Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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12 février 2012

Service AMIcal à contresens

Classé dans : Actualité, Langue, Sciences, techniques — Miklos @ 19:51

Il est si difficile de bien maîtriser plusieurs langues, et il est si facile de faire traduire par notre AMI à tous ce qu’on ne comprend pas ! Mais cet AMI qui ne veut que notre bien (tout notre bien) n’est pas infaillible, peu s’en faut. Voici quelques extraits d’une traduction qu’il propose dans le domaine de l’immobilier, en l’occurrence celle d’une petite annonce en anglais (de cuisine) proposant la location d’une chambre (avec cuisine attenante) :

Original

Traduction

18 sqm (200 sqft) of airy space under a 3.40 m (11 ft) high ceiling.

18 m² (200 m²) de l’espace aérien en vertu d’un m 3.40 (11 pi) hauteur sous plafond.

All the rooms look onto a large and bright private courtyard where you can only hear birds singing.

Toutes les chambres donnent sur une grande cour privée et lumineux où vous ne pouvez entendre les oiseaux chanter.

Brand new comfortable double bed (130×190 cm, 4.2×6.3 ft) / sleeps 2.

Marque nouveau lit double confortable (130×190 cm, 4.2×6.3 pi) / 2 personnes.

Hi-Fi appliance with Radio Tuner & CD-Player.

Salut-Fi appareil avec Tuner Radio & Lecteur CD.

Interests & activities : Travels, Acting, Argentine Tango, Wine …

Loisirs et activités: Voyages, par intérim, tango argentin, du vin …

Out of the apartment most of the day & evenings due to long working hours.

Sur l’appartement le plus de la journée et le soir en raison des longues heures de travail

Si l’on ne comprend que le français, on en déduit qu’il s’agit d’un espace aérien de 200m² (dont 18 au sol, loi Carrez oblige). Cette pièce, ainsi que les autres de l’appartement, donnent sur une cour si silencieuse qu’on n’y entend même pas les oiseaux chanter.

La chambre comprend un lit dont le volume ne peut qu’être calculé par un matheux qui connaît la valeur exacte de pi. Elle est équipée d’un appareil de marque qui ravira les audiophiles : il s’agit du Salut-Fi.

Quant au propriétaire, il est intérimaire et se retrouve par conséquent la plupart du temps au grenier car c’est là qu’il travaille quand il n’est pas employé.

Ça vous intéresse ?

27 janvier 2012

The snows of yesteryear are gone with the wind

Classé dans : Cinéma, vidéo, Langue, Littérature, Musique — Miklos @ 22:48

In his essay Villon: The genius of the tavern, Irish writer Robert Lynd (1879-1949) attributes to Pre-Raphaelite poet Dante Gabriel Rossetti the phrase “But where are the snows of yesteryear”, his beautiful rendering in English of “Mais où sont les neiges d’antan ?”. It is the nostalgic refrain of the Ballade des dames du temps jadis of François Villon (ca. 1431-1463?), “poet, pimp and pickpurse” (as Swinburne qualified him), and for whose title Rossetti provides a surprisingly pedestrian and approximate interpretation. Here is what Lynd has to say:

No one has ever celebrated the inevitable passing of loveliness in lovelier verse than Villon has done in the Ballade des Dames du Temps Jadis. I have heard it maintained that Rossetti has translated the radiant beauty of this ballade into his Ballad of Dead Ladies. I cannot agree. Even his beautiful translation of the refrain,

But where are the snows of yesteryear,

seems to me to injure simplicity with an ornament, and to turn natural into artificial music.

He then goes on to criticize Rossetti’s translation which he qualifies as “the beautiful writing of an exercise”, adding that “One sees how Rossetti is inclined to romanticize that which is already romantic beyond one’s dreams in its naked and golden simplicity”.

Yet this particular verse is not only very aptly translated, it is also quite a literal rendering of the original, almost word for word: antan means last year (from vulgar Latin ant anu, from ante annum), and, by extension, years past, both which are the meanings of yesteryear.

So one is left wondering as to Lynd’s qualification of Rossetti’s translation of this particular verse as artificial and adding a useless ornament. Maybe he had in mind Louisa Stuart Costello’s translation (in her Specimens of the Early Poetry of France, 1835):

Where is fled the south wind’s snow?

This surprising (mis)translation can only be attributed to a failing eyesight: Costello confused antan with autan, as it shows in her quoting the refrain in French before her rendering in English of the poem:

Autan denotes in French a southeastern cold wind. It is not to be confused with autant (meaning as much as), which happens to be the initial word of yet another strikingly elegiac refrain of a ballade of the same Villon (from his 1461 Testament):

Autant en emporte le vent

It is known to many more people than those who have ever heard of Villon in either language, as it has been used to render into French the title of Margaret Mitchell’s best-seller and that of the eponymous movie starring Clark Gable and Vivien Leigh, Gone With The Wind.

But this verse must have made a strong impression almost as soon as Villon penned it: it appears as the first verse of an anonymous poem which composer Pierre de la Rue (ca. 1450-1518) put in music:

Autant en emporte le vent
Qu’il n’a qu’un baiser seulement,
Combien qu’il soit donné de bouche,
Si le cueur ne donne la touche,
Ou y met son consentement,
Autant en emporte le vent.

(source)

4 janvier 2012

Amadis le bien gaulé

Classé dans : Actualité, Danse, Langue, Musique, Médias — Miklos @ 15:25

La critique musicale de Libération de ce jour consacre un double-page à Amadis de Gaule, opéra de Jean-Chrétien Bach, œuvre « à la charnière du baroque et du classique (…), chaînon manquant entre Gluck [et Mozart] » qui se donne actuellement à l’Opéra-Comique.

Si l’article trouve la mise en scène un peu trop minimaliste, on peut constater, au vu de l’extrait ci-dessus, qu’elle a certains aspects « éventuellement comique[s] ». C’est aussi le cas du texte du second paragraphe, dont la césure est éventuellement gay friendly, elle aussi. Un spectacle qu’on recommande donc à Christine Boutin (ou à son conseiller).

N’ayez pas peur

L’année 2012 sera l’une des meilleures de mémoire d’homme. Vous en doutez ? Il suffit d’écouter les candidats aux élections présidentielles.

Vous souvient-il (sur un air connu) d’un quidam qui promettait en 2007 monts et merveilles et avait pris quinze engagements, parmi lesquels « une démocratie irréprochable », « vaincre le chômage », « augmenter le pouvoir d’achat », etc. ?

Il s’avère que c’est plutôt le contraire qui s’est réalisé (emploi du passif par euphémisme). La crise ? Une crise de nerfs permanente de ce quidam (qui, comme le dit Gaino en personne, « gère tout à l’affect. La contrepartie de l’affect, c’est la brutalité »). Casse-toi

Or maintenant, voilà que tout le monde nous promet que ça ira vraiment mal, du climat écologico-météorologique à celui de l’emploi, d’une croissance des impôts et des charges inversement proportionnelle aux revenus au « travailler-plus-pour-gagner-moins, d’une désertification des campagnes à une urbanisation délirante, tout ceci assorti de conflits de plus en plus virulents pour s’accaparer les ressources essentielles en voie de disparition, pour culminer, le 21 décembre, par la fin du monde selon les Mayas (à ce propos, on vous suggère d’aller voir leurs masques à la Pinacothèque, ils font encore plus peur que leurs prédictions).

Eh bien, puisque les statistiques ne trompent pas, elles, contrairement aux prophètes de malheur qui n’ont de cesse de le faire, rien de cela ne devrait avoir lieu, puisque c’est toujours l’inverse qui se passe finalement. On peut donc s’attendre à ce que la Terre refroidisse (juste un peu pour sauvegarder les ours blancs) et que le Sahara refleurisse, que tout le monde mange et boive à sa faim et que les maladies incurables ne le soient plus, que le loup et l’agneau vivent en bonne entente et que l’homme aime son prochain comme lui-même, enfin qu’il fasse tellement bon ici bas que les bienheureux préféreront quitter le Paradis pour se réinstaller parmi nous en repeuplant les campagnes tels les post-soixante-huitards d’antan en y faisant renaître labourage et pâturage bio, ces vraies mines et trésors du Pérou, car s’il est vrai que les campagnes peuvent vivre sans les villes, les villes ne peuvent pas vivre sans les campagnes. Que du bonheur.

On peut toujours rêver.

3 janvier 2012

Il y a 150 ans, déjà… (et bien avant aussi)

Classé dans : Actualité, Langue, Société, Économie — Miklos @ 0:06

Banque : Opération financière dont la portée est exagérée bien au-delà de sa valeur. — Les nombreuses faillites de banquiers menant le train le plus opulent, ont dû faire naître la nouvelle acception de ce mot. — Cette étymologie nous paraît plus naturelle que celle de banc ou tréteau de charlatan, avancée par quelques philologues.

« Ah ! c’est une bonne banque. » — Labiche.

Banque : Étalage de promesses mensongères : — Toute la banque dont l’essai est inutile avec l’homme de lettres qui attend sa semaine pour manger. » — Goncourt.

Banquiste : Charlatan, faiseur de banques.

« Les rois banquistes, caparaçonnés de paillons. » — P. Borel, 1833.

« Je doute fort que le nouvel exploiteur soit dans mes idées. — Qui est-ce ? — Une espèce de banquiste nommé Vernouillet. » — E. Augier.

Bouillon : Mauvaise opération, passe dangereuse.

« Le métier est rude à la Bourse, sans parler des soucis et des bouillons. » — Mornand.

« Bouillon, mot en usage dans la librairie pour peindre une opération funeste. » — Balzac.

« Il a bu un fameux bouillon » : manière burlesque de dire qu’un marchand a fait une perte considérable. — Dhautel, 1808.

Carotter, tirer une carotte : Obtenir par fraude quelque chose. (…)

Carotteur, tier : Expert en l’art de tirer une carotte.

« Les missives carottières destinées aux banquiers que nous a donnés la nature. » — La Bédollière.

Chou colossal : Entreprise destinée à tromper le public par des promesses ridiculement alléchantes.

Coup de pistolet : « Alléché par l’exemple et la perspective de quelques bénéfices énormes, et qui par cela même représentent la mort de milliers de gens, un novice vient tirer un coup de pistolet à la Bourse (c’est l’expression pour désigner une opération isolée et sans suite, un coup de main). » — Mornand.

Déveine : Malheur constant dans une série d’opérations quelconques. C’est le contraire de veine qui signifie au propre le filon de la fortune. On dit veinard.

« Il paraît que la banque est en déveine. » —About.

Homme de paille : Homme couvrant de son nom des actes, des écrits qui n’émanent pas de lui. Le journalisme et la finance emploient fréquemment l’Homme de paille.

Lorédan Larchey, Les excentricités du langage. Quatrième édition singulièrement augmentée. Paris, 1862.


Honoré Daumier : Le Banquier. Appelé capacité financière parce qu’il n’est autre chose qu’un récipient, un coffre exclusivement propre aux finances.
Le Charivari, 16 octobre 1835.

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