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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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18 décembre 2005

La terre est-elle réellement ronde ?

Classé dans : Philosophie, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 13:11

L’Espagne, comme la Grèce, est le pays du tragique. C’est le onze août 1934, à cinq heures du soir, juste à cinq heures, que le taureau Granadino blesse à mort Ignacio Sánchez Mejías qui décède de gangrène deux jours plus tard à l’âge de 43 ans. Après de nombreuses années d’absence de l’arène, il n’y était revenu que pour quelques combats, et celui qui lui fut fatal était un remplacement d’un collègue blessé. Ce n’était pas qu’un excellent torero : ami des grands poètes et écrivains de sa génération, il est aussi conférencier, acteur de cinéma, poète, écrivain, auteur de plusieurs œuvres pour le théâtre et du livret d’un spectacle musical Les rues de Cadiz1 pour sa maîtresse, la célèbre danseuse et chanteuse Encarnación López Júlvez, dite La Argentinita2.

C’est au poète Federico García Lorca – dont on possède des enregistrements où il accompagne au piano L’Argentina – qu’il revient d’assurer le souvenir éternel de son ami, dans le saisissant chant funèbre Llanto por Ignacio Sánchez Mejías. Llorca avait une relation particulière à la musique ; son frère Francisco témoigne d’ailleurs qu’elle l’attirait plus que la littérature, au début. Après des études de piano et de théorie, il rencontre en 1919 Manuel de Falla, avec lequel il partage l’amour de la chanson populaire espagnole, et en particulier du flamenco et du canto jondo, passion qu’on ne manque d’entendre dans le rythme et la musicalité de ses textes. Le Llanto s’ouvre avec la description de l’arrivée de la Mort, dans une sorte de marche funèbre marquée par la répétition martelée d’un seul vers, qui indique l’heure fatale :

À cinq heures du soir.
Il était juste cinq heures du soir.
Un enfant apporta le blanc linceul
à cinq heures du soir.
Le panier de chaux déjà prêt
à cinq heures du soir.
Et le reste n’était que mort, rien que mort
à cinq heures du soir.
 
Le vent chassa la charpie
à cinq heures du soir.
Et l’oxyde sema cristal et nickel
à cinq heures du soir.
Déjà luttent la colombe et le léopard
à cinq heures du soir.
Et la cuisse avec la corne désolée
à cinq heures du soir.

Il n’est donc pas étonnant que des musiciens s’en soient saisi, à l’instar de Maurice Ohana (1914-1992), dont le premier chef-d’œuvre est le Llanto por Ignacio Sánchez Mejías (1949-1950). Mais Lorca était aussi proche des surréalistes français et espagnols (et particulièrement de Dalí) dont l’imagerie étrange participe aux autres influences profondes dont il s’inspire : baroque espagnol, romantisme, symbolisme… – et qui s’allie, avec le temps, à une vision de plus en plus tragique et morbide de la vie, qui n’est pas sans rappeler celle de Goya. Signe des temps ou prémonition ? Il mourra assassiné par les franquistes en 1936.

Le Théâtre de la Ville donne ces jours-ci dans sa salle des Abbesses le Llanto, sur une musique de Vicente Pradal et la mise en scène de Michel Rostain : sous-titré oratorio, c’est un spectacle bouleversant qu’il ne faut pas manquer3. Le texte est chanté en partie par les trois messagers porteurs de la nouvelle tragique à La Argentinita, qui en interprète le reste, accompagnés par quelques musiciens. Flamenco et musique gitane, parfois jazz (avec quelques influences klezmer) s’intègrent avec bonheur au texte pour en illustrer tout le tragique, le déchirement pour la disparition de la personne si tendrement aimée, la présence de la mort inéluctable et dévoreuse :

Sur la pierre est couché Ignacio le bien né.
C’est fini. Qu’y a-t-il ? Contemplez sa personne :
La mort l’a recouvert de pâles fleurs de soufre
Elle lui a fait une tête de sombre minotaure
 
C’est fini. La pluie pénètre par sa bouche.
L’air comme affolé fuit sa poitrine creuse,
et l’Amour, imprégné de larmes de neige
se réchauffe au sommet des terres d’élevage.
 
Que dit-on ? Un silence empuanti s’installe.
Nous sommes en présence d’un gisant qui s’estompe,
près d’une forme claire qui eut des rossignols
et devant nous se crible de cavités sans fond.

Vicente Pradal, fils du peintre andalou Carlos Pradal, exilé en France, est né à Toulouse en 1957. « Federico, c’est ainsi que ses fervents admirateurs appellent toujours Lorca, a toujours été très présent dans ma vie. J’aime rappeler que don Antonio Rodriguez Espinosa, mon arrière grand-père, fut son instituteur à Fuente Vaqueros, près de Grenade, et que des liens étroits unissaient sa famille à la mienne. Dès mon plus jeune âge, enfant de l’exil, j’entendais prononcer son nom, réciter ses poèmes, évoquer sa mémoire lumineuse, son génie et sa fin tragique. Plus tard, à maintes reprises, j’ai travaillé sur l’ œuvre théâtrale, musicale et poétique de ce poète qui m’est familier, naturel. Ma musique prétend agir comme un lance-pierres qui propulse ses vers haut et fort. »

Des quatre chanteurs, il faut reternir surtout l’interprétation de la splendide María Luna (beauté méditerranéenne classique, dans le rôle de La Argentinita) : elle y est tout simplement excellente, autant pour son jeu de scène – altier et réservé, tragique et intense – que pour sa voix, rauque et puissante, à qui sont attribués les plus bouleversants passages musicaux, et qui fait pendant à celle du cantaor gitan Luis de Almería, toute aussi caractéristique. Le jeune Juan Carlos Echeverry, ténor d’origine colombienne, possède une très belle voix (et pour cause) mais trop travaillée pour ce genre de répertoire. Enfin, Vicente Pradal s’est surtout fait remarqué à la guitare, qu’il joue de façon remarquable (comme il le fait dans le disque Angélique Ionatos chante Frida Kahlo). Quant aux musiciens, ils étaient uniformément bons, mais on aura particulièrement remarqué Hélène Arntzen aux saxophones, qu’elle joue avec virtuosité, intensité, chaleur et passion. L’instrumentation n’est d’ailleurs pas conventionnelle pour ce genre de musique : on y entend aussi piano (Jean-Luc Amestoy), violoncelle (Emmanuel Joussemet), flûtes (Luis Rigou) et percussions (Arntzen, Rigou). Vicente Pradal le refera dans une autre de ses créations musicales sur une œuvre de Lorca, le Romancero gitano (donné l’année dernière au Théâtre de la Ville), où il utilise accordéon et violoncelle.

Les notes de programme distribuées dans la salle, comprennent le texte intégral et sa traduction (par Claire et Vicente Pradal). Un surtitrage aurait facilité le suivi de l’œuvre, pour ceux qui ne comprennent l’espagnol. Et on aurait pu faire l’économie d’amplification sonore : dans cette salle, les voix et les instruments n’y auraient rien perdu, bien au contraire.

Le disque (chez Virgin) de cette œuvre de Pradal a été enregistré en public. Si on y retrouve les voix de Pradal et de Almería, ainsi que les saxos d’Arntzen et les flûtes de Rigou, j’y déplore l’absence de María Luna : Raquel Villar y chante avec plus d’effets dramatiques (avec une insistance sur les mouvements de glotte ; trop sonores) que tragiques ; sa voix est moins rauque que celle de Luna. L’équilibre sonore, entre les instruments et les voix, n’est pas toujours assuré – un problème de mixage ? Quoi qu’il en soit, c’est le seul témoignage de l’œuvre, et il en vaut la peine, malgré ces quelques défauts.

Rien ne remplace le spectacle vivant : allez le voir.


1 Textes de García Lorca d’inspiration populaire, musique de Falla.

2 « La petite argentine », née à Buenos Aires en 1898 quelques années après Antonia Mercé, La Argentina, elle-même amie de Falla. Toutes deux sont considérées comme les principaux acteurs de la modernisation et la promotion internationale de la danse espagnole au XXe s. Elle décède en 1945.

3 Dates disponibles ici.

17 décembre 2005

Les nouveaux maîtres du monde

Classé dans : Politique, Publicité, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 22:09

C’est Google qui semble avoir raflé le gros lot sous le nez de Microsoft – 5% des actions d’AOL pour la coquette somme d’un milliard de dollars. Mais le prix que les fans de Google payeront, eux, sans le savoir, sera bien plus élevé : un meilleur placement des contenus d’AOL dans les réponses que ce moteur fournit aux affamés du Web, qui se rajoute à la place prééminente qu’il accorde à la publicité (pour le moment, encore distincte, elle, des réponses).

Et pourtant, comme l’avaient analysé deux spécialistes déjà en 1998 :

« Le modèle actuel des moteurs de recherche à vocation commerciale est basé sur la publicité. Le business model de celle-ci ne correspond pas toujours aux critères de choix de contenus de qualité pour l’utilisateur (…). Pour ces raisons et comme le montre l’histoire des médias, il nous semble que les moteurs de recherche financés par de la publicité seront biaisés, de façon inhérente. Il est donc crucial d’assurer l’existence d’un moteur de recherche transparent et situé dans le secteur universitaire. » (Reporté par Nick Carr dans son excellent blog.)

Il s’agit de Sergey Brin et de Larry Page, les co-fondateurs de Google. Comme quoi, leurs principes n’ont pas résisté longtemps à l’appât du lucre. Disons-le clairement et une fois pour toutes : Google est biaisé. J’avais d’ailleurs écrit en février 2005, à la suite de leur annonce de création de ce qui serait la bibliothèque numérique mondiale :

« L’omniprésence de Google impose sa vision. La somme des connaissances est telle qu’elle nécessite des partis pris, explicités ou non : c’est vrai dans le virtuel comme dans le réel, pour les moteurs de recherche comme pour les journaux ou les bibliothèques. Mais les partis pris des moteurs de recherche, dans la sélection et dans la présentation de leurs sources, incluent, à grande échelle, des considérations commerciales (notamment pour ceux qui sont cotés en bourse) et technologiques (sélection des sources, critères de recherche, algorithmes, mesures de pertinence…), qui priment sur le devoir d’information du public ou celui de préservation, de diffusion et de valorisation du patrimoine humain (culturel, scientifique). Un des critères les plus pernicieux de sélection des sources en est leur popularité ; ce hit parade n’est pas un critère de qualité mais il devient le principal critère de pertinence dans le monde massifié de la mondialisation numérique, où le maître-mot de son darwinisme est la statistique et le chiffre d’affaire. »

Leur stratégie de mainmise sur « toute l’information au monde » a été explicitée – il s’agit bien de contrôle : la façon dont on y accède, d’une part, mais aussi l’utilisation de leur contenu personnel et privé (l’analyse des courriels, par exemple). Ce qui n’est pas sans soulever périodiquement des tollés de la part d’organismes, voire de pays– que ce soit sur la violation du respect de la propriété intellectuelle (les photos dans Google News, les livres sous copyright dans Google Print), ou de la sécurité nationale (les photos dans Google Earth). Et pourtant, le particulier (le consommateur de Google) ne semble pas s’en émouvoir, lui, tandis qu’il est concerné au premier chef par ce monopole croissant et inquisiteur, qui, soit dit en passant, le dérange bien moins que ceux, passés ou présents, d’IBM, de Microsoft ou de Coca Cola.1

Est-ce parce que l’information, de nature immatérielle, fait moins peur ? Est-ce que la mémoire est si courte, pour oublier ce à quoi ont servi des « fichiers » infâmes en des temps loin d’être encore révolus ? En tout cas, c’est l’une des raisons pour lesquelles la mise en œuvre de sources d’information et de savoir alternatives2 et indépendantes pour leur fonctionnement des lois du marché est essentielle. Un tel contre-pouvoir a besoin, pour faire levier, d’un soutien conséquent et durable, de ceux que peut fournir la puissance publique dans le cadre de ses missions citoyennes. Si cette mise en œuvre requiert des moyens importants, ceux-ci ne pourront que bénéficier à la recherche et au développement, et donc aux industries, qui s’y seront impliquées. Cette démarche ne profitera pas uniquement au citoyen en lui accordant la liberté de choisir ses sources et de s’informer honnêtement, mais aussi à la construction collective de la culture et du savoir, ainsi qu’à l’économie des pays qui s’y seront attelés.


1 Bien au contraire, il voudrait encore étendre son emprise, lorsqu’il conseille de leur remettre les fonds que les bibliothèques nationales européennes souhaitent numériser. Qui ne seront accessibles – recherche comme contenus – que via le moteur de Google, et qui ne pourront être indexés par nul autre moteur de recherche.

2 Il ne s’agit pas « lutter contre » Google, mais de proposer des alternatives valables et viables.

15 décembre 2005

Bibliothèques numériques

Classé dans : Livre, Politique, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 1:00

Fondation nationale des sciences politiques
224 boulevard St Germain, 75007 Paris
Vendredi 16 décembre à 17h
 
Séminaire Temps, médias, société
Table ronde sur le thème des bibliothèques numériques

 
Avec la participation de :
Jean-Noël Jeanneney, président de la Bibliothèque nationale de France
Michel Fingerhut, directeur de la Médiathèque de l’Ircam – Centre Pompidou
 
Entrée libre dans la mesure des places disponibles

12 décembre 2005

La Wikipedia au Kärcher

Classé dans : Sciences, techniques, Société — Miklos @ 10:00

La pertinence et les disfonctionnements de la Wikipedia ont été mises en question bien avant la récente « affaire Seigenthaler » : la biographie de cet ex-collaborateur du sénateur Robert Kennedy faisait état de rumeurs selon lesquelles il aurait été impliqué dans l’assassinat de JFK. Contrairement aux affirmations des défenseurs de la Wikipedia selon lesquelles une information erronée est corrigée immédiatement par l’armée de volontaires, celle-ci a perduré pendant six mois bien qu’elle ait fait l’objet d’une validation par un volontaire. Les corrections apportées a posteriori n’effaceront pas de l’internet ses traces désormais éternelles : démultipliées et archivées dans la « mémoire » du réseau, elles y resteront accessibles, sans que le commun des mortels ne puisse savoir si elles sont valides ou non.

Comme le révèle le New York Times, l’auteur de cette diffamation – un certain Brian Chase – a été démasqué par Daniel Brandt, un indexeur de livres de 57 ans, qui avait fait l’objet d’une fausse information dans la Wikipedia et a ouvert un site critique de l’« encyclopédie » en ligne.

Quant à Brian Chase, il ne pensait pas à mal et voulait faire ainsi une blague à un de ses collègues, qui connaissait Seigenthaler et qu’il voulait surprendre et choquer. C’est plutôt Seigenthaler qui a été choqué. Ce dernier, après avoir reçu les excuses de Chase (qui a démissionné de son emploi dans la foulée des révélations), a décidé de ne pas porter plainte : il croit toujours à la liberté d’expression, mais souhaite qu’elle soit assortie de responsabilisation.

Cette affaire n’est pas sans rappeler d’autres actes irresponsables dont la portée mondiale a causé de nombreux dégâts, humains ou financiers, tels certains virus informatiques créées pour le fun. La rumeur, phénomène apparu sur l’internet encore avant les virus, existait bien avant l’invention du réseau, mais celui-ci lui a donné une capacité quasi infinie de démultiplication instantanée. L’internet est devenu une immense aire de jeux où s’exercent tous les comportements humains, et les garde-fous n’y sont pas encore construits. Le risque est que, par contre coup, s’y érigent des barrières difficilement franchissables.

Un autre phénomène est illustré par les revert wars de la Wikipedia, au cours desquels une information controversée fait l’objet de modifications incessantes par les parties adverses : les limites de la démocratie directe – présentée comme l’aspiration de permettre à tout un chacun d’exprimer son intérêt individuel et d’exercer son libre arbitre hors tout « appareil » – et de l’auto-régulation (comme on l’a déjà vu dans certains secteurs de l’industrie – et ailleurs –, qui s’en sont servis pour défendre leurs intérêts sectoriels).

La Wikipedia pourrait évidemment continuer ainsi son expansion incontrôlée, aspirant toute information, qu’elle soit valide ou non. Mais si elle vise à faire le net dans ses articles sans les passer au Kärcher, il lui faut prendre des mesures bien plus efficaces que celles mises en place récemment (la temporisation de dix minutes après une modification, pour en ralentir l’effet ; l’impossibilité de rajouter un nouvel article de façon anonyme). Dans un article du Mercury News, Mike Langberg préconise le passage à un mode de fonctionnement analogue à celui du développement de Linux ou de Firefox, qui consiste essentiellement en l’établissement d’un comité éditorial chargé de valider les contenus après vérification, et d’une procédure hiérarchique pour la résolution des différends. Cette proposition n’est pas neuve, mais il faudra sans doute d’autres catastrophes pour faire prendre conscience de la nécessité de faire évoluer ce modèle collaboratif trop simpliste.

Bien pénible émergence d’une ébauche d’ordre social dans ces quartiers de l’internet : liberté totale, puis conscience de ses limites ; règles tacites, puis écrites ; [groupe de] pouvoir chargé de les faire respecter ; et bientôt les checks and balances pour en éviter les abus ?

Vous avez dit anglophone ou anglophobe ?

Classé dans : Langue, Politique, Société — Miklos @ 2:00

Je ne suis ni américanophile (l’anglais n’est que ma troisième langue) ni américanoïaque (comme le dit si joliment Rezvani), mais je suis sidéré par le soulèvement national contre l’anglais, perçu comme la langue de la mondialisation galopante qui envahit nos villes et nos campagnes.

À diverses époques, il y a eu une lingua franca dans le monde (occidental). Le grec, le latin, plus récemment le français. Je comprends qu’on soit marri que ce soit l’anglais qui l’ait supplanté, mais cela changera aussi (l’espagnol ? le chinois ? en tout cas, la langue d’un peuple industrieux, commerçant, voyageur et ambitieux). Ainsi va le monde.

Aucune langue humaine (donc qui a évolué avec l’homme, pas celles artificiellement construites) n’a été faite « pour » être internationale, mais certaines le sont devenues et ont rempli cette fonction en leur temps. C’est le cas de l’anglais, langue extraordinairement protéiforme, à la fois concise et vague, et qui absorbe les influences étrangères bien plus rapidement que la France n’intègre ses immigrés ; ce sont sûrement des facteurs de sa réussite, outre celui dû à l’expansion coloniale de l’Angleterre (bien avant l’expansion commerciale des US) et son désengagement sans que sa culture ne soit entièrement rejetée par ceux qui se sont libéré de son emprise. Ainsi va le monde.

Il ne sert à rien d’invectiver cette « hégémonie », comme le font d’ailleurs tous ceux qui se voient imposer une langue qui n’est pas la leur ; non pas que la critique soit juste ou non, mais ce ne sont pas les incantations qui changeront quoi que ce soit. Au lieu de lui faire un procès à la X-Files (attention, c’est une série américaine !), il faut plutôt se préoccuper de l’éduction des enfants, des jeunes et des adultes aux langues – la nationale, évidemment (je n’en conteste pas la nécessité absolue) et une ou deux autres, au moins. Il est scandaleux que les Français soient en général incapables de parler une langue autre que la leur (qu’ils massacrent aussi joyeusement, qu’ils soient « de souche » ou non). Ils n’ont pourtant pas une tête plus petite que celles des « petits » Belges, Danois, Suédois, Suisses ou – Dieu préserve ! – Andorrans (sans parler des Alsaciens, des Corses et autres français qu’on a tendance à oublier trop rapidement à Paris) ? Ainsi va la France.


Soldats américains de la 44e division d’infanterie, 324e régiment, compagnie E en patrouille dans les rues de Strasbourg
(Photo Archives municipales de la Ville de Strasbourg)

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