Life in Hell: un p’tit coin d’paradis…

Jeff et Akbar ont la dent creuse. Akbar propose l’italien, avec lequel il a une love-hate relationship (il est en période love moderato – non, ce n’est pas l’ex Rom’ Antique), qu’ils connaissent depuis des lustres : noix de thon, salade de gorgonzola, foies de volaille ou pizza, Lambrusco… le patron ronchon, la patronne rapide, un habitué aussi fidèle que les murs… ils ont leurs marques. Ils trouvent porte close : ce sont les vacances.
Akbar propose alors le Tex Mex avoisinant : ils y aimaient bien le décor et la nourriture rustiques, l’atmosphère et le service décontractés à l’américaine, le babélisme des musiques de danse et les cliquetis des talons provenant des studios qui l’entouraient ; mais un changement de gérance l’avait branchisé, augmenté les prix et réduit la carte, toutes raisons pour ne plus y retourner. Peut-être que la situation avait évolué ? Eh non, ce n’est pas le cas, constatent-ils après un bref coup d’œil.
Jeff prend la situation en main : ils se rendent alors au restaurant de tartes flambées alsaciennes à volonté. Gaël les y accueille avec gentillesse et sympathie, égal à lui-même. La serveuse – qu’ils ne connaissent pas – est aimable, efficace, discrète. Les plats arrivent si vite que l’entrée précède les apéros et que les tartes sont chaudes, souples et fondantes à souhait. La salle est pleine d’entrain. Heureux et repus, nos lascars accordent en fin de soirée le Trois roulettes award à l’établissement.
Ils se séparent. Akbar remonte le boulevard. Soudain, des motards, toutes sirènes hurlantes, le traversent à grande allure, signifiant aux quelques voitures de dégager, et bloquent les rues qui y aboutissent. Akbar se demande s’il verra passer la Bentley de la Reine d’Angleterre, qui, marrie de ne pas avoir été invitée aux fêtes du Débarquement, aurait débarqué à Paris quasi incognita pour dîner dans son restaurant favori ? Mais non : un nuage silencieux, une masse noire, apparaît au loin et se rapproche à grande vitesse. Ce qui semble être d’abord une nuée de sauterelles se transforme en une foule immense, presque immobile et comme posée sur un tapis roulant qui avancerait, lui, très rapidement. C’est Paris Rollers. Akbar et les quelques noctambules, aussi figés que les silhouettes de mannequins dans une vitrine avoisinante, admirent émerveillés cette scène qu’on dirait tirée d’un film muet projeté trop vite.
Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

En sortant, ils jettent un regard
