Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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23 septembre 2010

Qu’y a-t-il de commun entre…

Classé dans : Cinéma, vidéo, Littérature, Peinture, dessin, Photographie, Société — Miklos @ 21:05

… Callot, Molière, Aramis, Louis XIV, le duc de Vallombreuse, Eugène Delacroix, Conrad Nagel, Henry de Jouvenel, Max Linder, Dario Moreno, Alcide Jolivet, Riccioto Canudo, Jacques Dumesnil, Clark Gable, Melvyn Douglas, Errol Flynn, Charles Bronson, Jean Rochefort, Jude Law, Brad Pitt… ?

« C’était un gentilhomme de bon ton, de bonne mine, portant avec grâce une fine moustache… ». — Pope, « Callot », Le Magasin pittoresque, 1833.

« Vallombreuse, suivi de son ami Vidalinc, n’avait eu garde de manquer cette occasion de voir Isabelle. (…) Ce jeune duc s’était adonisé pour la circonstance, et de fait il était admirablement beau. (…) Ses cheveux noirs et longs, frisés en minces boucles, se contournaient le long de ses joues d’un ovale parfait et en faisaient valoir la chaude pâleur. Sous sa fine moustache ses lèvres brillaient rouges comme des grenades et ses yeux étincelaient entre deux épaisses franges de cils. » — Théophile Gautier, Capitane Fracasse.

« Ça a commencé comme ça, en mettant un peu d’ordre dans ma bibliothèque. La tâche était d’ampleur, et je m’y attelai sans tarder, avec systématisme, et donc alphabétisme. (…) Je remarquai alors, sur l’étagère inférieure, un énorme Dumas, Les quatre mousquetaires ! Là encore, il ne pouvait s’agir de l’œuvre d’un faussaire : le quatre s’imprimait bien en défonce sur l’illustration de la couverture, sans bavure, sous le pelliculage brillant qui s’effilochait un peu. (…) Le livre avait quasiment doublé de volume, et d’Artagnan avait désormais pour compagnons Athos, Porthos, Aramis et Golias. Ce dernier portait fine moustache, comme il se doit, n’était pas moins fin bretteur ou bon vivant, et ses appétences sexuelles le portaient plutôt vers les jeunes garçons. » — Hervé Le Tellier, « Quelques mousquetaires », in Formules, revue des littératures à contraintes, n° 3, 1999-2000, L’Âge d’homme.

« Une tête énergique, aquiline, couleur de vieux buis, éclairée de deux yeux d’aigle, un nez busqué aux arrêtes aiguës, et sous une fine moustache noire retroussée, une bouche impérieuse aux lèvres minces, d’un très noble dessin. — Jean Lorrain, à propos de Barbey d’Aurevilly.

5 septembre 2010

“Adult services censored on Craigslist” not

Classé dans : Actualité, Médias, Société — Miklos @ 14:31

CNN reports today that Online classified service Craigslist’s decision to censor its adult services section could be a model for other websites”, according to Connecticut Attorney General. This “censorship” is quite far from absolute, though. As the article mentions, “for users who accessed the account outside the U.S., the erotic services link was still active”.

But they fail to mention a minor detail (contrarily to the BCC): this is not the case of any of the other worldwide Craigslist sites (there is one for many countries and also for important cities). So in the Paris section, one could read today an ad in perfect English whose opening line is: I am a sophisticated occasional escort who is living this lifestyle for the pleasure of meeting refined gentlemen”. For those refined gentlemen who might think the word “escort” refers here to “a person or group of persons accompanying another to give protection or as a courtesy” (according to the Merriam-Webster), she provides physical details about her “courtesan’s body” (it’s that kind of courtesy) for the person interested in “decadent sex”. Not explicit enough, Mr Craig?

As we’ve mentioned before, the so-called filtering mechanisms of Craigslist never prevented explicit ads about prostitution, drugs, illegal working or ID papers requests and the like. It may well be that they now heed the voice of the law in the US, but as in other illegal activities, it is so easy to delocalize them in a world where the arm of the law usually stops at the national borders. And that has already started: no wonder that some ads appearing in the Paris Craigslist website now mention US locations… Seek and ye shall find.

27 août 2010

Facebook s’approprie le livre, ou, la raison du plus fort est toujours la meilleure

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 7:54

Selon le Chicago Tribune, le méga réseau social, non content d’avoir voulu s’approprier les informations, toutes les informations (pour reprendre une expression non encore © par notre AMI à tous), concernant son demi milliard d’abonnés même après qu’ils s’en soient désabonnés (encore faut-il oser le faire, et le mouvement qui encourage à le faire n’a pas eu un franc succès), poursuit en justice une startup qui développe des outils à destination des instituteurs pour leur permettre de gérer leurs classes et de partager des ressources.

Où est le crime ? elle a eu le culot d’utiliser le mot « book » dans son nom : Teachbook.com. Où est la terrible menace pour Facebook ? C’est un concurrent potentiel, qui a (selon la victime) une activité de réseau social et donc la confusion nuira au monopole de Facebook.

Si ce signe des temps – les Molochs paranoïaques dévorant tout et étouffant ainsi l’initiative individuelle et citoyenne – n’était si triste, il ne manque pas d’ironie : cette entreprise compte deux employés et vingt abonnés…… Caveat, Google Books…

26 août 2010

La (miss) France éternelle

Classé dans : Actualité, Médias, Société — Miklos @ 19:55

Malgré ses déboires avec une certaine Société de Production Télévisuelle et/ou avec son fils qui avait vendu le bijou de famille à la dite Société pour une somme qu’elle ne connaît pas, juré promis, mais ce n’est pas un million d’euros, c’est sûr, ça elle le sait, donc malgré ces déboires, la célèbre et tant aimée Dame au Chapeau à Larges Bords continue de porter haut et fort non seulement son non moins célèbre couvre-chef, mais sa mission quasi religieuse (l’enfance, ça marque pour toute la vie) de dégotter la plus belle et mieux dimensionnée jeune femme – toutes couleurs comprises, mais pas tous genres de vie, et la morale, hein ? – à la démarche et au comportement très cadrés, et lui faire conquérir pour un an les médias de France, de Navarre et du monde. Elle ne peut plus se prévaloir du titre qu’elle a inventé, mais elle en a un autre dans sa manche (car elle en a : elle ne s’habille pas comme ces filles qui vont jusqu’à montrer leurs seins nus et les laisser peindre), c’est une fameuse joueuse de poker, qu’on se le dise.

Comble du preview télévisuel et réussite de la science fiction, France 5 nous a fait voir aujourd’hui l’émission qui sera enregistrée dans un an avec la Mère des Miss (les vraies), où l’on constate qu’elle est une des valeurs sûres de la France : elle ne change pas. On ne pourra voir ou revoir la vidéo sur le site : la page qui le propose de façon alléchante ne diffuse qu’une publicité, suivie d’un écran noir annonçant Vidéo non disponible. Rendez-vous dans un an ?

Entre temps, on espère que la chaîne apprendra l’orthographe (ou alors que celle-ci sera réformée à temps pour correspondre à ces nouveaux usages avant le 26 août 2011).

22 août 2010

Tant qu’on a la santé…

Classé dans : Actualité, Cinéma, vidéo, Société — Miklos @ 15:36

Le 7 juillet 2010 doit être marqué d’une pierre blanche : c’est le jour où est ressortie l’intégrale des films du réalisateur Pierre Étaix, le Buster Keaton français, disent ces Américains en mal de comparer tout à leur aune. L’analogie n’est toutefois pas si fausse, ce genre de burlesque qui met en scène un personnage aux prises avec une réalité qui le dépasse, qui le transforme en pantin, se retrouve bien chez nous au cirque – Étaix s’y était produit en tant que clown – mais au cinéma il rappelle plutôt les anglophones, à l’instar de Laurel et Hardy et de Charlie Chaplin (dont il avait adoré les films dans son enfance), ou de Harold Lloyd. Et, c’est frappant, Jacques Tati, pour lequel il avait travaillé plus tard – « il m’a jeté dans l’eau bouillante, il m’a mis sur le tas tout de suite, c’est la meilleure façon d’apprendre son métier » –, lui ouvrant ainsi le chemin vers la réalisation cinématographique.

Ces films, on le sait, étaient bloqués à la suite d’un imbroglio juridique sur les droits (et leurs détenteurs, on le constate malheureusement de nos jours, mettent de façon croissante des freins parfois insurmontables à la sauvegarde et à la diffusion du patrimoine de la création artistique du xxe s.). C’est heureusement réglé pour Étaix de son vivant. Le cinéma parisien Le Latina projette en ce moment une rétrospective de ses films remarquablement bien restaurés avec sa collaboration.

Tant qu’on a la santé est une courte tétralogie tendre et hilarante, où l’on voit bien en quoi Étaix se distingue de Tati. Chez ce dernier, le cadre est une hyper-réalité hyper-esthétique, qui fait ainsi ressortir les travers de la société, ses aspects superficiels, consensuels, mécaniques et déshumanisants, tandis que chez Étaix c’est Alice de l’autre côté du miroir, là où l’inversion, l’abolition des frontières entre le rêve et l’éveil, le fantastique et le banal, la fiction et la réalité en font ressortir les contradictions et les défauts.

Pierre Étaix relate ainsi le contexte de la sortie de ses films :

C’était au lendemain de mai 68. Mai 68 fut une révolution, ou une pseudo révolution sans le sang, un besoin éperdu de changer une société à travers le monde, d’ailleurs, pas seulement au point de vue national mais partout. On avait le sentiment qu’après mai 68 on ne reverrait plus tous ces abus dans la publicités, toutes ces plages inondées de monde, tous ces campings, ce Tour de France qui proposait des choses inimaginables, des jeux imbéciles, enfin, que sais-je… Pas du tout : c’était reparti à cent à l’heure et ça dépassait même tous les espoirs.

Alors j’ai été profondément ulcéré par l’attitude des gens qui organisaient ça et j’ai voulu montrer des victimes consentantes, en quelque sorte, en me disant que ces victimes, lorsqu’elles allaient se voir, allaient dire « Ben non, alors ça c’est pas vrai qu’on soit reparti dans ce monde-là ». Mon seul souci était de faire rire les spectateurs avec ça.

Au lieu de ça, il s’est passé le phénomène inverse. Ça a révulsé la critique entière, qui a dit : « Vous vous attaquez à une couche sociale » alors que je tapais dans le tas, je n’étais pas particulièrement axé sur une couche sociale.

Effectivement : Tant qu’on a la santé met en scène des couples (l’assortiment ne manque pas de surprises) au lit comme à dans à la campagne, un médecin et ses patients (on se demande qui est le plus malade), un bourgeois qui se prend pour un chasseur mais incapable de tirer un animal, un paysan tout aussi incapable de monter une barrière, la publicité qui déborde de l’écran (ambiguïté que l’on retrouvera bien plus tard dans La Rose pourpre du Caire de Woody Allen, par exemple), les embouteillages homériques que les conducteurs sont contraints de prendre en souriant, la pollution omniprésente – bruits, fumées… – bien loin de l’univers parfai­tement propre de Tati –, tout ce qui ne manquera de faire écho, pour le spectateur contemporain, avec certaines de ses expériences personnelles.

Ben non, alors ça c’est pas vrai qu’on soit reparti dans ce monde-là… Merci, Pierre Étaix.

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