Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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27 février 2016

Un conte édificatoire pour apprendre l’français tel qu’il s’cause

Classé dans : Langue, Littérature — Miklos @ 22:43

« — Pour lorsse, commença le sapeur Beaupoil, un de ces soirs de janvier 71 où, l’armistice signé, nous cantonnions, au nombre d’une centaine, sous la toiture ajourée d’une vaste remise, pour lorsse j’avais finablement tapé dans l’œil du père Briquemol, et tout « à la coule » qu’était mon vieux colon, vous pensez bien que je ne tardai pas de m’inaugurer pour le taper d’autre façon.

Voilà donc qu’un beau matin de juillet que j’avais une Soif.pipie à tout casser, vu que je m’étais pas soûlé depuis plus de quinze jours, je me prends par-dessous le bras et je fais Irruption.éruption chez le colonel, que je le trouve qui se promenait dans son jardin, les deux mains derrière le dos en lisant son journal.

Je me file d’abord sur ses derrières sans qu’il me visse, et je l’emboîte tout le long d’un carré d’artichauts, la main à mon bonnet-z’à-poil, que je l’avais justifié sur mon crâne à l’instar d’une grande prise d’armes, ainsi que mon tablier de peau et tout le bataclan, sauf néanmoins mon n’hache, ébréchée z’à fendre du bois pour la colonelle, dont auquel je l’avais portée chez le rétameur — mon n’hache, pas la colonelle.

Arrivé z’à l’extrémité limitrophe du jardin, le colon fait demi-tour et me Dévisage.défigure aussitôt, fixe, la main gauche sur la couture, même qu’en se pivotant brusquement, il se fout sur moi et m’écrase mes cors aux pieds.

Ça va bien, je ne bronche pas !…

— Sacré nouillemolle, que dit mon supérieur, tu peux donc pas faire attention ! un peu plus tu m’marchais sous les pieds ! Quoi qu’tu fous là, derrière mon cul, en grande tenue ?…

Ça y était !… Quand le père Briquemol vous avait engueulé, appelé tourte, andouille, et surtout nouillemolle — son mot favori — on pouvait y aller. Ça le flanquait en rigolade pour au moins un quart d’heure !

Pour lorsse, je prends mon air la plus congratulatoire, et je réponds :

— Mon colonel, que c’est z’une circonstance fondamentale et commémorable qui vient de m’arriver, et que si j’ai z’ingurgité mon bonnet-z’à-poil, c’est à seule fin de vous annoncer, avec tous les honneurs duquel vous êtes susceptible, que je viens malheureusement d’avoir le bonheur d’être père !…

— Toi, père, qu’y dit?… T’es donc marié ?… Depuis quand ?… Par quelle autorisation ?…

— Non, que j’dis, mon colonel ; j’veux pas vous tromper. Ça c’est passé sur le derrière de la Mairie.mairerie ; et néanmoins que le petit il est venu z’au monde tout de même sans papiers, et aussi sans fourniment, et que pour lorsse…

— Bon ! je vois c’que c’est, qu’y dit le père Briquemol d’un ton Narquois.narcotique ; t’as infibulé un’ pauv’ jeunesse de tes petites saloperies membraneuses et nauséabondes, et à présent tu comptes sur moi pour la layette. Et alorsse, combien qu’y t’faut, mon salaud ?…

De le voir si bien disposé, j’savais plus quoi demander. Enfin je dis cent sous, au petit bonheur, avec le trac qu’y m’envoie paître, mais ouiche !…

— Quéqu’tu veux foutre avec cent sous ! qu’y dit en Haussant.exauçant les épaules. Tiens, v’là quarante francs.

Et y me colle deux jaunets dans la main en ajoutant :

— Tache moillien que le mioche y soit bien ficelé, et n’en liche pas la moitié en route. Puisque te v’la père d’un enfant, c’est le quart d’heure de prendre des idées Circonspectes.circonflexes, conformes à la situation, et d’être sobre et tempéré.

N’a pas plutôt fini Le speech.l’espiche que je me dépêche à fout’ mon camp. J’avais qu’un’ peur, en l’voyant couper à fond, c’est qu’y propose d’être parrain, car la maîtresse du sapeur Beaupoil, c’était alorsse, comme à présent, pas autre chose que Melle Marie Chopine. Quant aux nourrissons, vaut mieux que Je n’en aie.j’en aille pas d’autre que le trou que le bon Dieu m’a percé sous l’nez, et qu’il a eu le soin de marquer sa noblesse au moyen de cet ornement invulnérable et prépondérant qui l’entoure et qui est donc ma barbe.

Avec les quarante francs, j’nous en colle un’ biture soignée, à moi et aux camarades, que l’tambour-major, qu’était de la cérémonie, Naturellement.turellement, il en rotait encore quarante-huit heures après.

Nonobstant, tout ça Se déroule.s’écoule réglementairement et par principes.

— Ça va bien ! que je me pense, mais faudrait voir un de ces quat’matins à repiquer au truc. Y a encore du bon par-là dedans !

Un mois plus tard, qu’y faisait un nom de Dieu d’soleil à vous en désossifier la calebasse, et soif à proportion, j’en pose une du même tonneau kifre-kifre au père Briquemol, sauf que cette fois je m’étais falsifié d’une bobine compatissante, comme qui dirait avec des larmes sèches par derrière l’œil, vu qu’il n’est pas compatible à l’honneur d’un soldat français de Pleurer.chialer pour de vrai.

M’a pas plutôt Remarqué.distingué, que l’colon me demande ce que j’ai à faire une « gueule de tourte » comme ça, et si je viens de perdre une tante. Alors je lui glisse la chose, que mon pauvre l’enfant chéri y venait de devenir mort, et que je savais pas comment faire pour l’enterrer avec les pompes Funèbres.funiculaires dont il convient d’obséquer le fils regretté d’un sapeur douloureux.

Nom de Dieu! y me lâche un petit bleu !… cent francs !… un billet de cent !…

Oh ! alorsse, ça été la bombe, la surbombe, l’extrabombe, l’archibombe !

Pendant trois jours, on n’a pas dessoûlé, même Ceux.les ceusses qu’étaient de service, vu que nous autres, les vieux de la vieille, les hommes à poil, nous ons cette superficie, en plus que les mortels Vulgaires.vulnéraires, de marcher encore plusse droit, quand que nous sommes nonobstant raides comme la justice.

L’après-midi du troisième jour, nous étions encore qu’au soixante-troisième Litre.kilo, quand v’là que l’sapeur Petipatapon—que je l’avais Intimé.intitulé de tenir la caisse, vu que c’était un individu idiot, mais notoire pour jamais semer l’argent quand même qu’il fusse plus soûl que la bourrique à Robespierre—v’ià donc que le sapeur Petipatapon me tire par le coude et m’amène dans un coin, oùsqu’il Profère.perfore ces paroles :

— Dis donc, vieux, y a plus que quarant’ sous dans la tirelire.

Bougre.Boufre ! que j’dis, quelle heure donc qu’il est ?

— N’est qu’six heures ; jamais nous pouvons durer jusqu’à dix, et finir de nous soûler prop’ment avec quarant sous.

— Bon ! qu’j’y fais, T’inquiète.t’épate pas : quand y en a plus, y en a encore !… Hé ! vous autres !… Attendez-moi.Tendez-moi là un quart d’heure, j’vas faire un p’tit tour jusque chez mon banquier, et j’reviens.

J’dis au patron de l’établissement d’apporter du cacheté, pour vaporiser les camarades d’idées odoriférantes en m’attendant, et qu’ils croient pas que j’allais « S’éclipser sans payer son dû.pisser à l’anglaise » ! Puis je me défile.

Seulement, je m’aperçois pas que je pars du pied droit, vu que j’étais déjà salement dans les brindezingues, et que ce veau de Petipatapon m’avait collé sens devant derrière mon bonnet-z’a-poil !… Foutue tenue pour un vieux Militaire.mélétaire, qu’il doit jamais se Départir.déporter d’un respect Vénérable.vénérien pour le nuniforme, quand qu’il serait « cuité » jusque dans ses bottes !

Le père Briquemol, je savais qu’il prenait sa consommation d’absinthe et autres au grand café de l’Esplanade, qu’est donc sur la belle place du cochon de pays oùsque nous tenions garnison pour la circonstance de la chose.

Je le guigne de loin, qu’était sur le devant du sussedit mastroquet, avec l’colon du 4e dragons et trois ou quatre pékins en civils, des crétins pleins de monocles sur l’œil, de gants de paille, de sous-pieds de guêtre et autres équipements distinctifs et emmerdatoires.

Me canulait bien un peu D’interpeler.d’interjecter mon supérieur dans tout ce bric-à-brac de monde ; mais que je m’dis :

— Vas-y, mon vieux, va !. Le sapeur Beaupoil, il peut passer partout, et ailleurs aussi, sans Dérogation.détonation dans les usages, dont il n’en a jamais déplacé nulle part !

Le chiendent, c’est qu’à force de vider le Verre.guindal je m’rappelais plus de la bourde de l’enterrement du gosse, et j’croyais d’être encore à la chose de layette du mois précédent.

Ça va bien !

J’arrive vers la table du père Briquemol, je prends la position, en faisant le salut militaire :

— D’où qu’tu sors, vieux fourneau ? qu’y m’dit comme ça le colon en me toisant depuis mes empeignes jusqu’à la crête de mon bonnet-z’à-poil…

Faut dire qu’il avait z’un air si tellement Furieux.ferrugineux, qu’ça m’allait pas du tout.

— Ah ! oui, qu’y répercute, c’est ton loupiot d’garçon… t’es encore en train d’noyer tes chagrins…

— Mon colonel, que j’le coupe, si j’ai du chagrin, voyez-vous, c’est la joie !… vu que d’être père deux fois dans la même, c’est trop, c’est trop !…

— Comment ! qu’y m’dit en me dardant son œil de Lynx.larynx — signe que ça allait se gâter — quéqu’tu m’emberlificotes ?… c’est-y donc que ta payse…

— Elle vient z’encore d’accoucher, mon colonel !… c’est z’une fille, cette fois. Qu’avec l’autre ça fait deux : un gémeau et une jumelle !… et qu’y demandent qu’à téter, mon colonel, que c’en est touchant et mucilagineux si qu’on les verrait s’enlacer tous les deusses, dans leur étreintement fraternelle du sein de leur mère !…

— Ah ! ah ! qu’y ricane le père Briquemol en me regardant fixement de travers ; alorsse ta payse elle accouche comme ça tout les mois, et les mioches que t’enterre continuent à téter pis que jamais !… Tiens, regarde donc l’adjudant qui passe à l’autre bout de la place… Le vois-tu ?…

Et comme je me retourne du côté qu’il me montrait avec le doigt, plouf !… il m’envoye un grand coup de soulier dans le cul, en m’ajoutant :

— Prends d’abord çà pour ton rhume !… Bon !… maintenant, va dire de ma part à ce sous-officier qu’il te foute Au cachot.dedans illico !… Demain, je m’occuperai de toi !… Quinze jours de prison !… trente jours!… Tribunal.conseil, nom de Dieu ! pour t’apprendre à te fout’ de ton colonel !…

Je couchai au clou.

Le lendemain matin, le colon se faisait ouvrir la porte et, me voyant tout penaud, que je m’en cachais la Physionomie, visage.physiolomomie dans ma barbe Luxuriante.luxurieuse, y m’dit avec douceur, d’une voix pleine de Mansuétude.mensualité : -

— Beaupoil, t’es un cochon, mais je te pardonne !. Seulement que la première fois que ça te rarrive, je te fais raser si de près que ta hure s’en Métamorphosera.métamorphinera kifre-kifre la culasse mobile d’une vieille Mouquière : Femme arabe. Les mouquières ont coutume de s’épiler entièrement certaines parties du corps.mouquière !… Rompez !

»L’était comme ça, le père Briquemol, gueulard, mais bon enfant. Aussi que c’était, entre lui z’et moi, à la vie et à la mort !

Bibi-Tapin, « Les Farces de Beaupoil : Les Jumeaux », in Almanach de Bibi-Tapin pour 1900, par l’auteur des Mésaventures de Bistrouille. A.-L. Guyot, Éditeur.

17 février 2016

Question d’auxiliaires, ou, Fait divers crapuleux en quatre ph(r)ases.

Classé dans : Langue — Miklos @ 1:08

Grand Larousse de la langue française en six volumes.
Tome troisième, Es-Inc. 1973.

Il est monté.
Il l’a monté.
Il l’a descendu.
Il est descendu.

23 octobre 2015

Si vous ressentez une différence fondamentale…

Classé dans : Actualité, Religion, Société — Miklos @ 15:19

…à la vue de ces paires de photos, regardez plutôt en vous-même.


La barbe et le couvre-chef chez un chrétien orthodoxe
et chez un juif pratiquant.


La calotte chez un religieux catholique et chez un juif religieux.


Le voile chez une musulmane pratiquante et chez une religieuse catholique.


Visages masqués chez des musulmanes et chez des Japonaises.

22 octobre 2015

« L’identité juive génère des fantasmes »

Classé dans : Histoire, Religion, Shoah, Société, antisémitisme, racisme — Miklos @ 17:04


L’écrivain israélien A. B. Yehoshoua lors de son exposé en septembre 2015.
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C’est le titre d’une passionnante communication (en excellent français) de l’écrivain israélien A. B. Yehoshoua – grand par ses qualités non seulement littéraires mais aussi éthiques et morales –, tenue dans le cadre d’une conférence organisée par l’association lacanienne internationale en septembre 2015.

La source de la peur dont il parle ici ne serait-elle pas en fait dans ces prémices (d’il y a 2000 ans ! cf. ses citations des philosophes grecs) de la modernité contemporaine induite de nos jours entre autres par les moyens de transport de plus en plus rapides, et qui s’exprime, alors comme maintenant, par une identité unique et multiple, fragmentée et cohérente tout à la fois ? Sauf qu’alors, avant toutes les évolutions techniques qui n’ont de cesse de bouleverser le monde, il y avait la nécessité de développer l’imaginaire – et donc la créativité – pour y situer, pour y ancrer cette identité qui ne pouvait se loger facilement dans le monde d’alors du fait de la dispersion du peuple juif, ce qui la rendait d’autant moins saisissable. Or, comme le montre Yehoshoua, c’est aussi le cas de nos jours.

D’autre part, la transmission orale des textes talmudiques (« la loi orale ») qui définissent la partie religieuse de l’identité juive anticipait en quelque sorte de deux millénaires les moyens de communication dématérialisés et quasi oraux actuels ; elle avait de quoi faire d’autant plus peur à ceux qui y voyaient des règles secrètes d’un peuple diffus et quasi extra terrestre menaçant la société bien établie dans sa matérialité.

Soit dit en passant, cette peur (voire cette révulsion) de la modernité est aussi visible par exemple dans un tout autre domaine – celui de l’art contemporain (ou des arts contemporains – que ce soit l’écriture, la musique, la peinture, la sculpture…) – qui « explose » aussi l’identité structurée et claire de l’œuvre d’art, et donc la facilité à définir, à cerner, à comprendre rapidement, sans prendre la peine de « faire connaissance », ce qui prend forcément du temps.

Il y a donc bien de quoi faire peur à l’homme unidimensionnel d’alors comme à celui d’aujourd’hui : « le Juif » est irréductible, autant par son physique que par sa pensée, par son statut social ou politique, par ses langues et par ses cultures, à une définition simple, sans ambiguïté. Or lors de la rencontre de l’« autre », de l’inconnu, s’impose le besoin animal de savoir rapidement si c’est un ami ou ennemi, et donc si l’aspect est en trop différent (couleur, traits réels ou imaginés…) ou à l’inverse indiscernable (« ils sont partout »), c’est forcément un ennemi, que ses caractéristiques de caméléon social rendent d’autant plus dangereux.

Il s’agirait finalement de cet imaginaire commun qui forge l’identité des Juifs aux destins multiples et souvent incomparables qui serait à la source de la révulsion fantasmatique suscitée chez la majorité des individus et des sociétés ancrées dans des référentiels purement matériels.

24 septembre 2015

« Un seul poisson pourri souille le panier en entier » (adage marocain [source])

Classé dans : Langue, Sciences, techniques — Miklos @ 19:39


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« הדג מסריח מהראש » (« C’est de la tête que le poisson pue », adage hébreu)

«Madame, Monsieur,

Le Dauphin est le roi des poissons et les poisssardes voient avec plaisir une belle Dauphine destinée à être un jour leur reine. Tous les bons Français sont joyeux qu’étant fille du puissant Sire d’Espagne et originaire de ce royaume, vous y reveniez à propos comme Mars en Carême.

Votre présence ici procure un spectacle bien agréable et nous fait espérer une nombreuse lignée, si vous êtes aussi bien oeuvrée que notre prince est laité, car nos Bourbons sont des héros qui ne sont point pétris de sang de macreuse et dont les exploits ne sont point des coups d’épée dans l’eau.

Votre illustre époux, charmé de voir vos appas s’y attacher, car c’est la sauce qui fait manger le poisson ; d’ailleurs vos vertus lui feront connaître que ceux qui vous ont choisie pour sa femme, n’ont point pêché en eau trouble. Tous deux contents, vous arrivez comme le poisson dans l’eau, sans risquer comme lui d’avaler le goujon.

Notre qualité d’harengères ne nous permet pas de vous haranguer mieux et plus longtemps ; d’un côté la caque sent toujours le hareng, et de plus les gens de justice attendent pour vous complimenter à leur tour. Or l’on dit ici que le gros poissons mangent les petits ; mais quoiqu’on nous regarde comme du fretin,» notre qualité a son prix, et notre joie sincère vous répond de notre amour, qui sera toujours le même, contre vent et marée.

Compliment des vendeuses de poisson de Bordeaux à Madame la Dauphine, fait le 21 janvier 1745, par la mère Torquette, une des anciennes.

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