Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

12 décembre 2007

Quand le chat n’est pas là…

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 0:17

“It was a dark and stormy night; the rain fell in torrents, except at occasional intervals, when it was checked by a violent gust of wind which swept up the streets (for it is in London that our scene lies), rattling along the housetops, and fiercely agitating the scanty flame of the lamps that struggled against the darkness.” — Edward Bulwer Lytton, Paul Clifford, 1866.

Dis, quand reviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus.
— Barbara

C’est un restaurant où l’on va de temps à autre : à la différence de la brochette de ceux avec lesquels il partage un trottoir piétonnier, on y mange des tartes flambées alsaciennes à volonté, que l’on peut arroser (pas à volonté, hélas) de Riesling ou de Gewurztraminer, voire d’une bière ou d’un cidre. Ce n’est pas un grand restaurant, mais l’atmosphère y est jeune et joviale (ce soir elle l’était particulièrement, si cela se mesure aux décibels) et le service rapide et efficace. Surtout quand le patron est là, ce qui n’était pas le cas ce soir.

Il faisait froid, j’avais choisi comme entrée un velouté de potiron aux copeaux de fromage. Quand finalement il arrive après une longue attente (tout de même plus courte que celle qui avait précédé la prise de commande), la serveuse s’em­presse de me le renverser sur le pan­talon. Heureusement que la soupe n’était pas chaude, je ne me suis pas brûlé. Thank God for small blessings. S’excusant à peine, elle m’intime de la suivre, demande conseil à un collègue, puis m’indique la direction générale des toilettes. Interloqué, je lui demande si je peux avoir une serviette propre pour tenter de nettoyer les taches. Celle qu’elle me rapporte avait déjà servi, je n’ose imaginer à quoi. Mais à la guerre comme à la guerre, hein ?

Revenu à table, je me demande comment diable manger la soupe : laper, boire au bol ? Il n’y avait ni cuillère ni serveuse pour en demander. Je me lève et m’adresse au barman, qui me dit qu’il m’en apportera une. Je me rassieds et l’attends. Plus tard, je l’aperçois errant dans la salle l’ustensile à la main, ne sachant plus qui le lui avait demandé. Je le hèle, me saisis de l’objet et goûte à la soupe : non, elle n’était pas tiède, mais froide ; elle n’avait pas refroidi : elle n’avait jamais été chaude, du moins pas ce soir. Et toujours pas de serveuse à l’horizon, ce qui laisse le temps à la soupe de figer, puis de geler. Moi, je commence à bouillir. Long fondu au noir. On se saisit du bol. La personne qui me le rapporte un quart d’heure plus tard tente d’éviter de s’y brûler les mains : il y a de quoi, le récipient est fort chaud. Mais comble du miracle et de mon infortune, la soupe est à peine tiède, et l’on m’informe alors qu’il y a un problème avec le four à micro-ondes : cet inverti chauffe uniquement la vaisselle et non pas ce qu’elle contient.

Il aura fallu quasiment une heure pour arriver ainsi à bout de l’entrée, on avait donc suffisamment d’entraînement pour attendre patiemment qu’on serve la suite. Mais quand la tarte flambée aux champignons arrive, on constate qu’il n’y a pas de champignons dessus. À ce stade, on aurait été qualifié d’importun voire de malotru si l’idée était venue de piper mot. On avale cet affront et la tarte en silence.

L’addition, au moins, s’est faite rapidement, et il n’y manquait pas un kopek. Quand Gaël revient-t-il ?

30 novembre 2007

Cachez ce nom que je ne saurais voir

Classé dans : Actualité, Littérature, Médias, Société — Miklos @ 0:04

« Il y a un lieu droit au milieu du monde, distinct du Ciel, de Mer & terre ronde, d’où l’on voit tout ce qui se sait en quelque part que ce soit & d’où l’on entend tout ce qui se dit. C’est là que demeure la Rumeur en toute saison, ayant établi son séjour & maison sur le sommet de la plus haute tour, où l’on peut voir mille entrées & mille & mille fenêtres pour y recevoir les nouvelles de ce qui se passe de tous côtés. Il n’y a point d’huis aux portes, nuit & jour tout y est ouvert. Les murailles sont d’airain, qui sans cesse résonne & fait bruit, en ne cessant de répéter tout ce qu’il entend dire, en quelque lieu du logis on y parle toujours. Le repos, ni le silence ne sont point reçus là dedans, mais on n’y ouït point aussi de cris éclatants ; le bruit qui s’y fait est de mille voix basses, que les uns & les autres se soufflent aux oreilles. C’est un bruit tout tel que celui de la mer, lors qu’on l’entend de fort loin, ou tel que celui qui se fait en l’air, après qu’on a ouï quelques grands éclats de tonnerre. Les galeries sont pleines de peuple qui va & vient, contant toujours quelque nouvelle. Les mensonges y courent ordinairement pêle-mêle avec les vérités ; ce ne sont que bruits sourds, desquels la plupart repaissent leurs esprits curieux, & les autres les publient encore à d’autres, mais ce n’est pas sans croître le discours de quelque invention : car toujours celui qui le rapporte l’augmente en y ajoutant du sien. Là tout est plein d’âmes crédules, d’esprits légers & faciles à décevoir ; on n’y voit que vaines joies, que craintes, qu’appréhensions ; il y a souvent du trouble & des séditions, & souvent se font des rapports, desquels on ne trouve pas le premier auteur. En fait, rien ne se sait au Ciel dans les palais étoilés, rien sur Terre, & rien dedans l’enclos de l’humide royaume de Neptune, dont la Déesse qui tient là son siège, n’aie connaissance. » – Ovide, Les Métamorphoses, Livre XII.

Contrairement à d’autres organes de presse, le Journal du Dimanche a reporté la mise en garde à vue d’un homme soupçonné d’avoir commis une vingtaine de meurtres en ne donnant que l’initiale de son nom de famille et en assortissant l’information de précautions oratoires du style « Nicolas P. aurait commis… ». On se demande quel en est le sens, quand la photo de l’homme illustre l’article, et son nom – en entier – se trouve mentionné dans l’entête de la page et dans le nom du fichier contenant la photo (détails que nous avons masqués dans l’image ci-dessous).

Si l’horreur des crimes ne fait pas de doute, aucun tribunal ne s’est prononcé sur la responsabilité de l’individu1. Dans l’éventualité d’un non-lieu, ce texte – et tous les autres rapportant l’arrestation – continueront à circuler éternellement dans la galaxie numérique tout en accumulant un nombre croissant de commentaires de tous genres dans leur traîne ; il ne manquera pas de bonnes âmes pour dire qu’il n’y a pas de fumée sans feu, l’écho de cette affaire ne s’éteindra pas et ne manquera de poursuivre cet homme : on a connu dans le passé les effets parfois tragiques de la rumeur que l’internet ne fait qu’entretenir et amplifier à l’infini, à l’instar de l’airain de la maison que décrit Ovide. Nihil novi sub sole.


1 C’est cette considération qui avait amené un tribunal belge à effacer du fichier en ligne reportant sa décision les noms des personnes impliquées dans une affaire pénale… sauf que le zélé fonctionnaire avait omis de le faire à la dernière page, où ils s’étalaient en toutes lettres.

2 novembre 2007

Quand la fiction devient réalité

Classé dans : Actualité, Littérature — Miklos @ 1:54

« …à Paris, où tout le monde voudrait trouver une vingt-cinquième heure à chaque journée… » — Honoré de Balzac, Le Cousin Pons

« Du temps où je savais à peine lire, il y avait chez mes parents un polar intitulé Le treizième coup de minuit. Ce treizième coup était pour moi une entrée dans le rêve, un coup de baguette magique, déréglant les horloges, ouvrant sur un temps et des espaces inconnus. Mais je découvris bientôt la huitième merveille du monde, les septième, huitième et neuvième arts, la vingt-cinquième heure, etc. et lorsque longtemps après, rangeant une biblio­thèque, je retrouvai le vieux volume jaune défraîchi, la magie du titre s’était envolée. — Michel Volkovitch, La Cinquième saison

Les États-Unis, voulant croire mordicus à la fiction des armes biologiques irakiennes, sont entrés dans cette interminable et cauchemardesque vingt-cinquième heure, pour se trouver entraînés dans un maelstrom sanglant bien réel, danse macabre des temps modernes.

18 octobre 2007

¿Vida privada, vida pública?

Classé dans : Actualité, Politique — Miklos @ 18:26

Auprès d’un humble feu et d’une lumière vacillante, certain de n’être point entendu, on s’attendrit sur les maux imaginaires des Clarisse, des Clémentine, des Héloïse, des Cécilia.
— Chateaubriand, « Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes, avec les notes inédites d’un exemplaire confidentiel »

Après plusieurs années de mariage (ce n’était pas son premier), le Président a annoncé sa « séparation » de sa femme, la belle Cecilia : des photos l’avaient montrée prenant un bain de soleil seins nus en compagnie d’un ami italien. Ils restent bons amis, et gardent en commun leur fils.

Votre histoire se passait où?
Chez les Zoulous ? Les Andalous ?
Ou dans la cabane bambou ?
À Moscou ? Ou à Tombouctou ?
En Anjou ou dans le Poitou ?
Au Pérou  ou chez les Mandchous ?
 
Hou ! Hou !
Pas du tout, c’était chez les fous.

 
— Robert Desnos, « Les Hiboux »

17 octobre 2007

Les plus mal chaussés

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts, Société — Miklos @ 18:35

Petit cordonnier t’es bête, bête
Qu’est-ce que t’as donc dans la tête, tête ?

— Francis Lemarque (paroles), Rudy Revil (musique)

On vient d’apprendre que Milipol, le salon mondial de la sécurité intérieure des états, vient de faire l’objet d’un cambriolage il y a près d’une semaine (c’était trop la honte pour l’annoncer tout de suite, sans doute) : pistolets, fusil, lunette de visée et matériel informatique appartenant à une société de sécurité. Dans quel état est leur sécurité intérieure, on se le demande. Ce ne sont tout de même pas eux qui assuraient celle du joaillier Harry Winston ou du musée d’Orsay quelques jours auparavant ?

À propos de l’effraction qui vient d’y avoir lieu, un article de Michael Kimmelman dans le Herald Tribune d’hier estime que c’est le prix à payer pour la démocratisation de l’art dans une société ouverte : le public peut se rapprocher de ses chefs-d’œuvre (sauf de la Joconde, à se demander si ce n’est pas une sortie laser couleur qui se trouve derrière la vitrine épaisse qui est censée la protéger).

Il en va de même des stars et des personnalités politiques, autres icônes de notre société médiatique et marchande. La valeur des objets d’art et la notoriété des personnalités – critères culturels qui n’ont rien d’absolu – attire de l’allumé (ou imbibé) en mal de célébrité au cambrioleur ou au terroriste en quête d’une monnaie d’échange ou d’un butin de guerre. « Il en coûte trop cher pour briller dans le monde. (…) Pour vivre heureux, vivons caché », à l’instar du Grillon de Florian.

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos