Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

13 mai 2008

Décès de l’artiste Robert Rauschenberg

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 17:46

« Peintures, sculptures, collages, performances, scéno­graphies, choré­graphies, décors et costumes de théâtre… : Robert Rauschenberg peut être considéré comme le précurseur de prati­quement tous les mouvements artistiques de l’après-guerre depuis l’expres­sionnisme abstrait américain. » C’est ce que le Centre Pompidou écrivait au sujet de ce créateur, à l’occasion de l’exposition qu’il lui avait consacré du 11 octobre 2006 au 15 janvier 2007. On vient d’apprendre son décès à l’âge de 82 ans.

28 avril 2008

Une information corsée

Classé dans : Actualité, Langue — Miklos @ 23:15

Selon Rue89, « la côte de Nicolas Sarkozy ne semble pas prête de repartir à la hausse. Son effondrement trouve sa source dans les principaux soutiens qui l’ont porté à l’Élysée. ». Ce problème anatomique – thorax en carène ou scoliose ? – aurait effectivement nécessité le port d’un corset : Louis Fleury ne dit-il pas1 que « le corset doit contenir et soutenir » ? En plus, il possède des vertus utiles à l’homme qui veut séduire une femme et conquérir un pays : « Le corset est un attirail très évocateur et ambigu dans la culture occidentale. La dimension érotique lui est en quelque sorte surajoutée puisqu’à l’origine il était plutôt un instrument de la domination mâle (…). Ils contribuent à l’effet de distance, une distance qui n’est pas seulement historique mais symbolique, le corset enfermant le sujet dans une identité inaccessible et mystérieuse. »2

Tout ceci a manqué en l’occurrence. Il aurait fallu immobiliser la douzième côte, dite flottante et donc sujette à chuter, à propos de laquelle l’Encyclopédie méthodique d’Hypp. Cloquet (Paris, 1823) dit : « elle ne diffère de la précédente que par son excessive brièveté ». La durée maximale du mandat actuel à l’Élysée est effectivement plus courte que la précédente, mais de là à en prédire l’excessive brièveté est encore quelque peu prématuré.


1 Dans son Cours d’hygiène, fait à la Faculté de médecine de Paris (1852).
2 Sylvie Camet, Tableau de l’Homme Nu. Essai sur Richard Lindner, p. 119. Éditions Complicités, Paris, 2005.

27 avril 2008

Life in Hell : questionnement métaphysique

Classé dans : Actualité, Cuisine, Philosophie — Miklos @ 14:10

« Une chose parfaite est celle qui a un commencement, un milieu et une fin. (…) Or la fin est tout ce qu’il y a de plus important. » — Aristote, Poétique (VIII.3, VI.12)

« Tout est dans la fin ». — Gérard de Nerval (carnet trouvé sur son cadavre avec la suite du Rêve)

« C’est à cause que tout doit finir que tout est si beau. » — Charles-Ferdinand Ramuz, Adieu à beaucoup de personnages

Il fait beau. Akbar déjeune seul (Jeff chante) à la terrasse de son restaurant favori et déguste son menu préféré, tartare de saumon et verre de vin blanc, dont il avait été privé, pour raisons historiques, pendant la semaine passée.

Il se lève pour payer. Une dame s’approche, et lui demande, avec un délicieux accent américain : « Vous êtes fini ? »

Qu’aurait pu répondre Akbar à une telle question sans entrer dans d’inévitables considérations philosophiques sur sa fin qui auraient moins intéressé à ce moment, la cliente que sa propre faim ? Qu’il eusse fallu le demander à sa mère, chargée de sa conception qui lui semblait pourtant arrivée à terme depuis sa naissance ? Que son tailleur aurait pu la renseigner sur la finitude de sa circonférence pourtant croissante ? Que son employeur précédent n’était pas arrivé à le liquider, malgré ses tentatives ?

Il ne restait qu’une personne capable de la renseigner sur ce point. Akbar répondit : « Veuillez demander au serveur. » Conseil qu’elle s’empressa de ne pas suivre pour occuper immédiatement la table récemment libérée. Ils n’avaient pu le faire en 1944, ils le firent aujourd’hui.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

26 avril 2008

Drôles d’animaux

Classé dans : Actualité, Musique, Nature — Miklos @ 17:11

L’Angleterre est le pays de l’expression retenue et des bonnes manières. Et pourtant : le très sérieux Guardian rapportait, en 2005, que Barney, un perroquet âgé de cinq ans et pensionnaire du Nuneaton Warwickshire Wildlife Sanctuary, avait insulté le maire et le vicaire, lançant au premier un « Fuck off » et au second « You can fuck off too ». On taira ce qu’il a dit à deux policiers. Depuis cet incident, il n’est plus montré au public que sur demande et passe son temps enfermé dans une cage, condamné à écouter la chaîne Radio 4, et, le soir, à regarder les nouvelles et des documentaires à la télévision. Son maître, Geoff Grewcock, propriétaire du sanctuaire, espère que ce traitement améliorera le vocabulaire de son protégé qui est, par ailleurs, très poli : il dit « Thank you » chaque fois qu’on lui donne une friandise.

Trois ans plus tard, c’est au tour d’une autre pensionnaire de cette réserve de se distinguer : selon la tout aussi sérieuse BBC, Pippa, une cacatoès femelle frustrée âgée de dix-sept ans, s’est mise à couver des œufs de chocolat qu’elle a aperçus sur une table. Elle en est très protectrice, et attaque toute personne qui s’en rapproche, surtout si c’est un homme. On espère pour elle qu’ils écloront bientôt malgré leur nature ou fondront un jour de canicule : la durée de vie d’animaux de son espère étant de soixante-dix ans, elle pourrait attendre longtemps.

La vie est dure dans le Warwickshire. Non seulement on peut s’y faire insulter par un perroquet, mais piétons, cyclistes et conducteurs y sont exposés à des dangers bien plus réels : ces derniers jours, plus de 150 regards de chaussée en métal, ont été dérobés en l’espace d’une semaine, dont plus d’une trentaine en une nuit. Serait-ce l’affaire d’un gang de pies voleuses hébergées au Sanctuaire ? La police enquête.

Il y a tout de même quelques occasions de sourire et de se rincer l’œil en écoutant de la bonne musique dans ce comté. Selon le Coventry Telegraph, cinq musiciens de l’Orchestra of the Swan (établi à Stratford-upon-Avon, toujours dans le Warwickshire) ont participé à l’enregistrement de l’émission télévisée How To Look Good Naked (diffusion le 20 mai sur Channel 4, pour les amateurs de musique, rien que de musique). Cette émission aidera-t-elle à renflouer l’orchestre, qui s’était vu signifier, quelques jours plus tôt, l’arrêt de sa subvention la plus importante que lui versait le British Arts Council ? On le leur souhaite, d’autant plus que cet orchestre encourage régulièrement la création contemporaine : le 29 avril, il créera Broken Lute, œuvre commandée au compositeur Alexander Goehr.

Enfin, pour les amateurs de sport, on signalera que la ville de Rugby, où a été inventé le sport éponyme, se trouve dans ce comté. Elle a d’autres états de gloire : c’est là que sont nés le poète Rupert Brooke (que Yeats – écrivain, poète et dramaturge, prix Nobel de littérature – avait qualifié de « plus beau jeune homme de tout l’Angleterre ») et le scientifique Norman Lockyer, qui a découvert le hélium et fondé la revue Nature.

22 avril 2008

Guerres de religion

Classé dans : Actualité, Religion — Miklos @ 7:05

« Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi1. Et moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs. (…) Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? (…) Et si vous réservez vos saluts à vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? » — L’évangile selon Saint Matthieu, 5:43-47.

Les lieux saints n’incitent pas à l’union, à la communion ou à l’angélisme, bien au contraire2 : les guerres qui se sont livrées autour de Jérusalem depuis des temps immémoriaux en sont bien la preuve. Ah, si la Jérusalem n’était que céleste ! La presse israélienne rapporte un récent conflit plutôt original, mais lui aussi aux racines profondes, qui a opposé, dimanche dernier, prêtres arméniens et grecs orthodoxes ainsi que leurs ouailles respectives qui en sont venues aux mains. La raison ? Venus célébrer le dimanche des Rameaux au Saint Sépulcre, ils ne pouvaient s’accorder sur le « partage » des lieux, régi pourtant très précisément – espaces et horaires – pour éviter que la multiplicité des dénominations qui revendiquent le lieu ne s’y croisent. À tel point que l’accès y est contrôlé, depuis des siècles, par… des musulmans, qui ne sont pas partie prenante (c’est bien le cas de le dire) pour cette parcelle d’histoire sainte.

Selon un prêtre arménien, l’échauffourée a commencé lorsque des prêtres grecs orthodoxes ont insisté pour être présents lors de la cérémonie arménienne près du Saint Sépulcre. « Nous ne pouvions supporter la présence d’un prêtre grec durant notre office », poursuivit le prêtre arménien, « alors nos prêtres sont entrés et l’ont envoyé balader de là-bas ». Selon des témoins, l’expulsé aurait été jeté au sol et roué de coups.

Quant au patriarche grec orthodoxe de Jérusalem, il affirme que ce sont les arméniens qui seraient à l’origine de cet incident, en voulant changer le statu quo régissant le lieu en vue d’obtenir des droits d’accès égaux malgré leurs effectifs plus réduits. Comme quoi, les minorités ont toujours tord.

Ce n’est pas la première fois que des bagarres rangées ont lieu entre ces deux communautés : l’année dernière, ils ont utilisé pierres et bâtons, armes ancestrales, pour régler un conflit tout aussi ancestral à l’église de la Nativité à Bethlehem. Pour une fois que l’on n’accuse pas les juifs de tous les maux…


1 « La deuxième partie de ce commandement ne se trouve pas telle quelle dans la Loi, et ne saurait s’y trouver. Cette expression forcée d’une langue pauvre en nuances (l’original araméen) équivaut à : “Tu n’as pas à aimer ton ennemi.” (Note de la Bible de Jérusalem)
2 Le judaïsme orthodoxe – ou du moins une de ses branches les plus intellectuellement rigoureuses, représentées par l’étonnant Yeshayahou Leibowitz – ne reconnaît pas l’existence de lieux saints. Elle considère que ce concept s’apparente à l’idolâtrie.

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos