Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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11 mars 2005

Sasha Argov

Classé dans : Musique — Miklos @ 23:10


השמלה הסגולה
חיים חפר/סשה ארגוב

 
הבוקר יבוא
הבוקר יבוא
אנחנו לא נישן את כל הלילה לפניו
נשב ליד הכביש על שפת התעלה
נרכב על משאית ברוח הלילית
נראה את הגבעות מתעוררות באור סגול
ביתך יהיה צוחק וקיץ בחלון
כשאנחנו נצא ביחד
 
את תלבשי את השמלה הסגולה
ושתי עיניך מוצפות באור כהה
את תשלחי חיוך אל כל עובר ושב
וסיגלית פתאום תפרח בשערך
את תזמרי לך שיר שאת מיליו שכחת
את תצחקי פתאום ולא תדעי מדוע
כשאנחנו נצא ביחד
 
הבוקר יבוא
הבוקר יבוא
אנחנו לא נישן את כל הלילה לפניו
נרוץ את כל החוף נשתה את כל העיר
נשיר באוטובוס שירים משוגעים
נשב מאה שעות על הגדר שמול ביתך
וככה זה יחזור וכך יהיה תמיד
כך יהיה כשנצא ביחד

Sasha (Alexander) Argov, décédé en 1995 à l’âge de 81 ans, a été sans conteste le plus grand compositeur de chansons populaires israéliennes (iplus d’un millier), en général sur de très beaux textes (poésies, chansons) et qui ont été interprétées par les meilleurs chanteurs du pays ; son style si particulièrement aimable intègre à ses racines russes diverses influences méditerranéennes.

10 mars 2005

Musique populaire, grande musique

Classé dans : Musique — Miklos @ 22:42

On a parfois tendance à opposer trop facilement la « grande » musique (ou « musique sérieuse » ou encore « classique ») à la musique populaire, en oubliant que les meilleurs compositeurs se sont souvent inspirés explicitement des airs connus à leur époque, tels Händel utilisant une mélodie sicilienne pour cornemuse dans son aria He Shall Feed His Flock du Messie, Mozart avec ses Variations sur « Ah, vous dirai-je maman ? » (K. 265), Mahler pour ses citations de Frère Jacques (dans le troisième mouvement de la première symphonie) ou Bizet utilisant le chant provençal La Marche des rois dans sa suite de l’Arlésienne.

Les compositeurs du xxe s. se sont intéressés encore plus explicitement à ce fonds si riche : Béla Bartok (1881-1945) et Zoltán Kodály (1882-1967) parcourent ensemble les campagnes hongroises, puis celles de Transylvanie et de Roumanie, à la recherche des traditions les plus anciennes de la musique paysanne, qu’ils intégreront chacun à sa façon si particulière, dans leurs œuvres. Francis Poulenc (1899-1963), ainsi que les autres membres du « Groupe des six » (parmi lesquels se trouve Milhaud, aussi inspiré par la musique brésilienne dans ses Saudades do Brasil que par le jazz dans Le Bœuf sur le toit si enlevé — très bel enregistrement de Bernstein chez EMI), se prononce en faveur du style populaire et plein d’esprit du music-hall, tandis que Leonard Bernstein (1918-1990) mêle le jazz, la musique populaire, le choral religieux, les songs, l’opéra italien, la pop music…

Plus loin de nous, le compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos (1889-1959) alliera la musique populaire de son pays à son intérêt pour Jean-Sébastien Bach dans ses Bachianas Brasileiras, utilisant des thèmes de style brésilien à une forme empruntée à Bach, allant jusqu’à attribuer deux titres à chacun des morceaux, l’un baroque l’autre brésilien. Il en existe un coffret (EMI, « Villa-Lobos par lui-même ») où le compositeur y dirige cette œuvre (ainsi que Descobrimento do Brasil, Invocação em defesa da Patria, Chôros, Momoprecoce, Concerto n° 5 et Symphonie n° 4 — ainsi qu’un texte où Villa-Lobos parle, « Qu’est-ce qu’un Chôros ? »), et dans lequel la célébrissime Bachiana n° 5, popularisée par Bidu Sayão, y est interprétée par la magnifique et regrettée Victoria de Los Angeles. Un très beau disque, et pas uniquement pour ce tube (splendide).

En évoquant la mémoire de la grande cantatrice, on ne peut passer sous silence son interprétation si sensuelle des très beaux Chants d’Auvergne de Joseph Canteloube (1879-1957), disponible chez EMI. Même si l’enregistrement n’a pas été fait dans sa prime jeunesse, le sens musical et la fraîcheur de l’artiste ne peuvent laisser insensible (il doit en exister aussi un splendide enregistrement par la soprano israélienne Netanya Davrath).

Enfin, s’il y en a qui trouvent trop ardues certaines des œuvres du compositeur italien Luciano Berio (1925-2003), qu’ils écoutent ses Folk Songs dans l’interprétation de la regrettée Cathy Berberian (1925-1983), sa première femme dans l’enregistrement que Berio dirige. Berberian avait une voix d’une étendue, d’une agilité et d’une variété de timbres et de styles remarquables, pouvant passer du madrigal le plus délicat au chant napolitain populaire, mais elle possédait surtout intelligence et humour, culture musicale et fantaisie : tout ceci se reflète dans le disque magnifiCathy : the many voices of Cathy Berberian, où elle passe de Monteverdi à Debussy, Gershwin, Cage et Bussotti, pour finir par Stripsody, mot-valise combinant Comic Strip a — bande dessinée — et Rhapsody, forme musicale assez libre : c’est en effet une bd musicale très drôle qu’elle a composée, et qu’il faut suivre en regardant la « partition » (ce que l’on peut faire à la médiathèque de l’Ircam — et peut-être ailleurs). Thérapie par la musique et le sourire assurée.

8 mars 2005

Un jour tu verras…

Classé dans : Musique — Miklos @ 22:44

Un jour tu verras
On se rencontrera
Quelque part, n’importe où
Guidés par le hasard

Nous nous regarderons
Et nous nous sourirons
Et la main dans la main
Par les rues nous irons

Le temps passe si vite
Le soir cachera bien
Nos cœurs, ces deux voleurs
Qui gardent leurs bonheurs

Puis nous arriverons
Sur une place grise
Où les pavés seront doux
A nos âmes grises

Il y aura un bal
Très pauvre et tres banal
Sous un ciel plein de brume
Et de mélancolie

Un aveugle jouera
De l’orgue de barbarie
Cet air pour nous sera
Le plus beau, le plus joli

Puis je t’inviterai
Ta taille je prendrai
Nous danserons tranquille
Loin des gens de la ville

Nous danserons l’amour
Les yeux au fond des yeux
Vers une fin du monde
Vers une nuit profonde

Un jour tu verras
On se rencontrera
Quelque part, n’importe où
Guidés par le hasard

Nous nous regarderons
Et nous nous sourirons
Et la main dans la main
Par les rues nous irons

Paroles : Mouloudji
Musique : Georges Van Parys
(1954)

7 mars 2005

Paul Robeson

Classé dans : Musique, Politique — Miklos @ 21:15

Paul Robeson (1898-1976) aura été l’exemple même de l’homme de la Renaissance : athlète, acteur, chanteur, écrivain et activiste, polyglotte (il parlait 15 langues) — qui a excellé dans tous ces domaines. Né de père esclave émancipé, il fit des études exceptionnellement brillantes à l’université de Rutgers puis à celle de Columbia, où il acheva des études de droit, mais ne put exercer longtemps pour cause de racisme au sein du cabinet d’avocats qu’il avait rejoint. Il se tourne alors vers le théâtre, puis le chant : sa participation dans Othello a assuré à cette pièce de Shakespeare une longévité inégalée pour une pièce de théâtre à ce jour à Broadway : plus de 300 représentations, considérées comme l’une des meilleures productions américaines de Shakespeare. C’est d’ailleurs l’un des premiers acteurs noirs à avoir joué des rôles importants dans le théâtre « blanc » américain, ainsi que dans des films.

À la même époque, il mène une carrière de chanteur, surtout connu pour sa voix de basse chaude et profondément bouleversante, avec une élocution parfaitement claire, que ce soit dans les Spirituals (son interprétation de « Ol’ Man River » est un classique d’anthologie et devenu un symbole de la résistance civile), mais aussi dans des chants populaires en toutes langues, des lieder ou des arias d’opéra.1 Profondément aimé du public aux US et à l’étranger (et pas uniquement pour sa beauté et son charisme), où il donnait de nombreux concerts bénévoles pour des causes sociales, il se fit ainsi de nombreux amis et admirateurs inconnus ou connus (Eleanor Roosevelt, Pablo Neruda, Lena Horne, Harry Truman…).

Mais c’est son activisme nationaliste noir et anti-colonialiste qui lui attira les foudres du sénateur Joseph McCarthy. Malgré sa contribution inlassable à l’effort de guerre, Robeson devint un danger public pour l’Amérique conservatrice, à tel point que son passeport lui fut retiré et tout fut fait pour briser sa carrière. Ce n’est que huit ans plus tard qu’il put recouvrer ses papiers et reprendre ses concerts. Mais cette période laissa des traces : des dépressions successives l’amenèrent finalement à se retirer de la scène et de la vie publique jusqu’à son décès. Même aujourd’hui, la mémoire de ce grand homme souffre encore de l’obscurité créée par ses détracteurs, et son rôle dans l’histoire de la lutte pour droits civiques et de porte-parole des opprimés des nations reste encore relativement inconnu.

Il mérite donc d’autant plus qu’on parle pour lui. Pour ceux qui comprennent l’anglais, un DVD présente sa vie et son œuvre sur scène, à l’écran et à la radio, et son rôle dans la lutte pour les libertés. Un livre, écrit par son fils, rétablit la mesure de ce très grand homme. L’émission de radio de la chaîne NPR offre des extraits de sa voix splendide. Pour tout le monde, il y a quelques enregistrements (voir note ci-dessous).


1 Un bon exemple en est le CD Paul Robeson Live at Carnegie Hall, enregistré en 1958 avec Alan Booth au piano, et qui comprend des spirituals, des chants populaires en anglais, russe, chinois ou yiddish, des lieder de Schubert ou de Moussorgsky, des arias de cantates et d’opéra… Et surtout, le dernier monologue d’Othello de Shakespeare, l’un des moments les plus émouvants de ce concert, dans lequel, au moment où tout se défait autour de lui, il se souvient de ses jours de gloire quand il défendait Venise, puis se suicide. On ne peut s’empêcher de penser à l’oubli dans lequel Robeson avait sombré pour avoir justement défendu l’honneur de l’Amérique, en combattant avec passion et rectitude le fascisme à l’étranger et le racisme dans son pays.

4 mars 2005

C’est Mozart que l’on assassine

Classé dans : Musique — Miklos @ 23:09

On pose le décor : les Salons de Boffrand, du Palais du Sénat, mardi dernier à 20h30. Tenue de cocktail pour les invités, pas moins. Au programme, la pianofortiste Laure Colladant qui interprète la sonate K. 333 en si bémol majeur de Mozart, et la sonate op. 78 de Schubert. L’instrument, un pianoforte Molitor restauré par Johannes Carda (mari de la musicienne) est placé sur une estrade dans ces salons rutilants des ors du xviiie s., sous des lustres aux cristaux étincelants. Comme il se doit, des chaises d’époque, quand les habits tous froufroutants palliaient leur exiguïté et leur manque de confort.

Le pianoforte est un instrument délicat. Prédécesseur du piano, il permet de jouer plus ou moins fort (d’où son nom), ce dont le clavecin n’était pas capable. Il est loin d’avoir l’ampleur dynamique et le timbre d’un Büsendorfer ou d’un Steinway, ni la clarté d’un Pleyel, par exemple ; on ne peut y articuler avec autant de dextérité que sur un piano moderne. Mais il ne sert à rien de comparer, c’est un instrument en soi, qui requiert une technique et un art du toucher1 qui lui sont particuliers, et il permet fort bien d’y jouer de la musique qui fut composé pour y être interprété. Et surtout, un environnement intime (ces salons convenaient parfaitement) et calme. Or ce fut loin d’être le cas.

Dans les salons attenants, il devait y avoir un banquet. Avant le concert, nous avons eu droit à des chants (pas désagréables, mais nous n’étions pas venu pour cela), et, tout au court du concert, à un brouhaha étourdissant de voix et de bruits de couvert, et pourtant nous n’étions pas venu écouter un concert de musique concrète. À certains moments, ils couvraient la voix du pianoforte. En dehors de toute considération musicale, il faut saluer le courage, la persévérance et la patience de la musicienne lors de son long calvaire.

Venons-en à la musique. Cette sonate de Mozart, je l’avais connue bien avant de la jouer, l’ayant entendue sur un disque qui m’a fait découvrir des œuvres et des interprètes que je n’ai jamais pu oublier. Il s’agit d’un 33T, International piano festival – un concert au bénéfice des réfugiés, réalisé en 1962 au bénéfice de l’ONU — disque que j’ai écouté un nombre de fois impressionnant2 —, et qui réunissait des interprètes tels que Claudio Arrau, Byron Janis, Wilhelm Backhaus (dans des moments musicaux de Schubert, je n’ai jamais entendu mieux), Robert Casadesus, Alexander Braïlovsky et Wilhelm Kempff C’est Casadesus qui interprétait cette sonate, avec un toucher si « français », tout à la fois délicat et masculin, sans aucune afféterie. Si j’aime bien d’autres sonates de Mozart, j’ai pour celle-ci une affection particulière, qui me vient de cette familiarité dont je viens de parler. J’ai trouvé que Laure Colladant — que je ne connaissais pas avant ce concert — l’a jouée avec une certaine indifférence. Je me suis demandé si c’était dû à l’instrument, mais son interprétation du Schubert, où on l’a vue et entendue s’y mettre corps et âme, était autrement plus sentie. On peut préférer Schubert sur un piano plus moderne, mais alors on risque de tomber dans l’excès inverse3. Quant à sa technique qui semblait parfois incertaine, je la mets au compte des conditions désastreuses.

Bilan ? Mitigé, malgré le plaisir d’avoir entendu de la belle musique sur un instrument intéressant. Le Sénat et la musique n’ont rien en commun, ça, au moins, c’est ma conclusion non mitigée. Que Radio Classique se soit associée pour organiser cette série de concerts qui va de Charybde en Scylla, c’est plus étonnant.


1 D’autres musiciens nous ont donné de fort beaux enregistrements pour cet instrument, tels Paul Badura-Skoda (élève du très grand pianiste Edwin Fischer) ou Andreas Staier.
2 Il n’y a que peu d’enregistrements que j’ai littéralement usés à force de les rejouer. En voici d’autres : celui du concerto n° 20 en ré mineur K 466 de Mozart avec Edwin Fischer au piano ; le requiem de Fauré, dirigé par Cluytens. Il y a aussi la Passion selon St Jean et la cantate Actus Tragicus BWV 106 de Bach, sous la direction de Richter ; les quintettes de Brahms ou Einstein on the beach de Philip Glass…
3 Tel le précédent concert dans ce même lieu, et dont j’avais parlé ici : un jeu techniquement parfait, une dynamique qui aurait pété les enceintes (s’il y en avait eu) — mais ce n’était pas de la musique, c’était aussi un massacre, mais en direct, par l’« artiste » en personne.

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