Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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14 août 2009

Life in Hell: La Mama pimente la vie d’Akbar

Classé dans : Cuisine, Photographie — Miklos @ 15:08

« On auroit cru qu’il manquoit quelque chose à un festin, si l’on n’y avoir pas servi du piment. Les anciens pouillés de l’église cathédrale de Paris, prouvent qu’au treizième et au quatorzième siècle, les Prières du Doyenné de Châteaufort étoient tenus de fournir, le jour de l’Assomption, chacun à leur tour, du piment aux Chanoines. On en donnoit aux Moines mêmes dans les Couvents, à certains jours de l’année. » — Le Grand d’Aussy, Histoire de la vie privée des François, depuis l’origine de la Nation jusqu’à nos jours. 1815.

Akbar s’invite à déjeuner chez Lord Sandwich. S’il avait pris du vin, il aurait pu affirmer, à l’instar d’Alfred de Musset, « Je tâche d’y voir double, afin de me servir à moi-même de compagnie. » Mais c’est pain sec et eau, et, puisque c’est vendredi, poisson sous forme de tartare de saumon à la sauce au gingembre (il est vrai qu’il en mange aussi tous les autres jours de la semaine, mais en prendre un vendredi ça doit compter double). Il lance à la Danseuse, d’un air faussement contrit : « Mon régime, comme d’habitude… » et s’installe au bord de la rivière. La Mama apparaît alors comme d’un coup de baguette magique. Au lieu du plat tant attendu, elle tend à Akbar un pot de piments, qu’elle lui enjoint de bien arroser.

Les piments, c’est comme les roses : c’est beau, mais ça pique. On aime ou on n’aime pas. Akbar aime, c’est son atavisme. La Mama et le Cowboy aiment les roses, elles : elles en tiennent chacune une à la main, assises au bord de la rivière à discuter d’un futur proche, rose lui aussi.


À la terrasse, un homme – on dirait un marin en escale à Paris – regarde pensivement vers le grand large. À son côté, une enfant – sa fille, sans doute – écrit avec concentration le récit de sa matinée. Elle tient son stylo de la main gauche, et a glissé son capuchon sur l’auriculaire de la main droite.


Le pain sec et l’eau, c’est nourrissant mais Akbar préfère le saumon, délicieux. Et comme il déteste gâcher la nourriture, il partage avec les moineaux, et leur donne ce qu’ils préfèrent, eux : il trempe brièvement la tranche dans le verre, en détache un petit morceau qu’il lance à proximité. Un moineau se rapproche, puis un autre, puis toute une nuée. Les plus hardis se jettent directement sur la manne, les effrontés essaient de la leur arracher du bec, les timides se font toujours doubler par les uns ou par les autres et assistent, l’air un peu perdu, à la curée. Puis un ennemi provient : c’est le pigeon. Gros, lourd et bête, il arrive toujours trop tard, un moineau plus rapide aura piqué le bout de pain qu’il convoitait ; il essaie parfois de s’attaquer aux plus petits que lui, mais n’y arrive pas. Akbar lui signifie clairement qu’il n’est pas invité, lui. La Danseuse opine.


Plus loin, un chien joue avec une balle rouge. On dirait une tomate ou une pomme d’api qu’il voudrait croquer et sur laquelle il s’acharne gaiement : elle lui résiste, il adore. Il n’a de cesse de la lâcher puis de tenter de s’en saisir. Finalement, c’est le maître qui se saisit de son toutou. Il est temps de rentrer.


Akbar s’en va, emportant son cadeau. Heureusement que la Mama le lui a donné dans un pot plus petit que celui qui se trouve à proximité et qui, lui, possède un système d’arrosage automatique, comme on le voit ci-dessus. Rentré chez lui, il replante les piments à côté de ses pommes de terre et de ses oignons, tous ingré­dients néces­saires à une bonne frittata.

C’est une belle journée d’été.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

9 août 2009

Les murs ont des oreilles, ou, une ingénieuse invention

Classé dans : Cinéma, vidéo, Humour, Sciences, techniques — Miklos @ 7:55

« Ni la crainte du despotisme, ni celle de l’enfer, ne peuvent étouffer les mille voix du passé qui s’élèvent de toutes parts. Non, non, elles parlent trop haut, ces voix terribles, pour que celle d’un prêtre leur impose silence ! Elles parlent à nos âmes dans le sommeil, par la bouche des spectres qui se lèvent pour nous avertir ; elles parlent à nos oreilles par tous les bruits de la nature ; elles sortent même du tronc des arbres, comme autrefois celle des dieux, dans les bois sacrés, pour nous raconter les crimes, les malheurs et les exploits de nos pères. »

— George Sand, Consuelo, 1845.

Rudolph Clausius (1822-1888) était un célèbre mathématicien et physicien allemand, et l’un des pères de la thermodynamique. Dans un de ses cours, il explique ainsi la nature du son : « [Un corps sonore produit musique, voix ou bruit en mettant] en mouvement l’air qui l’entoure, et en y produisant des vibrations qui se propagent à l’état d’ondes que nous percevons ensuite comme son. Inversement, les ondes qui se propagent dans l’air peuvent mettre en vibration un corps qu’elles viennent heurter. (…) Lorsque, dans l’air qu’on joue, se présentent des sons qui sont en rapport harmonique avec les sons que peut rendre un certain corps, celui-ci, entraîné par une espèce de sympathie, semble éprouver l’envie de mêler sa voix à la symphonie générale. (…) Lorsque le son principal aura cessé de résonner, on entendra encore distinctement le corps répéter le même son. »

Parmi ces « corps qu’elles viennent heurter », il y a, bien entendu, nos oreilles ; mais si l’on se trouve dans une pièce ou une salle, il y a aussi les murs de ces lieux. Or ces derniers ne font pas que réfracter les sons qui les frappent : de récents instruments de micromesure ont pu mettre en évidence les déformations occasionnées dans leur matière par ce choc et par l’absorption partielle des ondes sonores. Pour simplifier, on peut dire que ces parois, pour peu qu’elles ne soient pas indéformables (auquel cas elles renverraient parfaitement le son qui les frappe sans en être affectées) prennent alors la forme des sillons d’un disque vynile ; la matière conserve cette déformation (ce qui est tout de même plus facile à constater que la mémoire de cette déformation, cf. la théorie de la mémoire de l’eau de Benveniste, récemment ravivée par Montagnier).

Il suffit alors de pouvoir la lire pour restaurer, à nos oreilles, les musiques, les voix, les cris et les chuchotements dont ces murs ont été les témoins, finalement pas si muets que ça. Et même en stéréo (en relevant les tracés sur les murs à deux endroits différents de l’église). Imaginez pouvoir enfin écouter le concert d’inauguration que Bach avait donné à l’orgue de l’église d’Armstradt, ou l’apostrophe de Bonaparte à ses soldats du haut d’une pyramide (dont la pierre garde encore la trace) !

La réalisation est simple : elle se base sur un principe similaire à celui des techniques visuelles d’extraction du son des disques en vinyl, développées indépendamment par la Phonothèque nationale suisse, et par le laboratoire de physique américain Lawrence Berkeley, et qui permet de reproduire le son enregistré sur ces disques en en photographiant la surface. Dans les détails, il y a évidemment des différences : un disque n’est « fait » que pour enregistrer une seule œuvre, tandis que les murs d’une église, d’une salle de concert ou d’une pièce ont entendu, au fil du temps, un nombre important d’œuvres, de voix, de bruits qui s’y superposent. C’est là que se rajoutent des techniques d’archéologie sonore et de séparation des sources que l’on utilise surtout en astrophysique pour distinguer les bruits en provenance de la Galaxie.

C’est ainsi que la science met, de nouveau, à mal une idée reçue : verba volant, scripta manent. Tout en en confirmant une autre : les murs ont des oreilles. Caveat locutor !

L’art précède souvent la science, et les artistes, de Vinci à Verne, imaginent ce que les ingénieurs inventeront plus tard. C’est ainsi que la scénographie que Peter Greenaway a réalisée pour l’une des salles de la – splendide – Venaria Reale à Turin illustre de façon magique ce principe que nous venons de décrire : sur ses murs, on y voit des personnages du XVIIIe siècle évoluer en chuchotant, on entend le bruissement de leurs voix, les mots et les noms qu’ils se glissent insidieusement les uns aux autres : c’est la rumeur, ce bruit qui se perpétue bien après que ses sujets aient disparus et qui ne s’éteint pas, inscrit à jamais sur les parois de ce salon…

30 mai 2009

Le nouveau code de la route

Classé dans : Actualité, Humour, Photographie — Miklos @ 17:12

L’examen du code de la route va être simplifié, nous dit-on. Voici une épreuve que nous proposons, basée sur des cas réels. Que signifie, dans chacune des photos ci-dessous, la signalétique ?

Réponses :

29 mai 2009

Life in Hell: un p’tit coin d’paradis…

Classé dans : Cuisine — Miklos @ 22:46

Jeff et Akbar ont la dent creuse. Akbar propose l’italien, avec lequel il a une love-hate relationship (il est en période love moderato – non, ce n’est pas l’ex Rom’ Antique), qu’ils connaissent depuis des lustres : noix de thon, salade de gorgonzola, foies de volaille ou pizza, Lambrusco… le patron ronchon, la patronne rapide, un habitué aussi fidèle que les murs… ils ont leurs marques. Ils trouvent porte close : ce sont les vacances.

Akbar propose alors le Tex Mex avoisinant : ils y aimaient bien le décor et la nourriture rustiques, l’atmosphère et le service décontractés à l’amé­ricaine, le babélisme des musiques de danse et les cliquetis des talons provenant des studios qui l’entouraient ; mais un changement de gérance l’avait branchisé, augmenté les prix et réduit la carte, toutes raisons pour ne plus y retourner. Peut-être que la situation avait évolué ? Eh non, ce n’est pas le cas, constatent-ils après un bref coup d’œil.

Jeff prend la situation en main : ils se rendent alors au restaurant de tartes flam­bées alsa­ciennes à volonté. Gaël les y accueille avec gentil­lesse et sympa­thie, égal à lui-même. La serveuse – qu’ils ne connaissent pas – est aimable, effi­cace, discrète. Les plats arrivent si vite que l’entrée précède les apéros et que les tartes sont chaudes, souples et fondantes à souhait. La salle est pleine d’entrain. Heureux et repus, nos lascars accor­dent en fin de soirée le Trois roulettes award à l’éta­blis­sement.

Ils se séparent. Akbar remonte le boulevard. Soudain, des motards, toutes sirènes hurlantes, le traversent à grande allure, signifiant aux quelques voitures de dégager, et bloquent les rues qui y aboutissent. Akbar se demande s’il verra passer la Bentley de la Reine d’Angleterre, qui, marrie de ne pas avoir été invitée aux fêtes du Débarquement, aurait débarqué à Paris quasi incognita pour dîner dans son restaurant favori ? Mais non : un nuage silencieux, une masse noire, apparaît au loin et se rapproche à grande vitesse. Ce qui semble être d’abord une nuée de sauterelles se transforme en une foule immense, presque immobile et comme posée sur un tapis roulant qui avancerait, lui, très rapidement. C’est Paris Rollers. Akbar et les quelques noctambules, aussi figés que les silhouettes de mannequins dans une vitrine avoisinante, admirent émerveillés cette scène qu’on dirait tirée d’un film muet projeté trop vite.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

27 mai 2009

Life in Hell : French cuisine is not what it used to be

Classé dans : Cuisine, Photographie — Miklos @ 0:23

Jeff et Akbar se rendaient de temps à autre au Rom’ Antique. Bien que la salle, profonde et étroite, était enfumée – c’était avant la seconde Révolution française (celle où le Comité de salut public avait interdit de fumer dans les lieux du même nom) –, Jeff y adorait les calamari fritti croustillants à souhait et Akbar les pizzas, dont la pâte était élastique et savoureuse presque comme le produit napolitain d’origine ; ils partageaient le goût pour du Lambrusco (secco), et admiraient le bagout du serveur et l’art avec il adoptait un accent presqu’aussi italien qu’un né natif bien qu’il devait venir d’un continent plus méridional. Enfin, les prix étaient très raisonnables pour le quartier.

Las, rien n’est éternel. Le Rom’ Antique migra pour s’installer quelques mètres plus loin, dans ce qui avait été un éphémère restaurant oriental. La salle était immense, caverneuse, et les nouveaux occupants en avaient préservé le décor de mille-et-une nuits. Il y faisait froid été comme hiver. Mais comme les patrons avaient apporté avec eux leur carte et leur cuistot, Jeff et Akbar s’y rendaient de temps à autre équipés cette fois de parkas et de manteaux d’astrakan.

Mais même là le changement ne se fit pas attendre. D’abord, le serveur volubile partit. Lorsqu’ils s’y rendirent la semaine dernière, ils constatèrent que la carte avait subi un sérieux amaigrissement : le nombre des pizzas s’était considérablement réduit. Mais leur taille aussi, une fois dans l’assiette. Ultimo ma non meno importante, la consistance délavée de leur pâte faisait penser plus à du décongelé pour fast food (bien que le food était assez slow à venir) qu’à l’œuvre d’un pizzaiolo napolitain, et la garniture nageait dans un magma fromager. Aucune raison d’y retourner, se dirent-ils d’un commun accord.

Tchang est de passage à Paris. Akbar l’emmène dans un restaurant atypique : encadré par un pub anglais et un bar de nuit à tendance gay, il est situé dans une grande chapelle médiévale – maintenant souterraine – fort bien restaurée et éclairée. Le mobilier (chaises capitonnées), le linge de table (nappes et serviettes en tissu) et la vaisselle (Guy Degrenne) sont de bonne qualité, la carte, les menus et les prix honnêtes, la propreté de la salle irréprochable et le service chinois.

Cette fois, ils sont assis à une table à la nappe tachée et déchirée dans un coin ; les serviettes sont en papier, et les deux tables voisines sont chargées de vaisselle sale qui semble y avoir été accumulée. Akbar ne peut s’empêcher de penser aux enquêtes d’Envoyé spécial sur les restaurant asiatiques. La carte qu’Akbar reçoit omet curieusement le menu à 18 € et ne contient que ceux qui commencent à 36 €. Le service est plus chinois que jamais : le serveur laconique demande de loin, avant même d’arriver à la table avec les plats, qui a commandé quoi (pourtant il devrait le savoir, c’est lui qui avait pris la commande), place les assiettes sans un mot devant ses clients et s’éclipse. La nourriture et les prix sont égaux à eux-mêmes. Tchang est ravi. Akbar, qui l’est un peu moins, se dit que le personnel devra passer un sacré coup de torchon avant qu’il y revienne.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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