Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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25 avril 2009

« Quand l’Europe fait bredouiller Rachida Dati »

Classé dans : Actualité, Littérature — Miklos @ 7:02

« Votre histoire se passait où ?
Chez les Zoulous ? les Andalous ?
Ou dans la cabane Bambou ?
À Moscou ou à Tombouctou ?
En Anjou ou dans le Poitou ?
Au Pérou ou chez les Mandchous ?
Hou ! Hou !
Pas du tout, c’était chez les fous. »

— Robert Desnos, « Les Hiboux »,
in Chantefables et Chantefleurs

L’événement que relate ce récent article du Monde en a fait ricaner plus d’un ; mais il ne manquera pas de faire sourire les amoureux de littérature. Dans la pièce le Roi Cerf de Carlo Gozzi, un ministre du gouvernement s’appelle Bredouille ; confident du monarque, il lui faisait faire plus d’une sottise et tentera même de s’emparer de son corps. Quant au roi, nombre de femmes veulent l’épouser (« c’était un tapage d’ambitions féminines vraiment effroyable »), mais c’est finalement une Italienne, dont « la beauté, la jeunesse et la fraîcheur éblouissante produisirent une sensation profonde », qu’il choisira. La pièce se termine par une déclaration du roi : « Gouverner n’est pas mon métier ».

C’était au royaume de Serendipe, il y a 247 ans. (Source : Études sur l’Espagne et sur les influences de la littérature espagnole en France et en Italie par Philarète Chasles, Paris, 1847)

22 avril 2009

Mises en abyme

Classé dans : Arts et beaux-arts, Littérature, Musique, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 22:52


Devant De Schilderkunst de Jan Veermer van Delft.
Kunsthistorisches Museum Wien.

Une femme à la chevelure auburn, vue de dos, peint un tableau ; c’est la copie d’un tableau représentant un homme peignant un tableau, qui est le portrait d’une femme à la chevelure auburn vue de face…

«Alice dreams of the King, who is dreaming of Alice, who is dreaming of the King,» and so on, like two mirrors facing each other, or like that preposterous cartoon of Saul Steinberg’s in which a fat lady paints a picture of a thin lady who is painting the picture of the fat lady who is painting a picture of the think lady and so on deeper in the two canvases.

Martin Gardner dans sa préface d’Alice’s Adven­tures in Wonderland (1865) and Through the Looking Glass (1872), Penguin, 1965, cité par May Farouk, Tahar Ben Jelloun. Étude des enjeux réflexifs dans l’œuvre, L’Harmattan, 2009.

«Han van Meegeren, le plus célèbre faussaire de notre siècle, n’avait au départ aucune intention criminelle en peignant ses Disciples d’Emmaüs à la manière de Veermer. Il voulait, une fois son tableau reconnu par les plus hautes autorités des Pays-Bas, comme étant l’œuvre du maître de Delft, clamer haut et fort : « Non, c’est moi, dont vous n’avez jamais reconnu le génie, qui ait peint cette toile. » C’est en constatant qu’on lui offrait plus d’un million de florins pour ce Vermeer inconnu qu’il abandonna sa première idée et qu’il continua par la suite à sortir de son atelier des Vermeer de son invention, que les spécialises accueillirent à chaque fois avec reconnaissance et applaudissements. Et lorsque le pot aux roses fut découvert, on obligea van Meegeren à peindre en prison un dernier « Vermeer », car les pontes de l’histoire de l’art ne voulaient pas admettre leur erreur.

Pour ceux qui ont suivi les démonstrations contenues dans ce texte, il peut être intéressant de savoir que le seul qui émit dès le début des doutes sur l’authenticité de ces peintures était un philosophe. Jan Huizinga, qui ignorait tout des techniques grâce auxquelles il est soi-disant» possible d’attribuer sans erreur une œuvre, déclarait, dès la découverte des « Disciples d’Emmaüs », que quelque chose d’indéfinissable dans la toile ne correspondait pas à l’esprit de Vermeer. Il savait que l’essence d’un tableau ne se trouve pas sur la surface plane…

Hansjörg Gisiger, De l’art, de l’artiste et de la création. Essai, L’Age d’homme, 2000.

« J’aime assez qu’en une œuvre d’art, on retrouve ainsi transposé, à l’échelle des personnages, le sujet même de cette œuvre. Rien de l’éclaire et n’établit plus sûrement les proportions de l’ensemble. Ainsi, dans tels tableaux de Memling ou de Quentin Metsys, un petit miroir convexe et sombre reflète, à son tour, l’intérieur de la scène où se joue la scène peinte. Ainsi, dans le tableau des Ménines de Velasquez (mais un peu différemment).» Enfin, en littérature, dans Hamlet, la scène de la comédie ; et ailleurs dans bien d’autres pièces. Dans Wilhelm Meister, les scènes de marionnettes ou de fête au château. Dans la chute de la Maison Usher, la lecture que l’on fait à Roderick.

André Gide, Journal 1889-1939, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, tome I, p. 41 (cité par Jean-Pierre Goldstein, Lire le roman, De Boeck Duculot, 1999.)

« La mise en abyme dont Ponge reste vraiment l’un des maîtres,» dans l’écriture et la composition, c’est une appropriation exaspérée du propre, une manière d’enrichir à l’infini la plus-value de la propriété et, dans le même temps, le renoncement au propre, l’abnégation, l’acceptation de la perte ou de l’expropriation.

Jacques Derrida, Déplier Ponge. Entretien avec Gérard Farasse, Septentrion, 2005.

« Le notturno avait connu sa mise en abyme : en 1780, Luigi Boccherini avait composé un « petit » quintette en ut majeur, op. 30 n° 6, G. 324, dit La Musica Notturna delle strade di Madrid (Musique nocturne des rues de Madrid) : en cinq mouvements, Boccherini, dans une musique qui se voulait descriptive, nous racontait en autant de tableaux sonores les bruits et les musiques de la ville :» les cloches de l’Ave Maria, le menuet des mendiants, les prières d’un rosaire, une passacaille des chanteurs de rue, la Retirata notturna di Madrid en forme de variations pour finir, que Luciano Berio en 1975 a transcrite en quatre versions légèrement différentes.

Françoise Escal, La musique et le romantisme, L’Harmattan, 2005.

12 avril 2009

« J’aime l’âne si doux… » (Francis Jammes)

Classé dans : Littérature, Nature, Photographie — Miklos @ 21:31


« On a beau le frapper, on ne peut s’en défaire ;
Le ladre sans pudeur avance sous les coups ;
D’un saut victorieux il franchit la barrière ;
Et le voilà dans l’herbe enfin jusqu’aux genoux,
Se vautrant, gambadant et broutant sans rancune. »

(Jean Jacques Boisard, « Le cheval, le bœuf, le mouton et l’âne », in Fables 1757.)
 


« Il réfléchit toujours.
Ses yeux sont en velours. »

(Francis Jammes)
 


« Qu’il ose relever son museau d’écolier
Et se gratter un peu le cou sous son collier… »

(Victor Hugo, L’Âne)
 


« À son réveil, reprit-il, il aura sans doute été épouvanté, il aura perdu la tête, il se sera sauvé. »
(Honoré de Balzac, L’Auberge rouge)
 


« On n’a pas, que je sache, retrouvé la tête d’âne parmi les hiéroglyphes : mais des Égyptiens voyageurs ! des hommes ridiculisés dans cette contrée pour ne l’avoir jamais quitée ! évidemment ce sont là des idées aussi contraires que possible à l’esprit de l’antique Égypte. »
(Lenormant, cité par Frédéric Portal, Les symboles des Égyptiens comparés à ceux des Hébreux. 1840.)
 

13 mars 2009

Google Books, ou quand le mieux est l’ennemi du bien

Classé dans : Littérature, Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 3:13

Jusqu’à très récemment, on pouvait rechercher dans la fort riche et intéressante bibliothèque numérique de Google des ouvrages publiés avant ou après une certaine année : le formulaire d’interrogation avancée permettait de spécifier l’une ou l’autre (ou les deux). Dorénavant, on peut limiter la recherche au mois près (très utile pour une éventuelle intégration de leur service de presse numérisée à celui-ci) : ces deux cases sont remplacées par des menus déroulants, comprenant d’une part le nom d’un mois, de l’autre le quantième de l’année (et dont les intitulés n’ont pas été traduits, dans la version française de la page). Mais attention, il ne suffit pas de choisir ces dates, il faut en sus cocher l’option de recherche ciblée (ce qui n’était pas le cas dans la version précédente de l’interface) : si on oublie de le faire, ces dates sont purement et simplement ignorées.

Or la première année présente dans ce menu est 1776. Historique, il est vrai (c’est celle de la naissance de la patrie de Google), mais trop limitative : il y a nombre d’ouvrages bien plus anciens dans ce fonds, et l’utilisation de ces menus, tous deux obligatoires si l’on veut cibler la recherche sur une période particulière, ne permet plus de le faire comme auparavant : impossible, par exemple, de chercher un ouvrage publié au XVIIe s.

Heureusement qu’il est encore possible – pour ceux qui l’avaient remarqué auparavant – d’effectuer ce type de recherche ciblée en rajoutant date:1600-1699 dans le corps de la requête : c’est ainsi qu’on peut obtenir les documents souhaités.

Ce n’est pas la première ratée chez Google, cette année – même si celle-ci risque d’être moins remarquée (après tout, combien ont-ils de lecteurs de livres préhistoriques, pardon, pré-1776 ?) : l’étiquetage par Google de tous les sites web comme « risquant d’endommager votre ordinateur » en janvier, les pannes de Gmail en février et en mars, les plus récentes erreurs de partage dans Google Documents, le détecteur de gays du Google Phone (on croit rêver !)…

Comme quoi, la crise frappe tout le monde de folie, même les plus grands.

1 mars 2009

Leçon de français pour anglophones d’hier destinée aux Français d’aujourd’hui

Classé dans : Langue, Littérature, Politique — Miklos @ 21:30

Il semble, dit Fontenelle, que la nature ne nous ait montré que des échantillons de grands hommes, pour nous persuader seulement qu’elle en aurait su faire si elle l’avait voulu, et qu’ensuite elle ait fait tout le reste avec assez de négligence.
Pronouncing Reading Book
of the
French Language,
particularly calculated to render the
speaking of French
easy to the American student,
and grounded on
a new system
of Comparative French and English Pronounciation:
with synoptical tables,
illustrating the whole kingdom of French sounds,
compared with English sounds, including consonants;
in which
vowels and diphthongs are divided into natural families, each under its respective
standard,or father sound,
generally an English and French element.
 
by
E[mile] Arnould,
Graduate of the Université de Paris, and instructor in the
French Language in Harvard University, Cambridge.
 
“C’est icy un livre de bonne foy, lecteur.” – Montaigne.
 
Boston:
Hickling, Swan and Brewer.
1857.

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