« C’est une chanson d’amour qui s’envole, triste ou folle… »
discrète, coquine, profonde, fine, pudique…

…telle est Betty, qui chantera passé, présent et futur
samedi 19 janvier à la Vieille Grille, à 18h.

Zoomer : double-click. Dézoomer : majuscules + double-click. Déplacer : souris ou flèches.
Autres vues de Sydney.

Nous venons de dire : « essayer d’aborder à Ouessant » ; c’est, qu’en effet, la mer, toujours agitée, incessamment déchirée par les écueils, rend trop souvent impossible ou extrêmement dangereux ce petit voyage de vingt-deux kilomètres.
Le passage du Fromveur, véritable torrent, plein de remous et d’inégalités, coulant avec une vitesse de sept à huit nœuds par marée ordinaire, toujours furieux, mais épouvantable au moindre souffle ; les chenaux de la Helle et du Four, détroits couvrant les vestiges de l’ancien relief du littoral, ne le cèdent point, en renommée sinistre, au raz de Sein, à la côte de Plogoff et de Penmarc’h. Partout le péril se présente, là même où il n’est pas soupçonnée par des yeux inexpérimentés (…).
Il faut encore y joindre les difficultés de la navigation dans le dédale des îlots semés en si grand nombre vis-à-vis ce point, appelé la Fin de terre (…).
« Qui voit Ouessant voit son sang ! » affirme un dicton bien connu de tous les marins et pêcheurs armoricains.
C’est l’Enez-heussa (l’île de l’Épouvante), disent en tremblant les femmes anxieuses pour le retour de leurs pères, de leurs maris, de leurs enfants. Nom bien choisi, tellement les périls de tous genre environnent ce petit coin de terre, long de huit kilomètres, large de cinq et si âprement découpé par la vague que, vu à vol d’oiseau, il emprunte l’aspect de Célèbes (Océanie), figurant plusieurs presqu’îles unies par un centre commun.
Les Ouessantais prenaient et prennent encore admirablement leur parti de la situation. Ils savent se suffire à eux-mêmes. Les vieilles mœurs vont partout s’effaçant ; néanmoins, la douceur, la probité, l’hospitalité, la moralité forment le fond du caractère des habitants (…).
Les hommes de l’île sont tous marins (…). Les femmes restent presque exclusivement chargées de travaux agricoles (…). L’orge est la meilleure des récoltes (…). Les mottes ou glonats, mélange de varechs et de détritus, sont encore un combustible très employé. (….) La chair du mouton possède une succulente renommée ; les vaches produisent un lait délicieux. Quant aux chevaux, ils étaient remarquables par leur vivacité d’allures, l’élégance de leurs formes (…).
Ouessant posséda un collège de druides, respectés, écoutés de la Gaule entière. Les étymologistes en ont conclu que le nom du pays signifierait : île des très respectables, ou, plus simplement, île très élevée, des deux mots ushant-inis, qui pouvaient être pris dans le sens littéral ou le sens figuré, tous deux parfaitement appropriés et au collège sacré et à la configuration du sol (…).
Durant les longues nuits d’hiver, quand le redoutable vent du sud-ouest soulève l’Atlantique, quand la crête des lames tourbillonne en mugissant, quand la voix sourde des récifs répond à leur clameur, quand une atmosphère opaque ou perfidement vitreuse enveloppe l’horizon, combien de capitaines ont cherché avec anxiété la lueur protectrice [du phare du Stiff] !… Depuis deux cents ans qu’elle brille, elle a successivement éclairé la route des flottes de Tourville, des escadres de Duguay-Trouin, des armées navales de d’Orvilliers, de Guichen… et de tant de vaisseaux qui, à la fin du siècle dernier, allaient chercher l’ennemi avec une carène délabrée, des mâts tenant à peine, équipage novice mais plein d’ardeur. La victoire récompensa souvent leur héroïque audace.
Valentine Vattier d’Ambroyse, Le littoral de la France, vol. 2. Paris, 1890-1892.
Ce n’est qu’un au-revoir… (autres photos)

« Les souvenirs sont nos forces. Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates, comme on allume des flambeaux. » — Victor Hugo
« Il est prouvé que fêter les anniversaires est bon pour la santé. Les statistiques montrent que les personnes qui en fêtent le plus deviennent les plus vieilles. » — Den Hartog
Rien qu’à Paris, on trouve des rues du 8 mai 1945, du 29 juillet et du quatre septembre (qui s’appelait avant rue du dix décembre), ainsi que les places du 19 mars 1962, du 18 juin 1940, du 25 août 1944, du 8 novembre 1942 et du 11 novembre 1918, et même la place du Trocadéro-et-du-11-novembre ; à Rueil Malmaison, une rue du 19 janvier ; à Grosbliederstroff, une rue du 18 février ; à Toulouse, une rue du 10 avril et la cité du six avril 1944 ; à Clermont Ferrand, une place du 1er mai ; à Abbeville, des rues du 20 mai 1940 ; à Cognac, une rue et une impasse (!) du 14 juillet ; à Saint-Quentin (Aisne), une place du 8 octobre 1870 ; à Châteaudun, une place du 18 octobre ; à Dijon, une place du 30 octobre ; à Kogenheim, une rue du 1er décembre.
Plus le temps passe, plus il y a d’anniversaires, de naissances, de mariages et de décès, de paix et de guerres, d’événements et parfois de non-événements. On les marque pour fixer le souvenir des disparus, on compte ceux des vivants afin de se donner l’illusion de vaincre, temporairement du moins, la mort. Pour ces derniers, la fréquence augmente avec l’âge (tous les dix ans, puis tous les cinq ans…). Les trophées de survie de mariages se font plus spectaculaires avec les décennies qui passent : si l’on connaissait les noces d’argent (25 ans), d’or (50 ans) et de diamant (75 ans), s’y est rajoutée – commerce oblige – une pléthore d’autres célébrations allant des noces de coton (1 an… et il y en a qui ne passent même plus ce cap) au platine (70 ans) puis au chêne (80 ans), auxquelles on est bien forcé de rajouter, à mesure que l’espérance de vie se rallonge, celles de granite (90 ans) et… d’eau (100 ans). Que restera-il pour les générations suivantes, celles de l’air puis du vide ? C’est sidéral, pardon, sidérant.
La musique classique ne perd pas une occasion de rappeler la mémoire de ses chers disparus pour organiser moult concerts et vendre des coffrets d’anthologie à tout venant. Les 250 ans de la naissance de Mozart (il était né un 27 janvier 1756), aimé de Dieu et du grand public, ont fait l’effet d’un bouche-à-bouche providentiel à l’industrie du disque qu’on dit moribonde (fêtera-t-on les anniversaires de sa mort ? on célèbre bien celui de sa naissance), et il est probable que les anniversaires des 250 ans du décès de Haendel (le 14 avril 1759) et du bicentenaire de celui de Haydn (31 mai 1809) en 2009 auront des retombées financières assez importantes. Comme quoi, si on ne meurt qu’une fois, on renaît périodiquement tous les cinquante ou cent ans, surtout si on est connu.
Cette année verra célébrer deux importants centenaires musicaux : ceux des naissances d’Olivier Messiaen (né le 10 décembre 1908 et décédé le 27 avril 1992) et d’Elliott Carter (né un jour après Messiaen et toujours vivant et actif).
En sus des aspects novateurs de son œuvre, l’influence de Messiaen sur le cours de la musique au XXe en tant que pédagogue est comparable par son ampleur à celle de Nadia Boulanger : parmi ses élèves, on compte Yvonne Loriod (née en 1924) qu’il épousera, Pierre Boulez (né en 1925), György Kurtág (1925), Pierre Henry (1927), Karlheinz Stockhausen (1928-2007), François Bayle (1932) ou Iannis Xenakis (1922-2001), mais aussi la relève : Gérard Grisey (né en 1946, prématurément disparu en 1998), Tristan Murail (1947), Michaël Lévinas (1949) ou George Benjamin (1960). L’association Messiaen 2008 informe et coordonne les événements qui marqueront cet anniversaire au cours de l’année.
Quant à Elliott Carter, il compose toujours. La création mondiale de son Concerto pour cor a été donnée en novembre par le Boston Symphony Orchestra, suivie de peu par la création new-yorkaise de son unique opéra, What Next ? Son nouveau Concerto pour piano devrait, lui, être joué bientôt pour la première fois. Outre les concerts de ses œuvres ou à son honneur (notamment le Ten for Carter, qui comprendra dix œuvres commandées à dix compositeurs à cette occasion), un colloque international lui sera consacré à Paris. So, happy birthday, Mr. Carter (à ne pas confondre avec le célèbre Happy Birthday, Mr President).
The Blog of Miklos • Le blog de Miklos