Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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27 janvier 2008

Une musique qui adoucit les mœurs

Classé dans : Humour, Musique — Miklos @ 15:35

Sid Caesar (célèbre comédien américain) et Nanette Fabray (actrice de vaudeville et de comédies, et activiste pour les droits des sourds et malentendants), dans l’un des sketches de la série télévisée Caesar’s Hour (à laquelle participera Woody Allen).

18 janvier 2008

Life in Hell : Jeff et Akbar vont au restaurant.

Classé dans : Cuisine, Humour, Loisirs — Miklos @ 1:30

« La vie est une expérience. Plus on fait d’expériences, mieux c’est. » — Ralph Waldo Emerson

« … le tas de mornes viveurs qu’écœure enfin l’éternel retour des mêmes plaisirs bêtes… » — Catulle Mendès, Monstres parisiens

» T0
Jeff et Akbar sont têtus : ils veulent derechef manger des tartes flambées alsaciennes à volonté. Ils entrent dans la salle.

» T0+10
— « Ça va durer aussi longtemps que la première fois ? », s’interroge Jeff.

» T0+15
Une serveuse vient prendre la commande. Akbar et Jeff choisissent le même menu, et demandent chacun une verrine fraîcheur.
— « La cuisine ne fait plus de salades », intime la serveuse.
— « Qu’est-ce qu’il y a à manger, alors ? », ronchonne Akbar.
— « Je vais demander à la cuisine », répond la serveuse, et disparaît comme le chat de Cheshire mais sans le sourire.
— « On se tire ? », propose Akbar, encore plus ronchon.

» T0+20
— « On s’occupe de vous ? », s’enquiert poliment un serveur.
Akbar lui raconte le premier épisode et s’étonne de ce qu’on ne les ait pas prévenus à leur entrée du départ du Faiseur de salades. Le serveur, ébahi, répète la dernière phrase de la serveuse, et s’éclipse avec le sourire.
— « Ce n’est plus tenu », constate Jeff goguenard.

» T0+25
— « C’est OK pour les salades », dit la serveuse, rassurante, et disparaît tout aussi rapidement.
— « Et maintenant, le serveur va nous dire qu’il n’y en a plus ? », sussure Akbar.
Long fondu au noir durant lequel les verrines font leur apparition et sont dégustées.

» T0+40
Les deux moitiés de tartes arrivent. Celle d’Akbar, végétarienne, contient du poulet.
— « Je vous la remplace tout de suite », dit la serveuse en prononçant les italiques, et remporte la portion incriminée. Jeff attaque carnivorement la sienne après qu’il se fut opiniâtrement opposé à son enlèvement injustifié. S’essuyant la bouche, il prédit nonchalamment :
— « Ils vont perdre des points au Guide du Routard.
— Comment le sais-tu ? », s’étonne Akbar.
— « C’est comme ça », rétorque Jeff, péremptoire.

» T0+50
Bien longtemps après que Jeff eut fini sa part, celle d’Akbar arrive. Tombant d’inanition, il la dévore en deux bouchées, ce qui n’était pas difficile, Jeff y ayant prélevé un morceau pour goûter.

» T0+55
— « Les deux autres moitiés arrivent tout de suite », annonce la serveuse tout aussi italiquement.

» T0+60
Sitôt fait sitôt ingurgitées. Le menu précisait « tartes à volonté », mais Akbar n’en avait plus qu’une, de volonté : partir à jamais. Il propose à Jeff :
— « On commande chacun la moitié que tu veux, et tu manges le tout ».
Jeff opine.

» T0+65
Plus de dix personnes font la queue pour payer, mais il n’y a aucun serveur à la caisse pendant de longues minutes. On en aperçoit de temps en temps l’ombre fugace, et même, un bref instant, deux qui se roulent une pelle.

» T0+70
Même l’appétit de Jeff, pourtant notoirement insatiable, est vaincu par l’attente. Une fois la caisse libre, Akbar demande l’addition. Il constate, finalement peu surpris, qu’elle est fausse du tout au tout : les plats ont été comptés à la carte, les bons et les mauvais, ce qui sale la note de 25%. Une fois celle-ci réduite à sa juste valeur et payée, chacun tire sa conclusion :
— Jeff, toujours pratique : « Au moins, le caissier ne lèse pas la maison ».
— Akbar, comminatoire comme toujours : « Je n’y remets plus les pieds ». Il fait tout de même signer la carte de fidélité de Jeff, lui expliquant qu’il pourra toujours la vendre sur eBay.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

5 janvier 2008

Une brève histoire d’amour (variante)

Classé dans : Humour, Récits — Miklos @ 1:49

« Don Juan, Don Juan
Ton nom sonne comme une menace
À chaque femme que tu enlaces
Don Juan. »
— Félix Gray

— « Je suis régisseur dans la danse », se présenta Roméo modestement.
— « Ah, que j’aime la danse, surtout contemporaine ! Ces dernières années, j’ai particulièrement été impressionné par les Ballets C de la B, tu vois qui c’est ?
— Non », répliqua Roméo.
— « Cherkaoui, Augustijnen, Platel… ?
— « Non. Tu sais, je travaille surtout à Bruxelles », répondit-il comme en s’excusant.
— « Mais ils sont belges ! J’apprécie beaucoup ce qui s’y fait, j’ai vu à plusieurs reprises l’extraordinaire Viviane de Muynck.
— Ça me dit vaguement quelque chose », marmona-t-il. Passant soudain du coq à l’âne, il demanda : « Qu’aimes-tu en musique ?
— Tant de choses… entre la musique élisabéthaine et le minimalisme, j’y trouve mon compte.
— Moi j’aime surtout les cantates de Bach », affirma-t-il simplement.
— Il y a de quoi ! Ma préférée est sans doute la BWV 106, Actus Tragicus. Et toi ?
— Celle que je préfère, c’est La Passion », répondit-il passionnément.
— « Mais… ce n’est pas une cantate, ça… et laquelle des Passions tu préfères ?
— Je ne me souviens plus des noms. » Et il se mit à l’embrasser fougueusement comme il savait si bien le faire, ce qui eut pour effet de lui clore le bec tout en lui ouvrant la bouche.

La morale de cette histoire, la rirette, la rirette, c’est qu’il ne suffit pas de porter un bel air, il faut aussi connaître les bonnes paroles. Ou sinon, comme l’a si bien résumé Jacques Schmitt : « Et malgré tout ça, la sauce ne prend pas. ».

4 janvier 2008

Une brève histoire d’amour (pas celle de Kieslowski)

Classé dans : Humour, Récits — Miklos @ 7:44

« Lundi matin, l’empereur, sa femme et le p’tit prince… » — Chanson populaire

« Gal, amant de la Reine, alla, tour magnanime
Galamment de l’arène à la tour Magne à Nîmes. »

— Victor Hugo

« Allô ! allô ! . . . . . . . . . . Je ne dis pas que tu mentes. Je dis : si tu mentais, et que je le sache. Si, par exemple, tu n’étais pas chez toi et que tu me dises . . . . . . . . . . » — Jean Cocteau, La Voix humaine

— Lundi soir, Tomek (appelons-le Tomek) avait un rendez-vous galant. Ne trouvant plus d’omnibus sur la ligne Clichy-Opéra à cette heure tardive, il ne s’y rendit pas.

— Mardi, Tomek rencontra son obscur objet du désir. Passons dis­crè­tement sur la danse des sept voiles suivie des longs moments langoureux que constitua cette découverte mutuelle, dont on dira seulement que, si les protagonistes y perdirent la tête plus d’une fois, ils la retrouvèrent à la fin. Redescendu de son septième ciel, Tomek déclara fougueusement son enchantement en des termes profondément poétiques : « J’aime tes grosses cuisses ! ». Les yeux dans les yeux, il exprima tendrement le souhait de reprendre date, ce qui fut fait pour le lendemain.

— Mercredi, Tomek parcourut le Gradus ad Parnassum plus rapi­dement : il commençait à en connaître le chemin et les portes s’en­trou­vraient plus facilement sur son passage. Il fut pratique : « On se revoit demain ? »

— Jeudi, Tomek envoya un pneumatique : « Je suis retenu ce soir. On reste en contact ? »

La morale de cette pré-histoire : l’homme du néant détale.

3 janvier 2008

Membert languit, Membert se meurt… Qu’a Membert ?

Classé dans : Humour, Littérature — Miklos @ 8:37

Dans son anthologie Humour 1900, Jean-Claude Carrière fait remonter l’art du calembour « à la plus haute antiquité ». Pour preuve, il cite « ce jeu de mots en bas latin : Ave ave aves esse aves, qui peut se traduire par : Salut grand-père ; désires-tu manger des oiseaux ? ». Il continue :

C’est sous le Consulat qu’il commit, dans des cercles encore limités, ses premiers ravages1. Un peu plus tard, le romantisme naissant le servit. Les bouleversements et l’enrichissement du vocabulaire, la révolution de la prosodie, le mélange des genres, tout favorisait son entrée furtive dans les plus nobles pièces, quelquefois même à l’insu de l’auteur. C’est ainsi qu’on trouve dans un roman de Ponson du Terrail (…) cette phrase surprenante : « En voyant le lit vide, il le devint. »

Même si Victor Hugo le méprisait (le définissant comme « la fiente de l’esprit qui vole »), il n’a pas manqué d’en produire un lot non négligeable :

« Vaurien, tu viens de prendre la taille à ma femme !
— Moi, monsieur ! Fouillez-moi ! »

ou encore :

C’est une effroyable et admirable chose qu’un incendie vu à brûle-pourpoint.

et enfin le célèbre

O Veuillot, face immonde encor plus que sinistre,
Laid à faire avorter une femme, vraiment !
Quand on te qualifie et qu’on t’appelle cuistre
        istre est un ornement.

Quelques autres perles d’époque (la belle, et celle d’après) :

Les trop grandes pompes d’une religion servent à l’éteindre. (Xavier Forneret)

Une jolie danseuse disait en montrant ses jambes : « C’est avec ça que je nourris papa et maman… Aussi, ils appellent mes mollets des pattes alimentaires. » (Aurélien Scholl)

Tirer un Chinois par la queue ne constitue pas le moins du monde un attentat aux mœurs. (Jules Jouy)

Voici l’été : épousez une femme ombrageuse. (Id.)

Quant au titre de cet article, il provient de l’adorable Franc-Nohain2, à qui l’on doit de délicieux textes – prose, poèmes, théâtre – tels que Jaboune ou le livret de la pétillante Heure espagnole de Maurice Ravel.
 


1 C’est aller un peu vite en besogne : et le « Et le désir s’accroît quand l’effet se recule » de Corneille, alors ? Sans oublier Shakespeare, dont le « mender of soles/souls » qui ouvre Julius Caesar est une bonne raison pour apprendre l’anglais afin d’en goûter l’humour.

2 Qui a donc anticipé de plusieurs décennies et probablement inspiré l’Ami Caouette de Serge Gainsbourg.

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