquer en sus la différence entre un lied, une aria et un tube des Top 50.
Should one be amused or amazed at this piece of news? As Rabbi Marvin Hier is quoted to have said, it is highly unlikely that this was “an innocent mistake”: after all, the owner of this flag certainly knew what it symbolized. But let’s be naïve for a minute and assume it was; then it is yet another proof of the tragic cultural and historical shallowness of these Marines. Moral too, when considering what their “colleagues” recently perpetrated elsewhere in Afghanistan, an act quite in line with the ideology represented by that infamous flag. Was that an “innocent mistake” too?
This news item reminds me of a situation I witnessed when visiting the Cleveland Museum of Art, three decades ago. A little printed sign at the entrance of each hall indicated the period and/or genre which the works hanging on its walls belonged to. I happened to be standing in the “Post-War Art” room when two men, in their early 20s, stepped in. Here is what I overheard them say to each other:
— “Post-War Art”. Which war do you think this refers to?
— Must be the Vietnam war.
Had smartphones and search engines been around then, these not-too-smart guys might have googled for the expression and found, right from the second paragraph of the first site to be listed, its real meaning “in Western usage”. Yet googling is definitely not knowing, and external information is not internalized knowledge.
But what would have prompted them to think these two words had a specific meaning beyond their literal (mis)interpretation? Why would these Marines think, how could they ever imagine, that these two letters meant something else than “Sniper Scouts”?
Education. Knowledge.
They didn’t know.
We didn’t know
We didn’t know said the burgermeister,
About the camps on the edge of town.
It was Hitler and his crew
That tore the German nation down.
We saw the cattle cars, it’s true,
Maybe they carried a Jew or two.
They woke us up as they rattled through,
But what did you expect me to do?
We didn’t know at all, we didn’t see a thing.
You can’t hold us to blame, what could we do?
It was a terrible shame, but we can’t bear the blame.
Oh no, not us, we didn’t know.
[...]
Tout le monde a entendu – qu’il en soit conscient ou non – 4’33”, le chef d’œuvre de John Cage en trois mouvements et à l’instrumentation particulièrement originale. Certains ont vu – qu’ils aient aimé ou non –, le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch ou les outre-noirs de Pierre Soulages récemment exposés au Centre Pompidou, sans parler des fameux bleusÔ d’Yves Klein.
Ce qu’on sait moins c’est qu’ils n’avaient rien inventé : dans sa communication « Plaisanterie, subversion, exercice de style : quelques œuvres loufoques » lors du colloque Figures du loufoque à la fin du XXe siècle organisé en 2001 par le Cierec, Joël Gilles nous apprend qu’Alphonse Allais s’était présenté ainsi dans le catalogue de 1884 des Incohérents : « Artiste monochroïdal. Élève des maîtres du XXe siècle. ». Il poursuit (avec quelques approximations signalées entre crochets) :
Prémonition étonnante dont il est impossible de décider s’il n’y croyait pas lui-même.
Aux Incohérents de 1883, Allais expose une feuille de papier blanc, simplement punaisée au mur et titrée Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige et en 1884 un monochrome noir, le célèbre Combat de nègres dans une cave, pendant la nuit, ainsi qu’une Récolte de tomates sur les bords de la mer Rouge par des cardinaux apoplectiques.
On en conserve les reproductions, si l’on peut dire, dans l’Album Primo Avrilesquepublié à Paris chez Ollendorf en 1897, auxquelles il ajoute cinq autres monochromes dont un gris, la Ronde de pochards dans le brouillard et un bleu : Stupeur de jeunes recrues devant ton azur, Ô Méditerrannée. On y trouve également le pendant musical de ces monochromes, la Marche funèbre composée pour les funérailles d’un grand homme sourd (les grandes douleurs sont muettes) [la mention entre parenthèses est absente de la partition publiée par Ollendorf, cf. ci-dessus] qu’il recommande de jouer lento rigolando et dont la partition se présente sous la forme de trois portées [faux, il y en a huit : il faut tourner la première page, comme il l’est indiqué…] sans aucune note. John Cage s’en souviendra peut-être pour sa partition de 4’33” de silence [sic] en 1952.
La plaisanterie monochroïdale n’est pas une exclusivité d’Allais, il n’en est pas l’inventeur, et d’autres après lui s’y adonneront. […]
Dès 1843, apparaît dans la Critique comique du Salon du Charivari l’Effet de nuit qui n’est pas clair… de lune, acheté subito par Mr. Robertson, fabriquant de cirage […].
Alphonse Allais ne fait donc pas preuve d’une grande originalité, en s’inscrivant dans cette tradition, à ceci près que ses monochromes, réellement exposés, peuvent prétendre à l’aura de l’œuvre d’art. Au point que lors de l’exposition du Musée des Arts décoratifs de 1973 : « Équivoques » Peintures françaises du XIXe siècle, on pouvait voir à côté des Bouguereau, Chassériau, Carolus Durand, Géricault ou Delacroix, la reconstitution du monochrome blanc avec la précision « bristol moderne, punaises d’époque », dont la reproduction, dans le catalogue, était accompagnée d’une critique de Félix Fénéon.
Ce qui ne manquera pas de faire sourire ceux d’entre nous qui sont fâchés avec un art plastique contemporain aussi minimaliste que l’est, dans le domaine des arts de la scène, la non-danse.