Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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27 janvier 2008

Une musique qui adoucit les mœurs

Classé dans : Humour, Musique — Miklos @ 15:35

Sid Caesar (célèbre comédien américain) et Nanette Fabray (actrice de vaudeville et de comédies, et activiste pour les droits des sourds et malentendants), dans l’un des sketches de la série télévisée Caesar’s Hour (à laquelle participera Woody Allen).

26 janvier 2008

Ils ont osé

Classé dans : Musique — Miklos @ 20:53

Si d’aucuns – dont nous ne faisons pas partie – doutaient de la capacité du Théâtre de la Ville à se renouveler, à innover et à nous surprendre, c’est bien le concert de cet après-midi qui les aura détrompé. L’heure de son début – 15h au lieu de l’habituel 17h – aurait dû leur mettre la puce à l’oreille, mais la liste des interprètes était tout ce qu’il y a de plus rassurant, pour ce créneau qui attire en général un public d’un certain âge et d’un certain milieu social : un ensemble baroque et trois solistes (deux violonistes, une pianiste) ; or le spectacle, tricoté avec une grande originalité qui s’est révélée au fil du concert, a duré plus de trois heures, et le clou, caché sous un titre baroque innocent (« Chaconne »), en a été une splendide œuvre contemporaine pour le piano, ce qui démontre que les organisateurs n’appréhendaient pas les vapeurs ou les syncopes des habitués.

Le programme était composé en forme de triptyque, dont la pièce centrale – et maîtresse, à tous égards – était la jeune pianiste bulgare Plamena Mangova, qui, à 27 ans, a tout pour devenir une Birgit Nilsson du piano : coffre, puissance et énergie illimitées, virtuosité sans faille, jeu exsudant passion et générosité. La pré­cé­daient la violoniste baroque Amandine Beyer et son ensemble Gli Incogniti, dans un programme de concerti pour violon, cordes et basse continue de Vivaldi et de Bach joués avec entrain et virtuosité. Mais on a plus apprécié l’ensemble que la soliste malgré sa maîtrise de l’instrument – est-ce dû à l’acoustique de la salle ou à la nature de son violon ? – il nous a paru parfois acide ou aigre, limite dissonant et légèrement instable par rapport aux musiciens l’accompagnant.

La seconde partie, avec Plamena Mangova seule au piano, faisait écho, autant par le thème de la première œuvre (des variations de Beethoven sur une aria de Salieri) que le titre de la dernière (la Chaconne de Sofia Goubaï­doulina) à celles, baroques, qui avaient ouvert le concert. Rien de plus différent. L’interprétation du Beethoven initial en annonçait la couleur : pensif, introverti, léger, dansant, virtuose, ténébreux, haletant… Mais ce sont les œuvres suivantes, de plein pied dans le roman­tisme, l’expres­sion­nisme et le contemporain russe : la Valse-caprice n° 6 de Liszt (sur des lieder de Schubert), la transcription de la Mort d’Isolde de Wagner par Liszt, et finalement cette magnifique et décoiffante Chaconne de la compositrice russe Sofia Goubaïdoulina, née en 1931 : s’il ne fallait retenir qu’une seule œuvre de ce concert (ce qui serait dommage), ce serait bien celle-ci, courte (7-8 minutes) aux sonorités, timbres, tonalités et rythmes chatoyants, surprenants, exhilarants. Alliant un jeu solide et stable à un souffle puissant, maîtrisant parfaitement les passages wagnériens déchaînés de ces œuvres et passant de façon fluide d’un extrême à l’autre des registres, Mangova a fait montre d’un jeu plus retenu – comme il se doit – dans le Nocturne de Grieg qu’elle a donné en bis.

La partie centrale du concert était aussi en rapport avec celle qui le clôturait, elle-même en rapport symétrique avec la première, puisqu’on y retrouvait Plamena Mangova qui y accompagnait une jeune violoniste soliste, Alena Baeva. Là aussi, des œuvres romantiques, mais plus introverties (sonates de Schubert et de Brahms pour violon et piano) et, pour aider ceux qui auraient été quelque peu chavirés par le programme remuant à se remettre, La Campanella de Paganini arrangée par Kreisler suivie d’une Mélodie de Tchaïkovski en guise de rappel. Le jeu précis, lyrique et arrondi de Baeva – auquel on pourrait reprocher de n’avoir pas été assez nuancé et incisif, à certains moments (mais à 22 ans elle a toute sa carrière devant elle) – contrastait avec celui de Mangova, qui avait parfois du mal à se retenir, à l’étroit dans son rôle d’accompagnatrice. C’est cette dernière qui a été la charpente de ce concert dont on est sorti enchanté et tout guilleret, des mélodies plein la tête.

20 janvier 2008

Beaucoup de déhanchements pour rien

Classé dans : Danse, Musique — Miklos @ 1:55

« J’ai les hanches
Qui s’démanchent
L’épigastre
Qui s’encastre
L’abdomen
Qui s’démène
J’ai l’thorax
Qui s’désaxe
La poitrine
Qui s’débine
Les épaules
Qui se frôlent…
 »
— Géo Koger (1932)

Zeitung, le dernier spectacle de danse (intitulé « concept ») d’Anne Teresa De Keersmaeker et de sa troupe Rosas au Théâtre de la Ville était long comme un jour de carême. La scène est dépouillée : coulisses et cintres à nu, aucun décor à l’exception d’un vieux fauteuil en cuir et de quelques chaises près des murs. Au fond à gauche, un piano de concert. Un homme d’un certain âge, trapu et en jeans, déambule non loin de l’instrument – un technicien de scène, peut-être. Quelques individus, pour la plupart jeunes, se tiennent sur les côtés ; habillés de façon décontractée, pieds nus en jeans ou petite robe – à l’exception d’une jeune femme en chaussures élégantes à talons hauts.


Henri de Toulouse-Lautrec : silhouette de Valentin le Désossé
Quand le silence s’établit dans la salle et permet enfin d’entendre clairement les toux rauques qui ponctueront le spectacle, ils commencent à évoluer sur scène, le plus souvent seuls ou à deux ; ils marchent – parfois uniquement pour traverser l’espace d’un bout à l’autre –, s’arrêtent, se groupent ou se séparent, se déhanchent, bougent la tête ou la nuque, se désarticulent, d’une façon qui aurait fait honneur à Valentin le Désossé. Après un moment, la musique commence : Bach principalement au piano alterne avec Webern enregistré : musiques abstraites qui vont à l’essentiel et qui sauvent le spectacle. L’homme qu’on prenait pour un technicien est le pianiste Alain Franco, un excellent musicien qui a, entre autres, dirigé l’ensemble Ictus, mais c’est surtout le piano lui-même qui est le héros de la soirée : ce n’est pas un Steinway comme on en voit souvent sur scène, mais un glorieux Bösendorfer, une très grande marque de pianos (qui vient d’être rachetée par Yamaha… encore une marque qui perd son indépendance) au son inégalé.

Si je n’étais venu que pour un tel concert, j’en serais sorti enchanté, littéralement. Mais il y avait les danseurs… Ceux-ci continuaient leurs mouvements minimalistes, souvent déconnectés (du moins pour ce que j’en percevais) de la musique, à l’exception de quelques beaux moments plus animés où ils dansaient, à trois ou quatre, en accord avec elle. À plusieurs reprises, on aurait pu croire que le spectacle allait se terminer : quand les danseurs avaient tous disparu de la scène et des coulisses, ou quand ils se mirent à rouler le tapis au sol, ou à ranger les chaises. Ce fut finalement le cas, 1h45 plus tard. Si ce langage est supposé être à la danse classique ce que celui de Webern est à la musique classique, cela ne m’a pas convaincu : ce n’était plus de la danse (tel que je l’entends), tandis que Webern est (encore) de la musique. Ou peut-être mes oreilles sont plus ouvertes à une certaine modernité que ne le sont mes yeux (comme, à l’inverse, certains considèrent que Webern n’est que du bruit). Spectacle trop retenu, déconstruit et long, à l’opposé – ce qui est d’autant plus décevant – de celui qu’elle avait donné en 2005 et qui nous avait tant plu.

On a tout de même apprécié particulièrement quelques danseurs : Fumiyo Ikeda (et pas uniquement pour ses hauts talons), une autre danseuse élégante aux longs cheveux blonds, et un danseur dont la grâce sensuelle et masculine tranchait avec l’aspect et les mouvements quelque peu anguleux de ses collègues.

19 janvier 2008

Le quatuor des quintes

Classé dans : Musique — Miklos @ 22:28

« Pluralitas non est ponenda sine necessitate. » — Guillaume d’Occam

C’est l’appellation du Quatuor à cordes en ré mineur opus 76 n° 2 de Joseph Haydn : il s’ouvre sur deux quintes descendantes, qui reviennent, sous cette forme ou une autre, tout au long de l’œuvre. La quinte est l’un des trois intervalles musicaux dits « justes » avec la quarte (qui résulte du renversement de la quinte) et l’octave : le signal acoustique résultant de l’émission simultanée de deux notes placées dans l’un de ces rapport est plus simple que pour d’autres intervalles, ne rajoute qu’un minimum d’harmoniques (et aucune dans le cas de l’octave) et est donc plus facile à analyser par l’oreille. Ce principe d’économie est celui qui rend aussi, à l’œil, la symétrie agréable, et qu’on retrouve dans le « rasoir d’Occam ». Mais pas trop n’en faut : dissonance et dissymétrie sont les épices permettant d’éviter la fadeur du trop-plein de perfection dans les arts.

« L’épidémie de grippe arrive, le seuil épidémique de la grippe cli­nique ayant été franchi la semaine der­nière pour la pre­mière fois, a annoncé le 15 janvier le réseau de sur­veil­lance épi­dé­mio­logique Sentinelles de l’Inserm. La grippe devrait toucher quatre millions de personnes. »Mais ce n’est pas ce genre de quintes qu’on a entendu aujourd’hui au Théâtre de la Ville lors du concert de l’ensemble Europa Galante consacré à la musique de chambre de Boccherini : pendant le très beau Quatuor op. 39 n° 3, un spectateur a été pris d’une quinte de toux paroxystique qui a accompagné au moins deux des mouvements. Celle-ci se rajoutait à celles, plus réservées, du reste du public pendant tout le concert1 : à entendre leur déclenchement subi entre les mouvements, on pourrait s’étonner du fait qu’étant tout de même capables d’être relativement évitées pendant les mouvements, pourquoi ne pas attendre la fin de l’œuvre pour profiter des applaudissements pour leur laisser libre court ?

C’était d’ailleurs un quatuor assez particulier : à leur arrivée en scène, l’altiste et le violoncelliste s’aperçoivent que leurs sièges et leurs lutrins sont inversés. S’en­sui­vent des échanges de tabourets puis de partitions, durant lesquels le vio­lon­cel­liste fait voler la sienne qui s’étale aux pieds du second violon. Il répétera d’ailleurs le gag lors du quintette qui suivra, et sera vigoureusement applaudi par le public. Quant au dit quintette (avec deux violoncelles, op. 45 n° 1), il était encore plus joyeux et enlevé, et clôturait au mieux le programme, dont la première partie avait moins soutenu l’attention.

Mais le concert ne s’est pas terminé avec le programme : l’ensemble de Fabio Biondi a d’abord donné, en premier rappel et en hommage à Gérard Violette, le directeur sortant du Théâtre de la Ville, le menuet-que-tout-le-monde-connaît de Boccherini, à tel point que certains spectateurs ont commencé à le fredonner (comme Casals ou Gould le faisaient pendant leurs récitals), ce qui a donné lieu à des chuuuut ! prolongés et plus vigoureux que certaines quintes précédentes. Le deuxième rappel était le dernier mouvement, endiablé à souhait, du quintette G. 399. Pourquoi « G » ? Parce qu’il s’avère que le catalogue complet des œuvres de Boccherini, devenu ouvrage de référence, a été établi par Yves Gérard, devenu ainsi à Boccherini ce que Koechel est à Mozart2. Fabio Biondi n’a pas manqué de souligner le rapport entre le nom de ce musicologue et le prénom de Violette, qui termine cette année son long règne au Théâtre de la Ville. On ne saluera jamais assez l’intelligence de sa programmation, qui nous a donné de grands plaisirs (et quelques rares déceptions : ce sont les dissonances qui permettent d’apprécier encore mieux les consonances).

Avant de nous quitter ce soir, on recommandera au malheureux spectateur qui avait manqué de s’étouffer le traitement suivant :

« Si la toux ne passe pas dans trois jours, il faut lui tirer encore environ une livre de sang du col, & avoir recours à des remedes plus efficaces. C’est pourquoi pour empêcher que le rhume ne tombe sur la poitrine, donnez-lui avant de vous aller coucher,

Une once de Réglisse en poudre, une cuillerée d’huile d’Olive, une once d’Æthiops mineral, demi-once de Baume de Soufre, faites-en un bol avec un peu de miel.

Couvrez-le bien, & tenez-le chaudement. Redonnez-lui le même bol la nuit suivante, ce qui sera suffisant pour guérir un rhûme récent ou une indigestion. »

William Burdon, Le manuel du cavalier.
Trad. de l’anglois.
1737.

et comme le préconisait Rita, ne pas oublier de mettre des chaussettes chaudes aux pieds. On remarquera aussi qu’un autre des intervalles justes dont nous parlions au début se retrouve en médecine : il s’agit de la fièvre quarte.


1 Le public des concerts de musique classique des samedis après-midi est plus susceptible aux refroidissements que celui des concerts de hard rock.
2 On peut lire ici la biographie de Boccherini par Yves Gérard.

15 janvier 2008

« C’est une chanson d’amour qui s’envole, triste ou folle… »

Classé dans : Musique — Miklos @ 19:57
Tendre, mélancolique, enjouée, pensive, sensuelle,
discrète, coquine, profonde, fine, pudique…

…telle est Betty, qui chantera passé, présent et futur
samedi 19 janvier à la Vieille Grille, à 18h.

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