Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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11 avril 2015

Le chemin le plus court d’un point à un autre, ou, Une énigme multimillénaire enfin résolue

Classé dans : Géographie, Histoire, Progrès, Religion, Sciences, techniques — Miklos @ 17:39


Itinéraire proposé par Google Maps pour aller de Haïfa au Mont Hermon.
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On se demande encore et toujours – surtout à cette période de l’année où se célèbre la Pâque juive – pourquoi le peuple juif a erré dans le désert, à sa sortie d’Égypte, pendant quarante ans au lieu de foncer droit vers la Terre promise. Il aurait pu emprunter le court chemin que prendront, bien des siècles plus tard, Joseph, Marie et l’Enfant Jésus, pour s’enfuir en Égypte (on doute qu’il y avait alors des sens interdits qui auraient empêché de le prendre à rebours), comme on peut le constater sur ces plans.

Si la réponse traditionnelle est que ce laps de temps était nécessaire pour effectuer un changement de générations, de sorte que ceux qui entreraient dans le pays de leurs ancêtres seraient des hommes nés libres dans le désert et non pas des ex esclaves de Pharaon, la vraie réponse est bien plus simple : Moïse avait dû utiliser Google Maps pour se diriger.

Pour preuve, voici l’itinéraire que propose notre AMIAspirateur Mondial de l’Information. à tous pour aller de Haïfa au Mont Hermon : 4.160 km (près d’un an à pied, en se reposant le jour du Seigneur, quelque soit votre Seigneur), tandis qu’à vol d’oiseau (il y a beaucoup d’oiseaux dans cette région), il n’y a que 118 km (moins d’une semaine à pied) et des routes carrossables qui permettent d’effectuer ce parcours en 2-3 heures.

Ce qui n’est pas sans rappeler aux dinosaures de l’Internet le chemin que prenaient nos courriels pour aller d’un arrondissement à l’autre de Paris, il n’y a qu’une vingtaine d’années.

Merci à JacobNon, il ne s’agit pas du patriarche dont l’un des fils, Joseph, sera vendu par ses frères à des marchands qui l’emmèneront, devinez ou ? En Égypte. Dont il fallu sortir 400 ans plus tard par des pérégrinations interminables. de nous avoir informé de cette proposition de parcours historique, qui devrait permettre à ceux qui l’emprunteraient de passer près du Mont Sinaï (avec ou sans révélation à la clef).

5 avril 2015

La plus grande marée du millénaire

Classé dans : Actualité, Judaïsme, Peinture, dessin, Photographie, Religion — Miklos @ 20:26


Vitrine rue des Rosiers à Paris, au temps de la Pâque juive.
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Objection II contre la divinité du Pentateuque

Le passage de la mer Rouge n’a rien de miraculeux. Moyse ayant vécu long-tems sur les bords de la mer Rouge, & ayant exactement observé l’heure & la hauteur de son flux & reflux, & la nature de ses côtes, se servit artificieusement de cette connoissance pour délivrer son peuple à la faveur du reflux. Il les fit passer dans le temps que les eaux s’étoient retirées : mais les Egyptiens s’étant mis incon­si­dé­rément dans son lit au tems du flux, furent tous ensevelis sous ses eaux qui les y surprisent. C’est le sentiment qu’attribue aux Prêtres Egyptiens de Memphis Artapane, apud Euseb. preparat. lib. 4, cap. 17. Ce sentiment a été renouvellé par beaucoup de personnes, qui l’ont fait valoir de tout leur pouvoir.

Reponse

Il ne faut que peser les circonstances de cet événement, examiner le texte de Moyse, comparé aux autres endroits de l’Ecriture, où il est parlé du même événement, pour être convaincu que c’est ici un miracle vraiment divin & l’un des plus grands qui soient jamais arrivés ; que les Israélites passerent la mer ayant les eaux suspendues à leurs deux côtes ; & qu’enfin l’hypothese qu’ils aient profité du reflux, est absolument insoutenable.

Les Hébreux sortent de l’Egypte ; Pharaon les poursuit avec son armée : arrivés sur le bord de la mer Rouge, & étant enfermés entre des montagnes & des rochers inaccessibles, ils apperçoivent l’armée ennemie campée derriere eux. Pressés alors de toute part, ils ne doutent plus de leur perte ; ils tombent dans le découragement & le murmure. Moyse dans cette extrêmité s’adresse au Seigneur, & assure le peuple d’une prompte délivrance. Il leur dit que c’est pour la derniere fois qu’ils voient les Egyptiens ; que le Seigneur combattra pour eux, & qu’ils n’auront qu’à demeurer en repos. Aussitôt par l’ordre de Dieu, il éleve la verge qu’il tenoit en main, & divise la mer ; les Israélites entrent dans le milieu de son lit desséché, ayant l’eau comme un mur à leur droite & à leur gauche : erat enim aqua quasi murus à dextrâ eorum & lavâ. (Exodi, 14, 22.) Ils passent ainsi au milieu de la mer, ayant l’eau à leur droite & à leur gauche ; car Moyse le répete comme une chose remarquable, & comme prévoyant qu’on pourroit un jour en douter. Et dans le cantique qu’il composa après cette mémorable action, il marque d’une maniere plus vive & plus expresse ce qui arriva alors : « les eaux, dit il, se tinrent en monceaux ; les flots s’arrêterent, les eaux se geletent ». Ou il faut absolument nier le récit de Moyse, ou il faut reconnaître ici un des plus grands prodiges de l’ancien Testament. Les autres écrivains sacrés nous en donnent la même idée ; & si ce n’est pas celle qu’on s’en doit former, toute l’Ecriture conspire à nous tromper. On peut voir Judith, le Psalmiste en plusieurs endroits, Habacuc 3, 8,10, 15 : le livre de la Sagesse, 10, 17, 18 & 19, 7.

Pour répondre maintenant à ceux qui prétendent que Moyse fit passer la mer Rouge aux Hébreux à la faveur du reflux, nous ne dirons pas avec Genebrard  que cette mer n’a point de flux & de reflux, ni avec Diodore de Sicile, qu’elle a son flux réglé tous les jours à la troisieme & à la neuvieme heures, c’est-à-dire depuis neuf heures du matin jusqu’à trois heures après midi dans l’équinoxe. Nous avouons que la mec Rouge a son flux & reflux reglé avec les autres mers qui ont communication avec l’océan ; mais nous soutenons qu’il est impossible que Moyse ait pu passer la mer Rouge avec les Hébreux, à la faveur de ce mouvement réglé des eaux. Tout le monde sait que dans le flux la mer s’enfle peu à peu & s’éleve contre les côtes ; & ce mouvement dure six heures. Après un quart d’heure de repos, elle prend un cours opposé pendant six autres heures, pendant lesquelles les eaux baissent & s’éloignent des côtes d’une maniere sensible : c’est ce qu’on appelle reflux. Il est suivi d’une espece de repos qui dure un quart d’heure, auquel succede un nouveau flux & reflux. Ainsi la mer hausse & baisse deux fois le jour, non pas précisément à la même heure, parce que chaque jour son flux retarde de trois quarts d’heure & quelques minutes Voilà ce qui regarde le flux & reflux en général. Pour ce qui est du flux & reflux. de la mer Rouge, ceux qui l’ont examiné exactement reconnoissent que cette mer dans son plus grand reflux, laisse environ deux cens cinquante ou trois cens pas du bord découvert & à sec ; mais lors même que le reflux est plus grand, le milieu du lit de la mer n’est jamais sans eaux, comme le remarque Jules Scaliger apud Drusiam in ex. 15, 4 ; d’où cet auteur conclut que c’est témérairement & sans raison que les ennemis des saintes lettres ont osé soutenir que les Israélites se servirent de l’occasion du reflux pour traverser la mer Rouge. Ceux qui soutiennent cette opinion, veulent que Moyse n’ait fait traverser aux Hébreux que le petit bras de mer qui est au fond ou la pointe de la mer Rouge vers le port de Sués. La mer en cet endroit n’a pas plus de largeur qu’un bon fleuve. Donnons-lui trois cens pas. Dans cette supposition même il est impossible que les Israélites y aient pu passer pendant le reflux, quand même il eût laissé ce terrein entierement sec l’espace de six heures ; ce qui n’est pas, puisque la mer se retire peu à peu du rivage, & qu’on ne peut point marcher sur le sable aussi-tôt après que l’eau s’est retirée. Les Israélites pouvoient être au nombre de deux millions de personnes, sans compter les embarras de bétail, de chariots, de meubles, & tout ce qui peut accompagner un peuple entier, qui étoit chargé non-seulement de ses propres biens, mais encore de toutes les richesses de l’Egypte, selon l’expression de l’Ecriture. Or, il est évident qu’une semblable multitude n’a jamais pu passer en six heures de tems dans un espace de trois cens pas de large. Pour en être convaincu, il n’y a qu’à faire un moment de réflexion sur le terrein qu’occupe une armée de cent mille hommes, & y joindre les bestiaux, les chariots, le bagage, sans oublier la précipitation, la crainte, le trouble & l’embarras qu’une conjoncture si peu attendue & si périlleuse dut causer dans un peuple timide & accoutumé à l’esclavage.

Mais, si c’est à la faveur du reflux que les Israélites ont passé la mer Rouge, comment Moyse a-t-il pu leur persuader qu’ils l’ont passée par un prodige eclatant, & comment les Egyptiens ont-ils eu l’imprudence ou plutôt la folie de s’exposer au flux de cette mer ? Si l’on dit que les Israélites ignoroient le reflux dans le tems du passage, dira-t-on qu’ils l’ont toujours ignoré depuis, quoiqu’ils aient si long-tems cotoye le rivage de cette mer ? Dira-t-on encore que tous les Egyptiens étoient dans la même ignorance ? Quand ils auroient pu l’ignorer, comment après s’être témérairement engagés dans le lit de cette mer, & voyant une partie de leur armée abymée sous les eaux, les autres ne se sauverent-ils pas ? Voyez la dissertation sur le passage de la mer Rouge par les Hébreux, qui est au premier tome, page 716 de la sainte Bible, avec des notes littétales . . . tirées du commentaire de Dom Calmet de M. l’Abbé de Vence, &c.

RR. PP. Richard & Giraud, Dictionnaire universel, dogmatique, canonique, historique, géographique et chronologique des sciences ecclésiastiques, &c. Paris, 1765.


Avant la célébration de la Pâque juive.
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22 janvier 2015

When web improvement turns into a death kiss

Classé dans : Actualité, Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 13:15

People have always been on the move (as animals are). As transportation is becoming cheaper and faster, their number is probably on the increase, and thus many are looking for any kind of accommodations. Depending on their finances and their need for short- or long-term accommodations, the available shelters vary from the sidewalk, the bridges of Paris and slums to luxury suites in five-star hotels or hôtels particuliers in the best neighborhoods. Two affordable alternatives are available for those looking for a short-term and mid- to long-term roof: couch surfing and house share respectively.

Couch surfing denotes free hosting for a couple of days of a traveler by a host who provides at least a sleeping space – anything for a floor (preferably in a sleeping bag) to an individual couch or a shared one – and, optionally, one or more meals, socializing, etc. The closest (paying) alternative is bed-and-breakfast.

Houseshare denotes the rental of a flat by several independent people, each one usually occuping a separate room and sharing common space and utilities (bathroom, kitchen, living room…).

As expected, an increasing number of websites provide ways to find such hostings.

EasyRoomMate.com / Appartager.com

This international freemium site allows for advertising and searching for (usually) single rooms to rent in a flat. It has localized versions in a number of countries (and thus languages). There are two kinds of distinct profiles, one for people who offer a housesharing space, one for people who look for such a space. Either kind of user can search for the other kind (and only for them: a renter cannot look for, nor peruse, profiles of other renters, the same goes for owners) by a few criteria (such as neighborhood, age, gender and occupation – free keyword search is not available) and send personal messages to the person(s) he wishes to contact. Creating a profile is free of charge as well as posting a room and/or searching for one, but communication between two non-paying members is actually impossible: at least one of them needs to subscribe to the site.

This site has had unfixed bugs for years, most notably some related to the handling of cookies with specific widespread browsers, but it was overall usable. There has however been one major recent change, probably due to the wish to make it more usable on mobile devices and match new interface paradigms, which have removed important search feature to such an extent that it has become quite unusable for some heretofore available usages: people who have a room for rent in the future – say a couple of months from today – can’t filter anymore (this used to be possible) the potential roommates by their desired date of entrance, while this date is mentioned in the profiles. As a result, the list of responses they get is so long (especially in large cities where it can number many hundreds of profiles) and unwieldy as most of the responses are irrelevant to the request. Other search facets have been removed (such as amount of rent willing to pay, sexual orientation, for those who cared to mention it), and as there is no free search in the text of the profiles, there is no substitute for this loss.

This is a case where spiffy interfaces have taken over usefulness and efficiency, an all-too-common phenomenon in this world of appearances.

Couchsurfing.com

This more-than ten year old site is a free exchange platform for travelers and hosts, allowing for people who most likely would never have met to do so and thereby enrich their personal experience.

Anyone can create a profile (which he can use both as a host and traveler – there are no separate profiles for either contrarily to EasyRoomMate, and this is good: anyone can be, at any time, either a traveler or a host) providing as little or as much information about himself, on what he’s willing to share when traveling or hosting, and, if hosting, on the kind of provided space and conditions. Users can upload any number of photos to their profile (themselves, their hosts or guests, their house, their town…) and group them in thematic folders. Travelers can publish public travel requests which can be searched by potential hosts, while travelers can search by hosts. Groups – public thematic forums that any user can create – allow for public exchange on any topic. Users can send a personal request (host invitation or hosting request) to any other person and communicate via a personal messaging system until the “deal” is clinched. Once a traveler has stayed with a host, he can write a reference which will be displayed on the host profile (for future potential travelers to see) and conversely, the host can write a reference on the profile of the traveler he just hosted. References can be qualified as “positive”, “neutral”, “negative” in addition to the free text describing the hosting experience. Last, any two profiles can mark each other as friends (much like in Facebook), and this will show on both people’s profiles.

Late 2014, the site has undergone major technical restructuring, in an apparent attempt at making it “faster, more reliable, and easier to use across web and mobile”. But as an increasing number of users have noticed and publically complained, the new site suffers from many new problems, some of them bugs, other ones design problems (useful features having disappeared).

What adds to the frustration of users is the lack of information about the process of evolution of the site. There was a known site issues page but it was left empty, and it has now disappeared. There is no public buglist, there is no roadmap to speak of, other than a page listing intentions without implementation dates.

As a consequence, the number of valid hosting requests, of group participation and of overall usefulness of the site has decreased, as far as I can see as a day-to-day user. Some have just given up and migrated to other sites. At the same time, “noise” has increased (cut-and-paste impersonal requests from empty profiles, etc.; see below).

Profiles have been so simplified, excluding HTML formatting and inline images which made them nicer and better structured. The only structuring in the new interface is through a fixed number of section titles which are much less visible than the text itself and thus harder to peruse. The date (day, month, year) of creation of the profile isn’t shown anymore, just the year: as a consequence, a profile could be a day or a year old, there is no way to know anymore. The types of, and reasons for, friendships aren’t displayed anymore. When one writes a reference without a return reference, it doesn’t show on one’s profile. It is now impossible to create new folders for photos in one’s profile: every newly uploaded photo has to go into an existing folder, even if none reflects (by its name) the type of that new photo.

The groups one belongs to aren’t shown on one’s profile, nor is there a way to find all one’s (or anyone else’s) posts to groups. When one posts a request for hosting in a group, the number of travellers, number of references and friends don’t show along the title of the request in the discussion list, one has to click more than once so as to see this info. Search for groups is missing such important functions that the returned list, sometimes quite long, is useless: e.g., searching for groups by the word “piano” returns dozens of groups, some which have 0 or 1 members (sic), some which have been inactive for years, and there is no way to filter them out or sort them by currency or number of members: they have to be perused one by one.

The use of the onsite mailbox has become totally inefficient: there is no way to search among the received mail by name of sender; there is no way to delete from the mailbox irrelevant mail; there is no way to see pending and past hostings; there is no way to see if one’s sent messages have been read. Additionally, the site has now (as of 1/18/15) randomly stopped notifying some users by email the reception of messages and requests: this was a very useful feature indeed, as it allowed for instant notification without the need to connect repeatedly to the site. While support didn’t reply to reports of this bug, the Couchsurfing head of product replied that this was happening to users whose email was hosted by Hotmail due to the fact “they [Hotmail] think couchsurfing email is spam”. These notifications started being distributed later, each with a 48 hour delay, which impacted negatively exchanges for emergency hosting.

For people about to travel, there was a way to create a so-called Public Trip, indicating the destination, dates, number of travelers and some free info from the travelers. Hosts could then search in the list of public trips to their city for people to host and invite those that they select (a.k.a. proactive hosting). But two things have happened to that feature. First, bugs have been introduced. Search by arbitrary keywords totally failed until a few days ago, regardless of the keyword even when it was patently present; when this was finally fixed, it turned out to be limited only to the public trip description (which can be quite short) and not to the whole profile of the traveler (contrarily to the search for hosts, where keyword search looks in the profiles). This is indeed very restrictive: one can’t search anymore for travelers sharing, say, similar tastes or characteristics (“music, “gay”…) as described in their profiles. The second change is that the link for creating a Public Trip isn’t that easily located. Additionally, the online documentation (FAQ), which describes Public Trips, says “Learn more about Public Trips here” – but “here” is a link to a forbidden page!

The hosting request form, allowing a traveler to send a personal request to a potential host has been simplified in such a way that surfers don’t feel they have to explain why they would like to stay with this specific host (in the previous version there was a specific section for this purpose), whence the cut-and-paste irrelevant requests abound now. More than 50% of the requests come now from people who haven’t bothered filling sometimes even one word in their profile: it would be so easy to prevent them from sending requests unless there is a certain number of words and at least one photo in their profile.

For hosts, the site has gone worse too: as mentioned above, the search by keyword was bugged and is now lacking. Moreover, there is no way to filter travelers by number of travelers in the party: so if one can host only one person, there is no way to select only single travellers. Filtering by country of residence requires one to know the precise form and spelling of the name of the country the site uses including capitalization: there is no list prompting for such names. As a consequence of all of these missing features, the returned list to a search is often so long – hundreds of profiles, some listed repeatedly, more than once, which makes the list even longer – that it is functionally useless.

Last but not least, support has ceased acknowledging bug reports. Also, patently obvious bugs which have been reported already a while ago are still in place.

It appears Couchsurfing has been trying for quite a while to find ways to monetize their site (beyond the optional identity validation which allows users to have their profile marked as validated, for a small one-time fee): advertisement, transaction fees, premium services, etc. But who in his right mind would like to advertise or pay for an increasingly disfunctional site, which failed in their stated goals to make the site “faster, more reliable, and easier to use across web and mobile”?

10 décembre 2014

L’amateuse scrupuleuse contre l’autrice amatrice

Classé dans : Langue — Miklos @ 22:46

« La Séance chés une Amatrice » in Rétif de La Bretonne, La Découverte australe par un homme volant, ou, Le Dédale français, 1781 (source)
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Ce n’est pas d’aujourd’hui que date le débat sur la féminisation de noms désignant au départ uniquement des hommes. Comme le montre le texte suivant qui date, lui, de 1801, la façon de désigner la contrepartie féminine de l’amateur masculin remontait au moins à Jean-Jacques Rousseau (excusez du peu).

On pourra sourire à certaines affirmations de l’auteur, le fameux Louis-Sébastien Mercier, lorsqu’il affirme que « les amateurs ont du talent; les amatrices, des grâces et du goût », ou que ce n’est que récemment que la nécessité de trouver le féminin d’« amateur » est apparue, « depuis que les femmes cultivent leur esprit »… C’était de son temps.

«Amatrice. Le mot amatrice est-il français ? Ce mot qui, dans les cercles, fournit tous les jours une occasion de dispute grammaticale, a été 1’objet d’un long débat dont je vais exposer les détails.

Une Lyonnaise aussi instruite qu’aimable, madame Geramb la cadette, consulta M. Grandeau, maître de langue, sur le mot amatrice; il répondit :

Madame, je serais fâché que vous soutinssiez qu’amatrice est français ; ce mot est un vrai barbarisme : amatrice et autrice ne valent pas mieux l’un que l’autre.

Quant à la règle que vous me demandez, elle est toute simple; la voici : Le mot amatrice ne fut jamais français, et je doute qu’il obtienne jamais des lettres de naturalité.

Enfin, on dit une femme auteur. J’ai l’honneur d’être, etc.

Et sur ce qu’on lui objecta que Linguet emploie cette expression, il écrivit une seconde lettre en ces termes :

Madame, je propose cent louis d’or contre dix, à ceux qui veulent qu’amatrice soit français. M. Linguet a sans doute beaucoup d’esprit, personne ne le lui contestera ; mais je ne puis lui pardonner d’être néologue. Si l’on s’obstine encore à vouloir qu’amatrice soit français, mettez sous les yeux des partisans du néologisme, tous les Dictionnaires français depuis Joubert, jusqu’à celui de l’Académie ; vous n’avez pas de meilleur moyen de les convaincre d’ignorance dans la langue française. Non, madame, non, ce mot n’est pas français. Linguet est le premier qui ait osé le hasarder, et j’ose vous assurer qu’il ne fera pas fortune. J’ai l’honneur d’être, etc.

Un Allemand versé dans notre langue, M. Hilscher, ne se sentant ni séduit par le ton de M. Grandeau, ni entraîné par sa logique, appela de cette décision à M. Linguet, et motiva ainsi son appel :

Amatrice est français, parce qu’il est analogue au génie de la langue ; on dit :

Acteur

Actrice.

Ambassadeur

Ambassadrice.

Bienfaiteur

Bienfaitrice.

Consolateur

Consolatrice.

Créateur

Créatrice.

Directeur

Directrice.

Électeur

Électrice.

Fondateur

Fondatrice.

Producteur

Productrice.

Protecteur

Protectrice.

Spectateur

Spectatrice.

Tuteur

Tutrice.

Usurpateur

Usurpatrice

On doit donc appeler amatrice, une femme qui aime les arts, comme on appelle amateur, un homme qui aime ce goût.

L’auteur d’Émile et M. Linguet ont consacré ce mot en l’employant.

Mais ce mot n’est pas dans le Dictionnaire de l’Académie française. — Je réponds que la langue française étant une langue vivante, peut acquérir tous les jours. Créatrice n’est pas dans le Dictionnaire de l’Académie, cependant créatrice est français.

Si l’on objecte qu’amatrice peut donner lieu à une équivoque, je répondrai que le sens la sauve toujours, et qu’un mot ne doit pas être exclu d’une langue, parce que des esprits frivoles peuvent en faire un mauvais calembour.

Enfin, si l’on ne dit pas une femme autrice, c’est qu’une femme qui fait un livre, est une femme extraordinaire ; mais il est dans l’ordre qu’une femme aime les spectacles, la poésie, etc., comme il est dans l’ordre qu’elle soit spectatrice.

Telles sont, en abrégé, les raisons qu’exposa M. Hilscher, dans sa lettre à M. Linguet.

L’Auteur des Annales (n° 51) est entièrement de son avis :

Si j’osais ajouter quelque chose à ce que vous avez si bien développé, poursuit-il, je dirais que, puisque M. Grandeau en appelle aux Dictionnaires et à l’Académie, sa femme amateur est un vrai barbarisme, dont il ne trouvera la justification nulle part. L’usage a donné les deux sexes au mot auteur ; mais il n’a pas fait encore la même faveur à l’autre. Si c’est blesser la langue que de dire d’une dame sensible à la beauté des arts, qu’elle est amatrice, l’appeler femme amateur, c’est blesser à la fois la langue et l’oreille.

S’il m’était permis de jouter avec un homme qui se met de si mauvaise humeur quand on n’est pas de son avis, et qui veut que la règle soit de penser comme lui, je prendrais la liberté de lui remontrer qu’il n’a pas une idée juste de la signification des mots qu’il emploie. Par exemple, il me reproche du néologisme. Quand, en effet, Jean-Jacques et moi aurions tort ici, le reproche serait injuste, et l’épithète mal appliquée : ce n’est pas l’usage hasardé en passant, même d’un mot nouveau, qui suffit pour fonder l’accusation de néologisme. Corneille a pris souvent cette licence, à la vérité sans succès : son invaincu, et bien d’autres mots qui manquent à notre langue, et qui n’auraient pas pu avoir un père plus illustre, ont été rejetés par un caprice de l’usage; mais en ne les adoptant pas, on n’a pas fait à Corneille le reproche de parler un langage nouveau. Ce n’est pas en effet une expression isolée, quoique répréhensible, qui peut y exposer.

Une société d’amateurs de la langue française craignant que Linguet n’eût penché pour amatrice, parce qu’il avait employé lui-même ce mot, désira connaître mon opinion ; je fis cette réponse :

Pour décider si amatrice est français, si en l’employant on est néologue, il faut d’abord se faire une idée du néologisme, qu’on ne doit pas confondre avec la néologie.

Ces deux mots ont un point de vue commun, en ce que l’un et l’autre signifient mot nouveau ; mais ils portent une empreinte particulière à laquelle on ne peut se méprendre. La néologie est l’art de former des mots nouveaux pour des idées ou nouvelles ou mal rendues. Le néologisme est la manie d’employer des mots nouveaux sans besoin ou sans goût. La néologie a ses règles ; le néologisme n’a pour guide qu’un vain caprice. La première donne de l’embonpoint à la langue ; l’autre est une superfétation stérile, une bouffissure ridicule. Sans doute, comme le dit Horace, il a toujours été, il sera toujours permis de se servir de mots nouveaux; ceux qui sont anciens pour nous, n’ont-ils pas été nouveaux pour nos pères ? Mais les lois de la néologie veulent que tout mot nouveau soit ou nécessaire, ou plus expressif que celui dont on se servait, qu’il dérive d’une langue polie, connue, et prenne la teinte de celle qui l’adopte. Incohérence, incohérent, insignifiant, insouciance, âme aimante, gloriole, ligne de démarcation, aérostat, aéronaute, sont des mots nouveaux qu’avoue la néologie, et que recueilleront les bons Dictionnaires. Être bien éduqué, égaliser, sont des néologismes, parce que nous avons élever et égaler. L’impasse de Voltaire, qui est noble, sonore, expressif, aurait prévalu sur cul-de-sac qui n’a aucune de ces qualités, si l’idée qu’on veut exprimer par un de ces mots, était du district des poètes ou des orateurs : la voix populaire, en cette occasion, impose silence à la néologie qui le réclame. On ne voit guère de néologisme que dans les auteurs frivoles et sans talent ; mais dans l’écrivain de génie, l’impétuosité de ses idées le force à des laconismes qui n’ont point d’expression reçue. La néologie approuve ces hardiesses heureuses, et la langue s’enrichit.

Maintenant examinons le mot amatrice. A-t-on besoin de ce mot ? dérive-t-il d’une langue polie ? est-il en rapport pour sa formation avec d’autres mots de la langue ? l’oreille enfin l’approuverait-elle, si, réclamé par le besoin, il était indiqué par l’analogie ?

Depuis que les femmes cultivent leur esprit, depuis qu’à 1’empire de leurs charmes elles ajoutent celui des connaissances en tout genre, depuis qu’elles aiment les lettres et les arts, il nous faut un mot doué de l’inflexion féminine pour rendre cette nouvelle idée, et le mot est amatrice. « À Paris, dit J.J. Rousseau (Émile, p. 125), le riche sait tout ; il n’y a d’ignorant que le pauvre. Cette capitale est pleine d’amateurs, et surtout d’amatrices qui font leurs ouvrages, comme M. Guillaume faisait ses couleurs. » Ce mot, comme on voit, est tombé de la plume de J. J. ; Linguet l’a employé et défendu. Tous les écrivains dont le style a de l’abandon, dont la verve est féconde en pensées fortes et précises, ont souvent besoin de mots nouveaux qui les peignent.

Amatrice vient du latin amatrix, et de l’italien amatrice.

Les analogues d’amatrice sont sans nombre ; directeur, directrice; consolateur, consolatrice ; curateur, curatrice ; et par conséquent, amateur, amatrice. Ce mot, au moment du besoin, se présente de si bonne grâce qu’il est impossible de l’écarter.

L’oreille enfin doit approuver dans amatrice, la désinence qu’elle approuve dans directrice, actrice, tutrice, etc. Ce n’est pas un son nouveau pour elle, c’est même un son qui lui plaît particulièrement; car ayant à choisir entre chanteuse et cantatrice, elle préférera toujours cantatrice dans le style noble, c’est-à-dire, dans le style où elle aime le plus à exercer son empire.

Je suis donc d’avis que le mot amatrice, sollicité par le besoin, avoué par le goût parfaitement analogue, ayant des patrons recommandables, circulant déjà parmi les personnes qui parlent bien, est frappé au coin des meilleurs mots français.

J’en ai assez dit pour les esprits justes; mais comment persuader ceux qui, n’ayant pas même le mérite de l’invention, viennent niaisement jouer sur le mot, et, tourmentant la syntaxe, en ne faisant pas une ellipse qu’elle commande, et la prononciation, en coupant en deux un mot indivisible, commettent une double faute, pour arriver enfin un misérable calembour ? Cependant ils entraînent la petite coterie : trop scrupuleuses pour se dire amatrices, les dames se proclament amateuses, malgré l’analogie, et amateurs, malgré le sexe.

Construisons et prononçons amatrice, comme la raison veut qu’il soit construit et prononcé : cette société est composée d’amateurs et d’amatrices ; les amateurs ont du talent; les amatrices, des grâces et du goût. Ni cette phrase, ni celle de J. Jacques, ne sauraient donner lieu à une mauvaise plaisanterie. Notre langue fourmille de mots qui, dans quelques syllabes, offrent à la frivolité attentive, une image ridicule et obscène, tandis que le mot total et les expressions environnantes présentent le véritable sens aux personnes raisonnables.

Je ne me flatte pas non plus de convertir ces vains puristes que la voix de la raison touche moins que le silence de l’Académie sur le mot amatrice, preuve, ou qu’il a été omis par elle, comme trois ou quatre cents autres mots, ou qu’il n’a pris naissance que depuis la dernière édition de son Dictionnaire. L’académie ne crée pas les mots ; son emploi est d’enregistrer ceux que l’usage autorise. Un mot est donc français avant qu’il soit inséré dans son Dictionnaire; et si, par oubli. ou par dédain, elle se taisait sur un mot reçu, sur un mot qui fait généralement plaisir, les écrivains l’emploieraient sans le moindre scrupule, et l’observateur philosophe dirait, en parodiant les vers de l’académicien Boileau :

L’académie en corps a beau le rejeter,»
Le public révolté s’obstine à l’adopter.
                                  (Urbain Domergue)

Louis-Sébastien Mercier, Néologie, ou Vocabulaire de mots nouveaux, à renouveler, ou pris dans des acceptions nouvelles. Paris, 1801.

11 novembre 2014

Défilé de mode à Paris : la Trash Fashion.

Classé dans : Littérature, Photographie, Société — Miklos @ 17:49

«La vulgarité n’est pas un sujet aimable. Les pauvres n’y sont pas beaux comme ils le sont toujours dans la littérature compassionnelle et sociale, ennoblis par leurs souffrances. Non, écrire sur la vulgarité c’est n’écrire ni sur les nantis ni sur les défavorisés, mais sur un mouvement qui tire les uns et les autres vers le bas. La vulgarité n’est pas un sujet gentil, c’est un sujet limite. Sous le déluge vulgaire, les déclassés et les repus ne sont pas admirables. Ici, personne ne gagne a priori ; apparemment, la vulgarité ne fait pas de prisonniers. Elle tue, plus encore que le ridicule qui, lui, a fait long feu.

La vulgarité est un ensemble de codes, un flirt avec les débordements ; un état où tout se mélange, tout se mêle, où le corps, encore et toujours, est ramené sur le devant de la scène avec ses fluides et ses productions. […]

Les artistes ont saisi la vulgarité comme une matière superactive. L’époque entropique et anthropique qui est la nôtre ne sait plus quoi faire de ses décharges réelles de détritus et la matière semble prendre sa revanche sur les hauteurs issues de l’esprit des Lumières. […]

À défaut de fond, on soigne la forme. On en rajoute, on accumule. C’est ainsi que les grilles du jardin du Luxembourg sont devenues les cimaises d’une déferlante d’expositions de photos ethnico-géographiques. Pour un premier succès de Yann Arthus-Bertrand, combien de sous-talents ? […] La place Vendôme a eu, elle aussi, les honneurs des horreurs. Plus d’une installation d’artiste a frôlé le révulsif. […]

La maîtrise avec laquelle les publicitaires ont joué de la mode trash confirme l’utilité de la vulgarité. C’est un outil qui parle à tous, qui franchit toutes les barrières sociales. La vulgarité est toujours en libre-service et comme l’air, elle est encore gratuite. Servez-vous. […]

« Commander, c’est parler aux yeux »», disait Napoléon. L’image véhicule la vulgarité à la vitesse de la lumière. Le flash vulgaire est imparable.

Philippe Trétiack et Hélène Sirven, Limite vulgaire. Stock, 2007.

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