Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

28 octobre 2005

La Star Académie Française sur France Télévision, ou Alagna est-il en mauvaise compagnie ?

Classé dans : Langue — Miklos @ 14:06

Lors de l’entretien avec Roberto Alagna sur France 2 à propos de son disque de succès de Luis Mariano, Olivier Galzi, qui présentait aujourd’hui le journal télévisé de 13h, lui demande : « Un dernier mot sur vos compagnons et heu… compagnonne de duo, Arielle Dombasle, Elie Semoun, Jean Reno… ».

Je doute que compagnonne ait été utilisé dans son acception « Vx, p. plaisant. », comme l’indique l’incontournable Trésor de la langue française, qui donne pour exemple : Ces deux aimables compagnonnes [la luxure et la mort] voyagent toujours ensemble. Est-ce alors avec le second sens, celui de Femme laide, masculine qu’a été qualifiée Arielle Dombasle, la compagne (de chant) d’Alagna ?

24 octobre 2005

Jeu de mots, tristes maux

Classé dans : Langue, Littérature — Miklos @ 1:59

Je viens de lire, dans un commentaire d’un journal en ligne :

j’ai connu son fils a Celan , a Paris, il est clown , il s’est jete dans la scene

J’y lis : Il s’est jeté dans la Seine, ce que fit Celan (père). Il y a quelque chose de poétique sur cette façon de résumer les destins tragiques des clowns (et de leurs pères), de l’appel des planches à celui de la rivière.

23 octobre 2005

Tapez moins fort, Big Brother vous écoute

Classé dans : Politique, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 23:53

La FCC américaine (Federal Communications Commission, l’équivalent de l’ANRT, en quelque sorte) vient de publier le décret d’application d’une directive qu’elle avait émise en août, étendant les provisions d’une loi de 1994 concernant les écoutes : dorénavant, celles-ci s’appliqueront aussi aux universités, aux bibliothèques, aux aéroports fournissant des connexions sans fil et aux fournisseurs d’accès à l’internet (commerciaux, publics – comme les municipalités).

La loi d’origine obligeait les compagnies de téléphone d’adapter leurs systèmes à leurs propres dépens afin de permettre aux Strasky et Hutch fédéraux d’y avoir éventuellement accès. Le nouveau décret requiert cette adaptation de la part de tous ces autres modes de communication (courrier électronique, voix sur IP) jusqu’au printemps 2007.

Les protestations les plus fortes sont venues des universités, qui indiquent que le coût qu’elles auraient à supporter s’élève à 7 milliards de $ au moins, sans pour autant assurer de pouvoir identifier les contrevenants. Elles se préparent donc à ester en justice auprès de la Cour d’appel des US, mais ne remettent pas en cause le droit du gouvernement à utiliser les écoutes pour combattre le terrorisme et la criminalité sur les campus universitaires.

Par contre, le Center for Democracy and Technology, groupe d’activistes pour les libertés civiles, va déposer plainte à l’encontre de cette tentative du gouvernement de contrôler l’internet.

Source : Le New York Times.

20 octobre 2005

Le web comme hégémonie de l’amateurisme, ou Wikipedia sous les feux croisés

Classé dans : Livre, Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 0:37

Dans un récent article lumineux, Nicholas G. Carr1 analyse les valeurs New Age que le Web nouvelle géné­ration – celui de l’« intel­ligence col­lec­tive » symbo­lisée par Wikipedia et les blogs – repré­sente : « par­tici­pation, collec­ti­visme, commu­nautés virtuelles, ama­teu­risme », avec, comme corrélats, « superfi­cia­lité, préfé­rence des humeurs aux faits, écholalie, encou­ra­gement à l’extrémisme idéo­lo­gique et au commu­nau­ta­risme ». Prenant comme cas d’espèce le manque de qualité et de fiabilité de la Wikipedia2 (qu’il analyse avec exemples à l’appui), il en conclut que l’Internet bouscule l’économie de la culture d’une façon qui en réduira les options plutôt que les élargira : le choix est clair, entre (par exemple) l’Ency­clopédie Britan­nica et la Wikipedia, on choisira ce qui est gratuit, et ce qui s’y trouve sera répliqué à l’infini sur le Web, quel que soit sa qualité. En réponse à Kevin Kelly, qui affirme qu’« à cause de la facilité de création et de diffusion, la culture en ligne est la culture », il dit : « J’espère qu’il a tort, mais je crains qu’il ait raison ».

Il semblerait que même au sein de la Wikipedia on commence à avoir des doutes. Dans un autre article, Andrew Orlowski rapporte que Jimmy Wales, l’un des co-fondateurs, reconnaît finalement l’existence de problèmes réels de qualité. Orlowski soulève d’autres problèmes au-delà de la fiabilité, ceux, par exemple, de grammaire et de syntaxe de nombreux articles. La solution à ce problème particulier ? Des experts – de l’édition, des contenus – ce qui la ferait converger vers les « vraies » encyclopédies actuelles. Mais l’idéologie des contributeurs (en sus du problème économique) pourrait être un frein insurmontable.

Sous-jacent à ces articles est le constat que le Web est passé de l’utopie à la « vraie vie », et elle n’est pas si rose que cela. Philippe Breton l’avait déjà clairement décrit3 pour d’autres médias. C’est aussi ce qu’a affirmé Claude Perdriel, PDF du Groupe Nouvel Observateur, dans la leçon inaugurale qu’il a donnée mardi 18 aux élèves du Centre de formation des journalistes (CFJ) : « Internet est le plus grand danger pour l’éthique et la défense de ce à quoi nous croyons. [... N]’importe qui peut créer des sites, diffuser des rumeurs. Quand les gens de Google disent « Nous sommes le premier média au monde », personne n’a parlé des règles professionnelles de Google. ».4 Ni de celles de la Wikipedia, d’ailleurs.

Dans un très bel article consacré à Giorgio Agamben et Gianni Vattimo5, Michel Guérin s’interroge sur la « mondialisation » (ses guillemets) :

La post­mo­dernité montre deux visages : la menace et la bonace. Par un aspect, elle défait, délocalise, déracine, sape les liens tradi­tionnels ; par un autre, elle comble le désir, au-delà même de ce qu’il aurait pu souhaiter. Ce qu’elle n’autorise plus, c’est l’intermédiaire, qui est à la fois l’essence de l’Eros platonicien et celle de l’autorité protectrice, tutélaire, de la loi qui, jusqu’ici, défendait dans la double acception du mot.

Ce texte s’achève sur un question­nement, destiné à éviter, d’une part, « la vitupération d’une époque mal bâtie, la nôtre » en sombrant dans « passéisme et nostalgie ennemis d’une pensée dont la tâche est toujours le présent », et, d’autre part, « l’anti-humanisme et le cynisme déclarés ». Sans le repère de la croyance au progrès, « Comment trouver notre voie propre entre un sens qui nous fuit en nous faisant courir le risque de l’irréalité et le virtuel qui nous cerne en menaçant d’occuper le lieu de la réalité ? »


1 Auteur, entre autres, de Does IT Matter? Information Technology and the Corrosion of Competitive Advantage, Harvard Business School Press, 2004. ISBN: 1591394449.
2 Cette critique n’est pas récente (voir, par exemple, l’article de Hiawatha Bray de juillet 2004 [dont j’avais parlé il y a un an]). Ce qui est frappant, c’est, qu’avec le temps — la Wikipedia existe depuis plusieurs années — ces problèmes s’aggravent au lieu de se résoudre. Une preuve de plus s’il en fallait que la technologie ne fait que fournir des cadres à l’activité humaine et ne peut garantir une quelconque qualité des résultats.
3 Voir, par exemple, cet entretien dans lequel il décrivait il y a une dizaine d’années déjà l’homo communicans comme prototype du manipulateur, la recherche du plus petit commun dénominateur, l’enfermement dans le « village planétaire » qu’est l’Internet, etc.
4 Cité dans Le Monde du 20 octobre 2005.
5 « Après la modernité. Hommage à Giorgio Agamben et Gianni Vattimo », La Bibliothèque de Midi.

31 août 2005

Perfide Albion

Classé dans : Langue — Miklos @ 0:32

L’origine de cette expression a été longtemps débattue dans la pittoresque et intéressante revue L’Intermédiaire des chercheurs et curieux. Fondé en 1864. Questions et réponses littéraires, historiques, scientifiques et artistiques. Trouvailles et curiosités. Paraissant les 10, 20 et 30 de chaque mois.1

Le 25 juin 1876 (dans le numéro IX, 357), un lecteur posait pour la première fois la question :

La « perfide Albion ». — Plus perfide que jamais ! disent des politi­ques profonds, qui se prétendent bien informés. C’est elle qui aurait : 1° renversé le sultan Abd-ul-Aziz, pour s’être fait le lieutenant de la Russie ; 2° prié qu’on ne l’étranglât pas, nonobstant les usages du pays et de la famille ; 3° suicidé ledit Sultan, après s’être assuré de la discrétion traditionnelle des muets du Sérail. Horreur ! Qui nous dévoilera les Mystères de Stamboul ? Ce ne sera sans doute point un correspondant de l’Intermédiaire, mais peut-être qu’il y en aura parmi eux pour me dire d’où vient le cliché : la perfide Albion ? N’est-ce pas du premier Empire ?

S’ensuivent (IX, 412, 440) des commentaires de lecteurs justifiant pleinement cette réputation, sans pour autant y apporter de réponse. Par exemple, le 10 juillet :

La perfide Albion (IX, 357) . — Il est possible que sous cette forme le proverbe soit moderne, mais la réputation des Anglais à cet égard est faite depuis longtemps, témoin cet adage du XVIe siècle, cité par Leroux de Lincy : « Loyauté d’Anglais, bonne terre, mauvaise gent. »

Le 13 mai 1900, la question est reposée, et dans le numéro du 7 octobre 1900, on lit enfin ce qui se rapproche d’une réponse satisfaisante :

Perfide Albion (XLI). — Un correspondant des Notes and queries dit que cette phrase a été employée, pour la première fois, par Napoléon Ier.

Les éditeurs de la Revue ripostent en note :

Dans un sermon prêché à Metz, sur la circoncision, Bossuet a dit : « L’Angleterre, ah la perfide Angleterre, que le rempart de ses mers rendoit inaccessible aux Romains, la foi du Sauveur y est abordée. » (Voir 4e s. III, 32.).

(Notes and queries) 22 sept. 1900

Est-ce vraiment Napoléon ? En tout cas, en son temps : le Trésor de la langue française écrit, à l’article perfide :

1653 spéc. la perfide Angleterre (BOSSUET, Premier sermon pour la fête de la circoncision de N. S. prêché à Metz ds Œuvres, Versailles, 1816, t. 11, p. 469); av. 1817 la perfide Albion (XIMENEZ, L’Ere républicaine ds Poésies révolutionnaires et contre-révolutionnaires, Paris, 1821, t. 1, p. 160);

Il est toutefois intéressant de noter que les Anglais avaient devancé Bossuet de plus d’un demi-siècle dans la juxtaposition de ce vocable au nom de leur voisin et souvent ennemi, puisqu’en 1607, Sir E. Hoby a parlé de « the perfidy of the French nation »…., parallèle que je crois bien être le seul à avoir noté.

En tout état de cause, j’ai trouvé une citation française fiable datant du début du XIXe siècle : Chateaubriand (1768-1848) écrit dans ses Mémoires d’Outre-tombe : « Bonaparte avait refusé de s’embarquer sur un vaisseau français, ne faisant cas alors que de la marine anglaise, parce qu’elle était victorieuse ; il avait oublié sa haine, les calomnies, les outrages dont il avait accablé la perfide Albion » (Livre vingt-deuxième, chapitre 26 — couvrant la période 1791-1800).

Depuis, on relève son utilisation dans de nombreux contextes au cours du XIXe siècle : Balzac utilise à plusieurs reprises cette expression dans ses Études de mœurs, e.g., « le colosse du Nord la perfide Albion » dans Le député d’Arcis (Scènes de la vie politique. L’envers de l’histoire contemporaine) en 1853. Théodore de Banville évoque les « fonds secrets que pour ses amourettes la perfide Albion avance à nos lorettes » dans ses Odes funambulesques en 1859. Pierre-Joseph Proudhon parle en 1872, dans son Système des contradictions économiques ou philosophie de la misère de « ceux qui se méfient des marchandises de la perfide Albion ». Enfin, Flaubert écrit en 1878 dans une lettre à Leconte De Lisle : « Et les forfanteries de la perfide Albion tournant en eau de boudin ? »

Je passerai sous silence la version modernisée qu’en a donnée notre seule et unique (à ce jour) Première Ministre.


1 C’est la version française (et non pas la traduction) de la revue Notes and Queries. A medium of inter-communication for literary men, artists, antiquaries, genealogists, etc., fondée en 1849 pour permettre à des amateurs comme à des spécialistes d’échanger des informations sur des sujets littéraires et historiques, sous formes de communications (Notes) et de questions (Queries). Elle continue à être publiée à ce jour.

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos