Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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24 décembre 2011

Le mamamouchi truc(ulent)

Classé dans : Actualité, Langue, Médias, Politique, Théâtre — Miklos @ 18:43

ACTE TROISIÈME.

Le théâtre représente la façade d’un palais turc.
On lit sur un cartouche : Palais des Trucs.

(…)

Vertugadin.

Ah çà ! où sommes-nous ?

Turlututu.

Je n’en sais rien ; mais voici une habitation, il doit y avoir un portier, et en lui parlant…

Vertugadin.

C’est ça, parlons au portier. (Remontant au fond.) Tiens ! il y a quelque chose d’écrit… (Lisant.) « Palais des Trucs. » Sais-tu ce que cela veut dire : Palais des Trucs ?… (Ici l’R et l’U changent de place sur l’inscription, on lit : Palais des Turcs.)

Turlututu.

Ah ! mon honorable collègue d’infortune, je ne voudrais pas vous dire des choses désagréables, mais vous ne savez pas lire.

Vertugadin.

Comment, je ne sais pas lire ! c’est moi qui fus le précepteur du roi.

Turlututu.

Vous dites palais des trucs, et il y a : palais des Turcs. (Ici l’inscription reprend sa première forme.)

Vertugadin, regardant l’inscription.

T, r, u, c, s, trucs… Allez donc à l’école, pêcheur, lâchez de savoir aussi bien que le roi, lire !… (L’inscription reprend sa deuxième forme.)

Turlututu.

Lassons le roi Lear en plan,
Plan, plan,
Tirelire en plan !…

(Lisant.) T, u, r, c, s, Turcs… Seigneur, vous êtes une oie !…

Vertugadin.

Comment, vous me soutiendrez… (L’inscription disparaît complètement.) Ah !…

Turlututu.

Ah !…

Vertugadin.

Tiens !… c’est le palais de rien du tout, maintenant.

Turlututu.

Alors nous devons être dans le département de pas grand’chose.

Vertugadin.

Mais il y avait trucs ;

Turlututu.

Non, il y avait Turcs.

Vertugadin.

Air de la Petite Poste de Paris.

Moi, Je suis sûr q-
u’il y avait : Trucs.

Turlututu.

Moi, je suis sûr q-
u’il y avait : Turcs.

Vertugadin.

Hé ! non, mon prince, il y avait : Trucs.

Turlututu.

Hé ! non, seigneur, il y avait : Turcs.

Vertugadin.

Alors, c’était un truc à Turc.

Turlututu.

Ou bien, c’était un Turc à truc.

Au surplus. nous allons bien savoir : voilà une petite sonnette, et en l’agitant doucement… (il tire avec précaution le cordon qui pend à la porte, on entend une grosse cloche retentir avec fracas.)

Turlututu chapeau pointu, grande féérie en trois actes et trente tableaux par MM. Clairville, Albert Monnier et Édouard Martin. Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre impérial du cirque, le 14 janvier 1858.

On attirera l’attention de nos chers lecteurs sur les significations respectives de vertugadin et de turlututu.

5 décembre 2011

Gare au poison !

Classé dans : Actualité, Littérature, Médias, Politique — Miklos @ 21:32

Les mœurs des Sarkoy, habitants de la planète Sarkovy, sont décrites dans deux nouvelles de Jack Vance, Star King (1963-4) et Palace of Love (1967). Ils se distinguent principalement par leur maîtrise de l’art de l’empoisonnement. Comme l’explique le texte ci-dessous, ils empoisonnent parce qu’ils ont toujours empoisonné : c’est ce qu’ils font, tout simplement.

« Tous les mauvais sujets de Paris connaissent la Fillon. La Fillon est une femme de cinq pieds dix pouces, qui eut des formes admirables, une figure ravissante. Dès l’âge de quinze ans, cette beauté modèle pensa que la nature ne l’avait pas pourvue de si rares trésors pour les enfouir ; elle les prodigua. (…)Mais il y a beau temps que les quinze ans de la Fillon se sont envolés. Maintenant elle n’a plus que la joie de l’intrigue dont elle a fait deux parts : la galanterie et l’observation. Ainsi fournit-elle des renseignements précieux à la police (…) »

Gaston Leroux, La double vie de Théophraste Longuet. 1903.

À France 2, R.A.S. (Poutine), ou, tout et son contraire

Classé dans : Actualité, Médias, Politique — Miklos @ 11:37

Voici ce que l’on pouvait entendre au journal télévisé de France 2 ce matin (08:05:50) :

Nathanaël de Rincquesen : L’actualité à l’étranger également marquée ce matin par la victoire de Vladimir Poutine aux législatives. Russie Unie, son parti, a perdu près de 15 points par rapport aux dernières élections mais conserve la majorité absolue au parlement. Correspondance à Moscou Alban Mikoczy, Bruno Vignais.

Voix off : Surprise ! Dimanche soir, au moment où apparaissent les premières estimations, Russie Unie arrive en tête mais avec moins de 50% des voix. Autant dire que les amis de Vladimir Poutine n’ont plus la majorité à la Douma, le parlement russe.

Cet autant dire démontre une méconnaissance du système électoral démocratique et de ses incohérences dues aux savants découpages (et pas qu’en Russie) dans les scrutins de liste, avec pour conséquence majorité des sièges mais minorité des voix. Le Nouvel Obs explique :

Selon des résultats portant sur 90,01% des bureaux de vote annoncés lundi par la commission centrale électorale, Russie unie recueille 49,93%. Le parti obtient ainsi la majorité absolue à la chambre basse du Parlement (Douma) avec 238 députés sur 450 (…)

C’est clair, maintenant, France 2 ?

La morale de cette histoire, la rirette, la rireeeeette, c’est qu’en Russie, plus ça change, plus c’est la même chose.

25 septembre 2011

« Le Sénat bascule à gauche » (anon.)

Classé dans : Actualité, Politique — Miklos @ 20:00


« La poussée de l’opposition est réelle et plus ample que je ne l’avais pensé. » — Gérard Larcher.

21 juillet 2011

Une question d’identité(s)

Classé dans : Actualité, Histoire, Politique, Racisme, Société — Miklos @ 10:32

Le moi, devant autrui, est infiniment responsable. — Emmanuel Levinas, Éthique et infini.

On pouvait lire cette information hier :

Dix élus de banlieue d’origine maghrébine viennent de rentrer des États-Unis convaincus qu’il faut relancer le débat sur ce mode de recensement [ethnique] des populations encore proscrit en France. (…) Aux États-Unis, le recensement détaille déjà de 116 à 130 catégories, les Latinos ayant été récemment divisés en deux. En Grande-Bretagne, les communautés répertoriées sont passées en vingt ans de 14 à 29, avec désormais trois sortes de Blancs (Britanniques, Irlandais, autres Blancs), les Gallois réclamant leur propre catégorie. Chacun, au nom de son particularisme, s’estime en droit de revendiquer un comptage à part, pour mieux faire avancer sa cause. (Le Figaro, 20/7/2011).

Lorsque l’on consulte la liste des races (sic) selon la nomenclature américaine, il y a de quoi être sidéré : appartenance à une seule race (six choix), à deux, trois, quatre, cinq, voire six… On se demande à combien de générations il faut remonter, et selon quoi on se détermine soi-même : si une de ses bisaïeules afro-américaines a été violée par un blanc dont l’un des parents venait de Hawaï, se définit-on comme triracial de type “White ; Black or African American ; Native Hawaiian and Other Pacific Islander” ? Et encore, cela dépend si on a plus ou moins de 18 ans.

Ceci rappelle évidemment une autre classification, moins bien détaillée il est vrai mais très « précise », celle des lois de Nuremberg de sinistre mémoire et de tragique conséquence, et dont l’article 5 déterminait ainsi l’appartenance à la « race juive » (absente de la classification américaine actuelle) :

• toute personne ayant trois grands-parents juifs ;

• toute personne ayant deux grands-parents juifs et faisant partie de la communauté juive au 15 septembre 1935, ou ayant rejoint cette communauté après cette date ;

• toute personne mariée à un juif ou une juive au 15 septembre 1935, ou toute personne se mariant avec un juif ou une juive après cette date ;

• toute personne née le/après le 15 septembre 1935 d’un mariage ou d’une relation hors mariage avec un juif ou une juive.

Dans le cas en question, ces élus, poursuit l’article cité ci-dessus, « ont pourtant le sentiment qu’une meilleure évaluation du poids respectif des communautés permettrait de corriger ce qu’ils considèrent comme des “discriminations” ». Que des bonnes intentions. Mais, on le sait, l’enfer en est pavé. Et d’autre part, il est évident qu’ils voient midi à leur porte : les discriminations ne se font pas uniquement selon « l’origine » perçue ou réelle d’une personne, au faciès ou au nom, mais sur tellement d’autres critères (perçus ou réels eux aussi) : âge, genre, orientation sexuelle, classe sociale, apparence physique, handicaps…

Faudra-t-il ainsi se faire ficher sous toutes ses coutures ? Certains le font déjà chez Google ou Facebook, mais ce n’est pas une raison pour l’étendre à tous. Et une fois qu’on aura déterminé tous ces paramètres au goût du jour, cela changera-t-il le fond des choses, celui de ce comportement « humain », trop humain, qui fait rejeter instinctivement, par une sorte de peur viscérale et animale, celui qu’on perçoit comme autre ? On en a vu récemment des débordements qu’on aurait crus absents chez certaines personnes d’apparence civilisée, mais non : cette civilisation n’est sans doute qu’un vernis de surface. Le travail de fond, permanent, reste toujours à faire, Sisyphe.

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