Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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11 mars 2009

Tibet : une question de titres

Classé dans : Actualité, Politique — Miklos @ 13:53

Le Quotidien du Peuple, relayant une information de l’agence de presse Xinhua, écrit aujourd’hui :

Le vice-président du groupe UMP au Conseil de Paris, Alain Destrem, a dénoncé mardi un vœu adopté par le conseil d’hisser [sic] le drapeau tibétain devant l’Hôtel de ville, le qualifiant d’acte « sans fondement » qui rendrait plus délicates les relations sino-françaises.

Il rajoute que M. Destrem s’est félicité en apprenant que « deux personnes d’origine chinoise sont arrivées devant l’Hôtel de ville et fait tomber le drapeau tibétain » (version édulcorée du « tore down » de l’original en anglais de Xinhua), et que le conseiller « qui avait l’intention de faire la même chose [ce que ne dit pas Xinhua], s’est réjoui de la disparition du drapeau. » On croirait voir Jeanne Hachette se saisissant de l’étendard des soldats ennemis, ceux de Charles le Téméraire, et rendant ainsi courage aux Beauvaisiens assiégés, ma parole ! C’est d’ailleurs bien la Chine qui avait été victime de l’agression tibétaine en 1959, comme le précise la brève de l’agence Xinhua.

Ce qu’aucun de ces deux organes de presse chinois (qui sont les seuls à reporter cet acte de bravoure) ne mentionne, c’est que M. Destrem est « président du Club “Europe-Chine Coopération” », selon les termes du même Quotidien du Peuple dans un article sur un événement bien moins sujet à controverse, l’exposition de photos en commémoration du 45ème anniversaire des relations diplomatiques sino-françaises au centre culturel de Chine à Paris.

Comme quoi, tout est dans le contexte.

1 mars 2009

Leçon de français pour anglophones d’hier destinée aux Français d’aujourd’hui

Classé dans : Langue, Littérature, Politique — Miklos @ 21:30

Il semble, dit Fontenelle, que la nature ne nous ait montré que des échantillons de grands hommes, pour nous persuader seulement qu’elle en aurait su faire si elle l’avait voulu, et qu’ensuite elle ait fait tout le reste avec assez de négligence.
Pronouncing Reading Book
of the
French Language,
particularly calculated to render the
speaking of French
easy to the American student,
and grounded on
a new system
of Comparative French and English Pronounciation:
with synoptical tables,
illustrating the whole kingdom of French sounds,
compared with English sounds, including consonants;
in which
vowels and diphthongs are divided into natural families, each under its respective
standard,or father sound,
generally an English and French element.
 
by
E[mile] Arnould,
Graduate of the Université de Paris, and instructor in the
French Language in Harvard University, Cambridge.
 
“C’est icy un livre de bonne foy, lecteur.” – Montaigne.
 
Boston:
Hickling, Swan and Brewer.
1857.

26 janvier 2009

Grammaire ou sémantique ?

Classé dans : Actualité, Langue, Politique — Miklos @ 1:34

Extrait d’une brève de l’AP :

“Israeli, Palestinian and international human rights groups have said they are seeking to build a case that Israel violated the laws of war. The groups are focusing on suspicions that Israel used disproportionate force and failed to protect civilians. They also have criticized Hamas for using civilians as human shields and firing rockets at civilian targets in Israel.” — Josef Federman, Associated Press, 26/1/2009.

Traduction :

Des organisations de droits de l’homme israéliennes, palestiniennes et internationales ont déclaré chercher à monter un dossier [en justice] prouvant qu’Israël a violé le droit de la guerre en faisant un usage disproportionné de la force et en manquant à l’obligation de protéger des civils. Ils ont aussi critiqué le Hamas pour avoir utilisé des civils comme boucliers humains et pour avoir tiré des roquettes sur des cibles civiles en Israël.

Synthèse : le manquement par Israël à son obligation de protéger les civils est condamnable, l’utilisation par le Hamas de boucliers humains est critiquable. Deux poids, deux mesures ?

18 janvier 2009

Faute d’un gant, le parti fut perdu

Classé dans : Lieux, Littérature, Photographie, Politique — Miklos @ 22:00


Vitrine à l’aéroport de Fiumicino

« Faute d’un clou le fer fut perdu,
Faute d’un fer le cheval fut perdu,
Faute d’un cheval le cavalier fut perdu,
Faute d’un cavalier la bataille fut perdue,
Faute d’une bataille le royaume fut perdu.
Et tout cela faute d’un clou de fer à cheval. »

— Benjamin Franklin, Almanach du pauvre Richard, 1758.

«La Duchesse de Marlborough exerçoit la charge de grand’Maîtresse de la Reine Anne à Londres, tandis que son époux faisoit dans les campagnes de Brabant une double moisson de lauriers & de richesses. Cette Duchesse soutenoit par sa faveur le parti du héros, & le héros soutenoit le crédit de son épouse par ses victoires. Le parti des Toris, qui leur étoit opposé, & qui souhaitoit la paix, ne pouvait rien, tandis que cette Duchesse étoit toute puissante auprès de la Reine. Elle perdit cette faveur par une cause assez légère : la Reine avoit commandé des gants, & la Duchesse en avoit commandé en même temps ; l’impatience de les avoir lui fit presser la gantière de la servir avant la Reine. Cependant Anne voulut avoir ses gants : une dame *) qui étoit ennemie de Miladi Marlborough, informa la Reine de tout ce qui s’étoit passé, & s’en prévalut avec tant de malignité, que la Reine dès ce moment regarda la Duchesse comme une favorite dont elle ne pouvoit plus supporter l’insolence. La gantière acheva d’aigrir cette princesse par l’histoire des gants, qu’elle lui conta avec toute la noirceur possible. Ce levain, quoique léger, fut suffisant pour mettre toutes les humeurs en fermentation, & pour assaisonner tout ce qui doit accompagner une disgrace. Les Toris, & le Maréchal de Tallart à leur tête, se prévalurent de cette affaire, qui devint un coup de partie pour eux.

La Duchesse de Marlborough fut disgraciée peu de temps après, & avec elle tomba le parti des Wighs & celui des alliés de l’Empereur.» Tel est le jeu des choses les plus graves du monde ; la providence se rit de la sagesse & des grandeurs humaines : des causes frivoles & quelquefois ridicules changent souvent la fortune des États & des monarchies entières.

Frédéric II : « Anti-Machiavel, ou Examen du Prince de Machiavel », in Œuvres de Frédéric II roi de Prusse, publiées du vivant de l’Auteur. À Berlin, chez Voss & et Fils, 1789.

*) Madame Masham.

21 décembre 2008

À propos des finances de l’État

Classé dans : Politique — Miklos @ 3:59

L’épidémiologiste William Farr (1807-1883) était un statisticien renommé qui a exercé sa science au bureau de l’État civil britannique (General Register Office) de 1838 à 1879. Sa communication (en français) lors d’une conférence internationale de statistique qui s’est tenue à Vienne en 1857 est toujours – voire plus que jamais – d’actualité :

« Il faut constamment se rappeler qu’en ce qui concerne les finances de l’État il ne saurait y avoir de terme moyen entre le silence absolu et la publication franche et loyale de la vérité. Les capitalistes peuvent toujours faire payer cher le silence, et encore plus cher l’imperfection des comptes publics ; ils nous pardon­neront, si, dans l’intérêt de la science, nous leur enlevons à jamais cet avantage ; qui, en paroles Anglaises—un peu changées—if it enriches them, makes us poor indeed. » — « Report of Dr. Farr on the Progress of Government Statistics in Great Britain », in Report on the International Statistical Congress, held at Vienna, September 1857.

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