Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

5 juin 2012

Eh, France 2 ! et la culture, bordel ?

Classé dans : Actualité, Langue, Littérature, Musique, Médias, Éducation — Miklos @ 14:14

Dans son reportage sur les étudiants français partis à Berlin dans le cadre du programme Erasmus, notre chaîne nationale les suit sur leur campus d’accueil ; lors d’un cours d’allemand, on les voit regarder une vidéo projetée à l’écran dans laquelle Dietrich Fischer Dieskau interprète Erlkönig, célèbre lied de Schubert sur un poème du non moins célèbre Goethe.

Et la voix off de dire : « Un cours d’allemand sur un air d’opéra pour des élèves musiciens ».

On se dit que ce journaliste n’avait pas dû étudier la musique, lui. On se dit aussi qu’il aurait dû compenser ses lacunes par une mini-enquête journalistique qui lui aurait évité d’exhiber ainsi son ignorance. On est curieux de savoir à quel opéra il pensait. Notre Dame de Paris ? Jesus Christ Superstar ?

Il lui aurait suffi d’interroger les étudiants en question : on ne doute pas qu’ils n’auraient eu besoin d’antisèches pour identifier correctement et l’œuvre et le genre, et lui expliquer en sus la différence entre un lied, une aria et un tube des Top 50.

3 juin 2012

Trois femmes au perroquet et une quatrième

Classé dans : Arts et beaux-arts, Littérature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 2:02


(de gauche à droite, de haut en bas) Jeune femme au perroquet, place Stravinsky, 2012.
Manet : La Femme au perroquet, 1866. Courbet : Femme au perroquet, 1866.

Émile Zola, « Les Chutes », in L’Événement, 15 mai 1866.Je ne nie point que La Femme au perroquet ne soit une solide peinture, très travaillée et très nette ; je ne nie point que La Remise des chevreuils n’ait un grand charme, beaucoup de vie ; mais il manque à ces toiles le je ne sais quoi de puissant et de voulu qui est Courbet tout entier. Il y a douceur et sourire. Courbet, pour l’écraser d’un mot, a fait du joli !

On parle de la grande médaille. Si j’étais Courbet, je ne voudrais pas, pour La Femme au perroquet, d’une récompense suprême qu’on a refusée à La Curée et aux Casseurs de pierres.

J’exigerais qu’il fût bien dit qu’on m’accepte dans mon génie et non dans mes gentillesses. Il y aurait pour moi je ne sais quelle pensée triste dans cette consécration donnée à deux de mes œuvres que je ne reconnaîtrais pas comme les filles saines et fortes de mon esprit.

Léon Lagrange, « Le salon de 1866 », in Le Correspondant, t. 68, 1866.Mais la Femme au perroquet [de Courbet] nous rend l’homme. Et encore, pour qui se souvient de certaine Vénus, la Femme au perroquet est un prodige de convenance. Les formes de la nature s’y montrent à peu près respectées. Mais l’idée de beauté en est complètement absente. Or, étant donnée une nudité de femme, supprimez la beauté, que reste-t-il ? Aussi, malgré l’enthousiasme que la Femme au perroquet excite parmi certaines coteries d’artistes, paysagistes pour la plupart, je me refuse à l’accepter comme le dernier mot de l’art moderne. Le désordre des lignes fait penser à ce monstre aux trois jambes qui figure le blason de la Sicile. Le dessin accuse la forme avec dureté, et, en certains endroits, le modelé se creuse jusqu’au vide. Je ne parle pas du perroquet, qui est une niaiserie, ni des cheveux, qui sont un signalement, ni de la robe, qui est une signature. Sans doute, il y a là encore des finesses de tons attestant une étude sincère de la nature. Mais cette étude, toute de surface, exagère l’épiderme aux dépens de la charpente et de la chair ; elle oublie le sang, elle glace la vie. Évidemment, la figure académique peinte par M. Courbet n’a eu d’autre valeur à ses yeux que celle d’une pièce de gibier étalée sur une table. Avec ses reflets de marbre et ses lumières visqueuses, avec ses cheveux épars comme des tentacules, la Femme au perroquet fait songer au plat du jour. Nommons-la une pieuvre, et n’en parlons plus.

Théodore de Banville, « La Femme au Perroquet », in Les Camées parisiens. 1883.Tout le monde a vu passer dans les rues du Quartier latin une femme, quelque chose, un fantôme dont l’aspect inouï vous prend aux cheveux et vous traîne vivant dans la vague nuit du Rêve. La tête étroite, terreuse – elle est coiffée d’un vaste chapeau qui a dû appartenir à madame de Cayla, – est d’une invraisemblance shakespearienne (le crâne a disparu, usé sans doute par la lime du temps !) et s’est réduite à la simplicité des bonshommes au trait que dessinent les enfants épris de chimères. L’œil regarde où regardent les yeux des statues. Le corps : un piquet sur lequel flotte un tas de haillons divers, devenus harmonieux à force de traîner dans la pluie du ciel ! Et sur sa main, couleur de terre brune, d’où toute chair est bannie, cet Être impersonnel porte un perroquet, un perroquet vivant, qui peut-être a baisé les lèvres roses de la Pompadour. Oh ! quelle ode triomphante à la gloire du Superflu, cet oiseau de flamme et d’émeraude promené par cette ombre qui, elle-même, n’existe pas, et qui a un oiseau !

Quelques autres femmes avec perroquets

· Anon., Portrait de petite fille avec un perroquet, ca. 1640.

· Frans van Mieris le vieux, Femme au manteau rouge nourrissant un perroquet, 1663.

· Pieter De Hooch, Couple avec perroquet, 1668.

· Frans Snyders, Nature morte à la dame au perroquet, .

· Jan Steen, Les effets de l’intempérance, 1663-5.

· Caspar Netscher, Dame avec perroquet et homme avec singe, 1664.

· Jan Steen, Femme avec perroquet, 1664-1666.

· Rosalba Carriera, Jeune femme avec un perroquet, 1730.

· Tiepolo, Jeune femme au perroquet, 1758-1760.

· Anon. (Japon), Hollandaise avec un perroquet, début 19e s.

· Eugène Delacroix, Femme caressant un perroquet, 1827.

· Charles-Louis Bazin, Femme avec perroquet, 18??.

· Pierre-Auguste Renoir, Dame avec le perroquet (Henriette Darras), 1871.

· Pierre Bracquemond, Femme au perroquet, 1899.

· Angelo Jank, La femme au perroquet, 1898.

· Umberto Brunelleschi, Femme au perroquet, 1905.

· Georges Bottini, La femme au perroquet, 1905.

· Félix Valloton, Femme au perroquet, 1909.

· Norman Lindsay, Dame et perroquet, 1917.

· Demeter Chiparus, Demoiselle au perroquet, 19?? (art déco).

· Frida Kahlo, Yo y mis pericos, 1941.

· Fernand Léger, Les Femmes au perroquet, 1951.

31 mai 2012

Bien avant John Cage, Malevitch, Soulages et Yves Klein : Alphonse Allais

Classé dans : Arts et beaux-arts, Danse, Humour, Littérature, Musique, Peinture, dessin — Miklos @ 19:43

Tout le monde a entendu – qu’il en soit conscient ou non – 4’33”, le chef d’œuvre de John Cage en trois mouvements et à l’instrumentation particulièrement originale. Certains ont vu – qu’ils aient aimé ou non –, le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch ou les outre-noirs de Pierre Soulages récemment exposés au Centre Pompidou, sans parler des fameux bleusÔ d’Yves Klein.

Ce qu’on sait moins c’est qu’ils n’avaient rien inventé : dans sa communication « Plaisanterie, subversion, exercice de style : quelques œuvres loufoques » lors du colloque Figures du loufoque à la fin du XXe siècle organisé en 2001 par le Cierec, Joël Gilles nous apprend qu’Alphonse Allais s’était présenté ainsi dans le catalogue de 1884 des Incohérents : « Artiste monochroïdal. Élève des maîtres du XXe siècle. ». Il poursuit (avec quelques approximations signalées entre crochets) :

Prémonition étonnante dont il est impossible de décider s’il n’y croyait pas lui-même.

Aux Incohérents de 1883, Allais expose une feuille de papier blanc, simplement punaisée au mur et titrée Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige et en 1884 un monochrome noir, le célèbre Combat de nègres dans une cave, pendant la nuit, ainsi qu’une Récolte de tomates sur les bords de la mer Rouge par des cardinaux apoplectiques.

On en conserve les reproductions, si l’on peut dire, dans l’Album Primo Avrilesque publié à Paris chez Ollendorf en 1897, auxquelles il ajoute cinq autres monochromes dont un gris, la Ronde de pochards dans le brouillard et un bleu : Stupeur de jeunes recrues devant ton azur, Ô Méditerrannée. On y trouve également le pendant musical de ces monochromes, la Marche funèbre composée pour les funérailles d’un grand homme sourd (les grandes douleurs sont muettes) [la mention entre parenthèses est absente de la partition publiée par Ollendorf, cf. ci-dessus] qu’il recommande de jouer lento rigolando et dont la partition se présente sous la forme de trois portées [faux, il y en a huit : il faut tourner la première page, comme il l’est indiqué…] sans aucune note. John Cage s’en souviendra peut-être pour sa partition de 4’33” de silence [sic] en 1952.

La plaisanterie monochroïdale n’est pas une exclusivité d’Allais, il n’en est pas l’inventeur, et d’autres après lui s’y adonneront. […]

Dès 1843, apparaît dans la Critique comique du Salon du Charivari l’Effet de nuit qui n’est pas clair… de lune, acheté subito par Mr. Robertson, fabriquant de cirage  […].

Alphonse Allais ne fait donc pas preuve d’une grande originalité, en s’inscrivant dans cette tradition, à ceci près que ses monochromes, réellement exposés, peuvent prétendre à l’aura de l’œuvre d’art. Au point que lors de l’exposition du Musée des Arts décoratifs de 1973 : « Équivoques » Peintures françaises du XIXe siècle, on pouvait voir à côté des Bouguereau, Chassériau, Carolus Durand, Géricault ou Delacroix, la reconstitution du monochrome blanc avec la précision « bristol moderne, punaises d’époque », dont la reproduction, dans le catalogue, était accompagnée d’une critique de Félix Fénéon.

Ce qui ne manquera pas de faire sourire ceux d’entre nous qui sont fâchés avec un art plastique contemporain aussi minimaliste que l’est, dans le domaine des arts de la scène, la non-danse.

19 mai 2012

« Ces murs mêmes, Seigneur, peuvent avoir des yeux. » (Racine, Britannicus, II.6)

Classé dans : Littérature, Livre, Peinture, dessin, Photographie, Société — Miklos @ 17:18


« Comment la fausse vieille trahit sa maîtresse et comment elle fît un pertuis en la paroi de la chambre afin que le comte de Forest vît l’enseigne qu’avait la belle Euriant sur sa dextre mamelle. »
Le Maître de Wavrin, enlumineur, Lille (vers 1450-1460).
Bibliothèque nationale de France, exposition
Miniatures flamandes.

 


« Les murs ont des yeux ; que Dieu conserve la police !
les gens de police sont d’honnêtes gens. »
(Alfred de Musset, La quenouille de Barberine)

 


« Les murs ont des yeux, des oreilles et une bouche dans la grande ville de Paris. »
F. V. Raspail, Rev. compl. des sc., « Constitution, infirmités et maladies de Voltaire », 1856-1857.

 


Photo par Banksy(?)

16 mai 2012

Le Canard et le rossignol

Classé dans : Littérature, Musique, Photographie, Sculpture — Miklos @ 14:42


Canard et le Rossignol de la fontaine Igor-Stravinsky

Sur les bords d’une mare un canard barbotait,
Et d’un triple mérite en ces mots se vantait :
Je nage dans les eaux, je marche sur la terre,
Et si quelque ennemi me déclare la guerre,
Je puis en m’envolant l’éviter dans les airs.
Quel autre obtint du ciel des talents plus divers ?
            Un rossignol qui becquetait des roses
            S’approche et dit :
Faire beaucoup de choses
Tant bien que mal, ne valut jamais rien.
Il s’agit d’en faire une et de la faire bien.

Victor de Perrodil

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos