Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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29 mai 2009

Life in Hell: un p’tit coin d’paradis…

Classé dans : Cuisine — Miklos @ 22:46

Jeff et Akbar ont la dent creuse. Akbar propose l’italien, avec lequel il a une love-hate relationship (il est en période love moderato – non, ce n’est pas l’ex Rom’ Antique), qu’ils connaissent depuis des lustres : noix de thon, salade de gorgonzola, foies de volaille ou pizza, Lambrusco… le patron ronchon, la patronne rapide, un habitué aussi fidèle que les murs… ils ont leurs marques. Ils trouvent porte close : ce sont les vacances.

Akbar propose alors le Tex Mex avoisinant : ils y aimaient bien le décor et la nourriture rustiques, l’atmosphère et le service décontractés à l’amé­ricaine, le babélisme des musiques de danse et les cliquetis des talons provenant des studios qui l’entouraient ; mais un changement de gérance l’avait branchisé, augmenté les prix et réduit la carte, toutes raisons pour ne plus y retourner. Peut-être que la situation avait évolué ? Eh non, ce n’est pas le cas, constatent-ils après un bref coup d’œil.

Jeff prend la situation en main : ils se rendent alors au restaurant de tartes flam­bées alsa­ciennes à volonté. Gaël les y accueille avec gentil­lesse et sympa­thie, égal à lui-même. La serveuse – qu’ils ne connaissent pas – est aimable, effi­cace, discrète. Les plats arrivent si vite que l’entrée précède les apéros et que les tartes sont chaudes, souples et fondantes à souhait. La salle est pleine d’entrain. Heureux et repus, nos lascars accor­dent en fin de soirée le Trois roulettes award à l’éta­blis­sement.

Ils se séparent. Akbar remonte le boulevard. Soudain, des motards, toutes sirènes hurlantes, le traversent à grande allure, signifiant aux quelques voitures de dégager, et bloquent les rues qui y aboutissent. Akbar se demande s’il verra passer la Bentley de la Reine d’Angleterre, qui, marrie de ne pas avoir été invitée aux fêtes du Débarquement, aurait débarqué à Paris quasi incognita pour dîner dans son restaurant favori ? Mais non : un nuage silencieux, une masse noire, apparaît au loin et se rapproche à grande vitesse. Ce qui semble être d’abord une nuée de sauterelles se transforme en une foule immense, presque immobile et comme posée sur un tapis roulant qui avancerait, lui, très rapidement. C’est Paris Rollers. Akbar et les quelques noctambules, aussi figés que les silhouettes de mannequins dans une vitrine avoisinante, admirent émerveillés cette scène qu’on dirait tirée d’un film muet projeté trop vite.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

27 mai 2009

Life in Hell : French cuisine is not what it used to be

Classé dans : Cuisine, Photographie — Miklos @ 0:23

Jeff et Akbar se rendaient de temps à autre au Rom’ Antique. Bien que la salle, profonde et étroite, était enfumée – c’était avant la seconde Révolution française (celle où le Comité de salut public avait interdit de fumer dans les lieux du même nom) –, Jeff y adorait les calamari fritti croustillants à souhait et Akbar les pizzas, dont la pâte était élastique et savoureuse presque comme le produit napolitain d’origine ; ils partageaient le goût pour du Lambrusco (secco), et admiraient le bagout du serveur et l’art avec il adoptait un accent presqu’aussi italien qu’un né natif bien qu’il devait venir d’un continent plus méridional. Enfin, les prix étaient très raisonnables pour le quartier.

Las, rien n’est éternel. Le Rom’ Antique migra pour s’installer quelques mètres plus loin, dans ce qui avait été un éphémère restaurant oriental. La salle était immense, caverneuse, et les nouveaux occupants en avaient préservé le décor de mille-et-une nuits. Il y faisait froid été comme hiver. Mais comme les patrons avaient apporté avec eux leur carte et leur cuistot, Jeff et Akbar s’y rendaient de temps à autre équipés cette fois de parkas et de manteaux d’astrakan.

Mais même là le changement ne se fit pas attendre. D’abord, le serveur volubile partit. Lorsqu’ils s’y rendirent la semaine dernière, ils constatèrent que la carte avait subi un sérieux amaigrissement : le nombre des pizzas s’était considérablement réduit. Mais leur taille aussi, une fois dans l’assiette. Ultimo ma non meno importante, la consistance délavée de leur pâte faisait penser plus à du décongelé pour fast food (bien que le food était assez slow à venir) qu’à l’œuvre d’un pizzaiolo napolitain, et la garniture nageait dans un magma fromager. Aucune raison d’y retourner, se dirent-ils d’un commun accord.

Tchang est de passage à Paris. Akbar l’emmène dans un restaurant atypique : encadré par un pub anglais et un bar de nuit à tendance gay, il est situé dans une grande chapelle médiévale – maintenant souterraine – fort bien restaurée et éclairée. Le mobilier (chaises capitonnées), le linge de table (nappes et serviettes en tissu) et la vaisselle (Guy Degrenne) sont de bonne qualité, la carte, les menus et les prix honnêtes, la propreté de la salle irréprochable et le service chinois.

Cette fois, ils sont assis à une table à la nappe tachée et déchirée dans un coin ; les serviettes sont en papier, et les deux tables voisines sont chargées de vaisselle sale qui semble y avoir été accumulée. Akbar ne peut s’empêcher de penser aux enquêtes d’Envoyé spécial sur les restaurant asiatiques. La carte qu’Akbar reçoit omet curieusement le menu à 18 € et ne contient que ceux qui commencent à 36 €. Le service est plus chinois que jamais : le serveur laconique demande de loin, avant même d’arriver à la table avec les plats, qui a commandé quoi (pourtant il devrait le savoir, c’est lui qui avait pris la commande), place les assiettes sans un mot devant ses clients et s’éclipse. La nourriture et les prix sont égaux à eux-mêmes. Tchang est ravi. Akbar, qui l’est un peu moins, se dit que le personnel devra passer un sacré coup de torchon avant qu’il y revienne.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

3 mai 2009

Life in Hell: un bon repas, mais…

Classé dans : Cuisine, Lieux, Photographie — Miklos @ 21:40

Akbar, qui se nourrit régulièrement de saumon cru, de légumes, de fruits, de pistaches grillées et de chocolat noir, a des envies carnivores. Jeff lui propose de se rendre dans leur restaurant tune favori. C’est le seul qu’ils connaissent, mais ils n’ont jamais été déçus : l’accueil est aimable, l’atmosphère familiale, les kémias nombreuses et savoureuses ainsi que les plats qui s’ensuivent. Akbar décide de déroger à son habitude – la grillade bellevilloise, assortiment de viandes goûteuses et de quelques merguez – et prend un akoud, ragoût de tripes. Il ne le regrette pas, la viande fond sous la langue et la sauce se laisse saucer par le pain, lui-même meilleur que les fois précédentes. Quant à Jeff, il prend un bsaloubia, couscous avec ragoût de haricots blancs et de viande de bœuf, qui ne lui déplait pas.

Tout pour revenir ? Ils en doutent : le serveur, très prévenant de par ailleurs mais surtout très enrhumé, ne manque pas de tousser au-dessus des plats qu’il sert ; plus tard, étonnés par une odeur de cigarette, nos compères le voient en griller une au comptoir…

En sortant, ils jettent un regard sur un immeuble situé sur le coin opposé, un bâtiment lépreux de deux étages recouvert de tags, dont le rez-de-chaussée est muré et le premier étage « décoré » de panneaux années 70 qui masquent la façade. Ils apprendront plus tard que ce bâtiment, appelé « relais de poste » (d’où le nom du restaurant en question), est l’un des plus anciens du quartier, et l’un des derniers témoins de la barrière des Fermiers généraux du 18e siècle. Sauvé de la démolition en 1998, la Ville de Paris n’arrive pas le faire renaître de sa déchéance ; quelques dizaines d’habitants du quartiers se sont récemment mobilisés en lançant une pétition pour la réhabilitation de cette maison (ce que souhaitent aussi les Verts), cœur de ce quartier autrefois si agréable :

Belleville, v., Seine, banlieue et à 1/4 de l. N. E. de Paris, arr. et à 1l.1/2 de Saint-Denis, c. de Pantin. 5,000 h. Il est dans une charmante situation, sur une hauteur qui domine Paris et une grande partie des environs. Le joli plateau sur lequel il est bâti est couvert de maisons de campagne agréables, et l’on y trouve plusieurs maisons d’éducation pour l’un et l’autre sexe. La position de ce lieu, qu’environnent les prés Saint-Gervais, ajoute à son agrément ; aussi, pendant la belle saison, est-il le rendez-vous d’un grand nombre d’habitants de Paris, attirés par les guinguettes et les bals publics dont Belleville est presque entièrement composé. Fabriques de cuirs vernis, de produits chimiques et d’acier poli. Atelier pour l’affinage des métaux. Jardin public, fêtes champêtres et courses en chars.

J. A. Dulaure, Histoire physique, civile et morale des environs de Paris, depuis les premiers temps historiques jusqu’à nos jours, 1838.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

Un plat sylvestre

Classé dans : Cuisine, Photographie — Miklos @ 10:01

« Pour les faux amis, ils sont innombrables. Tout ami dit : Je suis bon ami ; mais il y a des amis qui ne sont amis que de nom. » — Bossuet, Politique tirée des propres paroles de l’Écriture sainte, livre V, article II.

Les touristes anglophones visitant Pierrefonds ont de quoi être surpris : dans ce petit village – où le café est plus cher que celui des troquets parisiens les plus branchés – on trouve une nouvelle cuisine, une gastro­nomie raffinée et inventive. Pour preuve, ce « foie de poulet » servi sur de la mousse – celle qu’on trouve sous les arbres, dans la forêt (de Compiègne, sans doute).

22 mars 2009

Crêpes au Comté

Classé dans : Cuisine — Miklos @ 22:22

Pâte
250 gr. de farine
1 cuil. à café de bicarbonate
(ou 1 pincée de sel)
2 œufs frais
1 cuil. d’huile
½ l. de lait (option : écrémé)
jus de citron (option)
50-75 gr. de graines de tournesol décortiquées
 
Autres ingrédients
Comté
Goma-sio (option)

Mettre la farine dans une terrine, mélanger avec le bicarbonate (ou le sel). Y casser les œufs, rajouter l’huile, mélanger vigoureusement en rajoutant graduellement le lait, et si l’on veut un peu de jus de citron.
Laisser reposer au moins une heure (de préférence une nuit). S’assurer que la pâte est fluide (rajouter au besoin un peu de lait) et sans grumeaux.
Rajouter les graines de tournesol.
Chauffer une poêle dont on aura huilé le fond (essuyer le trop-plein d’huile avec du Sopalin).
Une fois qu’elle est très chaude mais non fumante, verser de la pâte de façon à produire une couche fine et uniforme. Retourner dès que le bord commence à dorer (elle doit se détacher facilement). Éparpiller du Comté rapé ou coupé en lamelles sur la crêpe, puis la replier en quatre. Dorer de chaque côté.
Enlever du feu, assaisonner si l’on veut avec un peu de Goma-sio (sésame complet et sel de mer moulus) et servir immédiatement.

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