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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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7 avril 2015

Si politique et si peu poétique, la ministre de l’Écologie

Classé dans : Actualité, Littérature, Médias, Politique — Miklos @ 10:34


La prose de Royal. Cliquer pour agrandir.

Si Royal se cantonne à la prose, c’est qu’elle doit consciemment éviter d’utiliser un genre plus poétique, dit « chant royal », du fait du patronyme d’un de ses usagers les plus prolifiques, CrétinGuillaume Dubois dit Crétin, poète français du XVe-XVIe s. (craint-elle la confusion des noms ?), dont on citera par exemple :

Chant royal, ou savoir divin
Imprime un nouveau doctrinal
Sans le noir brouillon infernal
Qui brouille tout de son venin (…)

Comme quoi, si elle s’y mettait, cela mettrait peut-être fin à l’image brouillée qu’elle n’a de cesse de projeter. Question prose, nous, on serait plutôt d’accord avec celle de Mandon.


La poésie de Crétin. Cliquer pour agrandir.

11 novembre 2014

Défilé de mode à Paris : la Trash Fashion.

Classé dans : Littérature, Photographie, Société — Miklos @ 17:49

«La vulgarité n’est pas un sujet aimable. Les pauvres n’y sont pas beaux comme ils le sont toujours dans la littérature compassionnelle et sociale, ennoblis par leurs souffrances. Non, écrire sur la vulgarité c’est n’écrire ni sur les nantis ni sur les défavorisés, mais sur un mouvement qui tire les uns et les autres vers le bas. La vulgarité n’est pas un sujet gentil, c’est un sujet limite. Sous le déluge vulgaire, les déclassés et les repus ne sont pas admirables. Ici, personne ne gagne a priori ; apparemment, la vulgarité ne fait pas de prisonniers. Elle tue, plus encore que le ridicule qui, lui, a fait long feu.

La vulgarité est un ensemble de codes, un flirt avec les débordements ; un état où tout se mélange, tout se mêle, où le corps, encore et toujours, est ramené sur le devant de la scène avec ses fluides et ses productions. […]

Les artistes ont saisi la vulgarité comme une matière superactive. L’époque entropique et anthropique qui est la nôtre ne sait plus quoi faire de ses décharges réelles de détritus et la matière semble prendre sa revanche sur les hauteurs issues de l’esprit des Lumières. […]

À défaut de fond, on soigne la forme. On en rajoute, on accumule. C’est ainsi que les grilles du jardin du Luxembourg sont devenues les cimaises d’une déferlante d’expositions de photos ethnico-géographiques. Pour un premier succès de Yann Arthus-Bertrand, combien de sous-talents ? […] La place Vendôme a eu, elle aussi, les honneurs des horreurs. Plus d’une installation d’artiste a frôlé le révulsif. […]

La maîtrise avec laquelle les publicitaires ont joué de la mode trash confirme l’utilité de la vulgarité. C’est un outil qui parle à tous, qui franchit toutes les barrières sociales. La vulgarité est toujours en libre-service et comme l’air, elle est encore gratuite. Servez-vous. […]

« Commander, c’est parler aux yeux »», disait Napoléon. L’image véhicule la vulgarité à la vitesse de la lumière. Le flash vulgaire est imparable.

Philippe Trétiack et Hélène Sirven, Limite vulgaire. Stock, 2007.

Animaux de Paris. Le flamant.

Classé dans : Langue, Littérature, Nature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 16:35


Street art. Autres photos ici.
À propos de l’artiste.

   Une patte repliée
Sous leurs plumes qui se figent,
Les hauts flamants rassemblés
S’efforcent de ressembler
À des roses sur leur tige.

   Vit-on jamais dans le vent
Rosier plus vibrant de roses
Que ce bouquet de flamants roses,
Ce bouquet que le lac pose
Au pied du soleil levant ?

   Et, quand le bouquet s’effeuille,
Qui peut encore distinguer,
De ce nuage rosé
Que la brise cueille,
Le flamant rose envolé ?

Maurice Carème

«Flamant. s. m. Oiseau aqua­tique, qui est rouge et blanc avec un long bec et des jambes fort hautes. Le flamant qui se voit dans les Antilles, et que l’on appelle aussi flambant, est gros comme une cigogne. Ses jambes, grosses environ comme les doigts, ont quinze ou seize pouces de hauteur, depuis le pied jusqu’à la première jointure, et depuis cette jointure jusqu’au corps, elles en ont presque autant. Elles sont toutes rouges ainsi que les pieds qui sont à demi marins. Cet oiseau a le col rond et menu pour sa grandeur. Sa longueur est d’une demi toise. Il a la tête ronde, petite, et un gros bec moitié rouge et moitié noir, qui est long de six ou sept pouces, et courbé en forme d’un demi arc. Il s’en sert pour chercher au fond de l’eau des vers marins, et quelques petits poissons dont il fait sa nourriture. Toutes ses plumes sont de couleur incarnate, et quand il vole à l’opposite du soleil, il paraît tout flamboyant ainsi qu’un brandon de feu, et c’est de là qu’il a pris son nom. Les jeunes sont beaucoup plus blancs que les vieux. Ils deviennent de couleur de rose à mesure qu’ils croissent, et de couleur entièrement incarnate quand ils sont âgés. Il y en a qui ont les ailes mêlées de plumes rouges, blanches et noires. Ces oiseaux ont un cri si fort, qu’en les entendant, on croit ouïr le son de quelque trompette. Ils sont rares, et on n’en voit guère que dans les salines les plus éloignées des habitants. Ils vont toujours en bande, et pendant qu’ils barbotent dans l’eau pour y trouver de quoi se nourrir, il y en a toujours un qui fait le guet, ayant le col étendu, et jetant les yeux partout. Sitôt qu’il entend le moindre bruit ou qu’il aperçoit quelqu’un, il prend l’essor, et jette un cri qui sert de signal aux autres pour le suivre. Ils volent en ordre comme les grues, et la moindre blessure qu’ils reçoivent les fait demeurer sur la place. Ils sont gras, et ont la chair assez délicate, quoiqu’elle sente un peu la marine. La langue passe surtout pour un très friand morceau. Leur peau qui est couverte d’un mol duvet, est bonne aux mêmes usages que celles du cygne et du vautour. Il y a bien de l’apparence que ces oiseaux sont de la même nature de ceux qui se trouvent dans les îles du Cap Vert, et que les Portugais nomment flamencos. »  Ils ont le corps blanc et les ailes d’un rouge vif, approchant de la couleur de feu, et sont aussi grands qu’un cygne.

Thomas Corneille, Dictionnaire des arts et des sciences. Paris, 1694.

«Peu à peu, l’étymologie oubliée permit d’écrire flamant ou flamand, et d’un oiseau couleur de feu ou de flamme on fit un oiseau de Flandre, on lui supposa même des rapports avec les habitants de cette contrée, où il n’a jamais paru. [...] Pline semble mettre cet oiseau au nombre des cigognes, et Seba se persuade mal à propos que le phénicoptère chez les anciens était rangé parmi les ibis. Il n’appartient ni à l’un ni à l’autre de ces genres : non seulement son espèce est isolée, mais seul il fait un genre à part ; et du reste quand les anciens placent ensemble les espèces analogues, ce n’est point dans les idées étroites ni suivant les méthodes scolastiques de nos nomenclateurs ; c’est en observant dans la nature par quelles ressemblances des mêmes facultés, des mêmes habitudes,» elle rapproche certaines espèces, les rassemble et en forme pour ainsi dire un groupe réuni par des manières communes de vivre et d’être.

Buffon, Oiseaux, « Le flamant ou le phéni­coptère » (extrait). Paris, 1838.

19 octobre 2014

Animaux de Paris. Le singe.

Classé dans : Littérature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 15:12


Street art.
Autres photos ici.
À propos de l’artiste.

Messieurs les beaux esprits dont la prose et les vers
Sont d’un style pompeux et toujours admirable,
Mais que l’on n’entend point, écoutez cette fable,
            Et tâchez de devenir clairs.
Un homme qui montrait la lanterne magique
            Avait un singe dont les tours
            Attiraient chez lui grand concours.
Jacqueau, c’était son nom, sur la corde élastique
            Dansait et voltigeait au mieux,
            Puis faisait le saut périlleux ;
Et puis sur un cordon, sans que rien le soutienne,
            Le corps droit, fixe, d’aplomb,
            Notre Jacqueau fait tout du long
            L’exercice à la prussienne.
Un jour qu’au cabaret son maître était resté
             (C’était, je pense, un jour de fête),
            Notre singe en liberté
            Veut faire un coup de sa tête.
Il s’en va rassembler les divers animaux
            Qu’il petit rencontrer dans la ville ;
            Chiens, chats, poulets, dindons, pourceaux,
            Arrivent bientôt à la file.
« Entrez, entrez, messieurs, criait notre Jacqueau,
C’est ici, c’est ici qu’un spectacle nouveau
Vous charmera gratis.  Oui, messieurs, à la porte
On ne prend point d’argent : je fais tout pour l’honneur. »
            À ces mots, chaque spectateur
            Va se placer, et l’on apporte
La lanterne magique ; on ferme les volets,
            Et par un discours fait exprès,
            Jacqueau prépare l’auditoire.
            Ce morceau vraiment oratoire
            Fit bâiller, mais on applaudit.
Content de son succès, notre singe saisit
            Un verre peint qu’il met dans sa lanterne ;
            Il sait comment on le gouverne,
Et crie, en le poussant : « Est-il rien de pareil !
            Messieurs, vous voyez le soleil,
            Ses rayons et toute sa gloire.
Voici présentement la lune, et puis l’histoire
            D’Adam, d’Ève et des animaux…
            Voyez, messieurs, comme ils sont beaux !
            Voyez la naissance du monde ;
Voyez… » Les spectateurs, dans une nuit profonde,
Écarquillaient leurs yeux et ne pouvaient rien voir,
            L’appartement, le mur, tout était noir.
« Ma foi, disait un chat, de toutes les merveilles
            Dont il étourdit nos oreilles,
            Le fait est que je ne vois rien. —
            Ni moi non plus, disait un chien. —
Moi, disait un dindon, je vois bien quelque chose ;
            Mais je ne sais pour quelle cause
            Je ne distingue pas très bien. »
Pendant tous ces discours, le Cicéron moderne
Parlait éloquemment, et ne se lassait point.
Il n’avait oublié qu’un point :
C’était d’éclairer sa lanterne.

Florian, Le Singe qui montre la lanterne magique.

14 octobre 2014

Animaux de Paris. L’antilope.

Classé dans : Littérature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 0:19


Street art.
Autres photos ici.
À propos de l’artiste.

L’antilope a la tête si fine
Dans le jour lumineux qui s’attarde
Qu’elle emporte du ciel à ses cornes
Et de loin les fauves la regardent.
Le lion, le premier, s’en effraie,
Il s’efface aux toisons des forêts,
L’antilope est trop bien protégée
Par ce peu de merveille à sa tête,
Elle avance et plus d’un veut la voir,
Les oiseaux de nuit, honteux le jour,
Fuient soudain vers leurs grosses ténèbres,
Le serpent qui mordait les enfants
Se morfond de n’être qu’un serpent,
L’antilope avance vers le tigre,
Le rassure et lui rend l’équilibre
Puis, fuyant de faciles victoires,
Choisit l’air pour y porter ses pas.

Jules Supervielle.

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