Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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19 août 2006

David Grossman : notre famille a perdu la guerre.

Classé dans : Littérature, Politique — Miklos @ 15:32

Le Seigneur a foulé tous mes plus gentils compagnons dedans moi, il a crié les vaugues contre moi pour rompre mes jeunes gens, le Seigneur a treppé en un pressoir la pucelle fille Judée. Pour telles causes je pleure. Mes yeux, mes yeux jettent de l’eau, car je n’ai nul qui me console pour me recréer l’esprit. (Lamentations de Jérémie, trad. Castellion)« Voilà trois jours que presque chacune de nos pensées commence par une négation. Il ne viendra plus, nous ne parlerons plus, nous ne rirons plus. Il ne sera plus là, ce garçon au regard ironique et à l’extraordinaire sens de l’humour. Il ne sera plus là, le jeune homme à la sagesse bien plus profonde qu’elle ne l’est à cet âge, au sourire chaleureux, à l’appétit plein de santé. Elle ne sera plus, cette rare combinaison de détermination et de délicatesse. Absents désormais, son bon sens et son bon cœur. » (Suite…)

Dimanche 20 août 2006, à 19h sur Arte

En août 2005, Daniel Barenboim et son orchestre de jeunes musiciens arabes et israéliens West-Eastern Divan, jouaient à Ramallah : un moment hautement symbolique diffusé en direct par Arte. Cet été, ils sont à nouveau au cœur de l’actualité et la chaîne se mobilise pour accompagner cette incroyable aventure humaine et artistique avec la retransmission en direct de l’un des concerts de leur tournée estivale. Au programme :
• 19h00 : Beethoven, Ouverture Léonore n°3, op.72
• 19h25 : Bottesini, Fantasia pour deux contrebasses sur un thème de Rossini
• 19h40 : Andrea Fies et ses invités, à propos de ceux qui se battent pour la paix
• 20h10 : Brahms, Première symphonie

7 juillet 2006

Modeste proposition

Classé dans : Humour, Politique, Société — Miklos @ 7:29

On ne peut que déplorer la désaffectation des urnes, symptôme de la désaffection des Français pour la chose publique et leur repli individualiste face à la mondialisation qui semble nous emporter tous dans son flot irrésistible. On ne peut avoir manqué de remarquer l’élan national des Français lors des matchs du Mondial, à les voir dévaler les boulevards et les avenues des villes et des cités, le drapeau tricolore à la main (et une bouteille de bière dans l’autre, mais c’est une autre histoire). Il y en a qui s’essaient même à chanter la Marseillaise (lorsqu’ils se souviennent de ses glorieuses paroles, mais c’est aussi une autre histoire).

La conclusion s’impose : pour profiter de ces rares moments où souffle encore le vent républicain et où les cœurs battent à l’unisson, scandant le pas de la nation en marche vers les lauriers, il suffit de fixer la date des élections à la veille d’un match international (plutôt qu’à son lendemain, car on n’en connaît en général pas l’issue d’avance). Les communes riches pourraient même installer dans les isoloirs des écrans individuels sur lesquels seraient diffusées les victoires passées.

Cette initiative ne manquera pas d’inciter nos concitoyens, temporairement sortis de leur léthargie nationale à l’espoir d’une victoire imminente contre l’ennemi juré du moment, à manifester leur attachement tout aussi temporaire à la République en allant voter en masse.

Panem et circenses…

11 mai 2006

Clearstream, une affaire mondiale

Classé dans : Humour, Politique — Miklos @ 23:19

Si Denis Robert avait révélé la dimension internationale de ce qu’on connaît aujourd’hui sous le nom de l’affaire Clearstream, c’est Le Monde qui lui en donne une dimension planétaire, dans sa tentative de battre Le Canard enchaîné dans la course aux scoops politico-financiers (et en égratignant Libé dans son portrait de Denis Robert). Ne lisait-on pas hier sur la page d’accueil de son site Web, dans le pavé éditions spéciales : Clearstream, une affaire d’Etat Mondial 2006 ?

Las, ce n’était pas une opinion, mais un problème de mise en page informatique : à l’inverse des colonnes du temple de Dagon que Samson a fait s’écarter après que sa chevelure ait quelque peu repoussé, c’est un malencontreux rapprochement de celles de cette rubrique qui ont causé l’osculation de ces deux événements qui ne manquent pas de passionner la France et son président (que l’on sait fort intéressé par le football). Une vaine tentative de remise en forme (de la page, pas du gouvernement) a produit ceci, où l’œil entraîné d’un archéologue distinguera les vestiges de ces colonnes :

C’est encore et toujours l’informatique qui est au cœur de cette affaire. N’avait-elle commencé avec un certain listing… ?

PS : Certains seront ravis de constater que l’affaire en question est revenue à sa dimension d’origine urbi plutôt qu’orbi, qui n’affectera en rien, on l’espère, notre suprématie au Mondial 2006 et son intérêt capital pour la nation :

Panem et circences.

17 mars 2006

Les stéréotypes et moi

Classé dans : Danse, Politique — Miklos @ 17:18


 
Omar Porras dans le rôle de Clara
« Je n’aime pas les spectacles de travestis ». Et pourtant : même si je n’ai pas aimé La Cage aux folles, j’ai trouvé que Michel Serrault y jouait fort bien, et ai surtout apprécié le moment où il se déguise en dame respectable pour tromper les parents bien pensants du fils de son compagnon. Et pourtant on aura pu remarquer avec quelle jubilation j’ai vu Omar Porras dans le rôle de la Vieille dame de la pièce éponyme de Friedrich Durrenmatt, où, l’instant de son entrée passée, on sait qu’il est la Vieille dame. Et pourtant, j’ai tant apprécié la mezzo-soprano dans le rôle du Pèlerin de L’Amour de loi de Kaija Saariaho. Et pourtant, j’ai admiré le jeu de Michel Fau dans le rôle de la maquerelle du Balcon de Genet (« Je n’aime pas Genet », autre de mes idées reçues).


 
Anna Pavlova dans La Mort du cygne
Je ne sais donc vraiment pas ce qui m’a amené à acheter des places pour le récent spectacle des Ballets Trockadero de Monte Carlo (qui est, comme son nom ne le laisserait pas supposer – mais tout le reste oui –, une troupe de danse new-yorkaise), d’autant plus qu’il avait lieu au Châtelet, et qu’il comportait à son programme des ballets d’un classicisme que je trouve maintenant trop académique : Les Sylphides de Chopin ou La Mort du cygne de Saint-Saëns, sur une chorégraphie fort belle d’ailleurs de Michel Fokine, ou d’autres moins connus (de moi, en tout cas), dont Raymonda de Glazounov (compositeur que j’aime bien), chorégraphié par Marius Petipa.

J’avais oublié – l’avais-je d’ailleurs su ? – que cette troupe n’était composée que d’hommes. Lors de la première scène des Sylphides, 8 danseuses entrent puis évoluent gracieusement en tutu, dans la plus pure tradition des cinq positions et des enchaînement du grand ballet classique : pointes, battements, fouettés… tout y est, avec une très grande maîtrise de la technique. C’est alors que je m’aperçois qu’une partie au moins doit être du sexe dit fort (alors qu’elles l’étaient toutes) : carrure (je ne les suspectais pas d’être des nageuses est-allemandes) et taille (pour certains du moins) l’ont révélé rapidement, ainsi que la musculature, plus typique d’un homme que d’une femme : et ils en jouent, les diables. Même si la chorégraphie est généralement respectée, par moment ils la transgressent avec humour ou ironie : exagération des mouvements classiques jusqu’au ridicule, poses maniérées de grandes folles outrées… mais le tout fait de façon à amuser plutôt qu’à choquer cette majeure partie du public composée de vieilles dames très bien habillées et de vieux messieurs très distingués qui n’ont pas manqué de rire en remarquant les entorses (si je puis dire) à la tradition de la danse classique, tandis qu’une bonne partie du reste du public semblait bien plus avertie sur le deuxième niveau de lecture des gags. Dans certains ballets, une partie des danseurs est habillée en homme, et les couples qui se forment sont parfois très cocasses, tel celui où l’homme fait deux têtes de moins que « sa » partenaire – ce qui rend particulièrement difficile les moments où il doit la soulever…

Mais au-delà de l’amusement bon enfant qu’offre ce spectacle, la « transgression » des habitudes qu’il effectue amène à se poser des questions sur les stéréotypes – dans ce cas homme/femme, et à propos de son inscription dans la gestique du ballet classique : lorsque ces hommes dansent des rôles de femme, avec des habits de femme et utilisant toute la technique associée aux ballerines, et qu’on sait d’autre part que ce sont des hommes, ces repères si stables qu’ils en sont presque inconscients sont bouleversés – et ouvrent en même temps de nouvelles perspectives d’expression scénique, en l’occurrence.

C’est aussi une façon de (re)découvrir le ballet classique, celui que je pensais ne plus aimer regarder à moins qu’elle ne soit dansée par les meilleurs. Il aura fallu cette dérision proclamée des interprètes pour en désamorcer la mienne. Alors finalement, je dois bien aimer certains spectacles de travestis : quand ils sont bons, et celui-ci l’était.

23 février 2006

Harvard perd la tête

Classé dans : Politique, Société — Miklos @ 9:31

Lawrence Summers, ex ministre des finances américain et président de Harvard, vient de démissionner, après cinq houleuses années à la tête de cette prestigieuse université, l’une des plus riches organisations du monde. Son départ ne manque de rappeler celui de Jeffrey S. Lehman, il y a moins d’un an, de la présidence de Cornell, une des sept autres grandes universités américaines connues sous le nom de Ivy League (et parmi lesquelles se trouve Princeton, aussi célèbre pour y avoir accueilli Albert Einstein que les deux étudiants fictifs du non moins fictif Da Vinci Code).

Connu pour son franc parler et sa détermination, Summers était arrivé à Harvard pour en secouer la vénérable poussière ; mais les valeurs plutôt conservatrices auxquels il tenait dur comme fer ne correspondaient pas à celles du corps professoral, plutôt majoritairement libéral (au sens américain du terme : ancré à gauche). Ses prises de position vigoureuses sur des sujets trop délicats (surtout dans une Amérique assez bien pensante à droite comme à gauche) ont souvent dépassé le débat légitime pour ne créer finalement que des conflits stériles : ses accusations de populisme à l’encontre de Cornel West, professeur au programme d’études afro-américaines à Harvard, ses déclarations sur la supériorité des sciences « dures » sur les « molles » (il aurait affirmé que les économistes sont plus intelligents que les sociologues), sur les différences innées entre hommes et femmes comme raison de la moindre réussite de ces dernières dans les sciences (qui fait elle-même écho à des débats houleux sur les racines génétiques ou non de l’homosexualité)…

Il y aurait probablement survécu, si une sordide affaire n’était pas venu donner des armes aux mains de ses adversaires au sein du corps professoral : le soutien indéfectible de Summers à son collègue et ami l’économiste Andrei Shleifer, condamné avec Harvard en 2004 pour fraudes fiscales au cours de la privatisation de l’économie russe dans les années 90. Un tout récent article de fond de la revue en ligne Institutional Investor jette la lumière sur ces événements et sur les liens de famille et d’amitié qui ont amené Summers à protéger Shleifer des conséquences de cette affaire, au-delà de sa nomination au poste de président de Harvard en 2001.

Quant au départ de Lehman de Cornell après à peine deux ans à la tête de cette belle institution, il s’est effectué bien plus discrètement et pour des raisons apparemment à l’opposé de celles qui ont secoué Harvard. Aimé de tous, Lehman souhaitait ouvrir Cornell sur le monde et sa diversité culturelle – est-ce ce qui a fait peur au conseil d’administration de l’université1 ? Difficile de savoir : les protagonistes sont restés discrets sur le différend qui les a opposés et causé ce départ.

Le temps des leaders est-il en train de passer, et se dirigerait-on vers une gouvernance de groupes, de corporations – comme l’indiqueraient par exemple les « rébellions » de parlements à l’encontre de gouvernements issus de leur propre majorité ?

À lire :
Stephen Metcalf: Harvard Inc. A new book on Lawrence Summers and the crisis of meritocracy.


1 Il est tout de même curieux que, quelques instants après avoir écrit ce texte, je trouve dans ma boîte à lettres (papier) le bulletin de vote pour le renouvellement de ce conseil d’administration, qui m’a été envoyé en ma qualité d’ancien élève. Coïncidence, quand tu nous tiens…

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