Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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9 septembre 2011

Microsoft la tête dans les nuages, ou, un petit Tchernobyl informatique

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 8:19

“So hold me, Mom, in your long arms. In your automatic arms. Your electronic arms.” — Laurie Anderson, O Superman.

« Ô beau nuage, qui voyage, ne t’en vas pas sans nous, sans nous, vers ce pays si doux, si doux, ô beau nuage, emporte-nous ! » — Jacques Offenbach, La Vie parisienne (livret de Meilhac et Halévy).

Ceux des internautes qui possèdent un compte de courrier électronique chez Hotmail ont dû être surpris ce matin de ne pouvoir s’y connecter et de se voir rétorquer par leur navigateur « Impossible de trouver le serveur distant ». Ils ont tout de suite craint le pire : un virus insidieux dans leur ordinateur, qui aurait détournée la liaison pour capter leur mot de passe.

Deuxième réflexe : consulter l’Oracle à ce propos, voir ce qu’on en dit sur l’internet. Et là, ils apprennent qu’une panne non négligeable affecte en ce moment les services de cloud de Microsoft. C’est rassurant en un sens : leur ordinateur personnel est en bonne santé. Mais ce phénomène devrait pourtant en inquiéter plus d’un.

Le cloud est un terme qui recouvre une organisation des services informatiques très importants, voire gigantesques, qui consiste à les répartir sur une pléthore de serveurs reliés entre eux sans que l’utilisateur ne se rende compte qu’il s’adresse non plus à un seul serveur mais à une armée de clones chargés de répondre aux requêtes provenant de tous côtés et de stocker des volumes immenses de données ; si l’un est trop occupé, un autre prendra la relève ; si un embouteillage se forme ici, les données transiteront par là ; si les calculs à effectuer sont complexes, plusieurs ordinateurs se répartiront la tâche ; si un disque tombe en panne, peu importe, les données sont, elles aussi, réparties dans cette galaxie. C’est ainsi que Google, Amazon, Microsoft ou Facebook organisent leurs services en ligne.

C’est ce second aspect, celui du stockage, qui devrait inquiéter plus d’un décideur. En cette ère – ou mode – de numérisation à tout crin, la volumétrie des fichiers ne cesse de croître et atteint des chiffres qu’on dit déjà astronomiques et on n’a encore rien vu. Selon un rapport annuel d’IDC« International Data Corporation », entreprise privée effectuant des recherches de marché dans les domaines des technologies de l’information et des télécommunications. (intitulé sans aucune prétention « l’état de l’univers »), le volume de données numériques créées et démultipliées dépassera les 1,8 zettaoctetsUn zettaoctet = un milliard de téraoctets, ou un milliard de milliards de kilooctets., bien au-delà des projections effectuées quelques années auparavant. Ce rapport, soit dit en passant, est sponsorisé par EMC2, une entreprise internationale qui fournit des services et des solutions de… stockage informatique.

En sus, il s’avère que les données numériques sont bien plus fragiles que leur contrepartie physique : les tablettes cunéiformes ou les papyrus peuvent encore être lus plusieurs milliers d’années après leur écriture, il en va de même des livres imprimés du temps de Gutenberg, on estime la durée de vie du film noir et blanc à plus de 400 ans, celle des bandes magnétiques à une vingtaine d’années, des disques durs à cinq ans et des mémoires électroniques à parfois quelques mois…

De l’internaute qui veut pouvoir accéder à son courriel depuis sa salle de bain, le métro ou le cinéma, ou télécharger un nombre croissant de vidéos (pirates ou non) aux grands organismes qui numérisent leurs archives audiovisuelles ou qui produisent dorénavant des données « nativement » numériques, en passant par des groupes de travail répartis dans le monde (globalisation oblige) et qui souhaitent travailler sur les mêmes fichiers de traitement de texte ou de tableur, tout le monde (câblé) se trouve face à un problème concret : comment stocker ces données, comment y accéder de n’importe quel endroit sur Terre, comment assurer leur pérennité numérique. Plus de disques ? plus de bandes magnétiques pour sauvegarder les disques ? plus de serveurs et de réseaux ? Tout ceci requiert d’investir dans du logiciel et dans du matériel – ordinateurs, disques, lecteurs de bande, réseaux – ce qui, en sus, prend de la place et nécessite des espaces à environnement contrôlé (température, hygrométrie), une alimentation particulièrement stable, du personnel capable de gérer tout cela…

Pas de soucis : le cloud s’en charge : remettez-lui vos fichiers, remettez-lui vos courriers, il en assurera l’omniprésence et la vie éternelle. Il vous fournira en sus les logiciels pour y accéder, plus besoin d’acheter ou de pirater Microsoft Office, ou de télécharger et d’installer son équivalent gratuit. C’est tellement commode.

Il ne faut pas être parano : c’est vrai qu’on remet un nombre croissant de données souvent personnelles (voire très personnelles), confidentielles ou stratégiques à une société privée, dont on ne connaît pas l’éthique – même si l’on sait que les ordinateurs de ces hôtes épluchent les données de ceux qui les lui confient pour mieux les profiler et les exposer à une publicité croissante – ni le futur – s’ils font faillite ou sont rachetés, que deviendront ces données ? c’est vrai qu’en sortant de chez soi ces bijoux de famille électroniques et en les déposant dans la galaxie internet, ils sont, de façon croissante, exposées aux attaques des pirates qui écument les mers virtuelles. Mais de toute façon on confie depuis si longtemps nos avoirs à des banques, qui sont rachetées ou qui font faillite, nihil novi sub sole.

Et c’est vrai, on le voit de nouveau, que cette interconnectivité croissante expose plus de gens à des accidents techniques ou sécuritaires plus importants, ce qui ne fait que confirmer ce que s’entêtait à (pré)dire Paul Virilio. Ce n’est pas le premier, et c’est loin d’être le dernier : le même jour, on apprend que les données privées de 20.000 patients des urgences d’un hôpital d’un quartier huppé – Palo Alto, en Californie –, comprenant leurs noms et les diagnostics de leurs affections, étaient disponibles en ligne pendant presque un an (et donc ne disparaîtront sans doute plus jamais de l’œil du public).

Mais c’est si commode de s’en remettre à ce beau nuage qui nous emporte…

8 septembre 2011

La question du jour. 2.

Classé dans : Langue — Miklos @ 23:52

Je cherche « à situer sur la planisphère des pays Zoulou Andalou Moscou Tombouctou Anjou Poitou Mandchou »*.

Réponse du grand manitou : Vous cherchez où courir le guilledou ? Pourquoi pas au Pérou ou à Ouagadougou, à Corfou ou à Caribou ? Hou hou, vous vous croyez chez les fous ?


Il s’agit d’une recherche effectuée par un internaute anonyme qui l’a menée vers ce blog.

7 septembre 2011

La question du jour. 1.

Classé dans : Langue — Miklos @ 23:42

Je cherche : « Danse contemporaine sans culotte »*

Réponse de la rédaction : si vous vous intéressez à la danse qui était contemporaine des Sans-culottes, il s’agit de la Carmagnole, dont les paroles sont toujours d’actualité (« Monsieur Sarko Veto avait promis… »). Sinon, on vous déconseille Mauvais genre d’Alain Buffard, non pas que ce soit notre opinion de son œuvre (on la garde pour nous, notre opinion), mais parce que justement les danseurs y portent tous des couches-culottes. Il vous reste alors Herses (une lente introduction) de Boris Charmatz, sur des musiques de Helmut Lachenmann, où les danseurs sont effectivement déculottés.


Il s’agit d’une recherche effectuée par un internaute anonyme qui l’a menée vers ce blog.

14 août 2011

Truite aux fines herbes

Classé dans : Cuisine, Langue, Lieux — Miklos @ 3:02

Bondjoû, lès soçons !

Le menu de l’auberge dol besace à Crupet propose, entre autres plats succulents, une truite aux fines herbes ainsi que sa recette traditionnelle en wallon. Afin de vous en faciliter la compréhension, voici un bref lexique de quelques mots-clé (pour les autres, faites appel à votre imagination ou jetez un coup d’œil à cette savoureuse anti-sèche) :

a

ail

brâmint

beaucoup

brèle

ciboulette

crauche

gras

dragone

estragon

emantchi

emmancher (mettre en train)

frisse

fraîche

l’mwin

la main

nin rovyi

ne pas oublier

pérzin

persil

Dommage que de nos jours ils la servent sans les grossès frites côpéyes à l’mwin comme on les y faisait ainsi que le prétend la recette…

Et pour le dessert, on ne peut que vous conseiller très vivement de faire un tour à Wépion et d’y acheter une (ou plusieurs) barquettes de vraies fraises du coin, cultivées en pleine terre : elles sont belles, d’un rouge profond qui rappelle celui de natures mortes flamandes, elles sont parfumées, elles sont tendres sans êtres molles, elles sont succulentes. Cela vous changera des succédanés stéroïdés et artificiels, rouges pâle ou blanchâtres, croquants et aqueux, sans goût, qui portent le nom de ce fruit mais n’ont aucun rapport avec lui.

On trouvera ici quelques autres photos de la région.

À dji n’sé nin quand !

2 août 2011

Mais qui porte vraiment la culotte, à Paris ?

Classé dans : Actualité, Histoire, Société — Miklos @ 21:25

Cette femme porte le haut de chausses, porte des chausses, porte la culotte, Elle est plus maîtresse dans sa maison que son mari. — Dictionnaire de l’Académie française, 1835.

Les Parisiennes qui portent la culotte doivent en demander l’autorisation de la police avec raisons médicales à l’appui selon une loi du 26 brumaire de l’an IX (17 novembre 1799) encore en vigueur, nous apprend l’agence Reuters. D’autres pays à la pointe du progrès ont aussi des lois quelque peu curieuses ; ainsi, à Jasper (Alabama), il est interdit à un homme de battre sa femme avec un bâton dont le diamètre est supérieur à celui de son pouce ; à Nogales (Arizona), on ne peut porter des bretelles ; en Californie il faut posséder un permis de chasse pour être autorisé à poser un piège à souris, tandis à Hartford (Connecticut) on n’a pas le droit de dresser un chien, ni – aucun rapport – d’embrasser sa femme un dimanche, alors qu’à Eureka (la si bien nommée, au Nevada), les hommes qui portent moustache ne peuvent embrasser de femmes – ni la leur ni d’autres, non seulement les dimanches mais tous les autres jours de la semaine. Le Massachusetts, à la pointe de la morale (bien qu’il ait interdit la fête de Noël dès 1659), ne permet pas aux couples (même mariés) de dormir nus dans des chambres louées (bed-and-breakfast, par exemple) et exige un certificat médical pour ceux qui voudraient prendre un bain. On pourra se délecter à la lecture d’une liste assez exhaustive de ces ordonnances amé­ri­caines toujours en vigueur.

Mais revenons aux femmes empantalonnées. Cette loi parisienne et inique mettait fin à un trop bref âge d’or, de quelques années à peine, où les femmes s’étaient délectées à porter des falzars. Dans son ouvrage La Française du Siècle. Modes Mœurs Usages (1886), Octave Uzanne décrit, dans son premier chapitre (« Nymphes et Merveilleuses »), l’effet libératoire qu’a eu sur la société la sortie de la Terreur au lendemain du 9 Thermidor. « Logiquement, on peut dire que la frontière du XVIIIe siècle est franchie et qu’une ère nouvelle commence avec toutes les transformations de mœurs, de langage, de costumes qui marquent l’évolution normale de la France vers un nouveau Régime. (…) Aussi n’est-il point étonnant de voir en tous lieux renaître le plaisir, les jeux, l’allégresse après une si longue contrainte ; la confusion est partout ; on sent qu’on vit dans l’interrègne de la morale ; on s’étourdit, on s’oublie, on se grise, on s’abandonne, on se donne avec facilité et sans prendre garde aux moyens. La femme, principalement, a conscience qu’elle vient de reconquérir ses droits les plus charmants. » Et il cite Lous-Sébastien Mercier1 qui parle de façon assez coquine de l’accoutrement extravagant de certaines Merveilleuses (et, en passant, nous informe de la façon originale qu’avait le comte d’Artois de se culotter et de se déculotter) :

« Quel bruit se fait entendre ? Quelle est cette femme que les applaudissements précèdent ? Approchons, voyons. La foule se presse autour d’elle. Est-elle nue ? Je doute. Approchons de plus près ; ceci mérite mes crayons : je vois son léger pantalon, comparable à la fameuse culotte de peau de Mgr le comte d’Artois, que quatre grands laquais soulevaient en l’air pour le faire tomber dans le vêtement, de manière qu’il ne formât aucun pli, lequel, ainsi emboîté tout le jour, il fallait déculotter le soir en le soulevant de la même manière et encore avec plus d’efforts ; le pantalon féminin, dis-je, très serré, quoique de soie, surpasse peut-être encore la fameuse culotte par sa collure parfaite ; il est garni d’espèces de bracelets. Le justaucorps est échancré savamment et sous une gaze artistement peinte palpitent les réservoirs de la maternité. Une chemise de linon clair laisse apercevoir et les jambes et les cuisses, qui sont embrassés par des cercles en or et diamantés. Une cohue de jeunes gens l’environne avec le langage d’une joie dissolue. Encore une hardiesse de Merveilleuse, et l’on pourrait contempler parmi nous les antiques danses des filles de Laconie : il reste si peu à faire tomber que je ne sais si la pudeur véritable ne gagnerait pas à l’enlèvement de ce voile transparent. Le pantalon couleur de chair, strictement appliqué sur la peau, irrite l’imagination et ne laisse voir qu’en beau les formes et les appas les plus clandestins ;… et voilà les beaux jours qui succèdent à ceux de Robespierre ! »

Pantalon, dit-il ? Collant couleur chair carrément coquin ! Culotées, ces charmantes créatures. Pas étonnant que les prémices du « nouveau Régime » qu’évoque Uzanne, le Premier Empire, se soient accompagnées d’un retour à l’ordre moral dont cette interdiction est l’une des manifestations (mais qui, comme on peut le voir dans l’illustration ci-dessous, ne semble pas avoir eu un effet immédiat).

La sénatrice Maryvonne Blondin – qui siège à Paris (en pantalon ?) mais représente le Finistère – a déposé une proposition de loi demandant l’abrogation de ce texte. Jusqu’ici, la préfecture de police avait résisté à ces efforts qui remontent à 1887. Mais est-ce vraiment nécessaire ? Certains observateurs notent un retour actuel vers la pudeur : « De nos jours, nous constatons que les corps se rhabillent un peu plus. Notamment chez les plus jeunes, avec le délaissement du slip de bain pour les shorts. » constate le sociologue Jean-Didier Urbain, et ce n’est pas que pour se protéger du soleil (la différence entre slip et short est négligeable, sur ce point). De là à ce que les femmes acceptent de revenir, d’elles-mêmes, à la jupe, à la robe, voire au niqab… pardon, une autre loi en vigueur l’interdit.


1 Auteur – très prolifique – entre autres du Tableau de Paris avant la Révolution française et du Nouveau Paris (en 1798), ainsi que d’une utopie, L’an deux mille quatre cent quarante, rêve s’il en fût jamais, que nous avions déjà évoquée.

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