Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

14 janvier 2009

Souvenirs de Naples et de Rome

Classé dans : Photographie, Sculpture — Miklos @ 0:54


Au premier plan : Hercule Farnèse, musée archéologique de Naples.
En arrière-plan, partie d’une publicité D&G sur un mur de Rome.

«Le plus bel Hercule connu est l’Hercule en repos que l’on appelle l’Hercule Farnèse, parce qu’il était autrefois à Rome dans la collection Farnèse actuellement à Naples. Il tient derrière son dos les pommes d’or du jardin des Hespérides et s’appuie sur sa massue. » Sur la base se lit : ΓΛΥΚΩΝ ΑΘΗΝΑΙΟΣ ΕΠΟΙΕΙ (œuvre de Glycon). C’est une imitation d’un Hercule de Lysippe (Maffei, Raccolta di statue, XLIX). Соmр. l’Hercule posé sur sa massue (Morell, Méd. du Roi, XIV).

Biographie universelle, ancienne et moderne. Partie mythologique, t. 54. Paris, 1832.

«L’Hercule offre l’emblème de la force, calme, en repos. Ce colosse, du sculpteur athénien Glycon, avait d’abord été trouvé, privé de ses jambes, dans les thermes de Caracalla : Michel-Ange fut chargé par Paul III Farnèse de les remplacer ; mais à peine, malgré sa résistance, en eut-il achevé le modèle, qu’il le brisa à coups de marteau, en s’écriant que jamais il ne voudrait ni ne pourrait faire un doigt d’une telle statue. Guillaume de la Porta, alors le plus renommé après lui des sculpteurs, fut chargé du travail, et il y obtint l’approbation universelle ; mais les véritables jambes ayant été retrouvées dans un puits, » à trois milles de la place où le corps avait été découvert, elles lui furent restituées, le prince Borghèse, qui les possédait, les ayant cédées généreusement au roi de Naples. Il ne manque aujourd’hui au fils d’Alcmène que la main gauche.

M. Valery, Voyages historiques et littéraires en Italie pendant les années 1826, 1827 et 1828 ; ou L’Indicateur italien. Bruxelles, 1835.

13 janvier 2009

Rome 2009

Classé dans : Lieux, Philosophie, Photographie, Religion — Miklos @ 23:05


Giordano Bruno dans Rome illunée

«Les deux ouvrages l’un en Latin l’autre en Italien que Giordano Bruno a publié de l’univers & de l’infini, & que j’ay lûs autrefois, font voir que cet auteur ne manquoit pas de penetration. Mais malheureusement il est allé au-delà des justes bornes de la raison.» Il donnoit aussi dans les Chimeres de l’Art de Raymond Lulle. Je n’ay jamais lû son spaccio della Bestia triomfante : il me semble, qu’on m’en a parlé un jour en France, mais je ne le saurois asseurer : il y a trop long temps.

Leibniz, Lettre à Mr Toland, 1709.

«Les libertés qu’ont prises Machiavel, l’Arioste, l’Aretin, l’archevêque de Bénévent la Casa, le cardinal Bembo, Pomponace, Cardan, & tant d’autres savans, sont assez connues. Les papes n’y fesaient nulle attention ; & pourvu qu’on achetât des indulgences, & qu’on ne se mêlât point du gouvernement, il était permis de tout dire. Les Italiens alors ressemblaient aux anciens Romains qui se moquaient impunément de leurs dieux, mais qui ne troublèrent jamais le culte reçu.1 Il n’y eut que Giordano Bruno, qui ayant bravé l’inquisiteur à Venise, & s’étant fait un ennemi irréconciliable d’un homme si puissant & si dangereux, fut recherché pour son livre della bestia trionfante ; on le fit périr par le supplice du feu, supplice inventé parmi les chrétiens contre les hérétiques.» Ce livre très-rare est pis qu’hérétique ; l’auteur n’admet que la loi des patriarches, la loi naturelle ; il fut composé & imprimé à Londres chez le lord Philippe Sidney, l’un des plus grands-hommes d’Angleterre, favori de la reine Elisabeth.

Voltaire, Lettre II sur François Rabelais.

1 Nous citons tous ces scandales en les détestant, & nous espérons faire passer dans l’esprit du lecteur judicieux les sentimens qui nous animent.

1 janvier 2009

Anguilaneu !

Classé dans : Actualité, Littérature — Miklos @ 0:00

«[Le Guy] étoit cueilli au mois de Decembre, le sixiéme de la lune : & les Bardes, en chantant leurs Hymnes, alloient dans les Villes & dans les Bourgs, pour y annoncer le commencement de l’année au Peuple, & pour l’avertir de venir prendre le Guy qu’ils nomment Panchreston, comme si c’eût été un Preservatif contre toute sorte de maladies. » Ce Guy étoit distribué dans tous les Colleges aux Druides & à tous les Peuples qui venoient le recevoir au commencement de l’année, pour leurs Étrennes. C’est ce que l’on nomme au Guy l’an neuf, Ad viscum novus annus : & il y a encore quelques Provinces où les enfans crient dans les ruës, Anguilaneu.

Chevræna, ou Mélanges de M. Chevreau, Jean Boudot, 1696.

«Les Picards apres avoir crié l’an guy» l’an neuf, y adjonstent, Planté planté ; c’est-à-dire, une année abondante & fertile en toutes sortes de biens ; paroles tirées de la priere des Druides, qui souhaitoient au peuple abondance de biens.

Fleury de Bellingen, L’etymologie ou explication des proverbes francois, La Haye, 1656.

«Je suis le grand Diable Vauvert. C’est moi qui fais dire la Patenôtre du Loup ; Qui nouë l’éguillette aux nouveaux mariez : Qui fais tourner les Sas : Qui pétris le Gâteau triangulaire ; Qui rends invisibles les Freres de la Rose-Croix : Qui dicte aux Rabbins la Cabale & le Talmud : Qui donne la Main de gloire, le Trefle» à quatre, la Pistole volante, le Guy de l’An neuf, l’Herbe de Fourvoyement, la graine de Fougere, le Parchemin vierge, les Gamahez, l’Emplâtre Magnetique.

Cyrano de Bergerac, Le Pedant joüé, Comedie, Amsterdam, 1709.

27 décembre 2008

Loz mikh nisht alayn (ne me quitte pas)

Classé dans : Musique — Miklos @ 1:04

Betty Reicher à la Vieille Grille, le 10 janvier 2009

26 décembre 2008

Molière ? Cherche et tu trouveras.

Classé dans : Histoire, Littérature, Sciences, techniques — Miklos @ 20:26

« L’Illusion habite dans ces lieux (l’Elysée). » — Noël et Carpentier, Dictionnaire…, 1831.

« L’impunité commence par rendre les lois inutiles, et finit par les rendre ridicules. » — Ibid.

« L’évêque de Bellay définit [la politique], ars non tam regendi, quam fallendi homines (l’art de tromper les hommes, plutôt que l’art de les gouverner). » — Ibid.

« L’inconsistance des idées, du caractère d’un ministre, d’un gouvernement, sont des expressions très-claires. » — La Harpe, cité par Noël et Carpentier, ibid.

C’est en cherchant des utilisations du mot « encyclopédie » au XVIIe siècle que Google Books a renvoyé l’ouvrage suivant, qui ne manquera pas d’étonner les bibliophiles :

Selon la notice, il s’agit du Théâtre complet illustré d’un certain Théodore Comte Molière, publié par la Bibliothèque Larousse en 1669… Si la vignette indique bien M.DC.LXIX comme date – mais cela peut être trompeur, comme on le verra tout à l’heure – on y distingue les noms de l’auteur, « I.B.P. de Moliere », et de l’éditeur, « Iean Ribov ».

Le terme « encyclopédie » existait déjà au moins depuis un siècle : le Trésor de la langue française en fournit une citation tirée de chez Rabelais en 1532, et une autre assez curieuse datant de 1680, « mot qui a vieilli, & qui ne se dit guere que dans le burlesque » (Richelet, Dictionnaire françois). Voltaire, qui n’avait pourtant pas lu la Wikipedia, dit de l’Encyclopédie que c’est un habit d’harlequin, où il y a quelques morceaux de bonne étoffe, et trop de haillons. Cette information nous provient d’un ouvrage de Noël et Carpentier dont le titre ne peut que susciter l’irrépressible envie de le lire ou de le feuilleter : Philologie française ou dictionnaire étymologique, critique, historique, anecdotique, littéraire, contenant un choix d’archaïsmes, de néologismes, d’euphémismes, d’expressions figurées ou poétiques, de tours hardis, d’heureuses alliances de mots, de solutions grammaticales, etc. pour servir à l’histoire de la langue française, publié à Paris en 1831. On y trouve aussi des définitions et des citations qui sont toujours d’actualité (cf. en exergue), même si certaines sont assez surprenantes (celle qui suit est reprise par les auteurs quasi textuellement de l’Encyclopédie de Diderot) :

Larron, s. m. On appelait originairement de ce nom des gens plein de bravoure qu’on engageait par argent, et qui se tenaient aux côtés de ceux qui les avaient engagés ; ce qui les fit appeler laterones, et par ellipse latrones. (…) Mais l’indiscipline s’étant glissée parmi eux, ils se mirent à piller, à voler, et latro se dit pour voleur de grand chemin.

Mais revenons à l’ouvrage en question. Pierre Larousse, fondateur de la maison qui porte encore son nom, étant né en 1817, on voit mal comment il aurait publié ce livre quelque deux cents ans avant son Grand dictionnaire universel…. En fait, il s’agit du cinquième tome du Théâtre complet de notre Molière national (comme l’affiche sa page de titre), publié en 1909 (comme l’indique une mention marginale microscopique en toute dernière page), avec des notices et annotations d’un Théodore Comte. La vignette est la page titre de l’édition originale de 1669. Les informations fournies au lecteur en ligne – par un catalogueur fatigué ou un moteur inculte – confondent ces deux éditions que 240 ans séparent.

Cette édition-ci ne manque d’ailleurs pas d’intérêt pour l’extrait du catalogue de la Bibliothèque Larousse disponible alors (1909, pas 1669) :

On ne saurait trop vivement leur recommander de rééditer sans attendre :

et, pour ceux qui auraient résisté aux miroirs aux alouettes, cet opuscule :

Enfin, dans la collection Livres d’intérêt pratique, on leur suggère une version actualisée et moins sexiste de :

l’homme devant être informé, tout autant que la femme, des principes de l’hygiène.

Google Books ne fournissant en accès intégral que ce cinquième volume (tout en mentionnant les autres), il est intéressant de se tourner vers Gallica2. Après tout, cette édition n’est plus sous droits. Mais lorsque l’on y recherche le théâtre complet illustré de Molière, on en trouve les tomes 4, 5, 7, 8 et 11 (un prix sera décerné à la personne qui trouvera la formule mathématique ayant généré ces nombres entiers) d’une édition de la fin du XIXe siècle. Impossible de savoir ce qu’ils contiennent sans les consulter – en mode image uniquement, d’ailleurs. Quant à la recherche avancée où l’on indique « Molière » comme auteur et « théâtre complet » (même pas illustré) comme titre, elle répond : « Aucun document ne correspond aux termes de recherche spécifiés. » Quant à Europeana – qui est en version de test – elle ne propose encore aucun de ces volumes.

D’autres recherches fournissent des résultats parfois surprenants. Ainsi, si l’on souhaite trouver les versions intégrales des ouvrages en français dont l’auteur est Molière (avec l’accent), Google en fournit dix-neuf, mais si on limite la requête en y rajoutant que le titre doit comporter le mot « œuvres », il en trouve vingt-cinq… Ce n’est qu’en les consultant un à un qu’on constate qu’il s’agit en général de volumes choisis d’éditions complètes, non pas de l’ensemble. Quant à Gallica2, lorsqu’on lui demande tous les ouvrages dont Molière est l’auteur, elle répond avec une liste de 119 titres ; en affinant pour ne garder que les 77 de « Molière (1622-1673) (77) », on récolte 112 résultats, dont le premier est J2EE / Molière (Jérôme), publié en 2005, et dont l’auteur « connaît les arcanes de Java et J22 qu’il pratique depuis leur apparition… » Europeana fournit une liste de 107 résultats, dont la première page ne comprend que des « Oeuvres de Molière. Tome… », littéralement. Impossible de savoir de quel tome il s’agit sans cliquer une fois (et on n’en découvrira alors que le numéro), et de ce qu’il contient sans consulter la version (image) du document en question…

On ne boudera pas ces services : après tout, ils fournissent, chacun en son genre, un volume conséquent de contenus utiles, intéressants, informatifs ou curieux, autant pour l’amateur que le professionnel. Mais c’est ce volume lui-même qui y rend la recherche ardue, faute d’interfaces plus efficaces pour l’utilisateur : équivalences sémantiques, informations plus détaillées sur la nature des contenus dès le premier niveau des réponses, possibilités de regrouper, de trier et de filtrer, de rechercher dans les contenus, de les feuilleter facilement, de les annoter et de les télécharger, etc. Bien de documents risquent d’être tout aussi peu consultés que leurs originaux sur les étagères des bibliothèques partenaires si cet aspect n’évolue pas.

Pour en revenir à Google Books, on avait déjà signalé la fantaisie dans le signalement des dates d’édition de certains titres. Mais il ne s’agit pas toujours d’erreur de catalogueur ou de « La Machine » : la page de garde de l’ouvrage ci-dessous, consacré à la Marquise de Pompadour, affirme qu’il a été imprimé rue de la paix en 1658, près de 63 ans avant la naissance de son sujet et 143 avant celle de son auteur. Quant à la rue de la paix, adresse de l’éditeur, elle n’a été percée qu’après la révolution française. Ce n’est qu’une curieuse coïncidence, mais le corps de ladite Marquise avait été enseveli dans le caveau des Trémoille au cimetière du couvent des Capucines, au-dessus duquel a été tracée cette rue. Le livre a été réellement imprimé en MDCCCLVIII.

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos