Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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25 novembre 2009

« Certaines annonces qui sont affichées sur le Crédit Lyonnais sont des escroqueries. » (Google)

Classé dans : Actualité, Langue, Sciences, techniques — Miklos @ 3:18

On a récemment parlé de Craigslist, ce service international de petites annonces. La facilité d’y publier anonymement n’importe quoi, sa gratuité, le volume astronomique d’annonces qui s’y rajoutent chaque jour, contribuent à la croissance des abus de tous genre (du virtuel au réel, de l’escroquerie – le plus communément – au viol, voire au meurtre, heureusement plus rares… pour le moment). Il n’est donc pas étonnant de lire dans de nombreux forums des messages indignés à propos de ces phénomènes.

Dans l’un d’eux, anglophone, on pouvait lire : “Some ads which are posted on CL are scams”. Il est évident pour tout lecteur, à partir du contexte de la discussion, que « CL » est une abréviation qui désigne Craigslist. Eh bien, ça n’est pas aussi évident pour Google, pour qui le contexte n’est pas le texte dans sa langue et son pays d’origine, mais ceux de l’internaute qui utilise son système de traduction automatique, dont le résultat est cité dans le titre de ce billet. Google, lecteur vorace s’il en est, a dû certainement tomber récemment sur cet article.

23 novembre 2009

Quand la réalité rejoint la fiction

Classé dans : Actualité, Cinéma, vidéo, Littérature — Miklos @ 21:31

“And he knew what they were doing too. (…) They were forcing him to be silent. They didn’t want to hear him. They weren’t interested in anything but getting him off their minds.” — Dalton Trumbo, Johnny Got His Gun, 1938.

On vient d’apprendre le cas tragique de Rom Houben : il y a 23 ans, ce beau jeune homme sportif s’est retrouvé entièrement paralysé – y compris la capacité à parler – suite à un accident de la route. Le handicap qui en a résulté est tellement profond qu’il a été diagnostiqué alors comme étant plongé dans un coma profond, la conscience éteinte. Vingt ans plus tard, on découvre que son esprit « fonctionne toujours complètement normalement », qu’il entend tout ce qui se dit autour de lui, mais qu’il ne peut réagir ni par le geste ni par la parole (ce dont sa mère était la seule à ne pas douter). Un ordinateur lui permet dorénavant de communiquer avec son environnement. On se souviendra du célèbre cas de Jean-Dominique Bauby, victime d’un locked-in syndrome (syndrome d’enfermement), et qui a pu écrire, lettre à lettre, Le Scaphandre et le papillon. Il est décédé peu après.

La presse rapporte que Rom Houben aurait écrit, une fois qu’il lui a finalement été donné de communiquer : « J’ai crié, mais personne ne pouvait m’entendre. » Cette phrase fait écho au long cri muet que pousse Joe Bonham quand finalement il arrive à communiquer avec son environnement en tapant en Morse avec sa tête sur le lit :

“He began to tap that he wanted out. His mind ran way ahead of his tapping but he kept on tapping just the same. What did he want? He’d tell them what he wanted the goddam fools. He’d tell them he’d tap it out to them word by word he’d remember every bit of it and put it down in dots and dashes and then they would know. As he tapped he thought faster. He grew angrier and more excited and he tapped faster and faster trying to keep up with the words that were pounding on the inside of his mind the words he could finally use all the words he had thought of in all the years he had lain silent for he was talking now for the first time he had learned how and he was talking to someone outside.”

Ce jeune Américain est mutilé par un obus durant la Première Guerre mondiale. Il en perd les quatre membres, les yeux, le nez, la bouche, les oreilles. Ce tronc humain ne peut que percevoir les vibrations de son lit, la caresse du soleil ou le toucher de l’infirmière sur sa peau. Dans l’hôpital où il se trouve, il n’est pour le personnel qu’un objet inerte qu’ils entretiennent. Sauf pour une nouvelle infirmière, qui écoutera enfin son long hurlement, sa prière où il supplie qu’on l’aide à sortir de cet enfermement – au soleil et à l’air, avec les gens. “He began to tap again and to tell them pleadingly haltingly humbly that please he wanted out. He wanted to feel air against him the fresh clean air outside a hospital. Please understand. He wanted the feel of people of his own kind free and happy. There really wasn’t any good reason except that.”

Johnny Got His Gun (Johnny s’en va-t-en guerre) est un texte extraordinaire (il est tristement ironique que le livre ait été frappé de mutisme – la censure MacCarthyiste – en son temps) : il relate pour l’essentiel ce qui se passe dans la tête de Joe, ses souvenirs, sa nostalgie, sa frustration croissante, la perception qu’il a de son environnement qui a tout du carcéral ; c’est pourquoi le film qui en a été fait – par l’auteur, qui est surtout un réalisateur – ne peut en rendre la dimension intensément tragique : il ne peut y avoir d’images et de voix que celles de ses souvenirs, tout est dans la parole écrite, silen­cieuse et pourtant si évo­catrice, tour à tour élé­giaque et mélan­colique, frustrée ou confuse. La réponse qui le frappe – littéralement – est celle de toute administration : What you ask is against regulations.

Rom Houben ne guérira pas, mais contrairement à Joe, un canal s’est enfin ouvert, et, on l’espère pour lui, ne se refermera pas.

Voilà pourquoi je ne fais plus de dons au Sidaction

Classé dans : Actualité — Miklos @ 18:39

Lettre envoyée le 12 septembre 2008, en recommandé avec accusé de réception, au directeur général de Sidaction. L’accusé de réception a été retourné signé, la lettre est restée sans réponse.

Monsieur,

Cela fait des années que je contribue à la cause de la lutte contre le sida, et en particulier à Sidaction/Ensemble contre le sida (je pense aussi avoir été la première personne à créer un site web francophone d’information sur ce sujet, en 1994).

Lors de votre campagne de mars 2008, j’ai tenté de payer en ligne à trois reprises, sans succès. Craignant d’avoir été débité autant de fois, j’ai immédiatement envoyé des courriels aux adresses indiquées sur le site, signalant le problème que j’avais eu, et demandant d’être informé s’il y avait eu facturation ou non.

J’ai reçu une confirmation électronique que mes messages avaient été lus par leurs destinataires (entre autres, X*** à sidaction.org et Y*** [chez la] société ayant mis en place le serveur ?), mais je n’ai jamais reçu une réponse à mon interrogation de ces personnes ou de qui que ce soit d’autre. J’ai donc envoyé une télécopie le 7 avril à votre intention, restée aussi sans réponse.

N’êtes-vous qu’une boîte à encaisser les dons (et à les distribuer, ce que je ne conteste pas) et ne sommes-nous pour vous que des comptes en banque ? Venant de recevoir deux nouveaux appels, je vous demande de rayer mon nom (qui apparaît donc au moins deux fois) de vos fichiers et de ne plus me solliciter : je saurai trouver bien d’autres débouchés à mes dons.

Berger, mets de l’ordre dans ta bergerie avant de crier haro sur le loup.

12 octobre 2009

Le long bras de la justice américaine

Classé dans : Actualité, Médias — Miklos @ 13:09

“So hold me, Mom, in your long arms. So hold me,
Mom, in your long arms.
In your automatic arms. Your electronic arms.
In your arms.
So hold me, Mom, in your long arms.
Your petrochemical arms. Your military arms.
In your electronic arms.”

— Laurie Anderson, O Superman.

Il ne s’agit plus de l’affaire (d’État, en Suisse comme en France) à propos de laquelle tout le beau monde jase souvent sans réfléchir, mais d’une nouvelle plus récente : les autorités fédérales américaines ont arrêté un individu accusé d’avoir joué un rôle dans le détournement vers La Havane du vol 281 de la Pan Am parti de New York vers San Juan (Puerto Rico)… en 1968. Deux de ses trois complices présumés avaient écopé de sentences de 12 et de 15 ans de réclusion.

Cela n’a pas été le seul détournement de l’époque. Comme l’écrivait alors le magazine Time, plus d’un millier d’Américains avaient visité involontairement Cuba, du fait des dix-sept détournements qui avaient eu lieu depuis le début de cette année-là. De quoi remplir de nouveau Guantanamo de ces forbans de l’air (quid de ceux des eaux de la Somalie ?), maintenant que cet infâme lieu se vide grâce au nouveau président américain.

Mais ce n’était pas si traumatisant que cela, comme l’indiquait l’article : l’un des pirates du vol 281 avait distribué des balles de calibre 0,32 en souvenir et bavardait aimablement avec les passagers : un couple en lune de miel avait témoigné qu’il s’était excusé du dérangement qu’ils occa­sion­naient ainsi, et avait trouvé les Cubains très amicaux. L’article se conclut avec quelques recomman­dations, du genre lever la main quand on veut aller aux toilettes, ce qui ne manquera pas de rappeler aux kidnappés les bancs de l’école commu­nale. On retombe souvent en enfance, quand on est en captivité.

À quand la levée de l’embargo américain sur Cuba ? Mr Obama, vous avez bien commencé avec la suppression (annoncée, mais on ne doute pas que vous réaliserez) du don’t ask, don’t tell, continuez ! Votre prix Nobel vous y encourage, moi aussi.

Souvenirs de la maison des morts

Classé dans : Actualité, Médias — Miklos @ 6:48

La mémoire du Monde est défaillante :

François Mitterrand avait évoqué son passé de touriste sexuel dans un livre paru en 2005, « La mauvaise vie ». Ce livre a été exhumé par le Front national qui lui reprochait d’avoir pris la défense de Roman Polanski. Il s’est défendu en déclarant n’avoir eu de rapports qu’avec des majeurs et en condamnant le tourisme sexuel comme la pédophilie.

François Mitterrand décédé en 1996, il s’agirait donc d’un livre posthume. Roman Polanski avait été arrêté en 1977 : le président avait encore presque vingt ans devant lui pour le défendre. Question tourisme sexuel, d’aucuns prétendent qu’il avait « une maîtresse dans presque chaque ville de France » ; son neveu, lui, est parti à l’étranger : plus aventureux, ou pour fuir l’ombre omniprésente (dans presque chaque ville de France, cela ne laisse pas beaucoup de champ libre) de son oncle ? encore maintenant, il ne peut échapper au nom qu’il porte. Sur le fond – le lit ou la lie, serait-on tenté de dire – on attend avec curiosité la prochaine chronique people du Monde qui ne manquera pas de continuer à nous éclairer sur les dessous des jupons de la République.

La coquille a été rectifiée le lendemain.

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