Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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9 octobre 2007

Vol au-dessus d’un nid de coucous

Classé dans : Actualité, Société — Miklos @ 22:34

Les médias de l’information se fournissant en général auprès des mêmes sources, il devient assez commun de constater que les journaux papier ou télévisés ont un curieux air de ressemblance – mêmes sujets, parfois mêmes titres – à la couleur politique près (quoiqu’elle ait malheureusement tendance à passer et à tourner au gris uniforme, sauf pour les extrêmes).

Mais parfois certains rapprochements sont plus étranges, tel celui entre les programmes des émissions d’Arte et de M6 dans le même créneau horaire du « prime time » de ce soir : la première propose Au nom de Dieu, du tsar et de la patrie, documentaire sur un centre de rééducation à la dure de jeunes marginaux (alcooliques ou drogués), en Russie, qui se soumettent volontairement à une discipline quasi féodale sous la main de fer d’un ferme partisan de Poutine et croyant convaincu et de son ami nationaliste et politicien. L’autre chaîne diffuse au même moment la série de téléréalité Super Nanny, dans laquelle une conseillère bonne mais ferme aide des parents en désarroi qui ne peuvent « gérer » leurs petits enfants hyperactifs, désobéissants ou rebelles à reprendre la main en un tour de main, ce qui évitera sans doute à leurs rejetons de finir dans ces camps de redressement à la russe dont parle Arte.

Coïncidence ou air du temps ? On opterait pour la seconde hypothèse : dans l’un et l’autre cas, il s’agit de remèdes-miracle-express, sortes de thérapies compor­te­men­tales de surface destinés à « remettre de l’ordre » en prétendant corriger les effets plutôt qu’en s’attaquant aux causes : la faillite de la société à éduquer ses enfants non pas en les matant pour obtenir d’eux une obéissance passive ou en les laissant à leur propre sort mais en les guidant, à la maison comme à l’école, au cours du difficile apprentissage d’un équilibre précaire entre individuation et socialisation ; l’incapacité de cette société à intégrer ses jeunes adultes dans la vie active, prise qu’elle est dans une course individualiste accélérée et incontrôlée sur le chemin de la modernité dans une mondialisation souvent sauvage, accompagnée d’une perte de solidarité et de repères autres que financiers ou consuméristes ; il en résulte des parents trop occupés par leur travail pour s’occuper de leurs enfants, une dévalorisation des artisanats et des « petits » métiers en faveur de ceux nécessitant une technicité et un savoir de plus en plus pointus, la marginalisation des laissés pour compte résignés ou révoltés et la fuite des cerveaux vers des horizons plus dorés… Ailleurs, la réadaptation familiale ou sociale des « déviants » se fait à coup de médicaments, c’est supposé aller plus vite. Something is rotten in the state of Denmark.

9 mai 2007

Heureux qui, comme Ulysse…

Classé dans : Actualité — Miklos @ 8:12

Si la femme de César doit rester au-dessus de tout soupçon (selon Plutarque, qui écrivait en grec, il aurait dit, en fait, „ὅτι“ ἔφη „τὴν ἐμὴν ἠξίουν μηδ´ ὑπονοηθῆναι“), son mari, lui, ne doit pas mener la res publica en bateau (surtout si ce n’est pas le sien, afin d’éviter qu’on dise de lui ce qu’on reprochait à Pie X, de mener la barque de Saint Pierre à coups de gaffe, pape dont l’encyclique Gravissimo officii munere avait été rebaptisée par ses critiques Digitis in oculo, ou doigt dans l’œil) même si Caesarem legato alacrem eorum.

E la nave va

1 juin 2006

À propos de la dématerialisation des documents : le cauchemar du bibliothécaire (3 messages)

Classé dans : Actualité, Livre, Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 9:16

Texte publié sur la défunte liste de diffusion biblio-fr, en réponse à une enfilade de messages à ce sujet.

Pour faire suite au message de B. Majour, effectivement, « il n’y a pas photo », l’ordinateur est plus rapide que l’homme moyen, et Google plus rapide que l’ordinateur moyen – pour une question-réponse. Il n’y pas non plus photo : photocopier, imprimer ou copier-coller va plus vite que recopier à la main ou synthétiser (et a fortiori que lire, voire, horreur, apprendre par cœur). Conserver numé­ri­quement coûte moins cher (à court terme) que de le faire maté­riel­lement (imprimer ou acheter). Il est aussi plus facile d’ingérer une bande dessinée qu’un texte (même illustré).

Mais ces tâches sont-elles vraiment comparables ? Si l’élève ou l’étudiant envisage dorénavant son pensum en tant que QRM (questions à réponses multiples) à l’instar de bien de jeux télévisés et auquel il n’y a qu’une seule réponse juste qu’il faut trouver le plus vite possible et fournir avec le minimum d’effort physique, il est clair qu’il cherchera des FAQ (foires aux questions – essentiellement des documents questions/réponses) et des moteurs. Si le chercheur est plus poussé par le PoP (« publish or perish »), il pourrait être tenté par la même démarche qui fait déraper certains sportifs qui ont recours au dopage.

Cela a d’ailleurs toujours existé, ce ne sont que les moyens qui se démultiplient et la difficulté à ne pas se couler entièrement dans « le système » nécessite une vigilance accrue (il faut relire à ce propos Jacques Ellul, par exemple). Dans un terrain ou un marché compétitif (la « visibilité sur l’internet » comme critère de performance et ce qu’elle rapporte – en revenus pour d’aucuns, en subventions pour d’autres), il me semble que l’on tente de répondre à cette demande (nourrie elle-même par cette logique de système) en se conformant à ce modèle de question-réponse (il n’y a qu’à voir les nouveaux interfaces, portails et services que l’on développe), ce qui n’est pas l’approche la plus pédagogique au monde ; elle implique une vision de l’individu, de la société, du monde, du savoir et de la culture dans laquelle tout a une réponse – la même pour tous (c’est la norme statistique) –, et où le questionnement n’a plus qu’une valeur toute transitoire ; un mode où le savoir ne se construit que par accumulation et dans lequel l’esprit critique n’a plus sa place ni le temps de se construire, de penser et de réfléchir, et dans lequel le moteur de recherche moderne réincarne l’oracle omniscient de l’antiquité (je ne suis pas très étonné qu’on voit réapparaître en ces temps de transformation d’autres comportements tribaux et sectaires).

Je ne suis pas persuadé que « La seule solution pour les bibliothèques de rivaliser : obtenir des bibliothécaires “Moteur de recherche” de leur propre bibliothèque », comme l’écrit B. Majour. Les bibliothèques ne sont pas des entreprises de nouvelles technologies (même si bien évidemment elles en utilisent) et ne doivent, ni ne peuvent, « rivaliser » avec. C’est en ce sens d’ailleurs que je trouverais le projet de bibliothèque européenne erroné – en tant que projet à finalités culturelles et sociales – s’il ne vise qu’à rivaliser avec celui de Google et s’il ne se positionnait que de cette façon. Je ne suis pas non plus persuadé que les bibliothèques ne font, ni ne doivent, que fournir de l’information (« L’information reste toujours de l’information, il faut encore la promouvoir, la mettre en valeur, la mettre à disposition du public ») et l’organiser pour une recherche plus efficace (« C’est juste un peu plus facile pour effectuer des recherches transversales à travers tout le fonds [...]. Il reste aussi à trouver comment marier le matérialisé et le dématérialisé, comment les faire cohabiter et comment les mettre en synergie »).

Edgar Morin ne dit-il pas : « Une connaissance n’est pas un miroir des choses ou du monde extérieur. Toutes les perceptions sont à la fois des traductions et reconstructions cérébrales à partir de stimuli ou signes captés et codés par les sens. » (cf. Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur). Sans la reconstruction cérébrale, c’est de l’information brute et ce n’est pas ce qui construit la civilisation. L’apport incomparable du (bon) médiateur est dans son apport pédagogique à la construction de la pensée et des capacités critiques qui sont d’autant plus nécessaires avec la mise à disposition quasi infinie de sources documentaires.

La technoscience étouffera-t-elle la science, comme le demandait Jean-Marc Levy-Leblond en 2000 (Cycle démocratie, science et progrès, café des sciences et de la société du Sicoval) ? La réponse ne se trouvera pas dans un moteur de recherche, et c’est plutôt la question qui devrait nous interpeller.

30 avril 2003

Une lettre postmonitoire

Classé dans : Actualité, Humour, Littérature — Miklos @ 8:47

Lettre de Madame de Sévigné
à sa fille, Madame de Grignan.

Jeudi, le 30ème d’avril de 1687

 

Surtout, ma chère enfant, ne venez point à Paris !

Plus personne ne sort de peur de voir ce fléau s’abattre sur nous, il se propage comme un feu de bois sec. Le roi et Mazarin nous confinent tous dans nos appartements.

Monsieur Vatel, qui reçoit ses charges de marée, pourvoie à nos repas qu’il nous fait livrer,

Cela m’attriste, je me réjouissais d’aller assister aux prochaines représentations d’une comédie de Monsieur Corneille Le Menteur, dont on dit le plus grand bien.

Nous nous ennuyons un peu et je ne peux plus vous narrer les dernières intrigues à la Cour, ni les dernières tenues à la mode.

Heureusement, je vois discrètement ma chère amie, Marie-Madeleine de Lafayette, nous nous régalons avec les Fables de Monsieur de La Fontaine, dont celle, très à propos, « Les animaux malades de la peste » ! « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ».

Je vous envoie deux drôles de masques ; c’est la grand’mode. tout le monde en porte à Versailles. C’est un joli air de propreté, qui empêche de se contaminer,

Je vous embrasse, ma bonne, ainsi que Pauline.

18 novembre 1997

De Paris à Paris via l’étranger

Classé dans : Actualité, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 12:00

Le routage sur l’Internet rappelle de plus en plus le 22 à Asnières (c’est d’ailleurs le même opérateur, à la base, non?). Là, pour aller de Paris (4e) à Paris (19e) on passe par Londres et Stockholm:

traceroute to gamelan.cite-musique.fr (194.250.19.66), 30 hops max, 40 byte packets
 1  ircam-gw-0.ircam.fr (129.102.0.32)  3 ms  9 ms  3 ms
 2  194.167.186.1 (194.167.186.1)  4 ms  4 ms  5 ms
 3  danton2.rerif.ft.net (193.48.76.81)  8 ms  8 ms  6 ms
 4  danton1.rerif.ft.net (193.48.76.249)  8 ms  9 ms  8 ms
 5  stlambert.rerif.ft.net (193.48.58.129)  8 ms  8 ms  9 ms
 6  stamand2.renater.ft.net (195.220.180.9)  9 ms  9 ms  10 ms
 7  stamand1.renater.ft.net (195.220.180.43)  9 ms  36 ms  11 ms
 8  rbs1.renater.ft.net (195.220.180.50)  241 ms  10 ms  15 ms
 9  renater.FR.ten-34.net (193.203.228.5)  11 ms  10 ms  9 ms
10  * FR.uk.ten-34.net (193.203.228.2)  51 ms *
11  195.206.64.69 (195.206.64.69)  35 ms  49 ms  55 ms
12  london5.att-unisource.net (195.206.64.49)  64 ms  34 ms  33 ms
13  stockholm5.att-unisource.net (195.206.64.37)  75 ms  103 ms  84 ms
14  stockholm1.att-unisource.net (195.206.64.82)  106 ms  64 ms  80 ms
15  gsl-segix-fddi1-0.gsl.net (194.68.128.32)  84 ms  111 ms  110 ms
16  * gip-stkh-2-ethernet0-2.gip.net (204.59.25.17)  514 ms *
17  gip-paris-1-serial2-1.gip.net (204.59.16.17)  545 ms *  479 ms
18  gip-paris-2-fddi1-0.gip.net (204.59.16.197)  501 ms *  526 ms
19  gip-raspail-2-serial5-0.gip.net (204.59.19.14)  513 ms  734 ms  786 ms
20  gip-ft-rbs.gip.net (204.59.18.196)  423 ms  371 ms  489 ms
21  * rbs4.rain.fr (194.51.0.151)  591 ms  510 ms
22  Tuileries5.rain.fr (194.250.0.14)  661 ms
23  Tuileries3.rain.fr (194.250.4.76)  60 ms  30 ms  61 ms
24  Citemusic.rain.fr (194.250.1.6)  130 ms  145 ms  48 ms
25  firewall.cite-musique.fr (194.250.19.62)  74 ms *  629 ms
26  gamelan.cite-musique.fr (194.250.19.66)  606 ms  531 ms  516 ms

Pour aller de Paris à Londres, on va à Londres (personne ne descend), puis à Stockholm, et on revient à Londres (terminus, tout le monde descend):

traceroute to uk2.imdb.com (195.173.17.13), 30 hops max, 40 byte packets
 1  ircam-gw-0.ircam.fr (129.102.0.32)  3 ms  4 ms  1 ms
 2  194.167.186.1 (194.167.186.1)  4 ms  4 ms  4 ms
 3  danton2.rerif.ft.net (193.48.76.81)  133 ms  130 ms  6 ms
 4  danton1.rerif.ft.net (193.48.76.249)  13 ms  11 ms  11 ms
 5  stlambert.rerif.ft.net (193.48.58.129)  9 ms  9 ms  8 ms
 6  stamand2.renater.ft.net (195.220.180.9)  9 ms  9 ms  9 ms
 7  stamand1.renater.ft.net (195.220.180.43)  18 ms  9 ms  16 ms
 8  rbs1.renater.ft.net (195.220.180.50)  11 ms  10 ms  10 ms
 9  renater.FR.ten-34.net (193.203.228.5)  10 ms  9 ms  11 ms
10  FR.uk.ten-34.net (193.203.228.2)  19 ms  24 ms  20 ms
11  195.206.64.69 (195.206.64.69)  108 ms  39 ms  38 ms
12  london5.att-unisource.net (195.206.64.49)  23 ms  48 ms  26 ms
13  stockholm5.att-unisource.net (195.206.64.37)  50 ms  66 ms  50 ms
14  stockholm1.att-unisource.net (195.206.64.82)  55 ms  54 ms  51 ms
15  Stockholm-DGIX.ebone.net (194.68.128.25)  51 ms  55 ms  56 ms
16  stockholm-ebs3-f1-1-0.ebone.net (192.121.154.106)  146 ms  51 ms  64 ms
17  london-ebs2-h1-0-0.ebone.net (192.121.154.157)  78 ms  99 ms  78 ms
18  london-ebs1-h4-0.ebone.net (192.121.154.162)  93 ms  104 ms  81 ms
19  192.121.154.210 (192.121.154.210)  184 ms  181 ms  178 ms
20  telehouse-1.router.demon.net (194.159.252.51)  173 ms  185 ms  189 ms
21  * * *
22  demon-gw.uk.imdb.com (195.173.17.1)  188 ms * *

De toute façon, la connectivité est nulle, les pings ne passent pas, les pages Web ne se chargent pas, telnet plante. Tout pour encourager une utilisation accrue du minitel, on dirait.

(Publié à l’origine dans le groupe Usenet fr.network.internet)

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