Un singulier pluriel d’actualité

Au singulier : on y reconnaîtra l’ouvrage de Henri Stierlin publié en 2011 par les éditions de l’imprimerie nationale.

Au pluriel : on y reconnaîtra entre autres Sekhmet,
la déesse de la guerre.

Au singulier : on y reconnaîtra l’ouvrage de Henri Stierlin publié en 2011 par les éditions de l’imprimerie nationale.

Au pluriel : on y reconnaîtra entre autres Sekhmet,
la déesse de la guerre.
![Article d’Europe I concernant le cardinal XXIII [sic].](http://blog.le-miklos.eu/wp-content/CardinalXXIII.jpg)
On vient d’apprendre qu’un certain cardinal – qu’Europe 1 et Le Point assimilent, par le nom, à l’un des seuls papes universellement appréciés de mémoire d’homme (démarche que La Croix ne s’est pas permis de faire) – vient d’appeler toutes les communautés à prier pour que les enfants et les jeunes « cessent d’être l’objet de désir des adultes » : on ne doute qu’il pensait, en son for intérieur, à tous ces prêtres pédophiles qui ne cessent de défrayer la chronique tout en bénéficiant d’une indulgence chrétienne et plénière de la part de leur maison-mère. On ne peut qu’applaudir d’une main, et de l’autre effacer la suite indigne dans ses visées de cette prière : qu’elle fasse d’abord de l’ordre dans son jardin avant de jeter la pierre dans celle des voisins. Priez plutôt pour qu’elle revienne au réel amour de son prochain.

… on ne le fait pas forcément intellectuellement, surtout quand il s’agit de la presse qui est pressée, pressée…
Le Monde, comme tout le monde, veut être le premier à parler du rejet, par le parlement européen, du traité destiné à combattre la contrefaçon. Le journaliste – l’article est signé – a dû le pondre à toute berzingue et ne s’est pas relu (voire lu). On y relève des coquilles, telles
– « 478 voix contre, 39 voix pour et 165&nnbsp;abstentions » ; pour les non-informaticiens qui se demanderaient ce que ce dernier mot veut dire, on précisera que (avec l’esperluette et le point-virgule) est un signe typographique destiné à créer une espace insécable (de façon à ce qu’aucun renvoi à la ligne ne sépare intempestivement le 165 du abstentions) et donc autant indivisidible qu’invisible, mais il ne prend qu’un seul n ;
– «très impliqué dans la mobilisation conter ACTA » au lieu de « contre » ; il est vrai que « contre la contrefaçon » fait lourd, mais de là à écrire ainsi…
Mais au-delà de ces points de détails et d’autres lourdeurs de style, la cerise sur le gâteau revient à la phrase « la carte des Internets n’a pas de bordures ». Que ce soit le journaliste ou la personne qu’il cite qui a proféré cette affirmation, on se demande s’il ne s’agit pas simplement d’une charabiaesque traduction de l’anglais borders, qui signifie ici frontières… Ah, ces faux amis (je ne parle pas des journalistes, non)…
Mais où va Le Monde ? On n’en sait rien, mais en tout cas il y va vite.
Plus tard : le journaliste a corrigé son article (quel avantage, finalement, la publication électronique, on peut tout réécrire, et plus facilement que dans 1984) en prenant acte de ces remarques.
«
Le vote est non seulement un droit pour tout citoyen, mais un devoir. On doit remplir toutes les fonctions qui incombent aux membres de la société ; on doit s’occuper des intérêts communs : or c’est par le vote que s’expriment ces intérêts. Le plus souvent on s’abstient de voter pour échapper à des rancunes particulières, ou parce qu’on trouve cela plus commode : l’intérêt général ne doit pas être sacrifié à l’intérêt particulier. » — Émile Durkheim, Cours de philosophie fait au lycée de Sens, 1884. Bibliothèque de la Sorbonne, manuscrit 2351. Notes de cours prises par André Lalande.

…Justus Lipsius, le plus sçavant homme qui nous reste, d’un esprit tres-poly et judicieux… — Michel de Montaigne, Essais, II 12.
La ville de Louvain a érigé en 1909 une statue de l’humaniste Juste Lipse qui y enseigna à l’université et y décéda en 1606 (à gauche, photo 2012). À droite : page de garde de l’ouvrage de Lipse destiné – à l’instar du Prince de Machiavel – au prince et composé uniquement de citations choisies ; il fut publié en 1589 en latin à Louvain (et réédité ailleurs) puis traduit en français sous le titre Les politiques, ou doctrine civile de Juste Lipse, où est principalement discouru de ce qui appartient à la principauté. Il faisait suite à un autre ouvrage, De constantia in publicis malis (« de la constance dans les temps de calamités publiques », 1583-4), destiné, lui, au citoyen. On lira avec intérêt l’article que l’encyclopédie de philosophie de Stanford lui consacre et qui rend leur juste valeur à ces deux ouvrages de morale civique et politique : Papy, Jan, « Justus Lipsius », The Stanford Encyclopedia of Philosophy (Fall 2011 Edition), Edward N. Zalta (ed.).
The Blog of Miklos • Le blog de Miklos