Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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13 décembre 2008

(Re)cherchez la femme

Classé dans : Langue, Médias — Miklos @ 14:25

« Petite, et dabitur vobis : quaerite, et invenietis : pulsate, et aperietur vobis. » (« Demandez et il vous sera donné ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira »). — Matt. VII:7.

« L’habitude fait les faux amis comme l’occasion fait les faux amants. » — Paul Léautaud

Une lettre d’information (professionnelle et payante) consacrée à l’enseignement supérieur et à la recherche titrait hier : « Harvard va geler les salaires et suspendre les projets de recherche de sa principale faculté ». Si c’est le cas, c’est la fin annoncée de la prestigieuse université : une partie de son financement (et celui de ses consœurs) provient justement de la recherche.

Heureusement qu’il n’en est rien. L’auteure de cet article (qui a publié ultérieurement un correctif) avait fait un contre sens dans sa traduction de l’annonce originale. Celle-ci parlait de “a hold on the bulk of current searches for tenure-track and tenured faculty”, soit « la suspension de l’essentiel des recrutements sur postes de professeurs permanents ».

La confusion entre search (action de chercher – pour trouver – quelqu’un ou quelque chose d’existant, selon le TLF) et research (action de chercher pour trouver, pour dévoiler, quelque chose de caché, d’ignoré, toujours selon le TLF) est courante en France : nous ne possédons que recherche pour traduire ces deux termes. Attention aux faux amis…

Perles du vendredi

Classé dans : Humour, Langue — Miklos @ 0:57

— « J’ai appris la grammaire selon la méthode Ogino. » — Un jeune homme probablement abstinent

— « Avez-vous un appareil de téléphone fixe sans fille que vous pouvez me donner ? »Petite annonce outrageusement sexiste

18 octobre 2008

La course effrénée des médias

Classé dans : Actualité, Médias, Société — Miklos @ 12:49

Le Monde rapporte l’enquête dont ferait l’objet DSK pour « un possible abus de pouvoir » du fait de sa vie intime. S’il est légitime de s’interroger sur le fait – la personne a-t-elle bénéficié d’« émoluments excessifs » (et non pas « excessive », comme l’écrit Le Monde sans se relire, dans sa hâte à être l’un des premiers à rapporter l’affaire) eu égard à sa fonction ou a-t-elle été poussée à la démission –, l’aspect « intime » n’a rien à y voir.

Cette curiosité maladive et obsessionnelle, qui intéresse surtout les puritains américains adeptes du battage de coulpe ou du lynchage publics et la presse people (voire peephole – ce qui n’a rien de très glory), envahit la France. Elle se nourrit, il faut aussi le dire, par la propension de certains de nos grands hommes à mettre en scène leur vie privée et leurs scènes de ménage d’une façon qui, parfois, n’est pas sans rappeler les comédies de Feydau. À d’autres moments, elle peut se terminer tragiquement sous un pont de Paris au terme d’une poursuite sans relâche de paparazzi. « Livré aux chiens », avait lancé Mitterrand après la mort de Pierre Bérégovoy.

Constatant que le prix de leur exhibition est finalement trop élevé, on en voit qui font maintenant appel à la justice, cousette chargée de faire des reprises dans leur cache sexe déchiré. Un spectacle de plus pour un certain public friand de froufrous.

15 septembre 2008

Life in Hell : le dernier homme

Classé dans : Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 3:00

« Il vaut mieux passer à la Poste hériter qu’à la postérité. » — Alphonse Allais1

« En 1576 les messagers royaux furent autorisés à se charger du port des correspondances privées, et ainsi naquit ce grand service public de la poste, qui désormais se développa régulièrement. » — Marcel Marion, Dictionnaire des institutions de la France aux XVIIe et XVIIe siècles, 1923.

Akbar n’est pas content. Sa tentative d’effectuer un don en ligne à une association à laquelle il contribue depuis longtemps avait échoué malgré ses tentatives répétées, et il craignait d’avoir été débité autant de fois. Il avait écrit à l’organisme qui ne lui avait jamais répondu tout en continuant à lui envoyer des appels à sa générosité. Il va leur écrire une lettre recommandée, cette fois.

Akbar n’est pas content : il doit aller à la poste. Autrefois, il y avait un bureau dans son quartier. Puis celui-ci a fermé, et il a fallu se rendre dans un local vieillot et poussiéreux situé dans l’arrondissement voisin, aux queues interminable. Il y avait quatre ou cinq guichets (mais un ou deux agents) ; répartis comme ils l’étaient dans deux ailes de l’agence, il était impossible de savoir si l’on avait choisi la bonne file d’attente ou non. Puis cette poste avait fermé « pour travaux » et Akbar devait se trimbaler jusqu’à celle du Louvre, immense hall où l’on se sent aussi petit qu’un personnage de Sempé (pas le claveciniste mais le dessinateur).

Jusqu’à la récente réouverture de ce bureau. Akbar le découvre les yeux émerveillés : flambant neuf, couleurs claires, guichets accueillants, présentoirs garnis, on se croit aux Amériques. Il cherche le formulaire pour lettre recommandée parmi ceux en libre service : il n’y en a pas. Au moment où il s’approche du seul guichet occupé par un préposé, celui-ci s’éclipse. Akbar se souvient de la fameuse phrase de Ponson du Terrail : « La Marquise allait enfin s’expliquer, quand la porte en s’ouvrant lui ferma la bouche », mais il n’est plus aussi content qu’en entrant.

Voyant le désarroi qu’il ne se prive pas d’afficher, une employée accorte au sourire flambant neuf (une nouveauté, dans l’agence ; cela avait aussi dû faire partie des ravalements de façade) s’approche. Elle lui explique que ce formulaire n’est pas mis à disposition du public (contrairement au passé), il faut le demander – elle se fera un plaisir de le lui remettre – et, voyant qu’il tient à la main plusieurs autres lettres à cacheter, précise qu’elle ne vend pas de timbres à l’unité (ce qui se faisait auparavant) : c’est soit le carnet soit La Machine À Côté, qui, elle, est disposée à le servir (sauf pour le formulaire dont il a besoin). Akbar est encore moins content.

Se disant qu’un carnet lui éviterait de revenir au moins neuf autres fois à cette agence – et ne craignant pas le sort de la pauvre Clara, les timbres dorénavant autocollants –, il en demande deux à la femme souriante. « Vous en voulez de beaux ? », demande-t-elle sans se départir de son sourire. Il opine (il ne lui serait jamais venu à l’idée d’en demander des laids), en colle sur les enveloppes non recommandées et les tend à la postière. Les beaux timbres ont si peu l’air de timbres que la dame croit d’abord qu’il n’a pas collé les timbres qu’elle vient de lui vendre, mais se reprend rapidement et les lui rend, en expliquant à Akbar qu’elle ne peut les prendre : il faut qu’il les dépose dans la boîte qui se trouve hors de l’agence, « à droite en sortant vous marchez jusqu’à ce que vous les voyez ».

Il s’y retrouve en même temps qu’un autre malheureux qu’il avait remarqué du coin de l’œil dans l’agence : la préposée souriante avait passé un long moment à lui expliquer le fonctionnement de La Machine au lieu de lui fournir le timbre dont il avait besoin – ce qui lui aurait pris dix fois moins de temps : mais ce n’était pas le but du jeu, il faut apprendre aux clients à se passer du personnel coûte que coûte (pour baisser ce qu’ils coûtent). Le pauvre hère dit à Akbar que pour lui c’était bien plus compliqué que pour les jeunes générations si familières de « ces » machines.

Akbar, étonné – l’homme semble pourtant jeune, et d’ailleurs les jeunes générations, n’envoyant plus de lettres, n’ont nul besoin de ces machines –, compatit, et se met à rêver au brave new world dans lequel on entre de plein pied, celui habité par des robots bien plus efficaces et aimables que les employés, ronds de cuirs, vendeurs, ouvreuses, marchands, machinistes de bus ou de métro, musiciens et chefs d’orchestre2 ; celui où l’écran est le passage obligé pour tout contact humain sans d’ailleurs que l’on puisse vraiment savoir si, à l’autre bout, il y a encore un homme ou déjà un humanoïde.

Akbar n’est plus content du tout. Il n’est pas encore un golem, lui. « Moi non plus ! », déclare Jeff.

1 On trouve aussi « J’aime mieux aller hériter à la poste que d’aller à la postérité. » (attribué à Louis Auguste Commerson – que la Wikipedia française confond Allais-grement avec l’explorateur Philibert Commerson – dans un ouvrage publié un an avant la naissance d’Alphonse Allais), et, selon Évène, à Alexandre Breffort.
2 Sur le remplacement progressif des musiciens (et bientôt de leur public) par des robots, cf. l’article de la Lettre d’information de IAML (p. 10-11). Depuis, d’autres inventions ont conforté cette tendance.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

2 septembre 2008

Le nouveau Monde

Classé dans : Actualité, Langue — Miklos @ 15:56

« Surtout qu’en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée. »

— Boileau, L’Art poétique.

« II ne faut pas confondre le barbarisme avec le solécisme : entre eux il y a cette différence que le barbarisme est une locution étrangère à une langue, et que le solécisme est une faute contre la régularité de la construction d’une langue, faute que les naturels d’un pays peuvent faire par inadvertance ou par ignorance. »Encyclopédie des gens du monde, 1834.

« L’orthographe est de respect ; c’est une sorte de politesse. » — Alain.

Un article du Monde en ligne d’aujourd’hui au titre pour le moins racoleur (sinon vulgaire), « La grossesse de la fille Palin… » frappe par l’étrange combinaison de la vacuité de son sujet et de la densité des fautes qui émaillent le texte : mauvais accords (« la phrase prononcé par M. Obama qui est devenu le sujet de prédilection comme l’attestent plusieurs post », « une chasse au sorcières », « J’ai deux filles… s’ils font une erreur, je ne veux pas qu’elles soient punies »…), faux amis (« Je vais leur apprendre les morales » où l’anglais morals aurait dû être traduit par morale), sans parler de l’usage d’américanismes à outrance là où il existe un terme ou une tournure en usage en français (« post » au lieu de « billet », par exemple).

Mais le clou est la phrase suivante :

L’idée de voire les « bébés comme des punissions », qui revient fréquemment dans les posts consacrés à cette affaire, est une pique contre Barack Obama.

Nouvelle orthographe ? Voire ! Plutôt obsolète, « punission » étant attesté en 1250. Quant à « voire », c’est un adverbe dérivé du latin verus (vrai), tandis que « voir » provient de videre.

Les morales (sic) de ces histoires : (1) corrigez, correcteurs ! (2) « Ce qui importe ce n’est pas de lire mais de relire » (J. L. Borges).

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