Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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13 décembre 2008

Perles du vendredi

Classé dans : Humour, Langue — Miklos @ 0:57

— « J’ai appris la grammaire selon la méthode Ogino. » — Un jeune homme probablement abstinent

— « Avez-vous un appareil de téléphone fixe sans fille que vous pouvez me donner ? »Petite annonce outrageusement sexiste

12 décembre 2008

Life in Hell: “There is no sincerer love than the love of food” (G. B. Shaw)

Classé dans : Cuisine — Miklos @ 22:56

Akbar aime manger (il est bien élevé). Akbar aime bien manger (ça se voit). Ce qui l’empêche souvent d’essayer de nouveaux plats, c’est qu’il ne se lasse jamais de ceux qu’il connaît déjà : le tartare de saumon ou le saumon mariné sur galette de céleri chaude, par exemple. Aujourd’hui, Emma se rapproche avec un regard allumeur : « Nous avons un très bon potage aux poireaux et à la Fourme d’Ambert… », sussure-t-elle d’un air entendu. Akbar ne dit ni une ni deux, il dit oui. La Fourme d’Ambert, il aime. Il en fait d’ailleurs une excellente tarte, avec des cerneaux de noix (il ne révèle pas les autres ingrédients).

La soupe arrive, fumante. Elle a du corps, ce n’est pas le genre nouvelle cuisine (un peu d’eau tiède avec une pelure d’oignon disposée élégamment au centre, selon Akbar). La cuisinière est généreuse autant du légume qui épaissit que du fromage qui lie et ajoute une saveur persillée. Akbar fait chabrot. Il est ravi : le corps se réchauffe et ses papilles sont flattées. Les quelques tranches de pain légèrement grillé agrémentent la potée. Ce n’est pas de la grande cuisine, c’est de la bonne cuisine. Copieuse, elle suffirait pour un repas.

Mais c’est sans compter sur Mumu : « Nous avons mis les brownies à la carte », dit-elle d’un air faussement négligent. C’est le coup de grâce : elle avait fait goûter Akbar au prototype, quelques jours auparavant. Coup de foudre : immatériel, ce n’était presque que du goût pur, un goût qu’Akbar apprécie d’autant plus qu’il est fan de chocolat noir. D’ailleurs, ici, ils font le meilleur pavé au chocolat qu’il ait mangé. Mais ce brownie… un nuage de chocolat, un rêve ! Aujourd’hui, il se rend : adieu, veaux, vaches, calories, vivement le brownie. Et la saveur reste suspendue dans son palais bien après le déjeuner…

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

29 octobre 2008

Life in Hell : Made in Italy

« Quand on arrive de France, et que l’on vient de traverser les Alpes de la Savoie, Turin semble une ville italienne ; quand on revient de Naples ou de Rome, on se croirait dans une ville française. Turin, la plus petite des capitales, est peut-être la plus propre et la plus régulière des villes. La plupart de ses rues sont tracées au cordeau et décorées de chaque côté d’édifices semblables. Quelques-unes sont même bordées d’une double rangée de portiques à arcades. » Frédéric Bourgeois de Mercey, « La Galerie royale de Turin », in La Revue des deux mondes, t. 28, 1841.

Le chef d’orchestre s’ennuyait. Il ne dirigeait que d’une main distraite et sans grandes nuances l’orchestre qui n’avait d’ensemble que le nom : les musiciens – peu nombreux, l’œuvre requérant une formation de chambre – devaient s’ennuyer aussi et, ne prêtant pas une attention particulière à leurs collègues, ne brillaient pas par la synchronie de leur jeu. Quant au public, il était tout aussi peu nombreux, la salle aux trois-quarts vide, programme sans doute trop contemporain pour les habitués : c’était pourtant des Danses concertantes que l’orchestre de la RAI était en train d’exécuter (littéralement), mais le nom du compositeur – Stravinsky – fait fuir encore bien des auditeurs près de quarante ans après sa mort.

L’œuvre suivante, le Concerto pour violon de Korngold avait pourtant tout pour les charmer : le néo-romantisme débordant, qui faisait se pâmer la jeune soliste qui possédait une bonne technique et une belle sonorité, mais qu’on s’attendait à se voir liquéfier d’émoi sur la scène quand elle ne se lançait pas dans des trémolos vigoureux (un regain de l’école russe de violon, que Chloë Hanslip avait suivie ?), les leitmotifs insistants limite harcèlement, le réveil de Jeffrey Tate qui se mit à diriger avec entrain, et le bref rappel hypervirtuose et néo-paganinien de John Corigliano… À l’entracte, Anna, Luca et Akbar décidèrent comme un seul homme de ne pas se soumettre aux 45 minutes de la première symphonie de Walton qui s’ensuivait et sortirent de l’auditorium de la RAI. Dommage, l’acoustique y était vraiment excellente, se dit Akbar.

Avant le concert, Anna les avait emmené manger léger – une nécessité après les délicieux repas qui avaient ponctué la conférence – dans un petit restaurant de quartier, Alla Mole, situé via Giuseppe Verdi, comme il se doit pour une soirée musicale. Sa pizza à la roquette méritait non seulement une mention particulière – dont acte – mais de revenir le lendemain soir, ce qu’Akbar n’hésita pas à faire, nonobstant son régime : la pâte fine, élastique, savoureuse et légèrement dorée et croustillante sur les bords, le sel discret à souhait ; une fine couche de mozzarella, des tomates fraîches, des feuilles de roquette et un soupçon d’origan ; chaude et généreuse tout en étant parfaitement digeste, quel plaisir !

Ce restaurant tient son nom du bâtiment qui héberge actuellement le musée national du cinéma à l’architecture aussi singulière que son histoire, et devenu le symbole de Turin : destinée à être une synagogue, la Mole Antonelliana est le fruit du délire de son architecte auquel elle doit son nom (Alessandro Antonelli) dépassant, en budget et en hauteur (113 m, et ultérieurement, 167 m), la commande initiale de la communauté juive (67 m) qui se retira du projet. L’intérieur, vide, est aménagé de façon spectaculaire en cinq niveaux sur le pourtour de l’édifice et propose une très riche histoire du cinéma, les merveilleuses inventions qui l’ont émaillée – les ombres chinoises, les lanternes magiques, la photographie, les chambres obscures, la stroboscopie… – ses metteurs en scène, ses acteurs et ses stars mythiques… Le rez-de-chaussée du musée est une immense salle de cinéma avec deux écrans géants et où trône un immense Moloch, et dont le pourtour consiste en des décors reconstituant des lieux magiques.

Turin n’a pas que la Mole de spectaculaire. On est, après tout, en Italie, et tout y est spectacle : les galeries couvertes, même celles d’immeubles plus récents, sont monumentales (sept à huit mètres de haut), les façades sont monumentales, les places sont monumentales. Les palais sont légions. Les étalages et les devantures – de pâtisseries, de glaces (Akbar préféra celle au parfum de cassate à la ricotta) –, les magasins d’habits, sont des combinaisons chatoyantes et d’une grande élégance. On est dans la mise en scène permanente.

La visite de la La Venaria Reale, à l’origine pavillon de chasse de la famille de Savoie, transformé en un complexe et labyrinthique palais royal, puis abandonné, voire partiellement détruit ou brûlé à diverses époques, et enfin récemment restauré de façon remarquable et agrémenté d’une mise en scène intéressante de Peter Greenaway, a constitué un splendide point d’orgue à ce bref séjour. Guidés par l’historien et le conservateur Andrea Merlotti, un homme passionné et particulièrement bien informé, Akbar et Anna ont traversé avec étonnement et plaisir, en parcourant ce très riche complexe, les quelque mille ans de l’histoire de la Maison de Savoie, celle de ses principaux personnages et de ses États aux frontières fluctuantes au fil des siècles.

Revenu à Paris, Akbar regretta le caffè, la polenta et les autres petits plaisirs quotidiens qu’il avait appréciés durant son séjour.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

11 octobre 2008

Life in Hell : le guide des égarés

Classé dans : Actualité, Humour — Miklos @ 22:19

Akbar émerge du métro Étienne-Marcel. Trois touristes, l’air perdu, tournent un plan de Paris dans tous les sens.

– “Excuse-me, do you speak English?”, s’enquiert l’une des personnes poliment, tout en dissimulant difficilement son anxiété.

– “Yes. And you?” répond-il imperturbablement.

Rire. Le stress de la touriste égarée baisse perceptiblement.

– “Could you tell me please where Nawter Dayme is?

– Sure: walk straight ahead past this avenue until the white house you see at the far end and turn right. You can’t miss it.

– Thank you! Can you please show me where we’re on the map?” profite-t-elle pour demander.

Akbar s’empresse de le faire. La dame rajoute, souriante :

– “We are Australians. You must be American!

– No, I am French, born and bred here. Aille canne spique ouize ze Frentche accent tout, iou nau”, répond Akbar, toujours aussi imperturbable mais intérieurement flatté.

Rires.

Peu après, Akbar voit les Australiens tourner dans le boulevard de Sébastopol, au lieu d’emprunter la rue qu’il leur avait indiquée.

– “Well, we actually want to go to Saint Michael,” avouent-ils, un peu gênés.

– “Be sure not to miss Nawter Dayme!”, leur lance Akbar, convaincu que le Boul’ Mich’, tout célèbre qu’il soit, ne mérite pas qu’on ignore la non moins célèbre maison du Bossu. Il ne manquerait plus qu’ils la confondent avec l’un des décors de Disneyland.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

17 août 2008

Life in Hell : Jeff et Akbar fêtent ça

Classé dans : Cuisine, Loisirs — Miklos @ 22:47

Jour de fête. Jeff et Akbar décident de fêter ça.
— « On va au resto ? », propose Akbar.
— « Lequel ?
— Celui que tu proposes.
— Comme tu veux.
— Je te laisse choisir. »

Après de nombreuses variations sur ce thème, Jeff s’aventure :
— « On ne va pas tout de même… On essaie La Mosaïque ?
— Volontiers !
— Tu les appelles ? »

Akbar obtempère. Aucun des trois numéros que l’annuaire propose ne répond. Vingt minutes plus tard, il demande à Jeff :
— « On fait quoi ?
— On essaie d’y aller une dernière fois… ?
— Pourquoi pas… au moins, s’ils nous reconnaissent et nous jettent les plats à la figure ou les font tomber dans le giron, on ne se brûlera pas…
— Tu prendras des notes ? »

Il ne leur est même pas nécessaire de préciser où. Le lieu est presque vide, comme la dernière fois. Mais la différence est cardinale, ils se croiraient ailleurs : une table confortable hors du passage, un service efficace et surtout : les tartes sont chaudes et savoureuses, comme ils l’avaient toujours rêvé, et le vin est frappé. Un vrai jour de fête !

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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