Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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30 décembre 2008

Life in Hell: Terminal indigestions

Classé dans : Cuisine — Miklos @ 11:20

“There’s no good-bye, you just start walkin’
Out into the chill of the night
Wonderin’ if you timin’ was right
But you still can’t deny
It was good while it lasted”

— Sawyer Brown

- Der Baeckeoffe
- ¡Hola!
- Lord Sandwich
- The Pitbull

Who’s next?

(No relationship whatsoever with any current events anywhere on the globe)

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

20 décembre 2008

Life in Hell: Akbar n’est pas si zen que ça

Classé dans : Cuisine — Miklos @ 17:19

« Manger bio, boire beaucoup d’eau et prendre quelques cours de yoga… pour rester zen, il n’y a pas que ça ! » — Anon.

Akbar aime les tomates qui ont le goût de tomates, même si elles ne sont pas parfaitement rondes et uniformément rouges tel un visage surexposé au soleil après un séjour au Club Med. Il savoure les pommes sans qu’elles soient forcément brillantes comme un sol en PVC passé au Ripolin, et les bananes, il les préfère piquées, parfumées et sucrées et non pas pâles comme la lune en fin de décroissance. Il se fournit donc bio (chez « la première enseigne spécialisée de produits biologiques et naturels en région parisienne »), ce qui lui permet aussi de déguster crues ou cuites les peaux de fruits et de légumes sans craindre de voir son taux de dioxine augmenter sensiblement.

Un petit supermarché bio au nom très bio (et qui annonce être « leader de la distribution alimentaire biologique spécialisée en France ») s’est récemment ouvert dans le coin. Malgré sa façade trop dans le vent, Akbar décide finalement d’y rentrer. Au premier coup d’œil, il constate que le choix, pour un même produit, y est plus limité que dans ceux qu’il fréquente et est plutôt orienté vers la grande production industrielle bio que vers les petits producteurs. Des rayons proposent aux adeptes de ceux-qui-mangent-sur le-pouce des repas tout prêts en boîte de plastique (qu’il espère recyclable). Les quelques fruits et légumes ont un petit air fatigué qui ne le séduit pas. Quant aux prix, ils sont à la hauteur du décor.

Akbar se dirige vers la sortie quand il aperçoit du coin de l’œil un pain au müsli emballé sous cellophane. L’étiquette qui recouvre tout une face (en annonçant « pains », bien qu’il n’y en ait qu’un) en décline la composition : raisins, abricots, noisettes, amandes en poudre, figues, noix, noix de cajou, dates… et en plus, bio (à part 50% de la farine de blé complet, mais il faut lire les notes de bas de page pour le constater). La salive monte à la bouche d’Akbar. Il ne résiste pas à la tentation, il s’en saisit et passe à la caisse.

Arrivé chez lui, Akbar sort le paquet, va en découper l’emballage. Mais ce qu’il aperçoit alors le glace d’horreur : le pain est couvert de taches de moisissure excepté sur la face où se trouve l’étiquette, ce qui explique qu’il ne l’ait pas remarqué en l’achetant. Et pourtant, il y a encore deux mois jusqu’à sa péremption annoncée.

Outré, Akbar retourne dare-dare au magasin pour y rendre l’objet du délit (qu’il aurait tant voulu être celui du délice). Le vendeur s’en saisit d’un air dégagé :

— « Ça arrive ».

Akbar demande :

— « Vous ne vérifiez pas vos produits ?

— Et vous, vous n’avez pas vérifié ?

— Ce n’est pas mon métier ! » dit Akbar indigné. Naïf, il ne suppose pas a priori que les produits qu’il achète sont avariés, surtout dans un magasin qui se dit bio (même si ce n’est qu’à 50%).

Akbar espère que le magasin vérifiera tout le lot, mais à vrai dire il en doute. Fidèle, il revient à son magasin habituel, finalement content de ne pas l’avoir trompé avec ce petit jeune.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

14 décembre 2008

Life in Hell: A Food Drama in Five Acts, a Prelude and a Happy Epilogue

Classé dans : Cuisine — Miklos @ 1:37

Prélude

La Dame de chez Maxim Tartine :

— « À propos de ce restaurant de tartes flambées alsaciennes à volonté… »

Akbar :

— « J’y vais ce soir, attention…!

— Un samedi soir ? Je préviens la brigade de faction !

— C’est fait, Akbar est attendu, avec ou sans la Cantatrice, ils sont prêts !

— C’est avec Jeff. On apporte parapluies, extincteurs, piles de mots croisés et paquets de chips pour faire passer le temps, en attendant, au cas où.

— Que la force soit avec Jeff et Akbar ! »

Acte I

Le restaurant est plein à craquer. Une table dans un recoin plus calme les accueille. Zeimer (Al, de son prénom) s’approche.

— « Bonsoir. Vous êtes prêts à commander ? »

Akbar :

— « Oui, on commence par une bouteille de Gewurtztraminer. Peut-on l’avoir pour l’apéro, avant l’entrée ? », demande-t-il italiquement. Puis ils commandent entrées et plats. Al disparaît. Akbar à Jeff :

— « Je ne sens pas le truc, Al n’écoutait pas, va oublier… »

Acte II

Le vin tant attendu n’arrive pas. Akbar le redemande. Finalement, un serveur leur apporte deux verres et une carafe d’eau. Akbar reredemande le vin.

Plus tard, il aperçoit au loin Al s’approcher, les mains vides. Il lui lance son regard le plus noir, et lui rappelle télépathiquement sa demande. Al fait demi-tour et revient avec la bouteille en question.

Le vin est parfait et correspond à ce qu’en dit son étiquette : « puissant et typé, ample et rond, avec des notes épicées (poivre, coriandre…) et florales (rose, pivoine). » Akbar dit plus simplement que c’est ‘achement bon. Question fleurs justement, un indien, un bouquet à la main, descend à la cave d’où proviennent des vagues de brouhaha réjoui d’une foule d’étudiants en goguette. Il en remonte bien plus tard avec le même bouquet.

Acte III

Les entrées arrivent. Celle de Jeff, du jour, est très diététique : bien que calorique en principe, il y en a tellement peu qu’il la termine longtemps avant celle d’Akbar, qui pourtant mange bien plus rapidement que lui. Quant au pain, même topo que pour le vin : après plusieurs rappels, un regard noir fait l’affaire.

Long entr’acte.

Acte IV

Al :

— « Voulez-vous commander les plats ? »

Akbar :

— « On l’a déjà fait, avec les entrées. Voici ce qu’on a demandé : … »

Al l’interrompt avant qu’il finisse et s’éloigne. Akbar à Jeff :

— « Je t’avais dit… »

Les plats arrivent. Jeff et Akbar sont contents, c’est chaud, c’est bon. Ils dégustent en bavardant.

Al :

— « Que voulez-vous reprendre ? »

Akbar :

— « Moi, je reprends la même chose. »

Al disparaît avant que Jeff n’ait eu son mot à dire.

Les plats arrivent. Celui de Jeff est annoncé comme « champignons gratinés », mais il n’y a pas de champignons. Ça ne fait rien, Jeff est bien plus accommodant qu’Akbar, et trouve sa tarte bonne.

Acte V

Le patron, toujours attentionné, amical et aimable, mais quelque peu inquiet (il connaît ces clients et a dû remarquer les regards sombres d’Akbar) :

— « Nous sommes débordés, avec ce groupe d’étudiants arrivés une heure en retard… Tout se passe comme vous le voulez ? »

Akbar, doucereux :

— Oui, sauf que la tarte aux champignons sans champignons… », laissant la phrase suspendue.

Jeff reçoit sa dernière portion. Champignons, fromage, gratinage, tout y est. Il est content.

Épilogue

Akbar est un râleur. En fait, ils ont passé une bonne soirée. Après tout – ou avant tout –, l’atmosphère est sympathique, le patron est chaleureux, la nourriture est bonne ; que demande le peuple ?

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

12 décembre 2008

Life in Hell: “There is no sincerer love than the love of food” (G. B. Shaw)

Classé dans : Cuisine — Miklos @ 22:56

Akbar aime manger (il est bien élevé). Akbar aime bien manger (ça se voit). Ce qui l’empêche souvent d’essayer de nouveaux plats, c’est qu’il ne se lasse jamais de ceux qu’il connaît déjà : le tartare de saumon ou le saumon mariné sur galette de céleri chaude, par exemple. Aujourd’hui, Emma se rapproche avec un regard allumeur : « Nous avons un très bon potage aux poireaux et à la Fourme d’Ambert… », sussure-t-elle d’un air entendu. Akbar ne dit ni une ni deux, il dit oui. La Fourme d’Ambert, il aime. Il en fait d’ailleurs une excellente tarte, avec des cerneaux de noix (il ne révèle pas les autres ingrédients).

La soupe arrive, fumante. Elle a du corps, ce n’est pas le genre nouvelle cuisine (un peu d’eau tiède avec une pelure d’oignon disposée élégamment au centre, selon Akbar). La cuisinière est généreuse autant du légume qui épaissit que du fromage qui lie et ajoute une saveur persillée. Akbar fait chabrot. Il est ravi : le corps se réchauffe et ses papilles sont flattées. Les quelques tranches de pain légèrement grillé agrémentent la potée. Ce n’est pas de la grande cuisine, c’est de la bonne cuisine. Copieuse, elle suffirait pour un repas.

Mais c’est sans compter sur Mumu : « Nous avons mis les brownies à la carte », dit-elle d’un air faussement négligent. C’est le coup de grâce : elle avait fait goûter Akbar au prototype, quelques jours auparavant. Coup de foudre : immatériel, ce n’était presque que du goût pur, un goût qu’Akbar apprécie d’autant plus qu’il est fan de chocolat noir. D’ailleurs, ici, ils font le meilleur pavé au chocolat qu’il ait mangé. Mais ce brownie… un nuage de chocolat, un rêve ! Aujourd’hui, il se rend : adieu, veaux, vaches, calories, vivement le brownie. Et la saveur reste suspendue dans son palais bien après le déjeuner…

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

29 octobre 2008

Life in Hell : Made in Italy

« Quand on arrive de France, et que l’on vient de traverser les Alpes de la Savoie, Turin semble une ville italienne ; quand on revient de Naples ou de Rome, on se croirait dans une ville française. Turin, la plus petite des capitales, est peut-être la plus propre et la plus régulière des villes. La plupart de ses rues sont tracées au cordeau et décorées de chaque côté d’édifices semblables. Quelques-unes sont même bordées d’une double rangée de portiques à arcades. » Frédéric Bourgeois de Mercey, « La Galerie royale de Turin », in La Revue des deux mondes, t. 28, 1841.

Le chef d’orchestre s’ennuyait. Il ne dirigeait que d’une main distraite et sans grandes nuances l’orchestre qui n’avait d’ensemble que le nom : les musiciens – peu nombreux, l’œuvre requérant une formation de chambre – devaient s’ennuyer aussi et, ne prêtant pas une attention particulière à leurs collègues, ne brillaient pas par la synchronie de leur jeu. Quant au public, il était tout aussi peu nombreux, la salle aux trois-quarts vide, programme sans doute trop contemporain pour les habitués : c’était pourtant des Danses concertantes que l’orchestre de la RAI était en train d’exécuter (littéralement), mais le nom du compositeur – Stravinsky – fait fuir encore bien des auditeurs près de quarante ans après sa mort.

L’œuvre suivante, le Concerto pour violon de Korngold avait pourtant tout pour les charmer : le néo-romantisme débordant, qui faisait se pâmer la jeune soliste qui possédait une bonne technique et une belle sonorité, mais qu’on s’attendait à se voir liquéfier d’émoi sur la scène quand elle ne se lançait pas dans des trémolos vigoureux (un regain de l’école russe de violon, que Chloë Hanslip avait suivie ?), les leitmotifs insistants limite harcèlement, le réveil de Jeffrey Tate qui se mit à diriger avec entrain, et le bref rappel hypervirtuose et néo-paganinien de John Corigliano… À l’entracte, Anna, Luca et Akbar décidèrent comme un seul homme de ne pas se soumettre aux 45 minutes de la première symphonie de Walton qui s’ensuivait et sortirent de l’auditorium de la RAI. Dommage, l’acoustique y était vraiment excellente, se dit Akbar.

Avant le concert, Anna les avait emmené manger léger – une nécessité après les délicieux repas qui avaient ponctué la conférence – dans un petit restaurant de quartier, Alla Mole, situé via Giuseppe Verdi, comme il se doit pour une soirée musicale. Sa pizza à la roquette méritait non seulement une mention particulière – dont acte – mais de revenir le lendemain soir, ce qu’Akbar n’hésita pas à faire, nonobstant son régime : la pâte fine, élastique, savoureuse et légèrement dorée et croustillante sur les bords, le sel discret à souhait ; une fine couche de mozzarella, des tomates fraîches, des feuilles de roquette et un soupçon d’origan ; chaude et généreuse tout en étant parfaitement digeste, quel plaisir !

Ce restaurant tient son nom du bâtiment qui héberge actuellement le musée national du cinéma à l’architecture aussi singulière que son histoire, et devenu le symbole de Turin : destinée à être une synagogue, la Mole Antonelliana est le fruit du délire de son architecte auquel elle doit son nom (Alessandro Antonelli) dépassant, en budget et en hauteur (113 m, et ultérieurement, 167 m), la commande initiale de la communauté juive (67 m) qui se retira du projet. L’intérieur, vide, est aménagé de façon spectaculaire en cinq niveaux sur le pourtour de l’édifice et propose une très riche histoire du cinéma, les merveilleuses inventions qui l’ont émaillée – les ombres chinoises, les lanternes magiques, la photographie, les chambres obscures, la stroboscopie… – ses metteurs en scène, ses acteurs et ses stars mythiques… Le rez-de-chaussée du musée est une immense salle de cinéma avec deux écrans géants et où trône un immense Moloch, et dont le pourtour consiste en des décors reconstituant des lieux magiques.

Turin n’a pas que la Mole de spectaculaire. On est, après tout, en Italie, et tout y est spectacle : les galeries couvertes, même celles d’immeubles plus récents, sont monumentales (sept à huit mètres de haut), les façades sont monumentales, les places sont monumentales. Les palais sont légions. Les étalages et les devantures – de pâtisseries, de glaces (Akbar préféra celle au parfum de cassate à la ricotta) –, les magasins d’habits, sont des combinaisons chatoyantes et d’une grande élégance. On est dans la mise en scène permanente.

La visite de la La Venaria Reale, à l’origine pavillon de chasse de la famille de Savoie, transformé en un complexe et labyrinthique palais royal, puis abandonné, voire partiellement détruit ou brûlé à diverses époques, et enfin récemment restauré de façon remarquable et agrémenté d’une mise en scène intéressante de Peter Greenaway, a constitué un splendide point d’orgue à ce bref séjour. Guidés par l’historien et le conservateur Andrea Merlotti, un homme passionné et particulièrement bien informé, Akbar et Anna ont traversé avec étonnement et plaisir, en parcourant ce très riche complexe, les quelque mille ans de l’histoire de la Maison de Savoie, celle de ses principaux personnages et de ses États aux frontières fluctuantes au fil des siècles.

Revenu à Paris, Akbar regretta le caffè, la polenta et les autres petits plaisirs quotidiens qu’il avait appréciés durant son séjour.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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