Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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1 novembre 2013

Trop, c’est trop

Classé dans : Littérature, Progrès, Société — Miklos @ 17:06


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Les nouvelles technologies actuelles de la communication encouragent le picorage, la dispersion, le feuilletage, le multitâche, la brièveté : les hommes parmi nous pourraient envier Shiva aux quatre bras et les femmes la Déesse de la miséricorde aux mille bras (il est vrai que la gent féminine en a toujours eu plein les bras) quand on voit à quoi en est réduit ce couple dont le célèbre et sérieux Weekly World News nous parlait le 22 août 2005. Mais ce sont plusieurs têtes qu’il nous faudrait aussi avoir pour éviter de ne pas savoir ou en donner, sans pour autant ressembler à l’Hydre de Lerne, ou mieux, la capacité à se démultiplier à l’instar de l’héroïne d’une jolie nouvelle éponyme de Marcel Aymé :

«Il y avait à Montmartre, dans la rue de l’Abreuvoir, une jeune femme prénommée Sabine, qui possédait le don d’ubiquité. Elle pouvait à son gré se multiplier et se trouver en même temps, de corps et d’esprit, en autant de lieux qu’il lui plaisait souhaiter. Comme elle était mariée et qu’un don si rare n’eût pas manqué d’inquiéter son mari, elle s’était gardée de lui en faire la révélation et ne l’utilisait guère que dans son appartement, aux heures où elle y était seule. »

Ce don lui avait permis de démentir aisément l’adage « Qui trop embrasse mal étreint » en dépassant les quatre murs de son appartement sans que son mari ne s’en aperçoive et en embrassant de tout son saoul, mais ça ne s’était pas bien terminé, comme vous pourrez le constater à la (re)lecture de ce texte que l’on trouve dans le recueil Le Passe-Muraille. Toutes les nouvelles en valent la peine, croyez-moi.

Il faut toutefois éviter de tomber dans l’excès inverse, sous peine de devenir à l’image de la Comtesse de B… fait par elle-même dans ce Recueil de pièces galantes en prose et en vers de Madame la Comtesse de la Suze et de Monsieur Pélisson (1741), voyez donc :

«J’ai de la paresse, et suis fort glorieuse, et ces défauts m’en donnent d’autres ; car ils me font être peu flatteuse et recherchante, et de peur d’en faire trop, souvent je manque d’en faire assez. »

Rabattons-nous alors sur un autre adage qui nous vient de la Dixième philippique de Cicéron : « Nec nimium, nec parum », ni trop, ni trop peu.

31 octobre 2013

Comment se préparer à la grande panne

Classé dans : Histoire, Peinture, dessin, Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 22:29


« Dites-donc, Duschmoll, c’est ce que vous appelez réseauter ? »
Source : Publicité IBM, Network World, 4 décembre 1989.

Pour ceux qui identifient l’internet avec le Web, on rappellera que l’émergence du premier, accompagnée de fonctions de courrier électronique, de forums, de chats et de transferts de fichiers, précède d’une vingtaine d’années l’invention du second au début des années 1990.

Ce qu’on sait un peu moins, c’est que le streaming audio a été développé dans les années 1920, bien avant l’apparition des réseaux informatiques, pour diffuser de la musique de fond à des grands magasins ; cette technologie, appelée ulté­rieurement Muzak, utilisait le multi­plexage de lignes télé­phoniques pour ce faire. Et si l’on remonte un siècle plus tôt, c’est en 1836 que Morse (et d’autres) invente le télé­graphe électrique.

Quant aux plus récents moyens de communication rapide, le tout premier SMS a été envoyé en décembre 1992 et Twitter a été créé en 2006.

Mais comment ferons-nous pour com­muniquer quand il n’y aura plus d’élec­tricité (d’autres questions se poseront alors aussi, mais on les laisse pour de futurs billets) ? À défaut de télé­pathie, on pourra évi­demment utiliser la méthode illustrée ci-dessus, mais sa portée est limitée. On rappellera donc d’autres technologies éprouvées : le sémaphore (1806), le porte voix (vers les années 1650), le pigeon voyageur (il y a environ 3000 ans) et les signaux de fumée (utilisés depuis l’antiquité en Chine sur la Grande Muraille jusqu’aux derniers Indiens d’Amérique avant leur colo­ni­sation). Faites vos réserves !


(
source)

28 octobre 2013

Le Parisien innove

Classé dans : Actualité, Langue, Musique, Médias, Peinture, dessin, Société — Miklos @ 20:55


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Au cœur de notre culture, le français est une langue ancienne qui a régulièrement besoin d’être époussetée et rendue plus accessibles aux masses laborieuses qui peinent avec sa syntaxe et sa sémantique. C’est à quoi Le Parisien s’est évertué – dans un article concernant la vie culturelle, « Booba papa ? La rumeur qui enflamme Twitter » – en prenant des libertés avec l’orthographe et le sens souvent trop précis des mots de notre belle langue, dans le plus pur style rap (à propos, vous avez remarqué ce que donnent les trois premières lettres du nom de ce journal en verlan ?).

Ainsi, on peut y lire : « Depuis dimanche, Twitter est inondé de photos de Booba entouré d’une jeune femme. Cette jolie brune pose également avec un ventre arrondi. » Si ce ventre est celui de la jolie brune – ce que le journal ne précise par discrétion –, on peut se demander quelle est sa taille (en largeur) pour lui permettre, dotée d’un tel embonpoint, d’entourer ainsi son Booba qui pourtant n’a pas l’air filiforme. Mais là aussi le journal reste discret.

Mystère pour mystère, il rajoute que « Personne ne sait d’où viennent ses clichés, ni leur véracité est avérée. » Clin d’œil à la lectrice avertie (c’est la rubrique La Parisienne, après tout) qui saura lire entre les lignes : puisque ce sont ses clichés, ils doivent venir de sa poche, c’est avéré ça !

Plus loin, notre Parisien nous informe : « Au départ, une série de photos a affolé les fans, sans que l’on cinnaisse leur provenance, ni leur véracité. […] Booba, loin des textes hardcorde de certains de ses morceaux, coule des jours heureux avec une jolie brunette aux formes voluptueuses. […] on le voit souriant […] au côté d’une très jolie jeune femme. » On en déduirait que la brune voluptueuse n’a, comme une bande dessinée de Möbius, qu’un seul côté. Quoi qu’il en soit, on espère que son compagnon ne l’attachera pas avec une corde plutôt hard avant qu’ainsi naisse (remarquez-en la nouvelle orthographe) le fruit de leurs amours.

Tous nos vœux au jeune couple et à leurs fans.

25 octobre 2013

We are all sorcerer’s apprentices


Walt Disney’s Fantasia (1940)

I discovered Nick Carr’s intelligent and lucid critical analyses of the impacts of ever-increasing omnipresence of digital technology years ago, in 2005. Ever since, I have found that his views aren’t that far from mine on the subject. Needless to say, they aren’t rooted in rueful longings for a paradise lost, nor are we neo-Luddites or, worse, Unabombers.

Take for example his 2008 Atlantic Monthly paper, Is Google Making Us Stupid? What the Internet is doing to our brains: decrease in capacity for concentration [on a single task] and contemplation, trouble reading in-depth long articles or books (if you can read his whole paper uninterruptedly and in one sitting, you haven’t been yet that much affected), change in the style of writing (Twitter is to writing what surfing is to reading), increased reliance or dependence on search engines (or is it on a search engine). He justly quotes Richard Foreman who writes: “I see within us all (myself included) the replacement of complex inner density with a new kind of self—evolving under the pressure of information overload and the technology of the ‘instantly available’.”

In a paper published yesterday in the Atlantic Monthly, “All Can Be Lost: The Risk of Putting Our Knowledge in the Hands of Machines”, he describes how we react to computer failure, e.g., pilots in airplanes: not only those systems are so complex that it is sometimes difficult to gauge what happens when they start failing, but overreliance on them has made us less able than in the past to take over when they do so (can you still mentally figure out how much you’ll pay when you exit a supermarket?). In his words, “Overuse of automation erodes pilots’ expertise and dulls their reflexes, leading to what Jan Noyes, an ergonomics expert at Britain’s University of Bristol, terms ‘a de-skilling of the crew’”.

This isn’t new. Without going back to Plato who bemoaned the negative influence that the invention of writing would have on human memory which Carr quotes it in his 2005 article, this increased dependence and its long-term mental and physical debilitating effects are reminiscent of H.G. Wells’ description of the humans of the future, in his 1895 novel The Time Machine: “The Eloi, like the Carolingian kings, had decayed to a mere beautiful futility.”

Except that our future is likely not to be beautiful. Yes, it is true that while we loose (some?) skills we gain a lot: but as we go higher and faster and live longer, we are also much more tracked and controlled than before by a myriad of the eyes and ears of ever-increasing world-wide complex and interlocked systems in which local failures may cause global harmful repercussions much farther and faster than ever before. And now that we know that the Earth resources aren’t infinite and that a much larger system is breaking down due to our combined negligent and sometime willful actions and inactions, and without not only our technical but also political will and ability to fix or to stop its disruption, we may be less apt to face the unexpected.

Is the future still in our hands? Definitely so, but probably not the way we hoped it would be.

23 octobre 2013

Droit du sol en question, ou, Boutons ces étrangers-là hors de France

Classé dans : Actualité, Nature, Photographie, Politique, Société — Miklos @ 17:06

« L’Éternel dit à Abram : Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. » — Gen. XII:1.

« Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. » — Matt. II:13.

Vous craignez encore d’écoper du Copé ? Alors faisons court mais faisons bien : c’est çui qui dit qui est. Plus bref que ça tu meurs.

En moins bref : on ne sait si la famille de l’individu en question, composée d’immigrés (dont le grand-père, originaire de Roumanie, le pays d’où des hordes seraient en train d’envahir la France ; dont la mère, originaire du continent d’où des hordes envahissent toute l’Europe par Lampedusa) a bénéficié du droit du sol qu’il veut remettre partiellement en question, tandis que la madone du parti auquel le sien fait du pied veut l’éliminer entièrement comme l’avait fait un certain maréchal-nous-voilà.

Quoi qu’il en soit, on trouverait alors logique qu’il propose de dénaturaliser tous les descendants d’immigrés clandestins en France, à commencer (on ne va pas remonter plus loin) par les Francs (hordes qui avaient envahi la France, heu, la Gaule, à partir de la Pannonie, très proche de la Roumanie actuelle, comme quoi…).

Et les Bretons, prenons la peine d’en parler, Madame Le Machin Truc : que ce soient les hordes de Bretons en provenance de l’actuelle Grande Bretagne ou les Celtes, hordes dont le berceau se trouverait en Autriche (elle-même pas si éloignée de la Roumanie, comme quoi…) qui aient peuplé votre notre Bretagne à tous, leurs descendants sont devenus Français soit du fait du mariage sous contrainte d’Anne de Bretagne à Charles VIII, soit du fait du droit du sol : ne serait-il pas temps de vous rendre votre liberté ?

Pour ma part, né sur ce sol d’une immigrée et d’un étranger, je n’ai, moi, aucun problème avec ce droit ni avec ceux qui en bénéficient en France. En fait, nous sommes tous des immigrés ou des descendants d’immigrés. Il y en a toujours eu, depuis la nuit des temps – que ce soit sur ordre divin ou poussés par la nécessité – et jusqu’à ce jour, et il y en aura toujours, autant se faire à l’idée, non ? Et si vous voulez arrêter un flot qu’on ne pourra bientôt plus endiguer, réellement, ce serait celui des mers ; alors combattez plutôt le réchauffement climatique, au moins ça sera utile aux générations futures.


Street art. Autres photos ici.
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