Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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5 mai 2007

Demain sera un autre jour

Classé dans : Politique — Miklos @ 17:30

Mesures

• Transformer la Fête du travail du 1er mai, chômée et payée, en Faîtes du travail le 1er mai, journée de travail civique de 35 heures non payée.
• Donner aux salariés la possibilité d’obéir légalement à l’ordre de travailler les dimanches.

Grammaire : comment passer de l’infinitif à l’actif

•  « Travailler plus pour gagner plus » : le salarié travaille plus, le patron gagne plus.

Réduction du chômage

• Supprimer l’assistanat financier aux anciens présidents et ministres avec obligation de ne pas refuser plus de deux fois le métier qu’on leur proposera.

Économies

• Remplacer les services publics par les sévices publics.
• Remplacer l’action par l’actionnariat.

Références

• Bertold Brecht : La résistible ascension d’Arturo Ui
• Et aussi : Mouvements

26 avril 2007

Actualité du passé

Classé dans : Politique — Miklos @ 8:06
Le député était préoccupé. Il essayait de se rappeler à quelle formation politique il appartenait. Son parti s’était scindé en deux, les éléments des extrémités de chaque tronçon se repliant eux-mêmes par des systèmes d’imbrication vers trois formations diverses, lesquelles exécutaient un mouvement tournant autour du centre afin de s’y substituer, cependant que le centre lui-même subissait un glissement vers la gauche dans ses éléments centripètes et vers la droite dans ses éléments centrifuges. Le député était à ce point dérouté qu’il en venait à se demander si son devoir de patriote n’était pas de susciter lui-même la formation d’un groupement nouveau, une sorte de noyau centre-gauche-droite avec appa­ren­tements péri­phé­riques, lequel pourrait fournir un pivot stable aux majorités tournantes, indépendamment des charnières qui articulaient celles-ci intérieurement, et dont le programme politique pourrait être justement de sortir du rôle de charnière pour accéder au rôle de pivot. De toute façon, le seul moyen de s’y retrouver était d’avoir un groupe à soi.

Romain Gary, Les Racines du ciel (1956)

18 mars 2007

Un appel d’actualité brûlante

Classé dans : Politique, Société — Miklos @ 10:39

(…) Nous appelons d’abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l’anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des « féodalités économiques », droit à la culture et à l’éducation pour tous, presse délivrée de l’argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc. Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.

Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau « Programme de Résistance » pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.

Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.

Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : « Créer, c’est résister. Résister, c’est créer ».

Lucie Aubrac (†), Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin (†), Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont (†), Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant (†), Maurice Voutey
12 mars 2004

7 mars 2007

Le comble du sondage

Classé dans : Littérature, Politique, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 22:36

« Tu vois, Linda, jusqu’à il y a une quarantaine d’années, tout le monde votait. Lorsqu’on voulait décider qui serait le prochain Président des États-Unis, les Démocrates et les Républicains choisissaient chacun un candidat, et tout le monde était appelé à dire qui il préférait. Après le jour des élections, on comptait combien de personnes voulaient du candidat démocrate et combien voulaient du républicain, et celui qui avait obtenu le plus de votes était élu. Tu vois ? »

Linda fit un signe d’assentiment puis demanda : « Comment tout le monde savait pour qui voter ? Est-ce que Multivac le leur disait ? »

Matthew fronça les sourcils et dit d’une voix sévère : « Ils utilisaient leur propre jugement, c’est tout ».

Elle s’écarta, et il baissa la voix : « Je ne suis pas en colère, Linda. Mais tu vois, ça prenait parfois une nuit entière pour compter toutes les voix, et les gens s’impatientaient. Alors ils ont inventé des machines spéciales qui comparaient les quelques premiers votes avec ceux des années passées au même endroit. C’est ainsi qu’elles purent calculer ce que serait le scrutin final, et qui serait élu. Tu vois ? »

Linda fit un signe d’assentiment. « Comme Multivac ».

« Les premiers ordinateurs étaient bien plus petits que Multivac. Mais les machines devirent de plus en plus puissantes, et pouvaient déterminer le résultat avec de moins en moins de votes. Finalement, ils construisirent Multivac, qui est capable de se déterminer à partir d’un seul électeur. »

(…)

« Multivac considère toutes sortes de facteurs, des milliards d’entre eux. Un seul facteur est inconnu, et pour longtemps : c’est le schéma de réaction de l’esprit humain. Chaque Américain est soumis à l’effet de moule causé par tout ce que les autres Américains disent et font, par ce qu’on lui fait et ce qu’il fait aux autres. N’importe quel Américain peut être amené devant Multivac pour enquêter sur son état d’esprit. À partir de cela, la tendance de tous les autres citoyens sera calculée. (…) Multivac possède déjà la plupart des informations nécessaires pour déterminer le résultat de toutes les élections, nationales, régionales et locales. Il lui reste à vérifier certains états d’esprit impondérables, et il se servira de vous pour cela. Nous ne pouvons savoir quelles questions il vous posera, et il se peut qu’elles ne vous semblent pas faire sens. Il pourrait vous demander ce que vous pensez du ramassage des ordures dans votre quartier, et si vous êtes pour l’incinération centralisée. »

Isaac Asimov, The Franchise (1955)
in American Satire

15 septembre 2006

Nous sommes tous des serial killers

Classé dans : Environnement, Politique, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 23:30

Un récent reportage rediffusé à la télévision tentait de cerner le profil des serial killers, ces individus qui, souvent sous l’emprise d’un besoin irrépressible et d’une froide détermination, torturent et tuent avec un plaisir total et une jouissance absolue ; ils ne vivent vraiment qu’à ces moments-là et pour ces moments-là. Interviewés dans leurs prisons, ils ont l’air de Monsieurs Tout-le-monde, semblent reconnaître l’horreur de leurs actes – mais en sont-ils vraiment convaincus, dans leur for intérieur, et récidiveront-ils, s’ils étaient libérés ? on en doute, eux aussi.

En regardant cette émission, je ne pouvais m’empêcher de penser aux récents avertissements des dangers du réchauffement climatique dont le caractère de plus en plus alarmiste ne peut laisser indifférent : James Lovelock est loin d’être le seul à en parler ; James Hansen, directeur de l’institut Goddard des études de l’espace de la Nasa affirme qu’il ne reste que dix ans pour réagir avant que les cataclysmes ne se déchaînent sur la terre :

« Les glaces y fondront rapidement, faisant monter le niveau de la mer au point que la plus grande partie de Manhattan sera sous l’eau. Les sécheresses prolongées et les périodes de canicule se multiplieront, de violents ouragans se formeront dans des régions où ils étaient jusque là inconnus et il est à prévoir que 50% des espèces disparaîtront. ».

Ses thèses – qui ne sont pas récentes et qui ne font que se préciser dans le temps – ne font pas plaisir aux industriels et donc aux politiciens qui en dépendent : dès 1981, l’administration Reagan avait réagi à ses avertissements sur le réchauffement en lui coupant équipe et fonds, tandis que les fonctionnaires politiques de la Nasa le censurent et lui limitent l’accès aux médias.

Demain est presqu’aujourd’hui. Même si le futur est ce qu’il est le plus difficile de prédire avec certitude, il semble acquis – du moins pour le commun des mortels qui n’a pas d’intérêts politiques ou industriels particuliers – qu’il faut agir ici, partout et maintenant.

Mais est-ce vraiment le cas ? Le monde occidental est pris dans une logique d’hyperconsommation et de course en avant qui ne pas prêtes de s’arrêter par la seule volonté du consommateur de mettre fin à sa fringale, et par celle de ceux qui la nourrissent d’en tirer les bénéfices à court terme, financiers ou politiques : « ce que la science donne d’un côté en espérance de vie, l’hyperconsommation enlève de l’autre en dévorant les ressources de la planète » (Miklos), phénomène connu depuis plus de cinquante ans.

Mais il ne suffit pas de savoir pour vouloir ni pouvoir : qui est disposé à réduire ici et maintenant son train de vie et son confort – qui dépassent de loin le minimum vital, pour une bonne partie de la population du monde occidental ? Et comme il ne suffit pas de l’action de personnes isolées pour que cela ait un quelconque effet – d’abord sur l’industrie et donc sur l’économie – et sur le système global, il y en a qui se demandent, avec fatalisme ou cynisme, à quoi bon. Les autres, mañana.

Où sont les médias, qui relèguent souvent ce genre d’informations dans leurs pages intérieures, et mettent à la une ce qui attirera les regards et augmentera les ventes ? Ils pourraient mobiliser l’opinion, s’ils s’y mettaient. Où est le politicien qui fera fi des promesses mensongères d’un avenir toujours plus confortable nécessaires à assurer son élection, et qui saura entraîner tout un peuple, toute une planète, vers la sobriété et l’abstinence nécessaires à sa survie ? S’il est si difficile pour l’individu de renoncer à des comportements compulsifs nocifs (tabac, alcool, drogue…), comment ne le serait-il pas pour tout le monde ? Eh bien, l’émulation mutuelle pourrait jouer, une fois l’étincelle allumée.

La satisfaction du plaisir et le besoin de pouvoir de l’individu sont des moteurs éminemment humains. C’est, finalement, ce qui nous différentie des animaux, qui ont un comportement souvent bien plus social. Et nous continuons tous à consommer avidement, serials killers des générations qui grandissent sous nos yeux désabusés ou aveuglés.

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